Le blog de Flora

Le dessin, mon premier amour...

18 Octobre 2012, 18:19pm

Publié par Flora bis

Etel néni    Emmi néni... Ma première professeur de dessin, déterminante, de mes 10 à 14 ans... Depuis des années, elle se décompose tout doucement au cimetière où je lui rends visite, en même temps qu'à mon père et à mon frère.

   Emmi néni était ce qu'on appelle une vieille fille... Elle vivait avec ses parents qui ne connaissaient pas leur chance d'avoir une fille étiolée d'un amour malheureux, pouvant ainsi se consacrer entièrement à leurs vieux jours... Et à son métier! Professeur enthousiaste, n'économisant ni son temps ni sa peine pour découvrir les talents en herbe parmi lesquels j'étais son plus grand espoir... Déçu avec le temps, bien sûr, car la vie en a décidé autrement. 

   Elle était très croyante, pratiquante aussi, prudemment, selon les circonstances d'une époque communiste qui voulait des pédagogues exemplaires, dans la ligne officielle. Elle a tout de même tenté d'infiltrer en nous quelques gouttes de sa foi fervente, censée nous sauver de l'enfer. Je me souviens qu'elle m'a présentée à ses amis  -  deux vieilles demoiselles dans la ville voisine, peintres de thèmes religieux  -  comme son élève la plus talentueuse. Dans la maison encombrée de vieux meubles et de tableaux, de sculptures aux Jésus suppliciés, elles nous ont offert le goûter sur un napperon amidonné. Tandis que je me battais avec ma tasse de chocolat au lait dont la peau m'a toujours plongée dans un dégoût profond, je captais vaguement leurs marmonnements mystérieux autour de sujets au parfum  clandestin...

   Un après-midi par semaine, Emmi néni réunissait quelques élèves pour un atelier de dessin. Elle faisait venir des petites vieilles qui posaient pour nous, immobiles, habillées de noir, foulard immanquable sur la tête. Un modèle qui ne bronche pas: idéal pour apprendre le portrait, la figure en général! Je suis tombée en un amour passionné, définitif de la figure humaine! Emmi néni me faisait cadeau de ses vieux tubes de gouache désséchés et je passais des heures à genoux, par terre, à admirer les couleurs féériques, à essayer de les diluer avec un peu d'eau... Je me souviens de ces verts claironnants, de ces bleus d'une profondeur d'océan... du moins, comme j'imaginais l'océan.

   Elle m'a présentée à un peintre qui avait sa petite renommée et qui dirigeait un atelier pour adultes, le soir, dans la ville voisine. Pour ma plus grande joie, nous poursuivions le thème de la figure. Je travaillais vite. Souvent, j'ai fait trois portraits entièrement finis, pendant que les autres peinaient encore sur le premier. L'usage de la gomme était proscrit. Cette contrainte m'a initiée à la concentration accrue, à la virtuosité du regard et à son accord avec la main, ce fil mystérieux qui doit les relier pour arriver à une précision sans faille. J'étais la plus jeune, j'avais 14 ans. Les compliments du maître me plongeaient dans un délicieux embarras: j'en étais avide et, en même temps, j'avais du mal à les encaisser. Cela n'a pas changé pendant les cinquante années écoulées depuis... 

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B
Le portrait des grands mères, l'absence de gomme, la confiance d'un prof ...<br /> tout ça explique ta virtuosité
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F
<br /> <br /> Je pense que tu as entièrement raison, cher Maître, qui t'y connais en virtuosité!...<br /> <br /> <br /> <br />
F
je me rappelle de ce dessin, en effet une belle virtuosité, à 14 ans!! la vie semble "en décider souvent autrement" pour nombre de vrais talents! ceci dit, là aussi, la nature n'est pas très juste,<br /> ce sont souvent les mêmes personnes qui conjuguent plusieurs talents: par ex le dessin, l'écriture, la facilité à apprendre les langues (héhé!) et sûrement d'autres que j'ignore - je ne sais pas,<br /> au hasard, une cuisine délicieuse :) bise chère Flora!
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F
<br /> <br /> C'est vrai: tu oublies le tricot et la broderie! (sans blague!) Par contre, la cuisine, désolée, c'est quasi le minimum syndical...<br /> <br /> <br /> Blague à part: on est menacé de dispersion, du coup, on ne fait rien vraiment à fond, sans cesse tiraillé par ses envies diverses...<br /> <br /> <br /> Merci de ta visite, chère Françoise.<br /> <br /> <br /> <br />
M
Merci, Chère Flora de nous livrer un peu de tes secrets et merci aussi à Emmi néni de t'avoir donner ce merveilleux apprentissage pour notre plus grand plaisir !
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F
<br /> <br /> C'est vrai que son rôle "d'ouvreuse" et sa confiance en moi ont été décisifs!<br /> <br /> <br /> <br />