Le blog de Flora

Mélancolie annuelle

5 Octobre 2014, 19:22pm

Publié par Flora bis

Mélancolie annuelle

A l'approche de mon anniversaire, presque tous les ans, je vis des jours un peu troubles. Parfois, ce n'est même pas vraiment conscient, seulement une impression de poids sur le coeur. Un sentiment d'insécurité, de mise en doute, de bilan plus ou moins bancal et décevant s'emparent de moi. Surtout depuis que j'ai franchi la barre de la soixantaine. Une sorte de prise de conscience de l'accélération du temps et de la nécessité de ne pas le laisser filer sans inscrire un signe - une preuve? - de son passage... Du moins dans ma mémoire. Une preuve minuscule néanmoins mémorable...

Ces tourments mélancoliques s'accordent parfaitement avec le milieu d'octobre de ma venue périlleuse au monde. Les jours raccourcissent avec la précision impitoyable d'une horloge suisse et nourrissent mon insatiable nostalgie pour le soleil, la lumière triomphante. Non, je ne suis pas une fille de l'automne, du jour déclinant, du repli sur l'hibernation! La grisaille, la petite pluie insistante et pénétrante m'exaspèrent et me plongent dans la mélancolie. En attendant le printemps, la nature perd son intérêt pour moi, jusqu'à ce que les premières tiédeurs du soleil commencent à la réveiller de nouveau.

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"Il était une fois... Richarda"

27 Septembre 2014, 12:08pm

Publié par Flora bis

Hier soir, début de la nouvelle saison de nos soirées littéraires mensuelles chez Muriel. Nous l'avons consacrée à un hommage à notre amie Richarda, qui a été une des organisatrices de ces soirées, depuis 7 ans déjà. Sa place reste impossible à combler même si nous avons décidé de continuer sans elle. Sans elle? Pas si sûr... Elle croyait si fermement en l'existence des liens entre le visible et l'invisible que je ne serais pas étonnée, toute cartésienne que je suis, de recevoir tout d'un coup quelques signes, clin d'oeil ou souffle de l'au-delà, témoignant qu'elle n'est pas vraiment partie, qu'elle continue à diffuser parmi nous son énergie indéfectible, sa chaleureuse disponibilité.

"Cela s’est passé le 15 juillet dernier. Vers 6 h du matin, elle a emprunté ce « chemin de lumière » qu'elle entrevoyait depuis quelques jours déjà. Le mystère de la mort dont nous avons tant parlé ensemble et que nous avons quelquefois vécu indirectement, auprès des êtres aimés, s'est dévoilé devant elle.

Elle, elle sait déjà où c'en est... Où allons-nous lorsque notre corps devient une dépouille vide, déserté de tout ce fluide immatériel, cette énergie invisible mais tellement perceptible par l'Autre ! Nous l'appelons volonté, amitié, colère, gaieté, générosité... et beaucoup d'autres émotions encore qui constitueront plus tard nos précieux souvenirs.

Je ressens l'urgence d'essayer de fixer son image dans mes souvenirs... Je sais par expérience que les figures réelles, concrètes des personnes aimées s'éloignent de nous à une vitesse sidérale. Au bout d'un moment, nous avons du mal à ressusciter leurs voix, plus tard, leurs visages deviennent flous, mis à part quelques flashs à travers l'opacité de la mémoire. Heureusement, il y a des photos, quelques bouts de films qui fixeront les instants dans leur intemporalité..." (extrait de l'hommage rendu par moi-même)

"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"
"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"

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Une citation de Gyula Illyés

22 Septembre 2014, 11:18am

Publié par Flora bis

"Les chefs d'oeuvre murissent non seulement sur les murs et les étagères. Dans notre esprit aussi, sans que nous ayons besoin de les revoir, les relire. Le vrai Musée imaginaire est toujours avec nous, dans notre cerveau; notre imagination les retouche sans arrêt, et eux - comme en retour - nous dévoilent ainsi leur nature et leurs secrets, et en même temps, nous gratifient généreusement, tels les malades aisés récompensant leurs médecins."
(Gyula Illyés: Dans la barque de Charon")

"A remekművek nemcsak a falon s a polcon érlelődnek. Elménkben is, anélkül, hogy újra kellene látnunk, olvasnunk őket. Az igazi Musée Imaginaire állandóan velünk van, az agyunkban; képzeletünk szüntelenül retusálja őket, ők viszont - mintegy viszonzásul - egyrészt most fedik csak föl természetüket s titkaikat, másrészt méltóan csak most jutalmaznak meg bennünket, egyidőben, olyan formán is, mint a módos betegek az orvosaikat."
(Illyés Gyula: Kháron ladikján")

Une citation de Gyula Illyés

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Jeu

20 Septembre 2014, 17:39pm

Publié par Flora bis

Jeu

J'avais envie d'alléger un peu l'atmosphère qui règne sur mon blog depuis des mois. Les mauvaises nouvelles continuent à tomber, il est vrai; presque chaque jour en a son lot. Les jours ensoleillés du début de septembre ont sans doute contribué à l'envie de soulever la chape de plomb, de temps en temps...

Autrefois, les différentes listes sévissaient sur les blogs, permettant de découvrir un peu mieux leurs auteurs. Moi-même j'y ai succombé quelquefois. Tout à l'heure, remémorant mes jeunes années, des noms et des visages ont émergé du brouillard. Un des noms a immédiatement fait surgir l'image d'un garçon qui avait la détestable habitude de renifler bruyamment et régulièrement, en tout lieu et circonstance, nous mettant les nerfs en pelote! J'ai donc décidé de recenser quelques bruits et attitudes qui m'horripilent:

* renifler bruyamment

* ronfler (je le fais, sans doute, moi aussi mais je ne l'entends pas...)

* croquer une pomme ou autre aliment (sucre, carotte et autres légumes crus)

* parler fort la bouche pleine (surtout, en proférant des bêtises sans nom)

* mastiquer la bouche ouverte

* déglutir bruyamment (liquide surtout)

* bâiller avec grand bruit à en décrocher les mâchoires

* se curer le nez ou les oreilles en public

* tourner une page après avoir mouillé le doigt avec un claquement lippu

... et encore quelques autres que la bienséance m'interdit d'évoquer ici...

... et pour mes aimables visiteurs qui relèveraient avec précipitation le huitième point: j'ai dit "bruits et attitudes"!...

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Françoise Héritier et le bruissement des mots

12 Septembre 2014, 10:13am

Publié par Flora bis

"Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l'attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles. Comme si on les sortait de leur prison. On entre dans le domaine de la joie pure. Tous ces mots qui dansent, se déhanchent, se désintègrent, ondulent autour de moi et m'entraînent dans la grande ronde de la fantaisie première. Avec le bricolage surprenant et inattendu des figures qui surgissent alors, on entre dans le grand capharnaüm de la liberté créatrice où tout est permis."

Françoise Héritier: "Le Goût des mots" (éd. Odile Jacob)

Françoise Héritier et le bruissement des mots

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Appartenance

10 Septembre 2014, 11:32am

Publié par Flora bis

Appartenance

Bientôt, je dois accomplir un pèlerinage vers la maison de mes parents, celle que j'ai quittée il y a plus de quarante ans et que ma mère habitait seule depuis presque vingt. Ce voyage ne sera pas la réplique joyeuse de tous ceux que je réalisais fidèlement, au moins une fois par an, depuis mon départ. Il sera le dernier, avant la mise en vente de la maison.

Ma mère a été le dernier fil solide à me relier à cette maison qui garde encore les traces intactes de ses 56 années passées ici. Tout est inchangé et tout doit être balayé, déplacé, supprimé. A l'image d'une vie qui devient souvenir évanescent.

Un autre lien fort s'en trouve ébranlé autant: celui qui me rattache à mon pays natal. Je l'ai quitté à l'âge de 26 ans. Par amour. Avec une confiance insouciante qui me faisait quitter une langue, une profession, une culture et toutes mes références... On suit l'homme que l'on aime car notre "patrie" est désormais l'amour.

Depuis 24 ans maintenant, j'habite dans cette maison de briques rouges, typique au Nord de la France. Je n'ai jamais habité aussi longtemps au même endroit! A la mort de mon mari, il y a huit ans, j'aurais pu rentrer dans mon pays d'origine, en fermant avec sa disparition la parenthèse française de ma vie... L'idée m'avait effleurée pendant quelques jours.

En dépit des pressions plus ou moins ouvertes, quelques aimables accusations en "infidélités" à mes racines de la part d'amis, les reproches sourds et à peine voilés de ma mère de l'avoir abandonnée, j'assume. Ma vie est désormais ici. La langue d'adoption dans laquelle je m'exprime tous les jours - souvent, j'avoue, avec une certaine jouissance - et qui m'offre des heures de délices et de rires avec mes petites-filles, des liens chaudement enveloppants avec famille et amis, c'est la langue française. La "circulation sanguine" d'un pays qui irrigue ma vie, ses événements politiques, culturels, ses émissions de télé et ses turbulences météo, c'est en France que cela me concerne directement. Je les partage et j'en assume ma part. Sans pour autant renier, j'en suis certaine, ce socle initial que constituent les 26 premières années de ma vie.

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S'élancer...

30 Août 2014, 18:40pm

Publié par Flora bis

S'élancer...

Je relis les derniers articles de mon blog: une chape de tristesse à l'image du ciel plombé au-dessus de notre tête... Cela devient insupportable. Il faut réagir!

Comme si souvent, je fouille dans mes projets à la recherche d'une motivation qui donnerait l'impulsion pour bouger du point mort. Des projets, j'en ai plein sous le coude: embellissement de la maison et du jardin après le tsunami des travaux de cet été, préparation de notre exposition d'automne - on n'y pense jamais assez tôt -, retrouver les amis, la famille autour de petits dîners intimes où l'on peut se réchauffer corps et âme dans des conversations gaies et graves à la fois, préparation de nos soirées mensuelles littéraires et, non point en dernier lieu, retrouver le chemin de l'écriture, restée trop longtemps un désir inassouvi...

Bien sûr, l'ombre de nos chers disparus passera longtemps sur l'arrière-fond de la vie revenue... Fantômes précieux et discrets, juste avec le petit pincement douloureux de leur manque, leur clin d'oeil complice qui nous incite à poursuivre le chemin...

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Un moteur sans carburant

25 Août 2014, 20:12pm

Publié par Flora bis

Un moteur sans carburant

Dehors, 13°... Nous sommes à la fin du mois d'août, en plein été! Il pleut, inlassablement, désespérément, comme depuis plusieurs semaines, plusieurs mois déjà.

J'ai décidé de bannir le mot "espoir" de mon vocabulaire... Ce n'est pas la première fois que mes petits projets longtemps tenus au chaud, caressés par un désir ardent d'y accéder enfin - comme à un rivage ensoleillé après des périples dans la tempête: je me vois illico me débattant dans les flots en furie, alors que cela ne m'est jamais arrivé en vrai - et le Destin s'acharne à chaque fois, sans faille, à enrayer mes plans avec un malin plaisir... Si, si, je suis sûre qu'il se frotte les mains!

Pour tenter de me protéger, je décide de gommer "l'espoir" de mes pensées. Ne rien construire, ne rien prévoir, ne compter sur rien ni personne! Prendre ce qui vient.

J'essaie de l'imaginer, moi qui étais souvent plus forte à échafauder des projets qu'à les réaliser! Comment faire avancer un moteur sans carburant?...

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Jean Giono (1895 - 1970) *** Citations

15 Août 2014, 17:32pm

Publié par Flora bis

Jean Giono (1895 - 1970) ***  Citations

Qui ne connaît pas le roman "Le hussard sur le toit" (du moins le film qui en a été tiré)? L'histoire romanesque du jeune aristocrate carbonaro, Angelo Pardi, colonel des hussards en lutte contre les Autrichiens qui quitte son Piémont natal pour échouer sur les toits en blondes tuiles romaines de Manosque... Il affronte l'ennemi et l'épidémie dévastatrice de choléra, accompagné de la belle Pauline de Théus (mariée à un aristocrate de quarante ans son aîné)... Après mille aventures haletantes, leurs chemins se séparent: elle reste fidèle à son vieux mari, laissant les lecteurs à leurs regrets...

Giono l'humaniste et pacifiste reste pour moi le peintre sensuel de sa Provence natale.

* Il y a dans la sensualité une sorte d'allégresse cosmique.

* L'homme, on dit qu'il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Il faut que le vent passe pour que ça chante.

* Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière.

* La mort attrape d'abord ceux qui courent.

* Imaginer c'est choisir.

* Laisse-toi vivre dans la vie sans penser que tu joues de la flûte, et alors tu joueras.

* Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre.

(Chacun sait que les citations ne sont jamais choisies par hasard...)

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Alternatives

13 Août 2014, 10:42am

Publié par Flora bis

Alternatives

Un premier semestre très éprouvant! Dans ces moments-là, nous faisons le dos rond, en serrant les dents, nous nous mettons en apnée autant que possible, pour attendre que ça passe. Si l'astrologie était crédible, nous pourrions nous abandonner au bon vouloir des planètes, qu'elles veuillent bien régler enfin leurs désaccords entre elles et desserrer leur étau autour de nous... Notre résistance en prend un coup et nous avons l'impression d'avoir vieilli de quelques années en peu de temps.

Nous pouvons, certes, nous consoler avec l'idée que "ça pourrait être pire!" Maigre consolation... Elle nous pousse à vivre à petit feu, en veilleuse, en mesurant l'amplitude de notre respiration... En petits vieux, entre canapé et lit, se calfeutrant devant la télé, le chat sur les genoux pour seule compagnie...

Hier soir, je suis tombée sur un documentaire présentant des septuagénaires, des octogénaires fringants, sportifs ou joueurs, d'autres se remuant au rythme du rock dans une chorale à Dunkerque. Tous affirmaient la même philosophie: "Je ne pense pas à la mort! Je vis le présent, pleinement, avec les autres, pour les autres, je n'ai pas le temps de geindre!" Bien sûr, il faut bouger au lieu d'attendre dans son coin, pleurnichant sur son triste sort... Du moins, saisir toute opportunité. Tant qu'on peut.

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