Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 21.

21 Avril 2010, 09:12am

Publié par Flora

   Dans le train qui m'emmenait à l'université, j'ai relu Cité de verre de Paul Auster. Un homme parcourt New York en prenant soin que sa marche trace un message secret. Si j'avais du courage, j'arpenterais quelques trottoirs de Paris. En choisissant des rues qui forment "myélome", ma nouvelle signature...

   Vaccination contre l'hépatite B. Première piqûre. Indolore et sans effets secondaires.

  Sèverine vient d'acquérir une nouvelle maison. Deux étages, une taille démesurée pour un seul couple. Au rez-de-chaussée, un salon, une salle à manger et la cuisine. La salle de bain à l'étage et deux chambres, dont la plus grande réservée à l'enfant, une fille absente dont les jouets liliputiens s'alignent sur des étagères, dont les vêtements de poupée débordent de l'armoire pour se répandre sur le lit, parsemés de colliers, de bracelets à peine visibles. Au second étage, les bureaux des parents, murs tapissés de livres nains.

  La maison de Sèverine est éventrée, comme toutes les autres. La propriétaire doit pouvoir embrasser d'un regard toutes les pièces. Réplique d'une maison que nous habitions en banlieue avant de nous installer à Paris, l'objet prend place sur une commode, entre la chaumière normande, maison natale de Sèverine, et le chalet que nous avons loué, quatre années de suite, sur les hauteurs de la Clusaz, pour la grande joie de Véronique. Ces miniatures, les meubles qui les habitent, mon épouse les fait construire par un menuisier, sur des plans qu'elle dessine avec soin. Nous en sommes à sept. Leur présence la rassure, comme les romans des frères Goncourt. Ce désir pernicieux de croire en la réalité, au point de la figer.

  Autrefois, j'étais fier de pouvoir faire plusieurs choses à la fois, tenir une conversation et écouter les nouvelles à la radio, écrire en savourant un opéra, regarder la télévision en préparant mes cours, lire un ouvrage philosophique en subissant les reproches de Sèverine, assassiner ma fille tout en croquant une pastille de menthe. Autrefois... Le mal de tête réduit mes capacités, me recroqueville autour de la douleur. Vais-je devenir légume ? 

Commenter cet article
F
<br /> La passion en lui… avec tout le contenu chrétien lié au mot passion, chemin de souffrance et de foi… bien que je sois plutôt agnostique, cette résonance est présente pour moi…<br /> ps: nous savons que ceux qui restent -ou ceux qui survivent- doivent trouver des réponses à leurs questions… "pourquoi lui, pourquoi pas moi". A moins faire une trêve, en reprenant à son compte les<br /> mots du poète: "parce que c'était lui, parce que c'était moi"… ^^<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Gilbert  -  et son personnage aussi  -  était athée... Ce qui le tracassait c'est l'angoisse de disparaître sans laisser de trace.<br /> <br /> <br /> Tu as raison : la culpabilité du survivant existe; on veut sans cesse réparer l'injustice...<br /> <br /> <br /> Merci pour le partage. <br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> L'angoisse de la maladie invalidante...<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> C'est vrai, c'est une angoisse qui nous étreint tous...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Très fort aussi de tenir une conversation en écoutant la radio etc…! mon frère pouvait soutenir une conversation et en suivre une autre en même temps, c'est un peu pareil… des personnes assez<br /> exceptionnelles…<br /> Pour ma part j'ai parfois du mal du mal à me rassembler pour une seule conversation… :-D mais moi je suis là, avec ma petite tête… la vie n'est-elle pas dispendieuse ou peut-être n'épargne<br /> t'elle que ce qui est moins sophistiqué? ^^<br /> Que le corps soit malade, vaste défaite… mais les capacités intellectuelles, le dernier fief… cette impression devait le toucher profondément…<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Tu as raison : il y en a qui doivent vivent deux vies à la fois, tellement leur temps est compté...<br /> <br /> <br /> (ceci dit, tu sembles être un peu sévère avec toi!)<br /> <br /> <br /> En ce qui concerne Gilbert, il est resté lucide jusqu'à ses dernières forces... et il partait avec son manuscrit à corriger sur le civière vers la dialyse (3 fois par semaine)<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> "le désir pernicieux de croire à la réalité au point de la figer":cette proposition m'interpelle et me laisse songeuse...<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Philibert s'étonne des attirances de sa femme pour "les preuves de la réalité", des modèles réduits des maisons qu'ils ont habitées, p.ex. Lui-même fuyant cette réalité qui a comme aboutissement<br /> la mort.<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> Pendant qu'il parle des autres il oublie sa maladie, et même quand la douleur est trop forte,il trouve le moyen de nous faire sourire.<br /> c'était une très belle plume .<br /> De plus Il m'a donné envie de lire du Paul Auster .<br /> <br /> Bô du jeudi ma chère Flora<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Merci de ton commentaire sensible, ma chère Kinzy. L'auteur  -  comme le narrateur (pour le déroulement de la maladie, c'est le même) n'est jamais départi de son humour souvent noir...<br />  <br /> <br /> <br /> <br />