Le blog de Flora

Des temps troubles

6 Septembre 2015, 19:27pm

Publié par Flora bis

Des temps troubles

La torpeur paisible des vacances est loin derrière nous. La Toile bruit des mouvements migratoires hors normes qui secouent l'Europe.

Cela concerne plus particulièrement mon pays d'origine, la Hongrie qui, depuis un certain temps, a mauvaise presse. Campagne d'affichage contre les "migrants" invités à s'abstenir de prendre le travail des Hongrois, distillation des rumeurs de dangers divers (épidémies, viols, terroristes dissimulés dans la foule des réfugiés), érection d'un mur de barbelés, au demeurant inefficace, à la frontière serbe, porte d'entrée de l'espace Schengen... L'hypocrisie de Bruxelles rencontre l'hostilité du gouvernement hongrois qui tente de ménager son aile d'extrême droite.

L'opinion publique est tiraillée entre ses peurs ancestrales devant le déferlant musulman qui éveille en lui les réminiscences de 150 ans d'occupation ottomane, et ses sentiments de compassion à la vue des foules épuisées des périples en bateau et à pied...

Tout cela mène à un cafouillage sans nom. La fameuse photo de l'enfant noyé - on se demande pourquoi les milliers de cadavres d'avant ont laissé tout le monde de marbre - crée un électrochoc. Les barrières autrichiennes et allemandes, jusque là baissées se lèvent pour offrir un accueil chaleureux aux milliers d'immigrés. Tant mieux pour eux. La vague de solidarité spontanée générée par des initiatives de simples particuliers hongrois contrebalance quelque peu l'image de honte que le gouvernement - et les dirigeants de l'église, oubliant toute miséricorde chrétienne - ont laissé devant le monde, qui lui même n'est pas exempt de pharisaïsme...

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L'été est fini...

1 Septembre 2015, 17:10pm

Publié par Flora bis

ma belle-soeur prépare le dessert
ma belle-soeur prépare le dessert

Cela fait à peine deux semaines que je suis de retour en France et déjà, l'été s'éloigne à pas de géant. Où est passée la chaleur suffocante qui m'avait empêchée de profiter du soleil comme je l'aurais aimé, sans fin, me remplissant de son énergie bienfaisante?... Dehors, 16° et petit crachin insidieux. C'est la rentrée.

Où sont passées les pastèques géantes, avec leur peau vert foncé ou zébrée, dont le craquement sous le couteau est la promesse même du goût de miel de la chair rouge, fondant dans la bouche?...

Où sont passés les après-midi paresseux où même les mouches siestaient dans la fraîcheur de la vieille maison, et nous, avec un livre à la main ou autour d'une partie de cartes, avions le droit d'oublier le lendemain?...

C'est la rentrée.

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"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau

24 Août 2015, 12:54pm

Publié par Flora bis

"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau

J'aime le bruit de la boîte aux lettres annonçant l'arrivée d'une lettre, d'un mince colis! Il faut avouer que par les temps qui courent, ce bruit est de plus en plus rare, remplacé par le signal discret de l'ordinateur.

Ce matin, l'arrivée d'un petit livre de 150 pages m'a ramenée 30 ans en arrière. C'est à Istanbul que j'ai rencontré son auteur, Jean-Paul Micouleau, animateur au Centre culturel du Consulat de France, avec qui notre vie de là-bas a pris un tournant enrichissant. Nous avons découvert une personne chaleureuse, généreuse, infatigable, en un mot: irrésistible d'humour et d'énergie.

Jean-Paul a effectué presque toute sa carrière à l'étranger, avec sa femme Chantal, institutrice, passionnée par son métier. De sa Toulouse natale aux accents ensoleillés vers le Caire et Montréal, de Port-au-Prince à Tokyo, d'Istanbul en Tunisie, son parcours de trente années nous promène dans sa vraie passion depuis toujours: le théâtre!

"Passion toujours intacte... Mettre en scène, c'est, lentement, apprivoiser des êtres et c'est, parfois, faire surgir des pulsions ignorées, des talents enfouis, révéler ce Mozart qui, quelquefois sommeille encore au fond de l'adulte endurci... Jouer, c'est partager, vibrer, douter, risquer ensemble comme une cuadrilla au coeur de l'arène, comme une équipe de rugby: ces moments vécus coeur à coeur sont denses, intenses, ineffaçables."

Son vrai élément est la scène: il se glisse dans la peau des personnages tragiques ou comiques, avec une prédilection pour ces derniers. Il met en scène, crée les spectacles partout (avec Chantal, la discrète, la femme de sa vie dont le regard compte par-dessus tout), suscitant des passions autour de lui, entrainant les gens dans le sillage de sa boulimie de création et de son inextinguible soif de contacts.

"Partout où j'irai, j'observerai, je humerai, je goûterai, j'écouterai, je toucherai, je m'imprégnerai... Ensuite, seulement, je lirai pour comprendre." Être éminemment sensuel, il fait d'abord confiance à ses cinq sens pour pénétrer l'âme du pays où il s'installe pour quelques années, toujours à l'affût de créer des contacts autour de lui, pour les attirer vers le théâtre. A Istanbul, nous nous côtoyons pendant 5 ans; Gilbert fait partie de la troupe "Les Tréteaux du Bosphore". Moi plus modestement, dans le rôle de la "groupie", j'assure photos et affiches, tout en refusant de les suivre en tournée (en Egypte, Grèce, Chypre et à travers la Turquie) : je veux que Gilbert ait ses activités séparées des miennes (peinture).

"Le joli temps passé..." est destiné à ses petits-enfants - et un peu à lui-même... Un livre bourré d'anecdotes, dans une langue extrêmement vivante et un style châtié et riche comme doit l'être celui de quelqu'un qui, toute sa vie, côtoyait les grands auteurs de théâtre!

(cliquer sur les photos pour les agrandir!)

"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau"Le joli temps passé..." de J-P Micouleau

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Réminiscences...

18 Août 2015, 11:08am

Publié par Flora bis

Réminiscences...

Nous trions, éliminons les affaires de ma mère. Tâche ingrate, cruelle même, mais il faut en passer par là.

Tout d'un coup, choc émotionnel, reliant brutalement le passé au présent : ma petite-fille de 9 ans qui adore chiner, fouiller dans des vieilleries qu'elle réadapte à son goût avec une créativité débordante, exhume du fond d'un placard, une robe blanche avec le corsage en dentelle. Je n'en crois pas à mes yeux: cette robe, je l'avais portée il y a cinquante ans, pour le bal traditionnel de la dernière année du lycée! Depuis, je ne l'ai jamais remise, je la croyais même disparue...

Ce bal, précédé par des répétitions qui duraient des semaines pour pouvoir ébahir le public des parents et des profs par l'exécution irréprochable (autant que possible) de la danse d'ouverture - cette année-là un tango-boléro - par les élèves des classes terminales, a eu lieu dans l'Aigle Noir, le grand hôtel de la ville. Notre première sortie dans le monde. J'ai dessiné moi-même la robe que ma couturière a réalisée avec sa virtuosité coutumière avec laquelle elle donnait vie à mes fantasmes vestimentaires. Les magasins proposaient peu de choix à l'époque.

Coiffure savante, souliers blancs à talons aiguille et aux bouts pointus (que je n'ai jamais portés par la suite), gants blancs - tout était en place pour tournoyer sur le parquet de la grande salle. Petit flirt fort sage avec le grand frère d'un de mes camarades de classe et l'enchantement a pris fin: Cendrillon a regagné son carrosse de citrouille, sans même perdre un de ses souliers!...

Ma petite-fille enfile aussitôt la robe exhumée et miracle: elle lui va à merveille, comme si on l'avait taillée pour son joli petit corps de 9 ans! Juste la moitié de l'âge que j'avais alors! Je tiens une preuve palpable de ma sveltesse d'antan... A cinquante ans de distance.

Réminiscences...Réminiscences...

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Aller-retour, passé-présent

15 Août 2015, 12:20pm

Publié par Flora bis

Aller-retour, passé-présent

Depuis ma dernière note sur ce blog, trois semaines sont passées. Beaucoup d'émotions, beaucoup de chaleur (en propre et en figuré), des déplacements nombreux sous une canicule sans pitié... Une chose reste inchangée: départ sous la pluie et la fraîcheur, retour dans les mêmes conditions... Entre les parenthèses pluvieuses, trois semaines torrides dont les 38-39° alourdis par une atmosphère chargée d'humidité, demandent un effort démultiplié au moindre mouvement.

La vieille maison accueille ses nouveaux propriétaires qui prennent possession des lieux. Mon fils tente de préserver ce qui faisait son bonheur durant de nombreuses années, tout en imprimant sa marque, ses désirs... Une maison ne doit pas se figer en musée, elle doit continuer à vivre, s'accommoder aux vivants, voire se rajeunir. Mêler le passé au présent, pour se construire un avenir.

Des rencontres dans la chaleur familiale, avec neveux et nièces, cousins et cousines qui donnent un coup de main, sacrifiant joyeusement une partie de leurs vacances. Inimaginable dans un contexte français, du moins de mes expériences... Surtout que la partie n'est pas vraiment joyeuse: il s'agit de vider les armoires de ma mère, évacuer une partie des innombrables objets accumulés durant des décennies, souvent par inertie ou précaution ("on ne sait jamais"...) Pour moi, c'est une tâche particulièrement éprouvante: je me rends compte une fois de plus de mon attachement viscéral aux objets, habités par les traces vivantes de ceux qui les ont côtoyés, manipulés. Les débarrasser, cela signifie "virer" leurs anciens propriétaires corps et âme, les évacuer définitivement de ma vie...

Je décide donc de me détacher progressivement de mes propres "compagnons de route" devenus des "intimes" par le seul regard que je pose quotidiennement sur eux. La sage décision est une chose, sa réalisation en est une autre...

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Entre-deux

22 Juillet 2015, 19:39pm

Publié par Flora bis

Entre-deux

Là-bas, c'est la canicule, dépassant les 40°. Ici, c'est plutôt maussade, atteignant péniblement les 20°. Les nuages recouvrent le bleu, la plupart du temps, liquidant nos dernières molécules de sérotonine. Nous traînons les pieds pour régler les derniers préparatifs avant le départ vers la canicule.

Là-bas, nous éviterons de mettre le nez dehors avant 5 h de l'après-midi, avec l'étrange sensation qu'il fait plus chaud à l'extérieur qu'à l'intérieur de notre corps...

Ne pourrait-on pas distribuer un peu plus équitablement les parts du gâteau estival?...

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Nostalgie estivale

6 Juillet 2015, 16:26pm

Publié par Flora bis

Nostalgie estivale

Sous mes yeux, de vieilles photos prises aux années 1990...

J'ai besoin de ces supports fragiles pour me "téléporter" à l'instant fixé par l'appareil-photos, pour ressentir la saveur du moment: la chaleur commence à tomber et nous nous installons dans la rue, devant la maison, à l'ombre des cerisiers, sur le banc fabriqué par mon père et sur les chaises sorties à la hâte...

C'est la dernière visite de mes beaux-parents en Hongrie. Mon père a encore deux ans à vivre et par bonheur, nous ne le savons pas... Sur les sept personnes de la photo, deux survivants.

Bientôt, nous reprendrons la route. La maison nous attend, imperturbable. Les générations changent: les anciennes cèdent la place aux nouvelles, afin qu'elles continuent à tisser la toile des souvenirs...

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Les ETM selon J-P Guedj

30 Juin 2015, 18:40pm

Publié par Flora bis

Les ETM selon J-P Guedj

Il y a quelques mois, je suis tombée sur un petit livre paru aux éditions Larousse. Sous le titre de "Petit décodeur des phrases toxiques qui nous plombent le moral", Jean-Paul Guedj, éminent sémiologue décortique 90 expressions banales du langage courant dont nous usons tous, portés parfois par l'air du temps et l'esprit grégaire...

Ce petit livre m'a mise en appétit, friande que je suis à déchiffrer les secrets des langues, plus précisément ceux du français que j'essaie de pratiquer correctement... Eh oui, c'est le sort de ceux qui adoptent des langues étrangères (ou espèrent se faire adopter par elles) et dont l'éternelle ambition demeure d'atteindre leur pratique, autant que possible, irréprochable. Davantage, peut-être, que les chanceux qui les reçoivent en cadeau de naissance, gratuites, sans effort...

Bref, voici un florilège des ETM (Expressions Toxiques Modernes) révélatrices des moeurs d'une époque, la nôtre:

1) "En même temps" (en début de phrase, ultime concession; on est d'accord avec tout et son contraire)

2) "C'est jouable" (du ludique dans le sérieux, du futile dans le professionnel)

3) "Ca va le faire" (on ignore ce que le pronom "le" remplace; purement à la mode, légèrement idiot)

4) "Connecte-toi" (il est urgent que tu te débarrasses de ta ringardise)

5) "On va revisiter" (un plat de cuisine, une pièce de Molière, Jaurès ou De Gaulle... à la sauce moderne)

6) "Que du bonheur!" (réponse obligée; le bien-être étant au bonheur ce que le fast-food est à la gastronomie, les marchands de bonheur à deux sous inondent les étals et les plateaux de télé)

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Ambiance de terrasse...

26 Juin 2015, 10:31am

Publié par Flora bis

Ambiance de terrasse...

Le "cahier noir" (journal de bord N°4, "C'est la vie" bien nommé de Ben, p.189) a cueilli ces quelques lignes, notées rapidement, spontanément avant-hier, sur la terrasse, dans la tiédeur de l'après-midi:

"Il est 17h15, je suis sur la terrasse. Un temps comme on l'aime. Douceur estivale, remplaçant la pluie et la fraîcheur (13°) de ces derniers jours. Dans une demi-heure, je pars pour récupérer les petites à l'école. Je suis revenue à mon projet de roman: comme la forme est encore incertaine, "en expérimentation", je pense qu'il faudra y aller à tâtons pour trouver la bonne solution: en le sentant sous les doigts, dans les doigts - comme de l'argile du sculpteur ou comme de la poudre multicolore des pastels - en se relâchant, en se lâchant presque (lâcher-prise, si difficile!), dans l'écriture-même... En tout cas, même si tout cela n'aboutit à rien, il me procurera un intense plaisir de le faire, de l'expérimenter...

Je sirote mon petit café, Glasgow se déplace sans bruit, sur ses pattes de velours - voilà pourquoi les écrivains "s'équipent" souvent de chats! Très inspirants et discrets en même temps, comme pour dire: vas-y, je suis là, t'es libre de divaguer, rien ne m'étonne, ni me choque... Elle s'éloigne avec sa démarche féline, après avoir bu quelques "lapées" de l'eau de la piscine. Dans l'air flottent des parfums de chèvrefeuille, de rose, de glycine: de la végétation en folie... Idyllique, paradisiaque même - c'est dans ces moments-là que l'on ressent la plénitude de l'existence... Hélas, pour en arriver là, à cette capacité d'apprécier l'instant, je crains que ladite existence ne tire à sa fin..."

(illustration: "Quiétude" pastel sec, R.T. 2015)

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Passage éclair

8 Juin 2015, 11:32am

Publié par Flora bis

Passage éclair

Le 29 mai dernier, avec mon fils, nous avons quitté 16° à l'aéroport de Charleroi pour atterrir dans la chaleur de 31° ou plus à Budapest. Un changement secrètement désiré, espéré. Comme un retour vers le passé, vers la jeunesse où il faisait toujours beau... Du moins dans les souvenirs.

Dans la maison de mes parents, désertée des vivants, les fantômes se bousculent, mécontents d'être dérangés par des intrus que nous sommes, faisant irruption dans leur calme ensommeillé. Sur la table de la cuisine, un dîner nous attend, avec un petit papier: "Bon appétit!" A coup sûr, c'est l'oeuvre des vivants! Tout comme les lits prêts à nous accueillir à 2h du matin. En l'occurrence, celle de ma belle-soeur et de mon neveu.

Le lendemain matin, grand soleil! Contrairement à mes habitudes françaises et nordistes de surcroît, je me lève tôt pour en profiter, pour siroter mon café dans les décors immuables de la cuisine aux effluves de vanille et de cannelle, derrière les rideaux de dentelle... Les fantômes radoucis semblent enclins à m'adopter. Ils tolèrent que je retrouve mes repères, que je me réapproprie les espaces.

Vers midi, je retrouve mes camarades du lycée, dans la ville voisine, à 49 ans de distance du baccalauréat. On se reconnait en un clin d'oeil, malgré les kilos en trop, les rides plus ou moins visibles, les cheveux clairsemés... De midi à 19 heures, conversations à bâton rompu, sous les parasols de l'hôtel, dans la tiédeur du parc. Mon trac a disparu.

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