Le blog de Flora

Escapade brève dans le passé

11 Février 2023, 13:07pm

Publié par Flora bis

   Tant de fois je m'installe, je me réfugie dans ma bulle devant mon ordinateur, à la recherche du réconfort, de la consolation que seule l'envie lancinante d'écrire peut m'offrir. Ressusciter les souvenirs du passé ou de humer les plaisirs (rares) et les tracas (plus courants) du présent. Plonger dans la "nostalgie d'un ravissement", avec les mots de Yasmina Reza qui qualifie ainsi l'écriture. Définition qui me convient parfaitement. 

   Le passé, pour moi, ne représente pas seulement un refuge, ni un désintéressement stérile du présent mais une mine de grâces pour mieux comprendre ce dernier. Egrainer le chapelet des générations précédentes, les images des fantômes familiers, j'en ai constamment besoin pour vivre pleinement le présent. Questionner le socle sur lequel ma vie s'appuie. 

   J'ai eu de la chance de connaître mes quatre grands-parents, de vivre avec eux, d'être bercée, nourrie de leurs histoires qu'ils racontaient avec le talent des conteurs d'autrefois. Les grands-pères seulement. La première guerre mondiale a fait d'eux de grands voyageurs : le front russe, la captivité dans une ferme du Caucase pour l'un, dans une usine sucrière en Crimée pour l'autre. Je les écoutais jusqu'à plus soif, en projetant sur l'écran blanc de mon imaginaire les images suscitées par leurs mots, leurs expressions, mon cinéma sur les murs chaulés de la maison.

   Mes grands-mères ont gardé leurs histoires profondément enfouies en elles. Cela reste mon éternel regret : je ne sais presque rien de leur jeunesse. Les rares photos les montrent fières et belles. J'aimerais connaître leurs rêves  -  en ont-elles seulement eu? Et les tourments de leur vie amoureuse?...  Je les ai toujours connues vieilles, ridées à l'ombre des foulards immanquables. Ensevelie aussi l'envie de raconter. On disait à l'époque : "La femme s'appelle "Tais-toi"...

Escapade brève dans le passéEscapade brève dans le passé
Escapade brève dans le passéEscapade brève dans le passé

Voir les commentaires

Pensées magiques

4 Février 2023, 17:30pm

Publié par Flora bis

   Autour de moi, sur la table, un amas considérable de photographies, représentant le même dessin : un des rares que j'ai été capable de réaliser l'an passé. Manque d'exercices, de motivation mais une nostalgie sourde pour les temps où le dessin représentait mon activité quotidienne. C'est comme le vélo, pensé-je, il ne s'oublie pas, même si les premiers coups de pédales s'avèrent laborieux... 

Je suis donc en train d'écrire mes cartes de voeux. Plus d'un mois de retard que je m'offre. La honte! J'ai des excuses : mes mois de décembre et de janvier ont été particulièrement chargés, physiquement autant que moralement. Mais les destinataires ne sont pas obligés de connaître les détails. Alors d'avance, je présente mes excuses, en même temps que mes voeux. Oh, la fameuse pensée magique! On ne sait jamais, "ça ne mange pas de pain!" comme dirait notre regrettée Richarda dont la présence nous manque tant.

Une minuscule anecdote : jeudi dernier, je pousse mon chariot dans le rayon cosmétique du supermarché, en cherchant la crème du jour idéale sans être trop chère. Sous mes yeux défilent les qualificatifs plus alléchants les uns que les autres, pour faire tomber les rêveuses dans le piège d'une promesse bien rodé : effacer les dégâts de l'âge, de la fatigue ou simplement, du manque de générosité de la nature à leur égard. Comment choisir entre le produit miracle remaillant*, repulpant*, hydratant*, tonifiant*, liftant*, lissant*, reconstituant*, sublimant*,  exfoliant*, densifiant*, équilibrant*, vitalisant*, antioxydant*, sans oublier le sésame du "bio"! Toutefois, la palme revient pour moi à un produit qui vous promet d'agir "pour un regard plus lisse et rebondi" (* tous véridiques et j'en oublie!)

 

Une dame d'un certain âge (semblable au mien) a l'air encore plus perdue derrière son charriot. Je lui demande : "Trouvez-vous tout ça crédible?" " Ah mais moi, Madame, je cherche mon produit qui me fait des miracles. Regardez, vous me trouvez une seule ride? (oui, mais lâchement, je ne démens pas.) Pourtant, j'ai 82 ans." Alors, je m'incline et demande quel produit elle cherche. "La crème à la bave d'escargot. On peut en mettre partout", répond-t-elle. Sidérée, j'en reste coite.

 

Voir les commentaires

Avec ou sans neige...

27 Janvier 2023, 18:10pm

Publié par Flora bis

   Nous sommes en fin de janvier, en plein hiver. Sans neige. Personnellement, elle ne me manque guère : elle fait partie des choses qui me rendraient la vie plus difficile... Je me vois marcher en équilibre laborieux vers le boulanger, sur les trottoirs en pente de notre quartier, transformés en patinoire par les couches successives de neige gelée... Tenter d'atteindre la poubelle sur la terrasse sans déraper...  Gratter la givre sur les carreaux de la voiture et démarrer en grelottant, les mains gelées... Devrai-je me résigner désormais à avancer à petits pas, navigant à vue (en baisse) parmi les obstacles, essayant d'éviter celui qui compliquerait mon quotidien. Tout un travail, sachant qu'une seule chute peut changer radicalement mon existence. Sans compter la chape de plomb du ciel d'hiver qui, dans notre région, distribue très rarement quelques rayons de soleil furtifs.

   Aussitôt, les souvenirs affluent des hivers mémorables d'antan. Comment est-ce possible que lesdits obstacles n'existaient pas alors? Pourtant, les hivers étaient incomparablement plus sévères! Et ma mère qui avait des principes impitoyables en vue de préserver notre santé, nous mettait dehors, mon frère et moi, après l'école, pour prendre l'air frais, jouer dans la neige, pendant un temps qui me semblait interminable... Nous rentrions à moitié congelés, pieds et mains douloureux (pourtant protégés par des gants et chaussettes chauds), les joues roses et du givre collé sur les cils! J'ai le souvenir réconfortant que l'on me frotte les mains et les pieds endoloris par le froid... Le soir, trois générations s'installaient autour du poêle pour raconter des histoires, écouter un match ou une retransmission théâtrale à la radio, les mains occupées à égrainer le maïs, à tricoter ou à raccommoder, à piler le piment séché dans un mortier en cuivre...

   Il est vrai, c'était encore des années sans télévision.

(illustration: image du Net, Fortepan)

 

Voir les commentaires

Soirée littéraire : première de la nouvelle année

21 Janvier 2023, 17:06pm

Publié par Flora bis

     Hier soir, avec mon amie Evelyne, nous sommes arrivées chez Muriel sous une pluie diluvienne!... C'était notre troisième réunion de la semaine! Une performance, si l'on connaît ma réticence assez récente mais tenace à quitter ma tanière. 2-3° sur le thermomètre, pluie torrentielle, ajoutés à ma vision incertaine pour conduire la nuit  -  je  serais bien restée au chaud à me reposer!

   Mais c'était la première soirée littéraire de l'année que Muriel a pris la généreuse initiative d'organiser chez elle où les décors de Noël et le petit sapin clignotant étaient encore en place. Une bonne vingtaine d'irréductibles se sont rassemblés pour écouter Pierre qui faisait une lecture d'une heure et demie des textes écrits par lui-même sous le titre de "Souvenirs inventés". Annette et sa voix mélodieuse lui prêtait assistance. Visiblement, le public était sous le charme des souvenirs composés de fiction et de réalité savamment mélangées de l'auteur, heureux de partager ses heures de créations solitaires avec le public. Car en réalité, écrivons-nous pour notre tiroir? Assurément, non. Autrement, nous n'écririons pas sur nos blogs! Sans parler des autres réseaux sociaux. 

   Après la lecture, les convives ont joyeusement mis en commun les bonnes bouteilles et les victuailles salées et sucrées et les conversations vivifiantes des retrouvailles heureuses se sont poursuivies jusqu'à minuit passé.

Soirée littéraire : première de la nouvelle année
Soirée littéraire : première de la nouvelle annéeSoirée littéraire : première de la nouvelle année

Voir les commentaires

Escapade courte

16 Janvier 2023, 10:26am

Publié par Flora bis

   Le nid me lassait car je ne l'ai pas quitté depuis longtemps, je manquais d'air frais et libre, végétant prisonnière des habitudes pesantes et paralysantes pour mes neurones fatigués. Rien de mieux qu'une petite escapade de presqu'une semaine pour réveiller le plaisir de retrouver le train-train ancien, les petites manies rassurantes. Le retour me plonge dans leur chaleur familière, celle du nid protecteur où je connais la place des choses les yeux fermés.

   J'ai passé une petite semaine avec une de mes petites-filles, privée d'école pour des soucis de santé. Plaisir de retrouver un tête-à-tête devenu rare car les enfants grandissent très vite! Occasion de grandes discussions, de rires et de parties de cartes, de plats à préparer ensemble, de brèves télés qui me plongent immanquablement dans la sieste... Tout cela pour essayer de créer de courts intermèdes dans le flot des souffrances et des angoisses. 

    Le soleil nous accompagnait pour la plupart du temps, les grandes baies vitrées par deux côtés nous plongeaient dans la nature à portée de main, parmi les arbres centenaires qui hésitaient encore à succomber à l'appel d'un printemps précoce et trompeur.

   

 

Voir les commentaires

Kintsugi

8 Janvier 2023, 20:49pm

Publié par Flora bis

   Essayant d'ignorer le niveau du sucre et les kilos en trop issus des festivités incessantes depuis la mi-octobre (trois anniversaires, Noël et Nouvel An), une amie et moi, nous avons décidé de marquer l'épiphanie avec une galette à la frangipane. C. que je connais depuis le début des années 1990, peu après notre arrivée dans cette agréable ville du Nord, a apporté, de son côté, deux autres petits gâteaux au chocolats de chez notre pâtissier préféré!

   Cela fait plus d'un mois que nous ne nous sommes pas vues. A chaque fois, nous sommes surprises de la proximité de nos perceptions des choses. Nos parcours, quoique différents, ne sont pas exempts d'épreuves, de tragédies mêmes. Nous les avons traversées, et le seul fait que nous pouvons les évoquer, prouve, d'une certaine façon, notre victoire sur elles. Elle en est sortie avec des blessures longues à cicatriser, les miennes sont soigneusement dissimulées sous une armure verrouillée à triple tour.

   A un moment de la conversation, elle évoque Jung et sa théorie de synchronicité. Je parle des blessures que nous portons en nous toute notre vie, il vaut mieux, par conséquent, que nous les acceptions et que nous essayions d'en faire une force, un signe de victoire. Au même moment, elle me parle de la rencontre avec quelqu'un qui l'aurait initiée à l'art japonais du kintsugi. C'est l'art vieux de 500 ans qui consiste à réparer les pots cassés au sens propre et figuré. Au lieu de jeter un bol cassé, fendu, on le recolle en soulignant la fêlure, la réparation à la feuille d'or. On fait, en quelque sorte, de sa blessure cicatrisée un ornement.

 

Voir les commentaires

Au seuil du Nouvel AN

2 Janvier 2023, 11:11am

Publié par Flora bis

   Il est difficile de se défaire de la perception, ancrée en nous depuis une éternité, d'un 1er janvier chargé de nos illusions! Nouvelle année, page blanche, début d'un nouveau cycle qui revient tous les ans, renforçant la certitude sinon l'espoir d'avoir une chance de corriger les ratages de l'année précédente. Les bonnes résolutions du janvier, essoufflées d'année en année au bout de quelques mois, voire de semaines, ne nous empêchent guère de récidiver.

   Arrivés en décembre, au terme d'une année fourbue, épuisés nous-mêmes à franchir les obstacles de la vie quotidienne qui demandent de plus en plus d'efforts, au fur et à mesure que notre énergie se consume, il nous reste l'épreuve ultime des festivités: à la fois 3000 m steeple et 110 m haies  -  et la récompense au bout. Notre médaille est le plaisir de réunir famille et amis, autour d'une table de fête, ressentir la chaleur de l'amour et de l'amitié, quitte à enfouir un temps l'angoisse tapie au fond de nous.

   Aussi loin que je me souvienne, le 31 décembre, j'attends minuit debout, et j'imagine vraiment la nouvelle année en train de franchir mon seuil. Cela fait du bien de sentir arriver le renouveau qui apporte avec lui le vent frais qui balayera ma maison, ma vie, qui est plein de promesses d'effacer l'harassement, la lassitude, l'usure du "vieil homme" du passé. C'est aussi l'occasion de fêter l'événement en compagnie amicale, Noël étant réservé à la famille.

    La soirée du 31 a tenu ses promesses: nous avons accueilli la nouvelle année avec deux amies proches, dans les réminiscences à la fois gaies et mélancoliques, les rires et les gourmandises. L'esprit grand ouvert l'un vers l'autre et vers le monde.

Au seuil du Nouvel ANAu seuil du Nouvel ANAu seuil du Nouvel AN

Voir les commentaires

Fin d'année

26 Décembre 2022, 19:21pm

Publié par Flora bis

   Dehors, l'hiver s'est attendri, il pleut doucement mais assidûment. Grisaille. Le jour s'est-il vraiment levé?... Je sais que la date exige la solennité voire la ferveur mais le coeur n'y est pas. Je sais aussi qu' "à chacun sa croix", que l'on peut toujours trouver plus malheureux que soi mais c'est une bien maigre consolation.   

   Mon blog est de plus en plus "intime": je pourrais probablement divulguer mes pensées les plus secrètes sans trop de conséquences car je ne suis pas persuadée que que quelqu'un s'en apercevrait... L'idée m'a plus d'une fois effleurée de "déménager" de cet hébergeur difficilement abordable (même si c'est probablement une sécurité) : à quoi sert un blog sans échos? A épaissir le silence autour de vous. Sans compter qu'on n'a même pas la possibilité de lire les autres blogs du même plateforme sans payer un supplément pour éviter les pubs intempestives!  Assistons-nous à l'agonie du genre?...

   Ambiance fatiguée, stressée, à l'image de cette année, mis à part quelques points de lumière par-ci, par-là. Bombardés sans cesse de mauvaises nouvelles, pour que les quelques îlots de bonheur ne soient pas longtemps épargnés. Les lucides et clairvoyants se font taxés de mauvais coucheurs qui plombent l'ambiance et qu'il convient de fuir. Pour préserver la liesse obligatoire, il faut mettre sous cloche sa détresse, ses angoisses et essayer de se débrouiller avec, en tête-à-tête avec les restes de son courage entre les deux mains.

 

Voir les commentaires

La tête hors de l'eau

16 Décembre 2022, 11:07am

Publié par Flora bis

   Puisque ce blog devient de plus en plus un journal de bord (presque) intime... J'aime le genre, moi-même, je lis volontiers les journaux, les correspondances d'écrivains, de peintres, bref, de grands artistes créateurs dans leurs domaines. J'ai envie de comprendre leurs univers créatifs, leurs "secrets d'atelier", le petit mystère qui les place au-dessus de nous, communs des mortels.

   "Nous avons l'art, pour ne pas mourir de la vérité", dixit Nietzsche.   

   Mon journal a des buts bien plus modestes : tirer au clair ma propre vie, les événements qui m'arrivent, les plaisirs ou les souffrances, les victoires minuscules et les angoisses rampantes qui souvent m'étreignent.

   Pourquoi les rendre publiques? Pas tout, n'ayez pas peur. Peut-être parce que c'est une façon de "réfléchir à voix haute", de formuler les émotions et les mettre à distance, les communiquer de façon spontanée et instantanée, quasi impatiente. Me priver presque de la possibilité de peser longuement mes mots, leur effet éventuel sur le lecteur... et de me prendre tout à fait au sérieux. Essayer de préserver un soupçon de légèreté comme pour tenter le contrepoint à la lourdeur du propos. Le fameux "collier d'air" autour du cou, censé maintenir la tête hors de l'eau.

(image: R.T. "Le chemin initiatique" encre aquarelle 2006)

 

La tête hors de l'eau

Voir les commentaires

"Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort" (Nietzsche) Est-ce si sûr?...

11 Décembre 2022, 14:56pm

Publié par Flora bis

    Mon premier article en décembre! Si le précédent faisait allusion aux lendemains qui chantaient ou qui déchantaient, au quotidien monotone et sans reliefs, j'ai été servie en secousses! Mais pas au sens positif.

   Je m'y attendais, en quelque sorte: au fond de mes pressentiments, il existe toujours une appréhension pour l'atterrissage après le vol au-dessus des nuages. Est-ce à cause de mes bons vieux "complexes d'illégitimité" bien ancrés dans l'inconscient, et dont j'aimerais bien comprendre un jour les origines ?... Ou plutôt laisser tomber, se résigner et faire avec. Pour le restant du chemin qui, après tout, n'est plus si long par rapport à celui déjà parcouru. Avec ce même poids familier dans mon sac à dos.

   (Pourquoi ce goût pour les digressions  -  comme reculer pour mieux sauter  -  avant d'entamer l'essentiel? Gagner du temps, rassembler ses forces physiques et intellectuelles pour le grand saut? Que l'on espère, dans l'idéal, sans atterrissage?...)

   J'ai aussi ce défaut de vouloir tout tirer au clair, avec obsession.

   Venons-en aux faits. Sept heures passées aux urgences nocturnes de l'hôpital: de minuit à 7 heures du matin. A l'origine de l'appel quelque peu paniqué: un saignement du nez abondant, pour la première fois de ma vie. Non pas des gouttes, ni un mince filet mais un robinet que l'on ouvre, inarrêtable, abondant. Un gros rouleau de Sopalin y est passé, en attendant l'ambulance, arrivée 20 minutes plus tard. 

   Les urgences, la nuit: "cour des miracles" de la déchéance humaine... Essentiellement des vieux  -  dont moi  -  sur des civières longeant les couloirs, remplissant les "boxes" sommairement équipés, parmi le personnel qui court dans tous les sens, avance les civières au fur et à mesure aux places devenues disponibles comme les caddies dans la queue devant les caisses d'un supermarché... Et surtout, l'attente... Interminable, vide, dans l'ignorance de son but et de sa durée. Les vieux sont, dans leur majorité, patients, silencieux, résignés. On attend son sort.

  

Voir les commentaires