Le blog de Flora

Une aventure IKEA

23 Mars 2015, 11:00am

Publié par Flora bis

Une aventure IKEA

Je n'ai aucune ambition d'en faire un best-seller à la manière de Romain Puertolas; plus modestement, je voudrais crier tout bas mais sur tous les toits, ma fierté de bricoleuse refoulée, racontant mon aventure avec un paquet mince mais lourd, arrivé il y'a quelques jours. A l'intérieur, un futur chiffonnier, destiné à avaler tire-bouchons, ouvre-boîtes, râpe-tout, allumettes, gratte-agrumes et décapsuleur, sans oublier un tensiomètre... (la liste n'est pas exhaustive!)

A la vue de la boîte en carton, épaisse de 10 cm, j'ai eu quelques frissons. Connaissant l'incomparable sens pratique de l'esprit nordique, je me suis dit qu'il devait y avoir énormément de morceaux de bois de toute taille à l'intérieur, emballés avec une précision extrême, sans un centimètre cube de perdu. Sans compter les innombrables clous et vis pour les tenir ensemble... Ces derniers sont toujours au nombre exact nécessaire, d'où l'angoisse d'en perdre un au passage, ou pire encore, de s'apercevoir qu'il en reste quelques uns à la fin...

Je n'ai pas été déçue. J'y ai mis 5-6 heures. Il est vrai que je ne suis pas un as du bricolage, je n'éprouve aucun orgasme en me jetant dans la bagarre, armée de toute sorte d'instruments plus ou moins énigmatiques.

Le résultat: un chiffonnier qui tient debout et ses cinq tiroirs commencent à se remplir. Il n'attend plus qu'un coup de pinceau pour fondre harmonieusement dans les nuances subtiles de la cuisine.

Il me reste six clous inutilisés...

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Voyage dans le temps passé...

18 Mars 2015, 16:50pm

Publié par Flora bis

Voyage dans le temps passé...

Je viens de feuilleter les pages d'un site hongrois qui accueille des vieilles photos de famille, confiées par des amateurs et des collectionneurs. Les quelques minutes initiales se sont transformées en plus d'une heure et j'ai du m'arracher à ce vagabondage nostalgique pour profiter de l'inspiration qu'elle a suscitée en moi.

La photo, responsable de l'ouverture des vannes figure ci-contre. Elle montre la préparation de la nourriture pour les canards: des feuilles de betteraves coupées en lanières et mélangées au maïs concassés... Banale en apparence mais elle m'a installée sur la machine à remonter le temps pour me ramener cinquante ans en arrière, aux temps de mes merveilleuses vacances d'été chez ma tante...

Ma tante élevait, entre autres bestiaux, des canards et des oies. Elle en gavait aussi deux ou trois, histoire d'avoir de quoi régaler famille et invités plus tard.

Pour moi, cela représentait le délicieux folklore de mes vacances, à l'autre bout du pays - même si cet "autre bout" ne se trouvait qu'à 400 km de chez nous. Tout ce que j'y vivais était magique, inhabituel: l'air que je respirais, les plats que je dégustais, le patois chantant que j'écoutais et dont je m'imprégnais... Je baignais dans l'immensité affective de mes oncles et tantes, de mes grands-parents. Je goûtais à leurs activités de saison: ramassage du foin et des pommes de terre, sans oublier la cueillette des oeufs fraîchement pondus... J'ai en mémoire, intact, l'odeur du foin qui sèche, le bruit savoureux et le mouvement inlassable avec lequel la vache broute l'herbe de la pâture, tout en chassant nonchalamment les mouches qui se posent sur elle ...

Sans oublier la bassine remplie des feuilles de betterave hachées et les canards gloutons qui se bousculent autour...

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Lignées de femmes

9 Mars 2015, 11:43am

Publié par Flora bis

Lignées de femmes

Dans cette lignée de transmission, je n'ai pas pu remonter bien loin... Je n'ai connu personnellement que mes deux grand-mères. Nous nous sommes même côtoyées plus de vingt ans... Quant à ma mère ou ma tante, elles ont pu connaître les 20 ans de leurs arrières-petits-enfants!

Avec la naissance de plus en plus tardive des enfants de nos jours, ce sera bientôt une prouesse.

J'ai toujours été très sensible à la notion de lignée, telle une chaîne de transmission d'ADN qui nous relierait à travers les âges. Je scrutais les visages, les particularités physiques et psychiques, les gestes, les comportements hérités des aïeuls. Et si je reconnaissais tout d'un coup une grand-mère dans ma façon de m'assoir ou de plier mon pouce à l'intérieur de mon poing fermé, j'étais contente: j'éprouvais la solidité des liens...

Avec une mère, les liens sont encore plus intimement noués, enchaînés parfois... Jusqu'au mimétisme. Arrive le moment - souvent à l'adolescence - où nous éprouvons le besoin de reconnaître, d'affirmer notre différence comme une condition de survie.

Les propos d'un psychologue dans les média, parlant des secrets de famille comme des destins transmissibles m'ont marquée. Je sais très peu de choses de la jeunesse de mes grand-mères, elles ne se racontaient guère. Avec mes petites-filles, je compense mes propres regrets afin que, plus tard, elles n'en aient pas sur mon compte...

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Changement de rythme

2 Mars 2015, 11:10am

Publié par Flora bis

Changement de rythme

Retour des vacances. Pas des miennes mais celles de mes petites-filles, passées chez moi et en partie chez les autres grands-parents.

Deux semaines pétillantes, pleines de flots de paroles, de rires, de complicité.

Hier soir, après les avoir "livrées" à domicile, je me suis retrouvée dans le silence. Presque total.

Avec les résidus des vieux réflexes du soir, je monte l'escalier avec précaution, évitant le grincement du bois qui risquerait de les réveiller.

Le matin, je m'étonne de ne pas sentir le léger tapotement sur mon épaule et de ne pas découvrir la (ou les) petite(s) figure(s) en pyjama près de mon lit qui vien(nen)t pour me sortir d'un sommeil réparateur.

Nous nous sommes quittées avec regrets. Tout en dégustant ces moments rares et riches, je ne peux m'empêcher de penser que dans quelques années, ils seront encore plus rares et j'essaie d'en faire des provisions. Les priorités reviendront aux amis et ce sera très bien ainsi. Le contraire m'inquiéterait plus.

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Inspirations...

13 Février 2015, 18:22pm

Publié par Flora bis

Inspirations...

Replonger dans l'ambiance des grands salons... Durant dix années, tous les printemps, j'ai participé au Salon du Livre de Paris, pendant toute sa durée, sur le stand des Editeurs du Nord et du Pas-de-Calais.

Une ambiance particulière règne dans les foires du livre, un bruit de fond permanent, une effervescence continue, un tourbillon visuel qui vous interpellent sans relâche... Des rencontres, des échanges, des coups de coeur et des coups de pompes...

Cela va faire six ans que je n'y vais plus. J'ai décidé de me tourner vers des voyages intérieurs pour tenter d'en extraire les "retombées de poussière cosmique"... Expression pompeuse mais qui recouvre assez bien mes intentions, mes rêves...

Il en va de même pour les salons d'art. Pourtant, cet après-midi, j'ai fait un saut à la Foire de l'Art Contemporain de Lille. Parcourant les allées, l'ambiance familière m'a captivée de nouveau. La peinture, mon premier amour... Celui qui m'a saisie à jamais il y a plus de cinquante ans... Une énergie inouïe circule dans ces lieux, les tableaux l'émettent et l'envoient en écho d'une cimaise à l'autre, pour la concentrer sur vous... Vous décollez du sol, vous voltigez sur les ailes du désir de participer au concert de cette inspiration démultipliée!

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Les premières phrases 1.

7 Février 2015, 18:28pm

Publié par Flora bis

Les premières phrases 1.

Ah, les premières phrases! Parfois, elles sont toutes simples, banales et l'auteur du roman procèdera à l'allumage de sa bombe plus tard...

Parfois, le choc vient de la première phrase car l'écrivain a l'intention d'annoncer la couleur et de clouer le lecteur dès le début...

Voici quelques exemples choisis parmi les plus grandes oeuvres de la littérature.

* Ca a débuté comme ça.

(Céline: "Voyage au bout de la nuit" 1932)

* "C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor", se dit Bernard.

(André Gide: "Les Faux-Monnayeurs" 1925)

* Pour écrire l'histoire de sa vie, il faut d'abord avoir vécu; aussi n'est-ce pas la mienne que j'écris.

(Alfred de Musset: "Confessions d'un enfant du siècle" 1836)

* Ils sont en face de moi, l'oeil rond, et je me vois soudain dans ce regard d'effroi: leur épouvante.

(Jorge Semprun: "L'Ecriture ou la vie" 1994)

* Un ciel pur comme de l'eau baignait les étoiles et les révélait.

(Antoine de Saint-Exupéry: "Courrier Sud" 1929)

* On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin.

(Franz Kafka: "Le procès" 1925)

* Mrs. Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter des fleurs.

(Virginia Woolf: "Mrs. Dalloway" 1925)

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Shiatsu

3 Février 2015, 19:15pm

Publié par Flora bis

Shiatsu

Connaissez-vous ce massage d'origine chinoise? On peut dire que j'ai fait connaissance avec ses bienfaits le 28 décembre dernier, à la sortie de la forteresse Saint-George, à Lisbonne...

Depuis des heures, j'avais le dos bloqué: sous l'omoplate gauche, un point extrêmement douloureux irradiait dans tout le dos, m'empêchant même de bouger les bras pour manger...

Comme j'essayais de remuer le moins possible tête et bras pour éviter la douleur lancinante, j'avais le corps entier ankylosé, crispé et c'est dans cet état que j'ai visité la vénérable forteresse du saint protecteur du Portugal.

A la sortie, un kinésithérapeute distribuait ses soins, en plein air, avec une espèce de chaise à torture à ses côtés. J'avais tellement mal que j'ai décidé sur-le-champ de me soumettre à ses manipulations musclées. En public. Les spectateurs s'amassaient en groupe attentif et compatissant autour de nous pendant les 20 minutes du traitement.

La tête enfouie dans un cercle, je ne voyais rien. Je sentais par contre assez vigoureusement ses doigts, son coude, voire ses genoux s'enfoncer dans divers endroits de ma colonne vertébrale, mes bras et mon cou se tordre mais bizarrement, cela ne faisait pas mal! Au contraire, comparé à la douleur précédente, c'était presque agréable!

Au bout des vingt minutes, je suis repartie soulagée, sous les regards intrigués des spectateurs.

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Esclavage moderne

30 Janvier 2015, 17:09pm

Publié par Flora bis

Esclavage moderne

Le repas du midi terminé, je m'installe sur mon canapé, devant une émission digestive, voire "siestive" afin que je puisse attaquer ensuite l'après-midi en forme pour le travail d'écriture.

Subitement, la télé s'éteint sans crier gare. Trou noir, silence. La neige du matin avait fondu, le froid s'était radouci, ce n'est pas un temps à panne d'électricité... De toute façon, il n'y a jamais de panne d'électricité! La lumière jaillit par magie et sans faute, à tout instant! Comme l'air que l'on respire.

Je cours à la boîte du compteur. Tout est normal.

On toque à la porte d'entrée (la sonnette ne marche plus?...), c'est la voisine, affolée: "Chez vous aussi?"... Elle a déjà fait le tour des autres voisins et le curé de la paroisse: pareil. Pas de courant.

Je prends le téléphone: muet. "Reposez l'appareil sur le socle" - qui ne répond pas sans jus.

Par chance, sur mon portable, il reste un peu de batterie que j'espère suffisante pour trouver des renseignements.

Renseignements? Tout est sur l'ordinateur, inaccessible. Je fouille à la recherche d'un vieil annuaire en papier; heureusement, je n'ai pas tout viré dans un grand élan de modernité!

Pendant que je cherche - et que les radiateurs commencent à refroidir - je survole tous les aspects de notre vie moderne: l'eau tarit à cause de la pompe électrique, les WC sont inutilisables; mon gâteau presque cuit attend dans le four; mon courrier somnole au fond de la mémoire de l'ordinateur, tout comme le texte que j'allais imprimer pour le présenter ce soir!... Bientôt, il faudra essayer de dénicher quelques restes de bougies de Noël... Cela ne m'inspire aucune poussée romantique!

Tout d'un coup, miracle! La télé se met à causer comme si de rien n'était, comme si on n'avait pas frôlé l'apocalypse! Je la ferme aussitôt. Il faut que je digère les leçons de ma totale dépendance...

illustration: Raoul Dufy: "La Fée Electricité", Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

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Des traces et d'autres illusions

28 Janvier 2015, 18:45pm

Publié par Flora bis

l'écrivain et sa muse
l'écrivain et sa muse

La phrase d'une amie suscite une petite réflexion: "il faudrait que chacun de nous écrive sa propre histoire, commençant à quelques générations en arrière, pour que rien ne se perde"...

Comment peut-on imaginer un instant la possibilité de laisser une trace? Je comprends la difficulté de se résigner à sa disparition avec armes et bagages, dans le trou noir de l'immensité de l'infini temporel et spatial. Après avoir existé pendant un laps infiniment petit...

Le peu de traces retrouvées ont quelques (dizaines ou centaines) de milliers d'années. C'est dérisoire par rapport aux milliards d'individus qui nous ont précédés.

Et pourtant, c'est cette envie-là qui sert de moteur pour la plupart des écrivains, des peintres, des créateurs dans tous les domaines. Laisser une trace, c'est presque accéder à l'immortalité. Ils n'auront aucun moyen de le vérifier: le rêve leur suffit.

Pour ma part, je cherche ailleurs le ressort de ce désir puissant: en créant, l'homme se mesure à dieu. Il maîtrise le destin de ses personnages engendrés: il leur donne la vie ou la mort. Ils existent par sa volonté. C'est une sensation enivrante.

Jouer avec les mots, leur donner un sens et pouvoir le transmettre, partager nos émotions transportées par les mots, les couleurs ou les sons, cela nous procure un tel sentiment de plénitude que même sans l'illusion de l'éternité, cela vaut largement la peine!

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Histoire ancienne (micro-fiction)

24 Janvier 2015, 19:28pm

Publié par Flora bis

J'ai du mal à franchir le seuil de la chambre. Ce n'est pas charitable de ma part. Il a besoin de ma présence. Sans moi, il se sent perdu sur cet océan de souffrances. Je suis son ultime espoir.

Son corps émacié ne me rappelle que de très loin l'homme secret et imposant qu'il avait été durant les quarante-huit années où je le côtoyais. Il me faisait l'effet d'un roc de granite: aucune fissure, monobloc sans aspérité. Mes bras glissaient sans aucune prise.

Je vaque à mes occupations, devenues urgentes à me maintenir dehors. Je donne des graines aux poules, je rassasie les cochons, je m'attarde à les regarder se jeter sur la nourriture avec voracité... Je balaye la cour: tout est à sa place, rien ne traîne. Le soleil baisse à l'horizon, l'air tiédit et la poussière se redépose. Le jour s'étire de sa grande fatigue pour tomber bientôt dans la nuit noire.

Il faut que je rentre dans la maison. J'entends sa faible voix qui me supplie. Je fais un détour par la cuisine. La pâte à pain est en train de lever, le four à pain chauffe. Je remue la vaisselle pour ne plus entendre sa voix.

Je le revois, des années durant sur le chemin de la maison, solitaire, droit comme un hêtre. Des regards furtifs le suivent derrière les rideaux. Je décèle les susurrements méfiants et entendus sur son passage.

Ma mère est morte il y a longtemps. Je m'occupe de la maison toute seule. A quarante-huit ans, c'est de la routine, à l'économie d'effort. Chaque geste est bien rôdé, mes pensées peuvent s'évader librement. J'aimerais tant les suivre.

Nous sommes seuls désormais. Je sens sa fin toute proche. Cela fait trois jours qu'il agonise. Il me supplie de lui prendre la main.

C'est précisément le geste que je ne peux pas lui accorder.

Je passe le seuil de la chambre. Sa tête est enfouie dans le creux de l'oreiller, il respire fiévreusement et ses yeux sont immenses. Il tend les bras, deux branches desséchées de l'hêtre d'antan. “Pitié! Je ne peux pas m'en aller avant!”

Dans un geste d'ultime désespoir, je saisis le manche à balai et le pose dans sa main. Il ferme les yeux et sa respiration cesse, apaisée.

Je cours au four à pain et je jette le balai dans le feu. Je le regarde danser dans les flammes ravivées, jusqu'à ce qu'il retombe, consumé.

Mon père le sorcier.

© Rozsa Tatar

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