Le blog de Flora

Ciel de plomb, décembre...

2 Décembre 2015, 19:21pm

Publié par Flora bis

Ciel de plomb, décembre...

Ce sont des jours de transition: ni chauds, ni froids, ni tension, ni relaxation totales... Le ciel est lourd, tout se teinte de gris et de toutes ses nuances. Deux semaines après la tragédie, les gens se tassent: la morne routine revient car bien obligée, mais sans la soupape de la fête. Comme une gueule de bois.

On prépare Noël sans y penser - sans y croire? C'est si loin, demain...

Anesthésiés? Peut-être. Besoin de rassembler les pièces éparpillées du puzzle. Mettre un peu d'ordre dans nos pensées, dans nos vies. Pour y croire de nouveau, encore et encore. Car sans carburant, le moteur est définitivement mort. Et cela, on ne peut pas se le permettre. Pour les générations futures que nous mettons au monde et qui ne l'ont pas demandé. La responsabilité pour elles nous incombe entièrement.

Je regarde mes petites-filles, magnifiques, intelligentes, sensibles, innocentes. Elles ont tous les talents, détiennent toutes les promesses, même celles de nos rêves morts-nés.

Elles nous font confiance. Nous n'avons pas le droit de les décevoir.

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"Eclipse" * illustration, 2003

27 Novembre 2015, 17:43pm

Publié par Flora bis

"Eclipse"   *   illustration, 2003

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Accords turcs...

22 Novembre 2015, 12:33pm

Publié par Flora bis

Accords turcs...

"Istanbul solistleri"... Hier soir, j'ai reçu une invitation pour un concert de musique turque au théâtre. L'amie qui m'invitait connaissait ma nostalgie inextinguible pour la Turquie et pour Istanbul en particulier.

La musique turque traditionnelle est assez inhabituelle pour l'oreille européenne non initiée. Les instruments ont un aspect et une sonorité inconnus, les harmonies gaies et rythmées donnent en même temps l'impression de mélopées inconsolables. L'ensemble qui s'est produit hier au Phénix est composé des plus éminents représentants de cet art. Le public turc averti s'identifie, se fond littéralement dans les vagues nostalgiques de cette musique aux rythmes parfois endiablés, soumise aux multiples influences des peuples de l'empire ottoman, grecs, juifs, arméniens, albanais, azéris etc.

Pendant notre séjour à Istanbul, dans les années 1980, nous avons assisté plusieurs fois aux concerts de musique traditionnelle ottomane. Ainsi, hier soir, en fermant les yeux, des images me revenaient par vagues: le Bosphore avant tout, sur fond de ciel bleu, survolé par des escadrilles de mouettes voraces et criardes, la ruche infatigable, bruyante et colorée des rues, les boutiques minuscules encadrant un visage jovial et les chats, immanquables et paresseux...

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Pour la paix

15 Novembre 2015, 17:14pm

Publié par Flora bis

Pour la paix

Même pas un an après le grand choc émotionnel du 7 janvier dernier... Nous sommes de nouveau plongés dans l'effroi des massacres, aveugles, fanatiques, obscures. Chacun de nous aurait pu être parmi ces gens profitant de la douceur d'un été indien tardif sur la terrasse d'un café, dans la chaleur d'un concert de rock ou dans la ferveur d'un match de foot.

Que se passe-t-il dans la tête de ces tueurs aveuglés, endoctrinés par des esprits mortifères, à tel point qu'ils préfèrent donner et se donner la mort au lieu de profiter de la beauté unique de la vie?

Cette fois-ci, ils ne se sont pas attaqués à une autre religion ni à l'humour en liberté. C'est une façon de vivre, une façon d'être et de concevoir la vie, avec ses joies et ses légèretés qu'ils voulaient anéantir. La musique, une sortie au restaurant - manifestations coupables et tentations diaboliques à leurs yeux fanatisés... Dans leur aveuglement égaré, ils ne peuvent le supporter. Ce sont des combattants de la mort car ils n'espèrent leur salut que des légendes douteuses d'un paradis hypothétique!

Ils espèrent également allumer le feu sournois de la suspicion entre les gens, contre cette mixité parfois si difficile à réussir. Surtout par temps de crise où celui qui vient d'ailleurs, qui transporte avec lui ses racines, sa langue, ses croyances - sa différence - représente non pas un enrichissement mais un danger: il vient pour manger mon pain...

Bien sûr, chacun doit faire un pas vers l'autre. Celui qui vient d'ailleurs doit s'acclimater avec un certain respect pour ceux qui le reçoivent. Inversement, l'hôte en place doit tendre la main pour que la rencontre demeure harmonieuse. Pour que tout le monde puisse se sentir chez soi, en paix.

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Objets inanimés?...

8 Novembre 2015, 19:52pm

Publié par Flora bis

Objets inanimés?...

"Il y a deux sortes de gens: ceux qui utilisent leurs beaux verres en toute occasion jusqu'à ce que le dernier soit cassé, et ceux qui les gardent en réserve pour une occasion vraiment exceptionnelle." (Catherine Cusset, Confessions d'une radine, 2003)

Je tombe sur cette phrase de Catherine Cusset et mentalement, j'ouvre les portes de mon vaisselier qui contient les verres et les tasses de toute une vie. Je connais la place de chacun, sans même avoir besoin de me lever pour vérifier. Je sais d'où ils viennent, à quelle époque ils ont atterri chez nous et combien de fois ils nous ont suivis dans des cartons de déménagement, ballottés dans des camions ou au fond des containers sur des bateaux. Certains n'ont jamais servi... Souvenirs trop précieux, pour risquer de les briser.

J'hésite. Je connais des gens qui, par ignorance ou par manque d'attention, ne savent pas apprécier les belles choses. Ils sont capables d'enfourner les verres de cristal dans le lave-vaisselle ou de les laisser s'entrechoquer dans une eau mousseuse brûlante... Pareil pour les tasses de porcelaine tellement fines qu'elles ne pèsent rien et qu'elles laissent passer la lumière!... J'aime les regarder parfois, pour leur beauté discrète ou étincelante, ou pour le souvenir qu'elles éveillent en moi. Tel service à café, souvenir de Grand-mère Eva, Limoge raffiné, poids plume que je ne sors qu'aux grandes occasions. Pareil pour le service à dessert qui me rappellera immanquablement ma cousine délicate qui dénichait pour moi des cadeaux originaux. Cet ensemble, en l'occurence, antique porcelaine de cent ans, d'une marque célèbre, elle se l'est procuré chez une vieille institutrice et elle me l'a offert en cadeau de mariage... D'elle, il ne reste plus qu'une tombe et les quelques objets en souvenir, mais ces petites assiettes fines me la font revenir à chaque fois. Je supporterais mal de les abîmer...

Il y en a d'autres, plus rustiques mais tout aussi précieuses. La faïence chatoyante de Rouen me rappelle Mario, le vieux garagiste italien, artiste dans l'âme qui sculptait du bois, et sa douce femme de Normandie... Il y a aussi un drôle de petit flacon en verre épais: cadeau d'un antiquaire d'Istanbul, comme ça, sans raison, pour le plaisir du geste et pour la satisfaction de m'apprendre sa destination: doser le rakı...

Alors, pour revenir à la phrase de Catherine Cusset, suis-je inutilement précautionneuse, ne sachant pas jouir du présent, alors que la vie se consume et les objets me survivront?... Faut-il leur donner une telle importance, au point de m'interdire de les banaliser? Parfois, la tentation m'effleure: tant pis, il n'y a que l'instant qui compte, le futur est incertitude et après nous le déluge!

Je n'y arrive pas...

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Ambiance de Toussaint...

2 Novembre 2015, 18:47pm

Publié par Flora bis

Ambiance de Toussaint...

Hier après-midi, je suis allée au cimetière St-Roch. Vingt minutes de marche de chez moi, sous le soleil exceptionnellement clément pour un 1er novembre. Des tombes aux bouquets multicolores à l'orgie des arbres automnaux, le cimetière flamboyait, exalté par le soleil...

J'avançais avec mon pot de chrysanthèmes "pompons jaunes" comme il les aimait, sans être un amateur de fleurs. Tandis que je m'échinais, coupée en deux, à tailler les bosquets miniatures autour de la plaque de marbre qui, envahissants, masquaient l'inscription: "Si la réalité existait, il faudrait s'empresser de la faire disparaître", je me suis dit que ces efforts me sont destinés en premier lieu. La dette du survivant, tentative dupe de créer un lien aussi ténu que ce soit avec un passé vivant, avec un mort ressuscité par la mémoire... Vague remords de s'émerveiller encore du soleil qui réchauffe votre solitude...

Les croyants se préparent à la rencontre dans l'au-delà où il faudra répondre aux reproches en cas de négligence. Ils vont au cimetière pour accomplir leur devoir, en vue de la résurrection tant attendue. Je n'ai pas cet espoir-là.

Il ne reste que le souvenir qui vous niche, pour un instant, dans la chaleur d'antan, dans l'étreinte depuis longtemps refroidie...

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Ordre et désordre...

30 Octobre 2015, 18:18pm

Publié par Flora bis

Ordre et désordre...

Il y a peu, dans ma blogosphère hongroise, nous avons échangé sur le caractère positif ou négatif de la discipline, de l'ordre dans notre vie. En chacun de nous, émergeaient des images de notre enfance, époque mémorable de cet apprentissage qui prenait parfois des allures de domptage.

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'obsession de ma mère pour l'ordre autour d'elle, obligeant tous les membres de la famille de l'observer. Selon ses normes à elle. Chasse à la poussière, aux objets qui traînent - vêtements ou autres - se changer de pied en cape en rentrant, etc... Nous étions six à la maison, avec mes grands-parents paternels. Mon père refusait que ma mère travaillât à l'extérieur, et ce veto représentait une éternelle frustration pour elle. J'imagine qu'en dehors d'un net penchant pour l'ordre, son obsession du rangement et du nettoyage reflétait l'envie de compenser un désir refoulé de se réaliser.

J'ai été un enfant obéissant, je crois, souhaitant répondre aux exigences des parents ou des enseignants. Oui, je souhaitais être à la hauteur. Pas pour me distinguer; simplement, ça allait de soi... Je ne les mettais pas en doute.

A l'adolescence, pas de révolte spectaculaire non plus... C'est dans ma tête que ça bouillonnait. La lecture était mon évasion. Je cachais des romans sous le manuel de physique ou de maths, ce qui maintenait à distance la censure grand-maternelle. Les études étaient sacrées! Il ne fallait pas me déranger. En outre, mes notes n'inspiraient pas d'inquiétude.

C'est à cette époque que j'ai attrapé la procrastination qui me poursuivra, je crois, jusqu'à la fin de ma vie. Je ne connaissais pas son nom savant, bien entendu, simplement, j'ai découvert ce sentiment délicieux de repousser les délais, de gagner du temps sur des choses désagréables à faire...

C'est un plaisir ambivalent: il est accompagné d'un stress intense. On sait que chaque instant gagné de cette façon sera payé très cher et que les délais devront être rattrapés au prix des efforts multiples. Rien n'y fait.

A chaque fois que je reçois un courrier officiel, à l'idée de l'archiver à sa place tout de suite, une sensation de grosse fatigue m'envahit... Ranger les vêtements qui s'amoncellent: même détresse. Alors, je les pose, je les empile et les regarde s'agglomérer en monticules qui menacent de s'écrouler... Jusqu'à ce que je range tout, à sa place, en m'épuisant. Quelle libération! Car le poids du désordre, on l'aura traîné tout le temps de l'évasion sur la conscience!

Et le lendemain, ça recommence.

J'ai lu quelque part que le désordre est considéré comme signe de créativité... Alors, dois-je m'en réjouir, en fin de compte, faute de pouvoir m'en défaire?...

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L'art d'être grand-mère

24 Octobre 2015, 18:02pm

Publié par Flora bis

L'art d'être grand-mère

Pendant une petite semaine, je n'étais pratiquement que grand-mère. Ce rôle ne me déplaît pas: je sais que ses plaisirs sont éphémères, qu'ils dureront peu de temps. Ils sont d'autant plus précieux. Certaines personnes en sont effrayées d'avance, pétries d'une sourde angoisse leur insinuant que l'apparition de la troisième génération sonne le tocsin de leur vie... Du moins, de leur fraîcheur relative...

Mes petites-filles sont arrivées dans ma vie au même moment que la solitude. Cependant, dès le début, j'ai bien décidé de ne pas les considérer comme "pansements" à mes douleurs, petits êtres destinés à combler le vide laissé par leur grand-père. Non, elles devaient avoir une place bien à elles. Mais quelle place, au juste?

Les prendre dans mes bras pour la première fois a réveillé irrésistiblement le souvenir de leur père nouveau-né, ce moment étrange où tout d'un coup, on se rend compte de la fin de l'insouciance: désormais, on est responsable d'une autre vie que la nôtre. A chaque instant.

Cette responsabilité incombe surtout aux parents. Moi, je suis là pour le plaisir, la transmission. Je ne suis pas obligée de penser à chaque instant à leur éducation: je peux les gâter un peu, sans toutefois ruiner les efforts des parents. Je n'ai pas besoin de punir: je négocie, j'impose en douceur. C'est plus facile aussi, sur les bases solides établies par les parents.

Et surtout, je possède un trésor: la disponibilité infinie. Le temps qui manque si cruellement à la génération des parents accaparés par la vie professionnelle. Bavardages sans fin, chansons ou coloriages pour lesquels je fournis le dessin sur commande, promenades ou cinéma et beaucoup de rires - la belle vie, quoi!

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A la frontière...

13 Octobre 2015, 18:22pm

Publié par Flora bis

A la frontière...

Je viens de publier une note sur mon blog hongrois, encore sous l'empreinte du jour de mon anniversaire. On a beau se dire que tout cela se passe dans a tête, que c'est un jour comme un autre, que sa solennité dépend en grande partie de nous et de notre entourage. Nous ne recevons pas d'un coup douze mois sur la tête, non: notre lente décrépitude est presqu'imperceptible, du moins pour celui ou celle qui nous aperçoit tous les jours - nous-mêmes...

Nous sommes à mi-octobre: hier, grand soleil, aujourd'hui 7° à peine, accompagné d'un vent glacial. Le moment où nous venons au monde a-t-il vraiment de l'influence sur notre caractère comme les astrologues l'affirment depuis toujours? En dépit de mon cartésianisme rassurant, je suis tentée d'y croire un peu... A la frontière de l'été indien où la saison froide fait des incursions brèves et inattendues pour nous habituer au frimas à venir, nous avons encore la mémoire de l'été dans la peau, tout en nous tournant déjà vers les jours raccourcis. Nous nous préparons à hiberner et guettons les derniers rayons tièdes pour nous requinquer... Je suis un peu ainsi: gaie et optimiste dès que le soleil revient, en proie à la mélancolie sous le ciel gris de plomb. Je me calfeutre avec la nostalgie de l'été autour du cou...

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Quelques réflexions autour de la notion du désir...

9 Octobre 2015, 19:35pm

Publié par Flora bis

Quelques réflexions autour de la notion du désir...

Il y a quelques jours, j'ai participé à une discussion sur le thème du désir. Vaste sujet, très complexe, considéré par les anciens comme une malédiction dont il faut se méfier, voire s'en débarrasser pour éviter l'aliénation!

Il existe des synonymes - souhait, envie, convoitise, besoin - mais ils expriment des nuances qui peuvent sortir du spectre philosophique du terme. En effet, ce qui définit avant tout le désir, c'est son côté irrationnel: l'instinct de possession poussant à la convoitise de son objet, sans jamais atteindre la satisfaction car l'insatiabilité est son autre trait fondamental...

Dom Juan dévaste tout sur son passage mais la première victime est lui-même: éternel insatisfait, il est condamné - damné - à la poursuite de la conquête suivante, puisque l'assouvissement de son désir ne lui procure aucune sensation de satiété...

Il est parfois plus facile de définir le désir par ce qu'il n'est pas: ce n'est pas le besoin qui est plutôt physiologique, tandis que le désir est un phénomène psychique envahissant. Ainsi, moins intenses, plus éphémères, l'envie (j'ai envie d'une écharpe Kenzo...) ou le souhait (j'aimerais posséder un studio avec balcon sur l'océan...) qui n'enchaînent pas notre esprit au point de l'en rendre esclaves.

L'objet du désir doit être difficile à conquérir: la proie facile n'intéresse pas le chasseur obsessionnel. La quête, les obstacles en constituent toute l'attirance. Ainsi, la confrontation avec la réalité ne peut être que décevante: combien de fois avons-nous été étonnés et désenchantés, lorsque la réalité a ouvert nos yeux, déchirant le voile qui permettait de sublimer l'objet de nos soupirs durant des années, voire des décennies?...

Heureusement, certains penseurs (déjà Aristote, à l'inverse de Platon) réhabilitent le désir, en élargissant son sens. Spinoza le place sous le contrôle de la raison et mesure la puissance de l'âme à sa capacité de maîtriser ses désirs passionnels. "Le désir qui naît de la raison ne peut être excessif." Selon Rousseau, il est une des conditions du bonheur: "Malheur à qui n'a plus rien à désirer!" Je ne suis pas loin de pencher dans la même direction. Un Nirvana aseptisé qui prône l'extinction des désirs afin d'atteindre un état de plénitude ne m'attire pas, en dépit d'une promesse d'éternité... Quel ennui! Je préfère ma condition de simple mortelle et choisis la définition de St-Augustin qui réconcilie désir et maîtrise des passions inconstantes et dispersées:

"Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède."

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