Le blog de Flora

Appartenance

10 Septembre 2014, 11:32am

Publié par Flora bis

Appartenance

Bientôt, je dois accomplir un pèlerinage vers la maison de mes parents, celle que j'ai quittée il y a plus de quarante ans et que ma mère habitait seule depuis presque vingt. Ce voyage ne sera pas la réplique joyeuse de tous ceux que je réalisais fidèlement, au moins une fois par an, depuis mon départ. Il sera le dernier, avant la mise en vente de la maison.

Ma mère a été le dernier fil solide à me relier à cette maison qui garde encore les traces intactes de ses 56 années passées ici. Tout est inchangé et tout doit être balayé, déplacé, supprimé. A l'image d'une vie qui devient souvenir évanescent.

Un autre lien fort s'en trouve ébranlé autant: celui qui me rattache à mon pays natal. Je l'ai quitté à l'âge de 26 ans. Par amour. Avec une confiance insouciante qui me faisait quitter une langue, une profession, une culture et toutes mes références... On suit l'homme que l'on aime car notre "patrie" est désormais l'amour.

Depuis 24 ans maintenant, j'habite dans cette maison de briques rouges, typique au Nord de la France. Je n'ai jamais habité aussi longtemps au même endroit! A la mort de mon mari, il y a huit ans, j'aurais pu rentrer dans mon pays d'origine, en fermant avec sa disparition la parenthèse française de ma vie... L'idée m'avait effleurée pendant quelques jours.

En dépit des pressions plus ou moins ouvertes, quelques aimables accusations en "infidélités" à mes racines de la part d'amis, les reproches sourds et à peine voilés de ma mère de l'avoir abandonnée, j'assume. Ma vie est désormais ici. La langue d'adoption dans laquelle je m'exprime tous les jours - souvent, j'avoue, avec une certaine jouissance - et qui m'offre des heures de délices et de rires avec mes petites-filles, des liens chaudement enveloppants avec famille et amis, c'est la langue française. La "circulation sanguine" d'un pays qui irrigue ma vie, ses événements politiques, culturels, ses émissions de télé et ses turbulences météo, c'est en France que cela me concerne directement. Je les partage et j'en assume ma part. Sans pour autant renier, j'en suis certaine, ce socle initial que constituent les 26 premières années de ma vie.

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S'élancer...

30 Août 2014, 18:40pm

Publié par Flora bis

S'élancer...

Je relis les derniers articles de mon blog: une chape de tristesse à l'image du ciel plombé au-dessus de notre tête... Cela devient insupportable. Il faut réagir!

Comme si souvent, je fouille dans mes projets à la recherche d'une motivation qui donnerait l'impulsion pour bouger du point mort. Des projets, j'en ai plein sous le coude: embellissement de la maison et du jardin après le tsunami des travaux de cet été, préparation de notre exposition d'automne - on n'y pense jamais assez tôt -, retrouver les amis, la famille autour de petits dîners intimes où l'on peut se réchauffer corps et âme dans des conversations gaies et graves à la fois, préparation de nos soirées mensuelles littéraires et, non point en dernier lieu, retrouver le chemin de l'écriture, restée trop longtemps un désir inassouvi...

Bien sûr, l'ombre de nos chers disparus passera longtemps sur l'arrière-fond de la vie revenue... Fantômes précieux et discrets, juste avec le petit pincement douloureux de leur manque, leur clin d'oeil complice qui nous incite à poursuivre le chemin...

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Un moteur sans carburant

25 Août 2014, 20:12pm

Publié par Flora bis

Un moteur sans carburant

Dehors, 13°... Nous sommes à la fin du mois d'août, en plein été! Il pleut, inlassablement, désespérément, comme depuis plusieurs semaines, plusieurs mois déjà.

J'ai décidé de bannir le mot "espoir" de mon vocabulaire... Ce n'est pas la première fois que mes petits projets longtemps tenus au chaud, caressés par un désir ardent d'y accéder enfin - comme à un rivage ensoleillé après des périples dans la tempête: je me vois illico me débattant dans les flots en furie, alors que cela ne m'est jamais arrivé en vrai - et le Destin s'acharne à chaque fois, sans faille, à enrayer mes plans avec un malin plaisir... Si, si, je suis sûre qu'il se frotte les mains!

Pour tenter de me protéger, je décide de gommer "l'espoir" de mes pensées. Ne rien construire, ne rien prévoir, ne compter sur rien ni personne! Prendre ce qui vient.

J'essaie de l'imaginer, moi qui étais souvent plus forte à échafauder des projets qu'à les réaliser! Comment faire avancer un moteur sans carburant?...

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Jean Giono (1895 - 1970) *** Citations

15 Août 2014, 17:32pm

Publié par Flora bis

Jean Giono (1895 - 1970) ***  Citations

Qui ne connaît pas le roman "Le hussard sur le toit" (du moins le film qui en a été tiré)? L'histoire romanesque du jeune aristocrate carbonaro, Angelo Pardi, colonel des hussards en lutte contre les Autrichiens qui quitte son Piémont natal pour échouer sur les toits en blondes tuiles romaines de Manosque... Il affronte l'ennemi et l'épidémie dévastatrice de choléra, accompagné de la belle Pauline de Théus (mariée à un aristocrate de quarante ans son aîné)... Après mille aventures haletantes, leurs chemins se séparent: elle reste fidèle à son vieux mari, laissant les lecteurs à leurs regrets...

Giono l'humaniste et pacifiste reste pour moi le peintre sensuel de sa Provence natale.

* Il y a dans la sensualité une sorte d'allégresse cosmique.

* L'homme, on dit qu'il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Il faut que le vent passe pour que ça chante.

* Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière.

* La mort attrape d'abord ceux qui courent.

* Imaginer c'est choisir.

* Laisse-toi vivre dans la vie sans penser que tu joues de la flûte, et alors tu joueras.

* Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre.

(Chacun sait que les citations ne sont jamais choisies par hasard...)

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Alternatives

13 Août 2014, 10:42am

Publié par Flora bis

Alternatives

Un premier semestre très éprouvant! Dans ces moments-là, nous faisons le dos rond, en serrant les dents, nous nous mettons en apnée autant que possible, pour attendre que ça passe. Si l'astrologie était crédible, nous pourrions nous abandonner au bon vouloir des planètes, qu'elles veuillent bien régler enfin leurs désaccords entre elles et desserrer leur étau autour de nous... Notre résistance en prend un coup et nous avons l'impression d'avoir vieilli de quelques années en peu de temps.

Nous pouvons, certes, nous consoler avec l'idée que "ça pourrait être pire!" Maigre consolation... Elle nous pousse à vivre à petit feu, en veilleuse, en mesurant l'amplitude de notre respiration... En petits vieux, entre canapé et lit, se calfeutrant devant la télé, le chat sur les genoux pour seule compagnie...

Hier soir, je suis tombée sur un documentaire présentant des septuagénaires, des octogénaires fringants, sportifs ou joueurs, d'autres se remuant au rythme du rock dans une chorale à Dunkerque. Tous affirmaient la même philosophie: "Je ne pense pas à la mort! Je vis le présent, pleinement, avec les autres, pour les autres, je n'ai pas le temps de geindre!" Bien sûr, il faut bouger au lieu d'attendre dans son coin, pleurnichant sur son triste sort... Du moins, saisir toute opportunité. Tant qu'on peut.

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Juillet meurtrier...

25 Juillet 2014, 18:27pm

Publié par Flora bis

Juillet meurtrier...

Depuis le 11 juillet dernier, je ne suis pas revenue sur mon blog. Deux semaines très chargées en émotions qui mûrissaient cependant, depuis des mois déjà... Entre espoirs et désespoirs, cinq mois d'intenses souffrances et d'infaillible courage. Richarda est partie.

Horrible périphrase qui veut masquer la réalité crue que l'on refuse de voir. "Partir où?" ai-je demandé au médecin qui m'annonçait 8 ans plus tôt, un début de juillet aussi torride que celui-ci, que Gilbert était en train de partir... Cette fois encore, nous sommes démunis, incrédules... Comme à chaque fois que la mort s'annonce et nous oblige à la regarder en face, projetant notre propre fin devant nos yeux aveuglés par l'illusion de notre éternité...

Richarda était mon amie, ma soeur, fidèle en toute circonstance. Pourtant, je ne la connaissais que depuis dix ans à peine. Elle avait joué dans une pièce de Gilbert. La vague connaissance s'est muée en amitié quand je me suis retrouvée dans le tunnel de la solitude. Elle savait se rendre disponible pour soulager les souffrances des autres. Humains et animaux.

Par deux fois, elle a mis en scène et joué mes textes, encourageant l'auteur en herbe que j'étais. Mis en scène et mis en valeur.

Chacun de nous garde une image d'elle, parfois différente, nuancée par les souvenirs. Reste en commun son rire contagieux, son énergie, l'éclat de son sourire.

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"C'est en forgeant..."

11 Juillet 2014, 20:09pm

Publié par Flora bis

"C'est en forgeant..."

Le blog change, imperceptiblement, il évolue avec nous, puisqu'il se nourrit de nous... De temps en temps, je cède à la tentation de revenir en arrière, pour piocher, au gré du hasard, parmi les sept cents et quelques articles publiés en six ans. Comment j'étais au commencement de ce blog? Ai-je, depuis, au moins frôlé la sérénité tant désirée, après un véritable séisme dans ma vie, survenu en 2006?... L'irruption de la solitude.

Ce vagabondage sur les pages anciennes permet de dresser un petit bilan. Incontestablement, j'ai le sentiment d'avoir progressé un peu dans le maniement de la langue française, ce merveilleux outil, souple et élégant qui, malgré sa grande rigueur, permet toutes les audaces. "C'est en forgeant...", bien sûr, mais je crois que je resterai une éternelle apprentie et cela me plaît. Cette perspective s'ouvre sur l'infini et je déteste les finitudes.

Le blog a réveillé en moi une formidable soif de l'écriture. Cette dernière reste encore en état embryonnaire à mon goût. Aurai-je le temps de la faire passer à l'adolescence ou à l'âge adulte, je ne sais pas. La barre est placée très haut.

Ecrire en français me permet de mettre de la distance entre mon sujet et mes émotions, ce qui m'est impossible dans ma langue maternelle. Et puis, mon sens critique est peut-être plus aigu en hongrois, tandis qu'en français, j'opère allègrement et sans crainte, tel le barbier de jadis qui arrachait des dents, inconscient du risque, sans l'ombre d'une hésitation...

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Six années dans la blogosphère

4 Juillet 2014, 11:05am

Publié par Flora bis

Six années dans la blogosphère

Le 3 juillet 2008, je me suis lancée dans la blogosphère. En proie à un trac énorme comme si j'avais pris un risque vital, j'en tremblais presque... Mais l'envie l'a emporté sur ma nature attirée plutôt par la discrétion, le voile bienfaisant qui reste translucide au lieu de vous exposer à une lumière crue... J'ai donc choisi un pseudonyme.

Etrange paradoxe de ce choix! Certains de mes visiteurs me fréquentant dans la "vraie" vie savaient qui était dissimulé derrière le pseudo, moi-même n'en faisais pas un secret, bien au contraire: j'avais envie qu'ils me découvrent sous un autre angle, celui de l'écrit! Par contre, aux yeux de ceux pour qui j'étais une illustre inconnue parmi les millions qui se bousculent en quête d'un faisceau de projecteur, c'était, de toute façon, indifférent... Moi-même, j'avais une relation assez mal définie avec ma propre identité, ayant la sensation parfois que je la portais comme une sorte de masque derrière lequel une inconnue se dissimulait...

J'ai commencé un blog pour l'EXPRESSION ECRITE. Apprendre à ciseler une langue qui n'est pas ma langue d'origine, que j'ai commencée à l'école... Pour relever un défi toujours en cours: trouver le mot juste. Exprimer ainsi mon admiration pour cette merveilleuse langue d'adoption.

6 années, une expérience très riche, des rencontres virtuelles devant lesquelles on se montre parfois plus authentique que dans la vie "réelle"... Des rendez-vous auxquels on se prépare en revêtant des habits un peu plus solennels, un brin endimanchés, avec nos émotions en bandoulière...

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Echanges...

29 Juin 2014, 18:08pm

Publié par Flora bis

Echanges...

Cartésienne assez convaincue, j'ai du mal à adhérer à l'idée de la communion des esprits, celui des vivants avec celui des morts... J'ai vu la matière vivante produire des idées, des émotions grandioses et j'ai vu également cette matière devenir un amas inerte que l'esprit lumineux a déserté à jamais... Alors, j'en ai conclu que l'esprit n'était autre que le fonctionnement de la matière vivante et dès la mort (la transformation) de cette matière, l'esprit (le fonctionnement) cessait de même.

Hier, nous étions une bonne douzaine à entourer la tombe de Gilbert: des amis qui l'avaient connu, avec qui il avait partagé de grands moments d'émotions et d'idées. Petit à petit, instinctivement, nous avons resserré le cercle autour de la plaque de marbre, évoquant nos souvenirs communs. La pluie tombait, petit crachin insistant d'abord, puis de plus en plus dru. Les parapluies n'étaient plus de grand secours. Pourtant, personne n'avait envie de rompre la magie des échanges... Un instant, nous avions l'illusion que l'absent se mêlait à la conversation, du moins, il la suivait avec un petit sourire en coin... Pour la première fois, j'ai regretté de ne pas croire à l'existence réelle des esprits des défunts qui pourraient communiquer avec les vivants, encore en sursis...

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L'hésitation du chat face au plat de gruau brûlant...

19 Juin 2014, 16:49pm

Publié par Flora bis

L'hésitation du chat face au plat de gruau brûlant...

Cela fait une semaine que je délaisse mon blog. L'envie d'écrire existe, les sujets ne manquent pas non plus. J'attends pourtant l'impulsion nécessaire pour m'y remettre. En hongrois, il existe une expression pour exprimer cette hésitation inconfortable: "il tourne autour comme le chat autour du plat de gruau brûlant" ("kerülgeti, mint macska a forró kását")...

Cela me ramène à l'éternel problème du "lâcher-prise"... J'aimerais suivre la sagesse de Montaigne: "... à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine." (Essais) Pour tenter d'y arriver, je le sais bien, il conviendrait en premier lieu de me délester des tonnes de poids que je trimballe sur mes pieds, depuis si longtemps... Cette trouille de fendre la carapace - qui, en même temps, protège et emprisonne... Couardise, quand tu nous tiens!

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