Sándor Márai (1900-1989) * Les Braises (A gyertyák csonkig égnek, 1942)
Les visiteurs de ce blog connaissent le nom de l'écrivain hongrois Sándor Márai, mort en exil en 1989, un des écrivains importants du vingtième siècle européen. Il a quitté la Hongrie après la venue au pouvoir des communistes mais la langue hongroise est restée sa patrie. Ses livres y étaient interdits jusqu'au changement du régime. J'ai déjà publié plusieurs extraits de son livre "Mémoires de Hongrie" sur ce blog. Son roman "Les Braises", publié aux éditions Albin Michel en 1995, a été au départ d'un succès fulgurant à travers le monde, un roman écrit en majeure partie sous forme de dialogues. La confrontation entre les deux personnages, Conrad et le général, a été adaptée à la scène par Claude Rich et jouée par lui-même en compagnie de Bernard Verley, en 2003.
(...) En effet, nous vieillissons tout doucement, dit le général. Tout d'abord, c'est notre joie de vivre et de voir nos semblables qui s'émousse. Peu à peu, le sens de la réalité prédomine en nous. Nous pénétrons mieux le sens des choses et nous assistons avec ennui à la succession des événements qui se répètent. Le noter est déjà un signe de vieillesse.
(...) Puis, c'est le corps qui se met à vieillir. Pas non plus brusquement... d'abord, c'est notre vue qui baisse, puis c'est notre estomac ou notre coeur... ou, éventuellement nos jambes commencent à se sentir fatiguées. Oui, la vieillesse avance lentement; elle s'étend peu à peu à notre âme. Elle est encore pleine de désirs nostalgiques et de souvenirs, elle recherche encore la joie. Quand elle renonce aussi à désirer et à espérer, il ne reste plus que les souvenirs et la vanité de toutes choses. Arrivé à cette étape, on est réellement, irrémédiablement vieux. (...)
traduction: Marcelle et Georges Régnier