Le blog de Flora

Hommage à Miklós Radnóti

9 Novembre 2014, 18:25pm

Publié par Flora bis

Le 9 novembre 1944, Miklós Radnóti, un des plus grands poètes hongrois du vingtième siècle tombe sous les balles de la milice qui accompagne la marche forcée des prisonniers juifs. Il est enseveli dans une fosse commune et on le retrouvera bien plus tard, avec son carnet contenant ses derniers poèmes dans la poche de son pardessus. Il a 35 ans.

Septième églogue

(...)

Le camp est endormi - le vois-tu, mon amour? - l'air est froissé de rêves;

un qui ronfle là-bas sursaute et puis se tourne sur la planche étroite et déjà

se rendort, et son visage rayonne. Assis là je suis seul éveillé;

je sens la cigarette à demi fumée dans ma bouche au lieu du goût de tes baisers,

et point ne vient le sommeil qui soulage,

car je ne sais plus ni mourir, ni vivre sans toi désormais.

Lager Heidenau, dans la montagne au-dessus de Zagubica, juillet 1944

(traduction: Jean-Luc Moreau)

Hetedik ecloga

(...)

Alszik a tábor, látod-e drága, suhognak az álmok,

horkan a felriadó, megfordul a szűk helyen és már

ujra elalszik s fénylik az arca. Csak én ülök ébren,

féligszítt cigarettát érzek a számban a csókod

íze helyett és nem jön az álom, az enyhetadó, mert

nem tudok én meghalni se, élni se nélküled immár.

Lager Heidenau, Zagubica fölött a hegyekben, 1944 július

photo d'identité retrouvée dans sa poche lors de l'exhumation de la fosse commune

photo d'identité retrouvée dans sa poche lors de l'exhumation de la fosse commune

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Entre médiocrité et excellence

6 Novembre 2014, 12:24pm

Publié par Flora bis

Entre médiocrité et excellence

Dehors, soleil magnifique et rare, dedans, tourbillon de sentiments contradictoires... La lumière m'attire dehors comme un aimant mais l'écran est un appât puissant. Je jette un coup d'oeil rapide sur la page du 6 novembre de mon calendrier: "Il vaut mieux exceller en une chose que d'être médiocre en plusieurs" m'assène Pline le Jeune sa sagesse de presque 2000 ans.

Cher Pline, tu n'as pas besoin de me rappeler cette vérité qui me tarabuste depuis bien longtemps! D'éternité, choisir représentait pour moi de la torture des plus cruelles. Une curiosité insatiable me poussait dans plusieurs directions en même temps, m'empêchant de m'abîmer suffisamment dans un domaine pour y "exceller" comme le recommande Pline. Choisir entre la peinture ou l'écriture: dilemme quasi insurmontable. Les deux demandent un engagement sans partage. Les langues étrangères? Traduction, interprétariat? Enseignement? Aventure éditoriale? Autant de tentations auxquelles j'ai goûté. Forcément, en restant à la surface, sans pouvoir atteindre l'excellence de mes propres exigences.

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Novembre des chrysanthèmes

3 Novembre 2014, 18:05pm

Publié par Flora bis

Novembre des chrysanthèmes

Novembre a le parfum des chrysanthèmes, de la petite pluie incisive et du soleil timide. On embellit les cimetières: pour les rendre plus accueillants?... Pour déposer la pensée annuelle sur la tombe des disparus, comme une redevance morale et pour mieux les oublier ensuite à l'écart des tourbillons de la vie.

A-t-on besoin d'aller au cimetière pour laisser une place aux morts dans l'existence des vivants? Je ne le crois pas. Les miens, de plus en plus nombreux, me rendent visite souvent, sans pour autant m'empêcher de vivre. Bien au contraire: ils m'aident à prendre conscience de l'urgence de savourer ce qui reste de la vie, unique et irrattrapable.

J'observe les petits vieux qui, à pas comptés, arpentent les allées, appuyés sur une canne ou sur un bras plus jeune. Dans leur regard, je crois déchiffrer le réconfort très provisoire d'être encore là en visiteurs, ou la diligence de se familiariser avec, inéluctable, leur futur lieu de repos.

Je dépose mon pot de chrysanthèmes jaunes devant le marbre de Gilbert. Je sais pourquoi je suis là. Je comprends la raison profonde de son désir d'avoir un lieu pour ses cendres et de renoncer à les disperser finalement. "Je veux qu'on puisse me retrouver", disait-il. C'est vrai. Etre là, debout devant sa tombe, est un moment privilégié de communication par la pensée. Si profonde, si intime que ça donne le vertige...

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Une histoire d'héritage...

13 Octobre 2014, 16:33pm

Publié par Flora bis

Une histoire d'héritage...

Je ne vis pas dans un musée ni dans un antre de brocanteur mais j'aime la présence discrète de quelques vieux meubles qui racontent des histoires. Ils se mélangent avec les pièces contemporaines comme s'étaient mélangées autrefois des générations sous un même toit. Ils semblent immuables, tel le fil qui relie ces générations à travers le temps...

La pièce la plus imposante de mon décor dans le genre de "témoin des temps jadis" est un buffet en chêne, datant probablement du début du siècle dernier. Cadeau de mariage de la grand-mère de Gilbert. Au décès de ceIle-ci, le vénérable meuble s'est retrouvé parmi les nôtres, il nous a suivis de Laon à Libourne, aller et retour, patientant jusqu'à notre retour d'Istanbul, pour s'approprier enfin un coin dans ma salle à manger ici, dans le Nord, voici 24 ans déjà... J'imagine qu'il savoure le calme retrouvé.

On m'a mainte fois suggéré de m'en débarrasser, pour le remplacer par un vaisselier lisse et moderne, dans le genre suédois... Je n'ai pas pu m'y résoudre. C'est vrai qu'il est capable d'avaler une quantité astronomique de verres, de tasses et d'assiettes et pour moi, qui résiste difficilement à un joli service à café (il faut que je me fasse violence désormais!), ce n'est pas un aspect négligeable! Mais la raison cachée de ma fidélité est ailleurs.

Il me raconte quelques pages de l'histoire de ma belle-famille. Cette grand-mère Eva, je ne l'ai jamais rencontrée. Mon mari m'a souvent parlé d'elle: ils étaient très liés. Il avait passé sa petite enfance en grande partie avec elle. Hospitalisée au moment de notre mariage, elle n'a pas pu y assister, faute de pouvoir se déplacer en Hongrie. Au printemps d'après, elle est décédée. Il reste d'elle quelques lettres débordant d'affection qu'elle nous a adressées et un grand regret au fond de moi.

La semaine dernière, j'ai repeint le buffet en une couleur claire, le débarrassant au préalable de ses innombrables couches de cire. Dans cette pièce chichement éclairée, la grande masse sombre était oppressante... Qu'en penserait Grand-mère Eva si elle le voyait? Au fond de moi, j'espère qu'elle en serait contente: j'ai définitivement intégré son héritage dans mon univers...

(à cliquer sur les images pour les agrandir)

Une histoire d'héritage...Une histoire d'héritage...

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Honoré de Balzac (1799-1850) * Citations

9 Octobre 2014, 14:16pm

Publié par Flora bis

Honoré de Balzac (1799-1850)   *   Citations

Un géant! Marx et Engels disaient de lui que l'on apprenait plus dans ses romans que dans tous les traités d'économie et de sociologie du monde. Durant sa relativement courte vie dont 26 ans de travail forcené d'écriture à en ruiner la santé, il a créé 93 romans et nouvelles, sans tenir compte de sa vaste correspondance. Il a réalisé une étude quasi d'entomologiste de la société: de l'aristocratie en déclin à la montée de la bourgeoisie et de l'argent tout-puissant, et de ses victimes collatérales. "La Comédie humaine" ( en résonance avec La Divine comédie de Dante) est à la hauteur de ses ambitions démesurées.

(illustration: Balzac par Rodin)

* Il est aussi facile de rêver un livre qu'il est difficile de le faire.

* La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer.

* Il y a du bonheur dans toute espèce de talent.

* Les vocations manquées déteignent sur toute l'existence.

* Le malheur est un marche-pied pour le génie, une piscine pour le chrétien, un trésor pour l'homme habile, pour les faibles un abîme.

* Les âmes fortes ne sont ni jalouses ni craintives: la jalousie est un doute, la crainte est une petitesse.

* On respecte un homme qui se respecte lui-même.

* Les lois sont des toiles d'araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.

* La gloire est le soleil des morts.

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Mélancolie annuelle

5 Octobre 2014, 19:22pm

Publié par Flora bis

Mélancolie annuelle

A l'approche de mon anniversaire, presque tous les ans, je vis des jours un peu troubles. Parfois, ce n'est même pas vraiment conscient, seulement une impression de poids sur le coeur. Un sentiment d'insécurité, de mise en doute, de bilan plus ou moins bancal et décevant s'emparent de moi. Surtout depuis que j'ai franchi la barre de la soixantaine. Une sorte de prise de conscience de l'accélération du temps et de la nécessité de ne pas le laisser filer sans inscrire un signe - une preuve? - de son passage... Du moins dans ma mémoire. Une preuve minuscule néanmoins mémorable...

Ces tourments mélancoliques s'accordent parfaitement avec le milieu d'octobre de ma venue périlleuse au monde. Les jours raccourcissent avec la précision impitoyable d'une horloge suisse et nourrissent mon insatiable nostalgie pour le soleil, la lumière triomphante. Non, je ne suis pas une fille de l'automne, du jour déclinant, du repli sur l'hibernation! La grisaille, la petite pluie insistante et pénétrante m'exaspèrent et me plongent dans la mélancolie. En attendant le printemps, la nature perd son intérêt pour moi, jusqu'à ce que les premières tiédeurs du soleil commencent à la réveiller de nouveau.

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"Il était une fois... Richarda"

27 Septembre 2014, 12:08pm

Publié par Flora bis

Hier soir, début de la nouvelle saison de nos soirées littéraires mensuelles chez Muriel. Nous l'avons consacrée à un hommage à notre amie Richarda, qui a été une des organisatrices de ces soirées, depuis 7 ans déjà. Sa place reste impossible à combler même si nous avons décidé de continuer sans elle. Sans elle? Pas si sûr... Elle croyait si fermement en l'existence des liens entre le visible et l'invisible que je ne serais pas étonnée, toute cartésienne que je suis, de recevoir tout d'un coup quelques signes, clin d'oeil ou souffle de l'au-delà, témoignant qu'elle n'est pas vraiment partie, qu'elle continue à diffuser parmi nous son énergie indéfectible, sa chaleureuse disponibilité.

"Cela s’est passé le 15 juillet dernier. Vers 6 h du matin, elle a emprunté ce « chemin de lumière » qu'elle entrevoyait depuis quelques jours déjà. Le mystère de la mort dont nous avons tant parlé ensemble et que nous avons quelquefois vécu indirectement, auprès des êtres aimés, s'est dévoilé devant elle.

Elle, elle sait déjà où c'en est... Où allons-nous lorsque notre corps devient une dépouille vide, déserté de tout ce fluide immatériel, cette énergie invisible mais tellement perceptible par l'Autre ! Nous l'appelons volonté, amitié, colère, gaieté, générosité... et beaucoup d'autres émotions encore qui constitueront plus tard nos précieux souvenirs.

Je ressens l'urgence d'essayer de fixer son image dans mes souvenirs... Je sais par expérience que les figures réelles, concrètes des personnes aimées s'éloignent de nous à une vitesse sidérale. Au bout d'un moment, nous avons du mal à ressusciter leurs voix, plus tard, leurs visages deviennent flous, mis à part quelques flashs à travers l'opacité de la mémoire. Heureusement, il y a des photos, quelques bouts de films qui fixeront les instants dans leur intemporalité..." (extrait de l'hommage rendu par moi-même)

"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"
"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"

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Une citation de Gyula Illyés

22 Septembre 2014, 11:18am

Publié par Flora bis

"Les chefs d'oeuvre murissent non seulement sur les murs et les étagères. Dans notre esprit aussi, sans que nous ayons besoin de les revoir, les relire. Le vrai Musée imaginaire est toujours avec nous, dans notre cerveau; notre imagination les retouche sans arrêt, et eux - comme en retour - nous dévoilent ainsi leur nature et leurs secrets, et en même temps, nous gratifient généreusement, tels les malades aisés récompensant leurs médecins."
(Gyula Illyés: Dans la barque de Charon")

"A remekművek nemcsak a falon s a polcon érlelődnek. Elménkben is, anélkül, hogy újra kellene látnunk, olvasnunk őket. Az igazi Musée Imaginaire állandóan velünk van, az agyunkban; képzeletünk szüntelenül retusálja őket, ők viszont - mintegy viszonzásul - egyrészt most fedik csak föl természetüket s titkaikat, másrészt méltóan csak most jutalmaznak meg bennünket, egyidőben, olyan formán is, mint a módos betegek az orvosaikat."
(Illyés Gyula: Kháron ladikján")

Une citation de Gyula Illyés

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Jeu

20 Septembre 2014, 17:39pm

Publié par Flora bis

Jeu

J'avais envie d'alléger un peu l'atmosphère qui règne sur mon blog depuis des mois. Les mauvaises nouvelles continuent à tomber, il est vrai; presque chaque jour en a son lot. Les jours ensoleillés du début de septembre ont sans doute contribué à l'envie de soulever la chape de plomb, de temps en temps...

Autrefois, les différentes listes sévissaient sur les blogs, permettant de découvrir un peu mieux leurs auteurs. Moi-même j'y ai succombé quelquefois. Tout à l'heure, remémorant mes jeunes années, des noms et des visages ont émergé du brouillard. Un des noms a immédiatement fait surgir l'image d'un garçon qui avait la détestable habitude de renifler bruyamment et régulièrement, en tout lieu et circonstance, nous mettant les nerfs en pelote! J'ai donc décidé de recenser quelques bruits et attitudes qui m'horripilent:

* renifler bruyamment

* ronfler (je le fais, sans doute, moi aussi mais je ne l'entends pas...)

* croquer une pomme ou autre aliment (sucre, carotte et autres légumes crus)

* parler fort la bouche pleine (surtout, en proférant des bêtises sans nom)

* mastiquer la bouche ouverte

* déglutir bruyamment (liquide surtout)

* bâiller avec grand bruit à en décrocher les mâchoires

* se curer le nez ou les oreilles en public

* tourner une page après avoir mouillé le doigt avec un claquement lippu

... et encore quelques autres que la bienséance m'interdit d'évoquer ici...

... et pour mes aimables visiteurs qui relèveraient avec précipitation le huitième point: j'ai dit "bruits et attitudes"!...

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Françoise Héritier et le bruissement des mots

12 Septembre 2014, 10:13am

Publié par Flora bis

"Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l'attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles. Comme si on les sortait de leur prison. On entre dans le domaine de la joie pure. Tous ces mots qui dansent, se déhanchent, se désintègrent, ondulent autour de moi et m'entraînent dans la grande ronde de la fantaisie première. Avec le bricolage surprenant et inattendu des figures qui surgissent alors, on entre dans le grand capharnaüm de la liberté créatrice où tout est permis."

Françoise Héritier: "Le Goût des mots" (éd. Odile Jacob)

Françoise Héritier et le bruissement des mots

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