Le blog de Flora

Le spectacle est fini...

16 Juin 2012, 14:49pm

Publié par Flora bis

DSCN0756-copie-1.JPG

Hier soir, la quatrième représentation  -  sans doute la plus rodée, la plus réussie  - s'est achevée, au terme d'une semaine intense. Tous les soirs, j'ai pris le chemin pour y assister. A chaque fois, le trac s'est renouvelé, tenace, car ni le public ni les comédiennes n'étaient les mêmes... Je ne peux que remercier Richarda Nohinck et Godelieve Tournois pour leur brillante prestation. Je suis touchée qu'elles aient consacré autant de leurs temps à mes mots...

"Pépites d'or et vieille lavande"... Le ton passablement léger du début se charge progressivement de tension. Les parents sont morts (dans un accident de voiture) et enterrés ensemble, selon leur volonté, soudés qu'ils étaient par un amour infaillible durant leur longue vie.DSCN0759.JPG Leurs deux filles trient les objets et les souvenirs... Petit à petit, tout finit par se remettre en questions: leurs rivalités lointaines et sournoises, les apparences qui gouvernent leur vie et pour finir, l'image des parents parfaits... Des choses enfouies refont surface...

   De longues minutes après les derniers mots, le public reste en place, en proie à une émotion palpable que je voulais retenue. Une discussion s'ensuit et qui dure deux à trois heures encore, se prolongeant autour du verre de l'amitié... Chacun reconnait une parcelle de sa propre enfance dans les souvenirs de Victoria et de Dominique. Cette résonance me plaît car pour moi, il n'existe pas de vie sans histoire, pour ne pas dire sans intérêt. Il suffit de prendre la peine d'y prêter attention, pour chercher derrière les apparences.

Voir les commentaires

"Pépites d'or et vieille lavande"...

14 Juin 2012, 12:20pm

Publié par Flora bis

DSCN0731 Que font deux soeurs dans la maison de leur enfance, au retour du cimetière où elles viennent d'assister à l'enterrement de leurs parents?...

   Après une première expérience il y a un an où, tremblante de trac, j'ai "lâché" mon premier texte sur scène, dans la brillante interprétation de Richarda, je récidive cette fois-ci avec un dialogue entre deux personnages. J'avais envie d'expérimenter cette technique: la confrontation entre plusieurs personnes, à travers ce qu'elles se disent, sans descriptions ou analyse psychologique, rien que par ce qu'elles disent et la façon dont elles le font... Tentative excitante à l'avance! Dès le début, j'ai pensé à mes deux interprètes, j'écrivais, je rajustais les répliques en les imaginant jouer... Je me sentais comme la couturière devant son mannequin d'essayage... Cependant, je me suis refusé d'assister aux répétitions: du moment que vous confiez votre texte à ceux qui le feront vivre, il doit pouvoir vous échapper!

   Après deux représentations, je suis très contente! Le public en a l'air aussi... Deux autres soirées suivront encore; j'essaierai de reprendre quelques photos de meilleure qualité!

Voir les commentaires

Jogging et papotage...

11 Juin 2012, 16:08pm

Publié par Flora bis

3 Grasses 2010 NEW Nous sommes inondés d'avis de spécialistes, de conseils avisés d'experts qui auscultent sans relâche notre bien-être physique et moral. Les sentences se contredisent parfois; je les soupçonne même de se modifier selon la conjoncture et les saisons. Les bienfaits du magnésium contenu dans le chocolat reviennent immanquablement aux alentours de Noël et de Pâques et le foie gras cesse de menacer le niveau de notre cholestérol à l'approche de Noël... 

   Malgré ma méfiance naturelle, un communiqué du département de psychiatrie de Stanford me plaît bien. En substance, "... l'une des meilleures choses que l'homme puisse faire pour sa santé est d'avoir une épouse, alors que pour la femme, la meilleure des choses à faire pour être en bonne santé est d'entretenir ses relations avec ses amies."

  Cette phrase suggère plusieurs questions sur la différence des besoins masculins et féminins. Quel besoin pour sa santé remplit l'épouse pour l'homme, besoin que lui-même semble inutile de fournir pour le bien-être de sa femme? Il y a comme un petit décalage dans la symétrie conjugale!... Doit-elle être bonne "gouvernante", infirmière, cuisinière et amante avertie, résumant ainsi tous les domaines de compétence nécessaires?

   Deuxième question: le papotage entre amies serait-il plus utile pour la production de la sérotonine, ce neurotransmetteur qui combat le stress et l'état dépressif, qu'une belle relation conjugale? Ou bien la "communion des chairs" seule satisferait-elle l'homme, tandis que son épouse chercherait-elle son supplément de sérotonine dans une bonne conversation entre copines où l'on peut échanger, se livrer, dissolvant le stress et allégeant le poids des problèmes?... Les femmes ont l'habitude de ces confidences que les hommes répugnent à lâcher même entre amis. Seulement, les savants spécialistes prétendent qu'une bonne petite bavette taillée entre copines préserve mieux notre santé que de consciencieuses suées régulières dans une salle de gymnastique...   

Voir les commentaires

Deux techniques pour le même dessin (1996)

5 Juin 2012, 13:54pm

Publié par Flora bis

                          DSCN0721 3

 

 

DSCN0720

 

 

 

Voir les commentaires

Oeuvre de Gilbert * Au générique (nouvelle, extrait et fin)

27 Mai 2012, 12:48pm

Publié par Flora bis

 illo Au générique encre noire NEW(...) Le sommeil le saisissait devant le petit écran mais, dans son rêve, l'histoire le poursuivait. Gérard pénétrait dans le hall, demandait à voir sa femme, faisait quelques pas dans le couloir puis hésitait, prenait peur et rebroussait chemin. Grégoire se souvenait de ce dos large qui s'éloignait, une scène tournée trois fois seulement. L'acteur quittait les lieu, un peu voûté. Lui restait. Rien de plus normal. Il était là avant les caméras, ne se contentait pas de passer, pour une séquence cinématographique.

   Un soir, Grégoire se demanda pourquoi le nom de Depardieu, comédien fugitif dont on ne voyait que le dos, figurait en si grosses lettres au générique, une injustice criante pour l'acteur principal. Dès le lendemain matin, il confectionna, à même le mur blanc de sa chambre, un générique honnête. Les huit lettres de son prénom en occupaient le centre.

illo-Au-generique-couleurs_NEW.jpg     Une semaine plus tard, il modifia la ligne réservée au scénariste. Puisque c'était en le voyant que le fugace Gérard décidait de repartir, nul autre ne pouvait prétendre être l'auteur de l'intrigue. Il en était de même pour la réalisation. Grégoire s'en souvenait très bien, au moment de tourner la scène de l'hôpital, celle que les critiques décrivaient comme essentielle, il avait refusé la présence à ses côtés de Thimothée, cet imbécile qui aurait tout gâché. Le voyant se rouler par terre, menacer de priver le film de son jeu émouvant et subtil, le metteur en scène avait compris qui était le maître.

   Le nouveau générique présentait l'avantage de résister aux détergents et aux coups de pinceau. Lorsqu'il était écrit au stylo, Thimothée essayait de l'effacer, chaque jour. Grégoire s'était montré plus intelligent, taillant dans le plâtre des lettres inamovibles. Le docteur Gros lui avait donné raison, remettant en place l'infirmier stupide, même si les mots choisis montraient un décalage étrange avec la réalité.

   "Laissez-lui son générique! C'est un hôpital psychiatrique ici, pas une galerie d'art."

   Un hôpital psychiatrique! Ces médecins ne comprenaient rien au cinéma. 

 

in "Ennemis très chers"  recueil de nouvelles,  éd. Manuscrit  2001

illustrations: R. T. (flora)

Voir les commentaires

Choc identitaire

24 Mai 2012, 19:21pm

Publié par Flora bis

DSC01366 Où se trouve désormais ce "chez moi", ce "home", cet "otthon", pour lequel le français n'a pas d'équivalent en un seul mot?... Connaître l'état de se trouver entre deux chaises n'est pas très réconfortant. Enrichissant peut-être mais pas confortable. On peut facilement se réveiller par terre.

   C'est à peu près le sentiment que j'éprouvais pendant le court séjour dans mon pays natal. Je suppose ne pas être la seule dans ce cas.

   Si je compte bien, j'ai passé à ce jour plus de temps en dehors que dans mon pays d'origine, je m'exprime depuis plus longtemps dans une langue étrangère que je ne l'ai fait dans ma langue maternelle. Tout cela était lié à Gilbert. C'était plus facile quand nous habitions dans un tiers pays: ni chez moi, ni chez lui. Personne n'était avantagé... 

   Puis, il a disparu, mort, évaporé dans le néant. Reste une petite poignée de cendres et beaucoup de présence dans la mémoire. Cette présence me maintient ici. Mon autre moitié m'attire vers le sol qui m'avait mise au monde, vers la langue  -  originale, infiniment riche  -  que j'ai abandonnée en même temps...

DSC02816 S'exprimer dans une langue devient organique lorsqu'on arrive à dépasser un certain stade de balbutiement plus ou moins avancé. Lorsqu'on arrive à trouver le mot juste. Exactement celui qui s'arrache de nos entrailles pour exprimer au plus près ce que nous sommes. C'est ce que je m'obstine à obtenir un jour en français, tentant d'apprivoiser cette belle langue capricieuse, gâtée par tant de géants de la littérature. Langue de l'écriture par excellence! Et mes efforts, même si parfois maladroits, sont éminemment jouissifs!

   Mon autre "chaise", ma langue maternelle? Je dois changer de peau pour qu'elle me laisse l'approcher, me la ré-approprier.

   Suis-je encore chez moi dans mon pays d'origine? Un pays métamorphosé où mes repères vacillent. Le pays où tous parlent ma langue maternelle comme les membres d'une même famille. Observez ce que vous éprouvez quand, à l'autre bout du monde, vous tombez sur un compatriote inconnu que vous n'auriez même pas remarqué chez vous. Un sentiment d'appartenance à la même famille. C'est là que je me sens soudain en lévitation entre deux chaises...

   Peut-on se sentir concerné par deux pays à la fois? J'arrache une branche d'acacia dans la rue de ma mère et j'enfouis mon nez dans la grappe de fleurs lourde du parfum de miel de mon enfance. Je tente une réponse: oui, sans doute, comme on est concerné par le passé et le présent, en même temps.

Voir les commentaires

Rapide escapade au printemps...

22 Mai 2012, 14:13pm

Publié par Flora bis

   Une semaine... Durée bâtarde pour mettre de la distance entre "ici" et "ailleurs". Se ré-acclimater à la terre natale. A l'enfance, aux traces du passé. Si toutefois c'est encore possible...

   Dans la voiture, le trajet est long (1650 km), effectué d'un seul trait, de nuit et sous la pluie, avec des murs ininterrompus de camions, pressés d'avaler de la route avant l'arrêt forcé du week end. Les petites dorment tant bien que mal.

   Chez ma tante, près de la frontière autrichienne, nous faisons halte pour quelques heures. Elle supporte sa maladie avec son stoïcisme habituel, sachant que son temps est compté. Son sourire m'accompagnera toujours, souvenir de mes vacances heureuses, du temps où tout était encore à venir et semblait possible...

DSCN0573.JPG A cinq, nous fondons sur la solitude de ma mère. Solitude mal supportée et qui dure depuis 1995. La mort de mon père la plonge dans le veuvage à 67 ans. Huit ans plus tard, celle de mon frère, encore plus prématurée à 53 ans, lui assène un deuxième coup dur. Elle qui n'a jamais supporté la solitude est bien servie, tellement imprégnée de son malheur que parfois, elle laisse échapper un: "Tu ne sais pas ce que c'est d'être seule!" A moi de lui rappeler que c'est aussi mon cas depuis bientôt 6 ans et que j'avais dix ans de moins qu'elle lorsque cela m'est arrivé... Peine perdue, recroquevillée sur son malheur, refusant de voir les efforts bienveillants de son entourage, elle rumine son aigreur. Culpabilisante car c'est un peu le but, consciemment ou inconsciemment...

   Personnage de roman, ma mère. Un jour, il faudra que je l'écrive. Il n'y a pas de vie sans histoire. Si j'ai un talent, véritablement, pour l'écriture, il faudra que je lui dresse son monument de mots... 

   

 

Voir les commentaires

Petite pause printanière

11 Mai 2012, 11:49am

Publié par Flora bis

DSC01386 

 

Je fuis la grisaille! Le blog va profiter d'un peu de repos, le temps que je prenne un petit bain de jouvence (résultat non garanti!) sur les terres qui m'ont vu naître et grandir  -  oh, pas démesurément, jusqu'à 164 cm environ...

Le bain en question ne s'effectuera probablement pas encore sur cette plage de la Tisza, rivière qui borde le lieu de ma naissance et qui, descendue des Carpates, se jette dans le Danube à quelques 150 km plus loin, à Belgrad... Elle a accompagné mon enfance... Un jour, je la raconterai... A bientôt!

Voir les commentaires

Double-portrait au féminin (crayon, 1995)

7 Mai 2012, 12:42pm

Publié par Flora bis

double-portraitféminin NEW

Voir les commentaires

Tri sélectif... du passé

3 Mai 2012, 19:42pm

Publié par Flora bis

Elena NEW Je regarde au fond de la benne où je viens de jeter une bonne trentaine de toiles et de dessins sous-verre. Ils gisent pêle-mêle, écrasés les uns sur les autres, les verres brisés, les toiles éventrées. Un monsieur de passage en sauve deux in extremis. Plus de vingt années de ma vie dans ce tombeau improvisé! Ils tentent une dernière supplique pour m'amadouer. Je résiste. Je leur tourne le dos et je remonte dans ma voiture. Sans un regard en arrière.

   Einstein-bebe_NEW.jpg Objectivement, tout cela n'avait qu'une vague valeur émotionnelle. Et encore, des émotions positives mais aussi beaucoup de très noires. Il faut essayer de faire de la place autour de soi pour se donner un peu d'air. Couper certains liens forts et nocifs. Ces derniers temps, je pense souvent au désencombrement, de mon vivant, afin de libérer les enfants de cette tâche pénible. Peut-être, une façon de me libérer moi-même...

   Cela fait trop longtemps que je me laisse enchaîner par les souvenirs. La vague de nostalgie omniprésente contre laquelle je me battais mollement, tout en me laissant engloutir par sa vase tiède, constituait un refuge douillet contre les intempéries du présent. Il suffisait de poser un regard sur ces objets pour que l'époque de ma rencontre avec eux ressurgisse de façon immédiate et authentique, me replongeant dans les bons et mauvais souvenirs. Les revivre ainsi représentait la preuve que ces années ont vraiment existé. Sinon, j'aurais eu l'impression de les avoir rêvées...

     

Voir les commentaires