Le blog de Flora

Le plus beau métier du monde?...

9 Septembre 2012, 18:20pm

Publié par Flora bis

   On pourrait me rétorquer que mon indéfectible nostalgie est à remiser aux oubliettes d'une époque révolue... Depuis mes quelques années de pratique dans l'enseignement, les élèves, l'école, la société ont changé...

   Certes. Je reste pourtant persuadée que le fondement demeure: la transmission. Nous exerçons le métier le plus privilégié: notre matière première est l'humain, à l'âge le plus malléable. Notre influence, bonne ou mauvaise, peut s'imprimer pour la vie.

   Qui n'a pas gardé le souvenir d'un prof au rôle déterminant pour son avenir? Passons sur l'effet néfaste d'un sadique qui peut priver l'élève de la confiance en lui-même, pour toujours. Gardons plutôt en mémoire l'image lumineuse de ceux qui ont su éveiller notre curiosité, notre soif de découvertes, notre capacité de réflexion. 

Unknown.jpeg J'ai plusieurs fois revu le film de Peter Weir: "Cercle des poètes disparus". Immanquablement, au moment des adieux de M. Keating, l'inoubliable Robin Williams, lorsque, un par un, les élèves montent sur les tables, je ne peux retenir mes larmes... Pourtant, ceux qui me connaissent, savent que je préfère maîtriser mes émotions. Je ne suis pas loin de penser que les adieux de John Keating expriment mes propres adieux au métier que j'aimais tant et que j'ai dû quitter trop tôt...

   "Qu'est-ce qu'un bon prof?" demande le dossier du Nouvel Observateur de la semaine. Je pense que, outre le niveau irréprochable de ses connaissances, il doit transmettre son enthousiasme pour sa matière. Celui qui va en classe comme au bagne, ne saura jamais insuffler le moindre intérêt pour son sujet.

   Je n'ai jamais aimé les relations copain-copain avec les élèves. Le prof ne doit pas être celui à qui l'on tape dans le dos. Chacun à sa place, sur les bases d'un respect mutuel. Je n'ai jamais humilié un élève, convaincue qu'un enfant à qui on répète qu'il est bête et incapable, finit par y croire et ne fait plus aucun effort. Au contraire, je me suis efforcée de trouver des motifs d'encouragement, même en mettant de mauvaises notes quand il le fallait...

   Un autre moment émouvant reste gravé dans ma mémoire, indélébile: sur le livre des condoléances, à la maison funéraire où reposait le corps de Gilbert, j'ai trouvé ces quelques lignes, à l'orthographe quelque peu hésitante: "A celui qui m'a fait découvrir et aimer Le Grand Meaulnes... Vives reconnaissances d'un collégien de Vieux-Condé"... 

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Oeuvre de Gilbert * Quatrième planète (nouvelle, extrait)

7 Septembre 2012, 10:20am

Publié par Flora bis

gilbert.jpgLa nouvelle dont j'ai tiré l'extrait ci-dessous, avait été publiée dans le recueil: "Ennemis très chers" paru en 2001 aux éditions Manuscrit. De l'intérieur, nous suivons le glissement du personnage, Jacques Delamarre, vers la folie...

Du travail d'orfèvre. 

 

(...) Cinq habitants de son immeuble, un couple et trois rejetons, mauvaise graine d'extraterrestre qui ne se privait pas de casser des carreaux en jouant au football, s'appelaient Lavenue! Un article au début, le "s" mué en "e", le camouflage était primaire. Un voisinage aussi préoccupant fit naître l'inquiétude et bientôt la terreur. Le 20 mars 1998, quand il fit part à Gabrielle de son désir de déménager pour Vrévillemont, village où le décès d'un vieil oncle l'avait fait hériter d'une masure, elle poussa de hauts cris. Quelques minutes plus tard, elle criait déjà moins. Il faut savoir mettre fin à une scène de ménage.

   A Vrévillemont, Jacques Delamarre fut accueilli comme un Martien, un étranger dont il valait mieux se méfier. Chaque soir, assis dans le noir, sur le canapé du salon, devant une bouteille de vieux marc, la boisson des Martiens, malgré le "s" changé en "c", il se remémorait cette froideur à son égard et finissait toujours par rire. Si les villageois avaient su qu'il arrivait de la quatrième planète...

   Remettre en état la maison de son oncle lui avait demandé des mois d'un labeur écrasant. De la même façon qu'il avait creusé seul le trou dans la cave, lors de la première nuit, il n'avait fait appel, pour les autres travaux, à l'aide de personne. Aide-toi, l'espace t'aidera, telle était sa devise. Maçonnerie, menuiserie, plomberie ou électricité, rien ne l'empêchait de se consacrer à sa sécurité, tâche prioritaire. Le bottin, vieil allié, permit de constituer une liste des villageois, de débusquer un nom suspect: Vendre.

   Au-delà des trois premières lettres, le lien avec l'ennemi était évident. "Vendre" était le raccourci de Vendredi, un mot d'origine latine, "Veneris dies", le jour de Vénus, celui de la disparition de Gabrielle. Tout concordait, jusqu'au mois choisi pour l'enlèvement de sa femme: Mars! Une nouvelle façon de le narguer. (...) 

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Bientôt la rentrée

29 Août 2012, 19:46pm

Publié par Flora bis

PrincessTeaParty_New.jpg Les pages des blogs, les conversations au téléphone ou aux derniers rayons du soleil estival dans le jardin, bruissent du même thème: la rentrée...

   Pendant longtemps, cette période de recommencement, à l'odeur des livres et des salles de classe, m'était assez douloureuse. Il est connu que les enseignants, pour la plupart, ne quittent l'école, entamée à 3 ans, qu'à l'âge de la retraite... La vie a voulu que cela m'arrive bien avant, au bout de seulement cinq années d'exercice. Après le poste en Algérie, Gilbert a été nommé au prestigieux Lycée Franco-allemand de Berlin-Ouest (qui existait encore derrière le Mur). Il n'y avait plus de travail pour moi, j'ai dû faire connaissance avec le statut de la "femme au foyer" auquel je n'étais nullement préparée... Il faut savoir que l'éducation des filles dans les pays communistes n'englobait pas du tout cette éventualité. L'égalité entre les hommes et les femmes, du moins à l'école et plus tard au travail, était réelle. Qu'une femme reste au foyer, je l'aurais considéré comme un handicap. Vivre "au crochet" d'un homme, "être entretenue" vous enlève votre existence propre, vous oblige à vivre par procuration...

   C'est pour cette raison que mon atterrissage dans la cage dorée de Berlin a été un choc assez considérable. Écrire dans la rubrique "profession": sans, c'était nier mes années d'études et mes années de professeur de russe et de français, métier que j'avais tant aimé... Pourtant, autour de moi, des femmes au foyer, épouses de militaires, dont la principale occupation consistait à organiser des réceptions, secondées, bien sûr, par un personnel dévoué, ne manquaient pas. Je n'étais pas habituée à ce mode de vie, j'aurais eu du mal à m'intégrer dans ces "tea party" où les principaux sujets de conversation tournaient autour des maris, des enfants et des bonnes, parmi lesquelles on avait tant de peine à dénicher la perle rare...

   De plus, les collègues de Gilbert se réunissaient souvent à la maison, leurs discussions dont l'effervescence m'était encore familière peu de temps avant, me crucifiaient... Je me sentais exclue du paradis...

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Tombe arménienne dans l'île d'Akdamar (encre, plume)

26 Août 2012, 12:00pm

Publié par Flora bis

tombe arménienne NEW 

Au printemps 1990, nous avons fait un voyage au fin fond de la Turquie, jusqu'à la frontière iranienne. C'était notre dernière année à Istanbul, du moins pour deux familles sur les trois qui participaient à l'expédition. Le Mont Nemrut, le lac de Van, pour commencer, grandioses. Un bateau de pêche nous a amenés jusqu'à la petite île d'Akdamar qui se trouve au milieu du lac. Le ciel turquoise tendu au-dessus du miroir outremer était séparé par la ligne d'horizon des montagnes enneigées, étincelantes au soleil! Nous avions le souffle coupé devant autant de beauté.

   Il y a un microclimat dans l'île minuscule. La relative fraîcheur du début du printemps anatolien laisse la place à une douceur de l'air où les amandiers éclosent avant l'heure. Parmi les ruines d'une église arménienne du Xe siècle, des pierres tombales séculaires témoignent de la patience des morts...

dessin de R. T. à la plume d'après une photo prise dans lîle

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Cimes et abîmes

23 Août 2012, 11:42am

Publié par Flora bis

DSC01778 Je ne suis pas amateur des bilans à tout va: je redoute leurs facéties d'être négatifs! A quoi bon se ruiner le moral avec l'irréversible? J'ai ainsi traversé les décennies sans trop de dégâts, surfant sur des altitudes. Puis, arrivée à la veille de mon soixantième anniversaire, une angoisse jusqu'alors inconnue m'a saisie. La trentaine, la quarantaine, même la cinquantaine ne présentaient pas de différences notables: j'avais l'impression de planer au-dessus d'un plateau haut mais peu dénivelé (que je me figurais, on ne sait pourquoi, comme le Massif central, sans jamais l'avoir vraiment visité)... Tout d'un coup, le vertige m'a happée, tel l'alpiniste amateur téméraire qui regarde sous ses pieds: tant que je regardais vers le haut, dix, vingt, trente ans durant, pas de grosse différence  -  mais dans dix ou vingt ans!... Soudain, la pente vertigineuse de la descente est apparue sous mes yeux, avec le gouffre inévitable au bout du chemin. Sans crier gare, la limite de mon "éternité" a surgi avec brutalité.  

   Aujourd'hui, je pense raisonnablement que ma rencontre avec la mort, un peu plus d'un an auparavant, y était pour quelque chose.

   Pendant quelque temps, j'ai cassé les pieds de mes amis avec mes jérémiades. Cela m'a permis d'évacuer ces angoisses inaccoutumées. Ma nature "d'optimiste inconsciente" a pris le dessus. Dès le lendemain, je me suis réconfortée avec l'idée d'être désormais, à la place d'une vieille cinquantenaire, une jeune soixantenaire fringante... 

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L'été, enfin!

16 Août 2012, 18:28pm

Publié par Flora bis

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   Mon jardin-mouchoir de poche s'épanouit timidement comme si lui non plus, il n'osait y croire: l'été est-il vraiment arrivé, pour de bon et non pas de façon trompeuse, pour un jour ou deux?... 

   Pour sûr, le jardin n'a pas souffert de sécheresse! Le tuyau d'arrosage acheté au printemps n'a jamais quitté son emballage... Les boutons des roses se fanaient sans pouvoir s'ouvrir, par manque de soleil. Ils se recroquevillaient, tristes et frileux, à mon image...

   J'aimerais que la saison se rattrape en nous offrant un bel été indien qui dure au-delà de mon anniversaire (mi-octobre)! Ce serait un beau cadeau qui me comblerait!

DSCN0855.JPG Cette petite fleur vient du jardin de ma mère. Elle a beaucoup insisté pour que j'emporte des graines dans mes bagages; sans doute était-elle heureuse de savoir un bout du pays ainsi avec moi.

   Petite fleur immigrée, transplantée dans un sol étranger... On ne lui a même pas demandé si elle en avait l'envie et le courage. Il lui faudra désormais, pour s'épanouir, s'habituer à la saveur différente du sol, aux parfums inconnus de l'air et au soleil parcimonieux... Sans parler du son de la cloche de l'église voisine qui entonne le soir: "Au clair de la lune, mon ami Pierrot..."

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Face-Book contra blogosphère

14 Août 2012, 18:33pm

Publié par Flora bis

   Un air de vacances plane sur la blogosphère, si ce n'est le signe d'un mal plus insidieux, plus grave... Du désintérêt, peut-être.

Num-riser0007.jpg   Il y a un an, j'ai ouvert un compte FaceBook, après des mois d'hésitation.Il est vrai que F-B n'a pas très bonne réputation. Plus encore, je ne voulais pas suivre le troupeau, quasi par obligation, sous prétexte que tout le monde y est. J'ai succombé quand-même à la tentation... Une nouvelle porte s'est ouverte, avec la possibilité de fréquenter des gens nouveaux (surtout des peintres extraordinaires, pour ma part). 

   Je ne suis pas adepte des records à battre quant au nombre de mes "amis"... Plutôt sélective. Je laisse venir les choses. Je préfère un petit nombre mais des relations de qualité.

   F-B permet d'être extrêmement réactif:un clic et vous donnez votre avis précieux (du moins pour vous). L'événement passe en un éclair. Remarque-t-on votre absence? Pas sûr. A notre époque où le zapping est roi, c'est sans doute là que réside son succès. Il faut sans cesse du nouveau à se mettre sous la dent. Il n'y a pas le temps (ni la demande...) pour le développement d'un raisonnement, la plupart des visiteurs ne suivraient pas au-delà de quelques lignes, surtout, sans image accrocheuse à l'appui.

   C'est pour toutes ces raisons que j'aime les blogs. Vous pouvez prendre votre temps pour écrire, publier quelque chose de plus abouti, du moins en avoir la prétention immodeste. Mais qui prendra encore le sien pour le lire, et, plaisir ultime pour l'auteur de la bouteille à la mer, pour laisser un commentaire, preuve de son intérêt pour la petite bafouille venue du coeur?...  

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Joie de vivre - et religion...

4 Août 2012, 17:53pm

Publié par Flora bis

images-1-copie-2.jpeg   Je regarde une émission sur LCP au sujet de l'Egypte d'aujourd'hui, un an après le printemps plein d'espoir d'une évolution démocratique. Les religieux ont pris la place restée vacante, les Frères Musulmans, jugés trop mous, sont poussés par les extrémistes salafistes, financés ouvertement par l'Arabie Saoudite... Le pays plutôt paisible semble en ébullition.

   Aux années 80, nous avons fait un voyage de dix jours à travers l'Egypte, d'Alexandrie à Abou Simbel, en avion, en bateau et en felouque. Le voyage le plus extraordinaire à travers le temps! Les monuments gigantesques me fascinaient, témoins immobiles des millénaires, oeuvres du génie humain, érigés par son aspiration à la spiritualité. Une religiosité complexe, avec une place singulière réservée à la mort et à l'au-delà.

   Du Caire surpeuplé, il me reste des images d'une circulation inextricable, celles d'une architecture chaotique, envahissant le désert jusqu'aux pieds de Khéops... Les millions d'habitants investissant même les cimetières. Un peuple souriant et agréable, tolérant. Sur le visage de Sadate qui avait tendu la main à Begin, j'ai découvert les traits des dieux nubiens. La danse et le chant étaient des arts traditionnels et séculaires. Ils se retrouvent menacés maintenant par le fanatisme religieux.

   J'observe la figure de l'avocat qui mène la croisade contre les chanteuses et danseuses, au nom de la morale dictée par sa conception de la religion. J'essaie de comprendre sa pensée. Son visage immobile, ses petits yeux intraitables prononcent la sentence: il faut préserver les bonnes moeurs car une femme non voilée incite au péché... Chant et danse sont oeuvre du diable... Ce dernier semble inspirer une grande peur à ce monsieur par ailleurs si autoritaire!

   Le prédicateur salafiste barbu, filmé dans la rue, avec ses propos et son visage qui ne respirent pas franchement la finesse et la complexité de la réflexion, est plus violent, prêt à en découdre avec la première chevelure féminine visible! Une femme ne doit pas exposer la moindre parcelle de son corps aux regards forcément concupiscents, seulement 'à son légitime propriétaire... Je me demande sans cesse: de quoi a-t-il peur? De quoi a-t-elle peur aussi, la doctoresse en études coraniques, emballée de pied en cape, en expliquant la nécessité de cacher le corps féminin? A qui ne font-ils pas confiance? A la femme qui, maintenue en laisse courte, aspire forcément à la liberté?... Ou bien, à eux-mêmes... Pourquoi une femme normalement vêtue inciterait-elle la meute des mâles à se jeter sur elle? Pourquoi, sinon à cause d'une frustration massive organisée au nom de la religion...

   Pourquoi les religions monothéistes ont-elles tendance à coupler péché et sexualité? Alors qu'une saine conception de la vie ne doit pas exclure la joie. Sous toutes ses formes.

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Rangements et pieds de plomb...

21 Juillet 2012, 11:43am

Publié par Flora bis

   Je ne pensais pas être aussi dépendante du soleil, du moins de la lumière! Depuis de longs mois,  -  excepté la fulgurante et prometteuse semaine de fin de mars  -  nous sommes plongés dans un temps maussade, pluvieux, automnal, avec la température à l'avenant. Le niveau de ma sérotonine doit être au plus bas... J'ai dû épuiser mes réserves. J'ai du mal à bouger, ayant l'impression de traîner des boulets de plomb attachés aux pieds comme les prisonniers des temps jadis...  

   Par contre, au moindre regain du beau temps, l'énergie me revient immédiatement, avec des envies de tout remuer et de rattraper les mois d'asthénie... Hélas, cela retombe aussitôt, faute de carburant... Il n'est pas étonnant d'avoir en tête l'image stéréotypée des Scandinaves moroses, voire suicidaires!

Numeriser0009-copie-1.jpg Ranger un placard encombré des vestiges du passé est particulièrement pénible et lent dans ces conditions. Le temps s'arrête. Je trie les vêtements d'un autre âge qui était le mien il y a quelques années. Tiens, ma robe de mariée que j'ai dessinée moi-même, il y a 39 ans... Un modèle qui devait pouvoir se remettre par la suite. Mais remet-on vraiment une robe de mariée?... 

   Une amie ne cesse de me faire de petites allusions sur les personnes qui restent figées dans le passé, insensibles à la vie qui continue. Sans elles. Cette amie, de ma génération, vient de rencontrer le grand amour, après quelques années de solitude. Bien que je l'aie assurée de ma totale neutralité sur la question (je suis très contente pour elle!), de mon respect du libre choix de chacun, elle insiste... comme pour se justifier, même inutilement. 

   Le deuil a ses stations. Il ne faut pas être pressé  -  ni presser personne  -  à les franchir. Je trie les pulls de Gilbert: ils faisaient tellement partie de son image! Au bout de 6 ans, je vais pouvoir tout débarrasser en les donnant à des gens qui en auront encore l'usage. Débarrasser... ce mot m'agresse encore. On débarrasse les déchets inutiles, encombrants. Lui ne m'encombre pas. Il devient de plus en plus immatériel.

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Françoise Héritier : Le Sel de la vie

16 Juillet 2012, 11:22am

Publié par Flora bis

419rGxAgj8L. SL500 AA300 C'est un petit livre d'à peine 90 pages et il se retrouve parmi les meilleures ventes depuis des mois, faisant un clin d'oeil à des mastodontes à chiffres de la jungle éditoriale! Moi-même je l'ai découvert dans l'émission de François Busnel, "La Grande Librairie". Cette émission, entre parenthèses, commence à asseoir son statut, bien mérité, d'émission littéraire populaire et exigeante, ce qui faisait défaut depuis Bernard Pivot. Je pense avoir compris la raison de son succès (et celle des tentatives avortées jusqu'ici): Busnel aime les écrivains, tout comme son illustre prédécesseur, et il les considère avant tout comme un lecteur averti et non pas leur concurrent...

   Françoise Héritier est une scientifique, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France, élève de Claude Lévi-Strauss. Cette petite femme de près de 80 ans, pétillante d'esprit, nous livre une "fantaisie", comme elle la définit, écrite entre le 13 août et le 10 octobre 2011, sous forme de lettres adressées à un ami. C'est quasiment une seule longue phrase, une énumération sans début ni fin, "de sensations, de perceptions, d'émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions,  parfois... Il faut voir dans ce texte une sorte de poème en prose en hommage à la vie."

   Dans cette énumération en infinitif impersonnel, le portrait de l'auteur se dessine toutefois en filigrane, sa sensualité, son appétit de vivre, sa sensibilité qu'elle partage avec nous, en les élevant au niveau universel. Un extrait (le choix est très difficile!): "... attendre à la terrasse d'un café, se dire qu'il faudrait faire de la gymnastique, penser parfois à respirer profondément, mettre à plat un trombone, monter à la main une mayonnaise ou des oeufs en neige, découvrir un fruit exotique délicieux, se remémorer les patois de son enfance ou des proverbes ou des savoirs, utiliser des mots justes qui surprennent, boire quand on a très soif, n'avoir jamais honte d'être soi..." Je pense que nous pourrions tous dresser notre liste jamais exhaustive, laissant libre cours à l'association des souvenirs. Car nous ne sommes pas seulement des êtres sociaux mais aussi des réceptacles d'émotions imprégnées. Elles ont contribué à construire l'être sensuel et émotionnel que nous sommes devenus. Le Sel de notre vie... Que serions-nous sans cet ingrédient essentiel?...

Françoise Héritier: Le Sel de la vie éditions Odile Jacob 2012

 

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