Je regarde une émission sur LCP au sujet de l'Egypte d'aujourd'hui, un an après le printemps plein d'espoir d'une
évolution démocratique. Les religieux ont pris la place restée vacante, les Frères Musulmans, jugés trop mous, sont poussés par les extrémistes salafistes, financés ouvertement par l'Arabie
Saoudite... Le pays plutôt paisible semble en ébullition.
Aux années 80, nous avons fait un voyage de dix jours à travers l'Egypte, d'Alexandrie à Abou
Simbel, en avion, en bateau et en felouque. Le voyage le plus extraordinaire à travers le temps! Les monuments gigantesques me fascinaient, témoins immobiles des millénaires, oeuvres du génie
humain, érigés par son aspiration à la spiritualité. Une religiosité complexe, avec une place singulière réservée à la mort et à l'au-delà.
Du Caire surpeuplé, il me reste des images d'une circulation inextricable, celles d'une
architecture chaotique, envahissant le désert jusqu'aux pieds de Khéops... Les millions d'habitants investissant même les cimetières. Un peuple souriant et agréable, tolérant. Sur le visage de
Sadate qui avait tendu la main à Begin, j'ai découvert les traits des dieux nubiens. La danse et le chant étaient des arts traditionnels et séculaires. Ils se retrouvent menacés maintenant par le
fanatisme religieux.
J'observe la figure de l'avocat qui mène la croisade contre les chanteuses et
danseuses, au nom de la morale dictée par sa conception de la religion. J'essaie de comprendre sa pensée. Son visage immobile, ses petits yeux intraitables prononcent la
sentence: il faut préserver les bonnes moeurs car une femme non voilée incite au péché... Chant et danse sont oeuvre du diable... Ce dernier semble inspirer une grande peur à ce monsieur par ailleurs si autoritaire!
Le prédicateur salafiste barbu, filmé dans la rue, avec ses propos et son visage qui
ne respirent pas franchement la finesse et la complexité de la réflexion, est plus violent, prêt à en découdre avec la première chevelure féminine visible! Une femme ne doit pas exposer la
moindre parcelle de son corps aux regards forcément concupiscents, seulement 'à son légitime
propriétaire... Je me demande sans cesse: de
quoi a-t-il peur? De quoi a-t-elle peur aussi, la doctoresse en études coraniques, emballée de pied en cape, en expliquant la
nécessité de cacher le corps féminin? A qui ne font-ils pas confiance? A la femme qui, maintenue en laisse courte, aspire forcément à la liberté?... Ou bien, à
eux-mêmes... Pourquoi une femme normalement vêtue inciterait-elle la meute des mâles à se jeter sur elle? Pourquoi, sinon à cause d'une frustration massive organisée au
nom de la religion...
Pourquoi les religions
monothéistes ont-elles tendance à coupler péché et sexualité? Alors qu'une saine conception de la vie ne doit pas exclure la joie. Sous toutes ses formes.