Le blog de Flora

Leïla Slimani: "Chanson douce", roman, 2016

17 Novembre 2016, 16:42pm

Publié par Flora bis

J'ai vu Leïla Slimani pour la première fois à la présentation de son premier roman par François Busnel, à la télévision. "Dans le jardin de l'ogre", l'histoire d'une addiction sexuelle féminine, détonnait déjà dans l'univers éditorial de l'époque. Une jeune femme belle comme on imagine la narratrice des "1001 nuits"  présentait cette histoire audacieuse sur un ton clair, serein et intelligent qui écartait d'emblée tout clin d'oeil en coin, soupçonneux d'inspiration autobiographique. 

Son deuxième roman "Chanson douce" m'a été offert par une amie. Une histoire peu banale, racontée sur un ton neutre, presque "journalistique", factuel, laissant le lecteur construire sa propre analyse psychologique. On avance prudemment, glacé encore sous l'effet du début du roman: le meurtre de deux petits par leur nounou modèle qui tente de se supprimer elle-même... Leïla Slimani, en bon entomologue, ne nous donne que des faits, elle n'explique rien, c'est à nous de découvrir les ressorts des réactions de ses personnages. Un couple de bobos, coincés entre l'envie de s'accomplir professionnellement et de réussir la vie de famille, en ne lâchant rien... Une nounou, perle rare, qui comble leurs lacunes et qui s'incruste, se greffe en échange dans tous les hiatus de leur vie... C'est aussi le roman d'une vie sombre dans la peur de la solitude. "La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l'on vit à plusieurs." Un roman de notre époque.

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Excursion aux commencements de l'Histoire

12 Novembre 2016, 19:48pm

Publié par Flora bis

   La ville de Lens se trouve à une soixantaine de km de chez moi. Ce n'est pas le coin le plus touristique de la région, en plein milieu des mines désormais fermées du Pas-de-Calais. L'effondrement du tissu industriel a plongé la population dans le chômage et il ne restait plus que la célèbre équipe de football, les "Sang et Or" pour apporter du baume au coeur des gens, qualifiés de "meilleur public de France"... 

   Il y a désormais le Louvre-Lens. Une série de boîtes de verre construite au dessus de la fosse N°9. La culture en secours contre le désespoir, désir de s'en sortir, en créant un pôle d'attraction, de recherche et de gisement d'emplois nouveaux.

   Des sceptiques ne manquaient pas, d'autant que Lille, Béthune, Valenciennes, Douai et d'autres villes riches en traditions artistiques étaient sur les rangs. Y aurait-t-il un public réceptif dans ce coin déshérité, sur les ruines des mines, avec les terrils pour seules attractions touristiques?... Démenti éclatant: en 4 ans, plus d'un million et demi de visiteurs.

   J'y suis venue pour la première fois, il y a 2 jours. Ce ne sera pas la dernière: je suis conquise. Bien sûr, les perspectives d'amélioration ne manquent pas. On s'y sent bien: de l'espace, de la transparence et un accueil chaleureux et disponible nous met à l'aise. Je suis venue pour

écouter un colloque sur la Mésopotamie, une culture plusieurs fois millénaire et pour regarder l'exposition temporaire qui l'illustre. Une période passionnante qui a vu l'apparition de l'écriture il y a quelque 5000 ans, avec une finesse extraordinaire de son art que les barbares modernes essaient de détruire en Iraq et en Syrie...

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Honte et culpabilité

6 Novembre 2016, 19:27pm

Publié par Flora bis

"Il n'y a pas de honte quand il n'y a pas de regard de l'autre." (B. Cyrulnik)

   Parmi mes amies blogueuses hongroises, nous avons évoqué le thème de la honte, à propos d'un texte de E. Hankiss que j'avais cité sur mon blog. L'auteur, à 80 ans passé, y évoque un souvenir d'enfance qui lui fait honte au bout de tant d'années. Nous nous sommes dit qu'il serait sans doute difficile pour nous toutes d'en faire autant: "confesser" publiquement une honte enfouie...

   Cela m'a intriguée et j'ai décidé de chercher un peu plus loin les ressorts de la honte. Je suis tombée, en particulier, sur un long article de Serge Tisseron (il a consacré plusieurs ouvrages à ce sujet) qui explique en profondeur ce phénomène douloureux. 

   Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de monde pour qui ce sentiment reste inconnu, à des degrés divers. Certains le confondent avec la culpabilité mais la différence est significative: la culpabilité se réfère à un acte répréhensible mais réparable, tandis que la honte est   éminemment intime et porte un jugement sur soi quasi irréparable, entrainant un sentiment d'impuissance et de mésestime de soi. Elle est lié au regard des autres, plongeant l'individu  -  souvent l'enfant  -  dans l'inhibition, la souffrance en silence et dans la solitude. La honte naît la plupart du temps d'une violence, d'une humiliation subie dans l'enfance, de la part des personnes de confiance et peut aboutir à une perte de lien d'amour avec des tiers importants.

   La culpabilité vise la socialisation, la réintégration du groupe (famille, société, tribu) tandis que la honte en exclut. Pour simplifier, la première suggère: "j'ai fait quelque chose de répréhensible" cependant que la seconde coupe la possibilité de rédemption: "il y a quelque chose qui ne va pas chez moi"... Quelque chose qui m'exclut du groupe, qui me rend indigne: le regard des autres me le dit. "Ce n'est pas de ma faute" reste une phrase difficile à concevoir, encore plus à prononcer, à imposer.  

 

 

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Début de novembre

1 Novembre 2016, 17:13pm

Publié par Flora bis

     De ma terrasse, les platanes de la rue Saint-Roch voisine affichent, d'un jour à l'autre, une couleur ocre mêlée du vert triomphant des cimes, là-haut où les feuilles les plus jeunes croient encore dur comme fer en leur invincibilité... Les plus anciennes, plus bas, commencent à se détacher des branches, sachant que leur temps se termine et que c'est le destin commun qui les attend. La chute. Tout comme pour les jeunes insolentes de là-haut qui ne le savent pas encore. Ou feignent de ne pas le savoir. Elles ont raison: qu'elles en profitent, de l'ivresse du soleil, qu'elles résistent jusqu'au bout, là-haut...

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Anniversaires d'automne

24 Octobre 2016, 18:31pm

Publié par Flora bis

Grisaille, pluie. Le chauffage est en marche.

Un gros rhume, cadeau de mes petites-filles sur un terrain vulnérable, m'embrume encore plus la tête. J'ai passé la journée à essayer de récupérer, à tenter de respirer, entre deux grincements des articulations...

Week end d'anniversaires, celui d'Alice et du mien, avec 61 ans et 10 jours d'écart. Cadeaux préparés avec l'envie de faire plaisir; émotions, champagne. Les petites ont entamé leurs vacances d'automne. 

Cela passe toujours très vite, trop vite. Pourtant on aimerait bien s'envelopper dans la chaleur familiale un peu plus longuement, sans les impératifs intraitables du travail qui appellent les enfants à reprendre la route, à replonger dans les bouchons autour de Paris qui anéantissent le bénéfice du week end. 

Alors, on attend la prochaine rencontre, parcourant d'ici-là quelques obstacles moyennement sympathiques... Ainsi va la vie, aléatoire...

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Cadeau d'anniversaire

15 Octobre 2016, 19:12pm

Publié par Flora bis

sur l'Acropole

sur l'Acropole

   Tous les ans, je m'offre un cadeau "de la part de Gilbert" pour mon anniversaire, comme pour perpétuer les habitudes de 33 années... Ou alors, pour prêter un peu plus de solennité à la chose: se l'offrir tout simplement banaliserait le geste.

   Cette fois-ci, je devais attendre deux jours de plus: l'objet de ma convoitise n'est sorti en librairie que le 14 octobre. Il s'agit des deux volumes imposants des éditions Gallimard: "Lettres à Anne" (1962-1995), 1276 pages et "Journal pour Anne" (1964-1970), 493 pages... Un poids conséquent qui vous découragera de les lire dans votre lit, sous peine d'être assommé en cas d'assoupissement fortuit...

   François Mitterrand aurait cent ans. Il était le président le plus secret, le plus intrigant, controversé, séducteur, cultivé de la cinquième république: les adjectifs ne sont pas exhaustifs. Les livres qui tentaient de déchiffrer ses multiples facettes sont nombreux. Aucun de ceux qui l'ont approché ne connaissait sans doute l'homme en son intégrité. Celle qui en a l'image la plus intime est probablement Anne Pingeot, son amour secret durant 33 ans. Jusqu'à sa mort.

   J'ai eu l'occasion de lire quelques extraits avant la parution du recueil. La beauté de l'écriture, la profondeur des sentiments m'ont surprise. Cela dépasse les premières réticences devant l'aspect voyeur de jeter un regard sur l'intimité des gens. Si la discrète Anne Pingeot, secrète jusqu'à l'effacement, me suis-je dit, a pu donner son accord à ce dévoilement, le livre ne va pas me plonger dans le malaise... 

   1217 lettres au total. Un extrait:

"... Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour."

   

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Ambiance d'étés si lointains...

11 Octobre 2016, 10:44am

Publié par Flora bis

Ambiance d'étés si lointains...

Sur mon blog hongrois, je viens de publier cette photo ancienne, prise dans les années quarante où je n'étais même pas née, quelque part en Transylvanie où je ne suis jamais allée...

Pourtant, l'ambiance de la photo ne m'a pas lâchée depuis le moment où je l'ai découverte des le flot interminable qui défile sur Internet. Je l'ai mise de côté pour les jours difficiles, ceux qui veulent vous entraîner vers le fond...

C'est cette lumière qui m'a clouée sur place, celle du jour naissant, au beau milieu de l'été de mes vacances d'enfance. (Signe incontestable du temps qui s'enfuit: on se réfugie de plus en plus dans un passé sans doute embelli, qui nous a laissé son goût éternel, inimitable de douceur...)

Le jour se lève plein de promesses et sous mes pieds nus, la rue en terre garde encore la fraîcheur de la nuit. Le soleil aveuglant va bientôt effacer le contraste aigu des ombres. Les maisonnettes blanchies à la chaux entrouvrent leurs jalousies. Est-ce le lait du matin ou de l'eau fraîche da la fontaine que cette femme porte à la main au coin de la rue?...

On lâche les vaches qui trouveront toutes seules le chemin de la pâture.

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Ambiance

3 Octobre 2016, 12:06pm

Publié par Flora bis

Chaâlis
Chaâlis

Dans la blogosphère hongroise, du moins dans le petit cercle que je fréquente, l'ambiance est morose. Beaucoup de mes "fréquentations" laissent leurs blogs en sommeil, d'autres attendent des semaines avant d'y revenir et toutes se plaignent de "l'assèchement" de la source de leur envie d'antan de partager, de communiquer...

Serait-ce la loi des cycles de nos activités: début enthousiaste dû à la nouveauté, chevauchée triomphante du plaisir plein, puis lente et progressive "blasitude" jusqu'à l'extinction?... De la part du visiteur autant que du blogueur.

Certains se taisent pour un temps, puis reviennent sous une autre forme, une autre identité, histoire de muer, de se métamorphoser, dans l'espoir aussi de renouveler leur expression, leur auditoire...

Pourtant, la vie ne s'arrête pas, nous offrant sans cesse de nouvelles facettes à explorer.

J'espère que le genre du blog résistera encore au déferlement des modes, toujours plus rapides, toujours plus réactives - et toujours plus superficielles...

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Petites méchancetés entre écrivains

28 Septembre 2016, 11:53am

Publié par Flora bis

Petites méchancetés entre écrivains

J'avais envie d'un article un peu plus détendu, un peu moins mélancolique...

J'ai déjà cité le petit livre d'Eric Momus: "Je hais les écrivains" (éditions du Rocher, 2008), collection de citations au vitriol d'auteurs plus ou moins célèbres à l'adresse des critiques, des éditeurs et... des confrères!

En voici un autre petit bouquet:

* "Un livre posthume est presque toujours une oeuvre que l'on a eu tort de ne pas enterrer avec son auteur." (Henri Jeanson)

* "Vous venez voir l'écrivain? Méfiez-vous, c'est décevant... C'est comme si après avoir mangé le foie gras, vous rencontriez l'oie en personne." (Arthur Koestler)

* "Une autobiographie révèle généralement que tout va bien chez son auteur, sauf la mémoire." (Franklin P. Jones)

* "Il y a des chefs d'oeuvre si fastidieux qu'on admire qu'il soit trouvé quelqu'un pour les écrire." (Jean Rostand)

* "Le Goncourt, c'est la seule distraction annuelle de ces vieux messieurs si heureux de recevoir un coup de projecteur sur leur figure oubliée." (Paul Morand)

* "Huit fois sur dix, on arrive aux honneurs déshonoré. Il a trop fallu ramper pour les obtenir. (Gabriel Chevalier)

* "Il m'a fallu quinze ans pour découvrir que je n'avais aucun talent d'écrivain, mais je n'ai pas pu renoncer car j'étais déjà devenu trop célèbre." (Robert Benchley)

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Les messages de Ben

20 Septembre 2016, 20:19pm

Publié par Flora bis

Les messages de Ben

Je relis mes notes, ici ou là, au jour le jour, dans les cinq cahiers de 240 pages dont trois créés par Ben (une grande exposition lui est consacrée au Musée Maillol, de septembre 2016 à janvier 2017). Je regarde mes cahiers à spirales, couvertures noires avec les inscriptions manuscrites de Ben, un des représentants du début de l'art conceptuel. Je considère ces mots comme des messages un peu hasardeux, un peu aléatoires à mon adresse, je les choisis dans cet esprit, selon l'humeur du moment: "les mots ont une vie", "Pouvoir tout dire", "sois ce que tu es", "j'existe!", " je veux être heureux", "résiste"... Des mots simples, messages basiques; c'est sans doute la raison de leur succès.

Je replonge ainsi dans ma vie depuis 2007. Des centaines de pages remplies serrées, des balbutiements incertains, parfois fiévreux des débuts de l'apprentissage de la solitude. Des blancs aussi, car je ne pouvais pas savoir que cette "comptabilité du quotidien" me sera rapidement indispensable, pour ne pas dire vitale.

Une vie quelque peu étriquée, terne, du moins à mes yeux, comparée aux années précédentes.

En veilleuse.

Mais quel bouillonnement intérieur! Invisible aux regards extérieurs car toute ma vie, j'ai appris et su "mettre un couvercle" sur des éruptions volcaniques, même modestes... La maîtrise en tout et avant tout! Cela m'a permis de gouverner ma vie tant bien que mal, même quand elle tanguait...

Ces cahiers sont témoins (pour moi, bien sûr car je lis aussi entre les lignes...) d'une longue gestation sous l'apparence anodine, naissance d'une envie, d'une nécessité de regarder enfin ma vie en face. Comme quelqu'un qui n'a plus d'échappatoire.

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