Le blog de Flora

János Pilinszky (1921- 1981) * TROIS COURTS POÈMES

14 Janvier 2012, 19:50pm

Publié par Flora bis

Pilinszky Janos 

DÉTRÔNEMENT

Nous passons à ton cou, écrite sur une pancarte,

ton histoire.

traduction: Maurice Regnaut

 

TRÓNFOSZTÁS

Táblára írva nyakadba akasztjuk

történeted.

 

FINAL

Moi, je me tiens peut-être au milieu.

C'est peut-être le soir. Peut-être le crépuscule.

Une chose est sûre: il se fait tard.

traduction: Guillevic

 

VÉGKIFEJLET

Magam talán középre állok.

Talán este van. Talán alkonyat.

Egy bizonyos: későre jár.

 

IN MEMORIAM F.M. DOSTOÏEVSKI

Inclinez-vous. (Il s'incline jusqu'au sol.)

Levez-vous. (Il se dresse.)

Enlevez la chemise, le caleçon.

(Il les enlève tous les deux.)

Regardez-moi en face.

(Il se retourne. Regarde en face.)

Rhabillez-vous.

(Il se rhabille.)

traduction: Guillevic

 

IN MEMORIAM F.M. DOSZTOJEVSZKIJ

Hajoljon le. (Földig hajol.)

Álljon föl. (Fölemelkedik.)

Vegye le az ingét, gatyáját.

(Mindkettőt leveszi.)

Nézzen szembe.

(Elfordúl. Szembanéz.)

Öltözzön föl.

(Fölöltözik.)

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Oeuvre de Gilbert * Le mépriseur (roman, extrait)

12 Janvier 2012, 17:07pm

Publié par Flora bis

Le-m-priseur.jpg (...) Pourquoi est-il si difficile de se lever? Pourquoi faut-il que le corps désobéisse aux volontés du coeur, aux ordres de l'esprit, au point de se raidir, d'adhérer au meuble dont il devient dès lors impossible de s'évader? Il a décidé de s'approcher, moment qu'il s'interdisait si longtemps, par sagesse, par pudeur aussi, ne le méritant pas, et voici que la douleur le cloue au fauteuil, marionnette grotesque dont les fils se seraient rompus ou le manipulateur absenté.

   Il a beau s'arc-bouté aux accoudoirs, bander les muscles de ses bras pour entraîner le tronc, libérer les jambes et leur permettre d'exercer un peu plus de force, la chair et les os se rebellent, ne sachant plus se plier, possédant déjà la froide fixité de la mort et il reste empêtré dans les coussins de plumes, pris aux filets de leur fallacieuse douceur.

   Il a choisi le gris, un des volumes qu'il connaît le mieux pour y avoir été contraint, de longues heures, en son enfance, et dont il n'a voulu retenir que les histoires les plus pittoresques: bambin que l'on menace de trancher, cités enflammées, statue de sel, multiplication des pains. Plus tard, beaucoup plus tard, une curiosité nouvelle l'a poussé vers ces quatre tomes et surtout vers les deux premiers, les plus foisonnants, ceux d'un patriarche dénudé devant son fils, un soir d'ivresse, de filles privées de mâles et soûlant leur père pour s'accoupler avec lui. Comment ne pas s'agenouiller devant tant de perversité?

   Il a choisi le gris et peu à peu l'apprivoise, essoufflé de tant d'efforts mais hypnotisé par les phrases que l'on a tracées à son intention tout au long de la muraille, comme sur la tombe d'un pharaon. Le bras se hisse vers la proie si haut perchée que le dos doit se redresser, à la limite de la rupture. (...)

 

in  Gilbert Millet "Le Mépriseur"  éditions Manya  1993

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Sylvain Tesson: Dans les forêts de Sibérie

7 Janvier 2012, 20:19pm

Publié par Flora bis

poster_146823.jpg Dès que j'en ai entendu parler, une envie irrésistible m'a attirée vers ce livre. Un journal de bord, jour après jour, des six mois de retraite de l'auteur au bord du lac Baïkal (le plus grand réservoir d'eau douce de la planète, avec ses 31500 km2, une pureté et une profondeur unique à 1630 m, un lac vieux de 25 millions d'années...). De février en juillet, en Sibérie, on vit surtout l'hiver, à - 33°, dans une cabane de pêcheur de 3 m sur 3, en rondins de bois, avec un poêle en fonte pour tout confort, à condition que l'on coupe son bois... Le lac gelé à plus d'un mètre de profondeur, sert de voie de circulation. Pour pêcher, il faut tailler un trou dans la glace. A 30 km à la ronde, pas de voisin. Des visites, très rarement, de quelques pêcheurs ou géologues, aussi "sauvages" que lui, pour vider quelques verres de vodka ou de thé. Des traces d'ours parfois, histoire de ne pas se faire oublier. Et surtout, un paysage grandiose, changeant et toujours merveilleusement renouvelé.

   Des cahiers vides à remplir, une caisse d'une bonne soixantaine de livres à déguster. Une rencontre avec soi-même. L'écrivain globe-trotter Sylvain Tesson, à 37 ans, en éprouve un besoin irrésistible: "J'ai atteint le débarcadère de ma vie. Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure."

   La "cabane" devient un symbole, un concept philosophique. "La cabane est le lieu du pas de côté." Posséder le temps, c'est acquérir la liberté. Courir à travers l'espace est une fuite en avant. Une course effrénée devant l'angoisse de la confrontation avec soi-même, avec sa finitude. "Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et soudain, on ne sait même plus qu'il est là." Ce qu'il cherche, c'est l'apaisement par la conquête d'une liberté intérieure, la seule véritable. "Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l'espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l'âpreté de la vie, et le côtoiement de la splendeur géographique. L'équation de ces conquêtes mène en cabane."

   L'ermite qu'il devient se détache progressivement du monde, pour constater avec stupeur et un certain effroi: ni mes biens ni les miens ne manquent... Dans la solitude, les pensées prennent de l'ampleur, rien ni personne n'entrave leur jaillissement, leur approfondissement, jusqu'à la conclusion ultime: "Qu'elle est légère, cette pensée! et comme elle prélude au détachement final: on ne se sent jamais aussi vivant que mort au monde!

   Est-on obligé de s'installer au bord du lac Baïkal, dans un  froid de gueux, pour conquérir sa liberté? Bien sûr que non. "On peut trouver le silence dans ses voûtes intérieures", même au milieu d'une grande ville.

   Moi qui ai tant de mal à me décider pour regagner mon lit, le soir, j'attendais le moment des retrouvailles avec le livre de Sylvain Tesson. Comme un rendez-vous jubilatoire avec des idées qui faisaient écho à mes propres préoccupations, confirmant ce qui était en gestation lente et incertaine au fond de moi, depuis le début de la solitude, imposée par la mort de Gilbert et choisie ensuite. Par nécessité de la rencontre avec soi-même. Les notes quotidiennes: un autre écho justifiant ma graphomanie somme toute récente. Une nécessité de fixer le temps, du moins s'en donner l'illusion, ai-je noté dans mon "cahier rouge" il y a deux ans. Sylvain Tesson, graphomane talentueux et expérimenté le dit bien mieux: "J'écris un journal intime pour lutter contre l'oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l'on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre: les heures coulent, chaque jour s'efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l'absurde. J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence." 

Un précieux réconfort, dans la recherche du sens des choses qui m'arrivent...

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Dans le monde merveilleux des bisounours...

2 Janvier 2012, 19:24pm

Publié par Flora bis

DSCN0194 Je me moque... Notre époque m'intime la posture distante, pour ne pas dire cynique, en tout cas lucide, face aux débordements des "bons sentiments". Et pourtant, je me surprends à tomber dans le piège de l'émission mensuelle de Frédéric Lopez qui prétend vouloir nous apprendre à être heureux, du moins lâcher prise devant les émotions positives. 

   J'avais vu quelques unes des émissions de la série "En terre inconnue", j'avoue même avoir écrasé des larmes à certains passages. Je suis persuadée que l'émotion violente qui nous étreint naît de notre propre histoire, même si nous ignorons son origine. Quel événement ou image nous soutire des larmes? Ce n'est absolument pas anodin...  Pour ma part, je suis assez insensible aux manoeuvres intentionnelles s'attaquant à mes glandes lacrymales. Par contre, je me fais cueillir à peu près immanquablement par un beau geste gratuit ou l'expression d'une sincérité démunie. Il y a quelques années, un reportage à la télé a présenté quelqu'un, tout juste sauvé de noyade. On voyait la victime grelottant dans des couvertures, cherchant à remercier son sauveur. Celui-ci a déjà disparu... C'est le geste qui compte et non la récompense. 

   Pour en revenir à Frédéric Lopez, son cas semble assez unique dans le monde audiovisuel où chaque effet est commercialement calculé. J'espère que le succès croissant  -  et le gain d'Audimat  -  ne dénaturera pas son enthousiasme.

   Le sympathique expert en nos neurones qui le seconde et qui nous distille ses savants conseils en thérapie du bonheur, nous recommande la tenue régulière d'un cahier dans lequel noter les événements de la journée ou simplement, ce qui passe par la tête... Je peux vous confirmer, moi qui ai commencé cet exercice inconsciemment, poussée par un sentiment d'intime nécessité voici quatre ans déjà, que ça marche! Ce cahier m'accompagne partout, me rappelle à lui par un manque lancinant si je le néglige. Il m'a grandement aidée, j'en suis persuadée, à traverser les stations douloureuses du deuil, m'a réconciliée avec la solitude en en ouvrant les perspectives vertigineuses et m'a menée aux plaisirs jouissifs et dévorants de l'écriture. Dans ma langue d'adoption. 

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Apparition (pastel, 2011)

30 Décembre 2011, 12:50pm

Publié par Flora bis

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Une année est derrière nous, ou presque... Ces compteurs, rythmés par les étoiles et par ce qui en dépend, inventés par l'homme pour se créer des repères spatio-temporels et pour ne pas se laisser happer par le vertige d'une existence éphémère dans l'infini, nous installent dans notre petit monde fabriqué sur mesure, avec nos petits rituels journaliers, annuels, vitaux... Nous les habillons de fêtes ou de deuils, de noir et blanc ou de couleurs chatoyantes, nous les attendons ou les subissons: c'est notre vie... 

Avec le temps, nous nous rendons compte que nos forces diminuent et cela nous incite à nous lancer dans une aventure différente, non moins excitante, à la mesure de nos possibilités changeantes, celle de la réflexion. Que de matière accumulée durant des années! Nous donner les moyens "d'en tirer la substantifique moelle"  -  quel luxe dans l'existence! Sylvain Tesson s'est retiré dans une cabane de pêcheur au bord du lac Baïkal, pour 6 mois (je suis en train de le lire, j'en parlerai bientôt). Mais il est d'avis que chacun de nous peut trouver sa cabane magique, même en plein coeur d'une grande ville!

 

Je souhaite à chacun de mes chers visiteurs, amis virtuels inestimables,

une très belle année 2012!  

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Petit message de Noël...

24 Décembre 2011, 00:26am

Publié par Flora bis

DSCN0645.JPG 

A tous mes visiteurs fidèles ou occasionnels,

je souhaite une très belle fête de Noël!

Que ce jour (re)devienne le moment privilégié

d'une joie partagée 

de nous retrouver ensemble, tout simplement.

La fête de ce lien, de cet élan vers l'autre... 


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Vieille photo...

19 Décembre 2011, 21:18pm

Publié par Flora bis

en-es-ocsi-4-es-2-evesen_NEW.jpg C'est une bien vieille photographie, un peu usée, retrouvée dans le portefeuille de mon père, après sa mort. Jamais elle ne le quittait. Sur la photo, mon frère et moi, au début des années cinquante. Une vingtaine de mois nous séparaient, mais grand costaud, il m'a rapidement rattrapée, puis dépassée en taille.

   Nous avons grandi ensemble. Jusqu'à l'adolescence, nous étions presque inséparables. A partir de ce moment-là, nos fréquentations, nos intérêts pour les études  -  ou leur manque  -  nous ont orientés dans des directions très différentes. Il s'est marié à 20 ans, alors que j'étais encore à la fac. Père de famille un an plus tard, alors que moi, j'ai encore attendu 6 ans... 

   Je suis partie vivre à l'étranger avec Gilbert. Nous nous retrouvions pendant les vacances d'été et nous essayions de renouer les fils de la complicité de notre enfance, en remémorant les souvenirs. Mais je me suis rendu compte avec un regret lancinant que je ne le connaissais pas vraiment... Nos discussions restaient à la surface des choses, en évitant l'essentiel.

   Sa passion pour les chevaux datait de l'enfance, de nos vacances chez mes grands-parents maternels. Notre oncle possédait deux chevaux avec lesquels il venait nous chercher à la gare, à quelques kilomètres plus loin, en calèche! Début d'un véritable conte de fée qui durait tout l'été et pendant des années! Mon frère passait le plus clair de son temps avec les chevaux. Devenu adulte, dès qu'il a pu, il s'en est procuré deux; des poulains naissaient fréquemment...

   Il a beaucoup travaillé. Grand fumeur, son coeur s'est arrêté net un jour de l'été torride de 2003. Il lui manquait un mois et demi, pour atteindre ses 54 ans...

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Oeuvre de Gilbert * Poste restante (nouvelle, extrait)

15 Décembre 2011, 12:25pm

Publié par Flora bis

Poste-restante.jpg (...) Les candidats à une mort violente ne manquaient pas: une fermière avait médit sur ses parents; un mari trompé avait accusé son père de jouer les amants; une camarade de classe avait obtenu de meilleures notes que lui grâce aux culottes "petit bateau" qui aguichaient l'instituteur. En les éliminant, il ferait oeuvre de salubrité publique et ne serait pas le seul à se réjouir: certains laisseraient en héritage une soupière de pièces d'or, une maison, une veuve appétissante. La disparition d'agriculteurs gourmands en subventions soulagerait le budget européen. La bouilloire vint interrompre ses réflexions. L'eau de son infusion  était prête.

   Il tendit la main vers le gaz puis suspendit son geste. La flamme le ramenait vingt ans plus tôt, un 5 juillet. La fumée s'élevait, parallèle au clocher. A cause d'elle, il avait cloué Marie Brennevent sur un autel. Les bigotes tenaces continuaient de fréquenter l'église. A chaque enterrement, on se bousculait, tandis qu'il attendait devant la porte. Pour ses parents, il n'y avait pas eu de service religieux. On les savait athées; on n'avait pas poussé l'audace jusqu'à en faire de bons cadavres bénis à coup de goupillon.

   Il éteignit le gaz. Deux images flottaient devant lui, la tombe dépourvue de croix de ses parents et la bombe incendiaire dans le cercueil de Joël Sureul. Elle exploserait au moment de l'absoute, dans l'église trop petite pour la foule des curieux. Pour guetter le grand bruit, il prit de la hauteur. La grille rouillée grinça sous la poussée. Le cimetière était désert. Le caveau des Montlieu, une construction massive, ornée d'angelots en jupettes moussues et d'une madone décapitée, déclencha son fou rire. Les prochains locataires des lieux gisaient dans la paille d'une de leurs granges. Notre-Dame de la Treille avait perdu deux paroissiens. (...)

Gilbert Millet: "Ennemis très chers" recueil de nouvelles, éditions Manuscrit,  2001

illustration: R.T. (alias Flora)  

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Des Français de toute sorte...

11 Décembre 2011, 16:58pm

Publié par Flora bis

La campagne électorale s'annonce impitoyable, les champions du ring et leurs lieutenants se préparent à un match sans merci où tous les coups sont permis. Les places sont chères mais apparemment assez lucratives pour que ça vaille la peine de se laisser étriper au passage.

  Eva Joly n'est pas "mon poulain". Pourtant, je suis sensible à la polémique qui s'installe autour de son accent norvégien, indigne d'un hypothétique président de la république. Cela dissimule à peine le sentiment qu'il y a des vrais Français, attestés par des livrets de famille irréprochables, sans tache, depuis plusieurs générations. Avec, parfois, un français pauvre et boiteux, certes, mais sans accent étranger. 

Paris 2006 On me dit souvent, avec gentillesse, que j'ai "un charmant accent, d'où vient-il?" D'autres, comme Jean-Vincent Placé, sénateur "vert", adopté à l'âge de 7 ans, n'a pas l'ombre d'un accent coréen, il est pourtant ouvertement moqué par le F.N. Son accent est inscrit sur son visage, indélébile. Combien de peaux noires ou "basanées" suscitent l'interrogation muette de la part de certains, sur leur légitimité?...

  Eva Joly a choisi la France, par amour pour un homme, tout comme moi (et non pas inversement: choisi un homme pour gagner la France  -  la vie est bien plus compliquée que cela! Pendant 14 ans, j'ai même demandé à mon mari d'habiter un tiers pays, afin d'être à égalité...). A l'âge adulte, il est plus difficile de gommer un accent. A vrai dire, je ne fais pas non plus l'effort nécessaire. Par contre, jusqu'à la fin de mes jours, je travaillerai à l'amélioration de la pratique de cette langue merveilleuse, si injustement maltraitée parfois par ses héritiers authentiques. Et cela sans obligation. Par pur plaisir.

   Pendant mon séjour d'étudiante en URSS, j'ai découvert avec stupeur la carte d'identité d'une amie. Гражданство: советское (Citoyenneté: soviétique)  Национальность: еврейка  (nationalité: juive)... La France, terre d'accueil généreuse plus que beaucoup d'autres, assure par sa constitution l'égalité entre ses citoyens, sans distinction des origines. Cela fait maintenant 21 ans que nous sommes revenus définitivement en France, Gilbert ayant quitté les postes successifs à l'étranger. Il a trouvé sa dernière demeure dans le Nord. J'aimerais croire que mon choix d'être Française (sans renier pour autant 25 ans de passé hongrois, une langue, une culture, les gènes de mes ancêtres) se fonde sur un rapport d'égalité et non de subordination. "Dois-je m'estimer heureuse?"  -  et je le suis, parce que je le veux et le sens ainsi et non pas par obligation, comme le pauvre à qui on jette l'aumône... J'aimerais croire que j'ai apporté ma petite contribution.

   Dans l'atmosphère délétère et suspicieuse qui se développe depuis ces dernières années, il est bon de rappeler qu'un pays a quelques soucis à se faire si personne n'a plus envie de venir s'y installer... 

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Attila József (1905-1937) : Depuis que tu es partie (Mióta elmentél)

10 Décembre 2011, 17:27pm

Publié par Flora bis

Jozsef Attila 

MIÓTA ELMENTÉL

Mióta elmentél, itt hűvösebb

a sajtár, a tej, a balta nyele,

puffanva hull a hasított fa le

s dermed fehéren, ahogy leesett.

 

A tompa földön öltözik a szél,

kapkod s kezei meg-megállanak,

leejti kebléről az ágakat,

dühödten hull a törékeny levél.

 

 

Ó, azt hittem már, lágy völgyben vagyok,

két melled óv meg észak s dél felől,

a hajnal nyílik hajam fürtjiből

s a talpamon az alkonyat ragyog!...

 

Soványan űlök, nézem, hogy virítsz,

világ, kóró virágja, messziség.

Kék szirmaidban elhamvad az ég.

A nagy szürkület lassan elborít.

(1928)

 

DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C'est depuis que tu es partie que sont plus froids,

Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,

Et que le bois fendu s'affaisse et se détache.

Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

 

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s'engage,

Il recherche sa proie, s'arrête, fouille et tranche.

Et de son tourbillon précipite les branches.

Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

 

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais...

L'aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,

La plante de mes pieds brillait au crépuscule,

Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

 

Je suis assis, chétif... toi t'épanouissant,

Monde lointain, fleur de chiendent... Je te regarde.

Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde;

Moi langé par le soir qui tombe immensément...

traduction: Lucien Feuillade 

 

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