Réminiscences...
Nous trions, éliminons les affaires de ma mère. Tâche ingrate, cruelle même, mais il faut en passer par là.
Tout d'un coup, choc émotionnel, reliant brutalement le passé au présent : ma petite-fille de 9 ans qui adore chiner, fouiller dans des vieilleries qu'elle réadapte à son goût avec une créativité débordante, exhume du fond d'un placard, une robe blanche avec le corsage en dentelle. Je n'en crois pas à mes yeux: cette robe, je l'avais portée il y a cinquante ans, pour le bal traditionnel de la dernière année du lycée! Depuis, je ne l'ai jamais remise, je la croyais même disparue...
Ce bal, précédé par des répétitions qui duraient des semaines pour pouvoir ébahir le public des parents et des profs par l'exécution irréprochable (autant que possible) de la danse d'ouverture - cette année-là un tango-boléro - par les élèves des classes terminales, a eu lieu dans l'Aigle Noir, le grand hôtel de la ville. Notre première sortie dans le monde. J'ai dessiné moi-même la robe que ma couturière a réalisée avec sa virtuosité coutumière avec laquelle elle donnait vie à mes fantasmes vestimentaires. Les magasins proposaient peu de choix à l'époque.
Coiffure savante, souliers blancs à talons aiguille et aux bouts pointus (que je n'ai jamais portés par la suite), gants blancs - tout était en place pour tournoyer sur le parquet de la grande salle. Petit flirt fort sage avec le grand frère d'un de mes camarades de classe et l'enchantement a pris fin: Cendrillon a regagné son carrosse de citrouille, sans même perdre un de ses souliers!...
Ma petite-fille enfile aussitôt la robe exhumée et miracle: elle lui va à merveille, comme si on l'avait taillée pour son joli petit corps de 9 ans! Juste la moitié de l'âge que j'avais alors! Je tiens une preuve palpable de ma sveltesse d'antan... A cinquante ans de distance.
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