Le blog de Flora

Forteresse

26 Juillet 2011, 19:10pm

Publié par Flora

La-Tricoteuse_2.jpg   Armelle se retrouve orpheline, "en première ligne", sans la génération d'avant pour faire barrage à la mort. Seule, elle est irrémédiablement seule maintenant, sans pouvoir s'abriter derrière les soucis et les colères du quotidien, causés par une mère grincheuse et obstinée.

   Que faire des objets hétéroclites rassemblés durant les 86 ans de l'existence maternelle? Sa mère a toujours eu beaucoup de mal à jeter le moindre bric-à-brac, transformant la maisonnette en un caverne de brocanteur. Dans l'armoire à linge, Armelle découvre d'innombrables piles de draps et de serviettes, de torchons intacts, conservés pour les cas d'un besoin inattendu, pour en faire cadeau aussi, comme d'un bon de trésor censé traverser des époques mouvementées. 

   Armelle a souvent incité sa mère à faire le tri autour d'elle, toujours sans résultat. Plus le temps avançait, moins la vieille dame supportait l'idée de se séparer du moindre bibelot, aussi inutile qu'encombrant. Trois gaufriers somnolaient sur une étagère de la cave, en compagnie d'abat-jour d'un autre âge et des pots de peinture entamés depuis quarante ans... Des fils électriques mystérieux et des chaises boiteuses mais qui "pourraient encore servir, on ne sait jamais!" Cave et grenier remplis, les piles commençaient à envahir l'espace de vie.  La vieille femme a fini par circuler dans des couloirs étroits, entre cuisine et séjour, chambre et salle de bain. Parfois, Armelle s'est dévouée pour entamer un tri, armée de grands sacs de poubelle. Une fois le dos tourné, elle pouvait constater que les journaux et revues jaunis, les cassettes inutilisables, les assiettes ébréchées, les tasses mutilées retrouvaient leurs places empoussiérées. Sa mère a toujours eu la sensation que l'on voulait jeter une partie de son passé avec ces objets imprégnés de la mémoire vive de son existence. Elle y opposait un refus implacable.

   A présent, elle n'est plus là, partie en fumée et en cendres, emportant avec elle le minimum. Sa forteresse, érigée patiemment durant des décennies, derrière laquelle elle tentait d'abriter les désordres de sa vie, reste béante malgré l'impressionnante quantité d'objets. Armelle est libre désormais de les jeter. Elle entreprend de les ranger, les caresser au passage, comme les traces vivantes et indélébiles d'une présence.

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A
<br /> C'est drôle, ça me rappelle ...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> N'est-ce pas?...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> ah oui, j'ai toujours été stupéfaite du culot des disparus de tout laisser en plan!! non mais! et avec quelque admiration aussi…<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Je me le dis déjà!... Sans pouvoir trop agir...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> L'accumulation de tous ces objets poussiéreux et encombrants permet aussi de rejeter au plus loin l'idée de notre propre disparition...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Oui, j'ai eu parfois l'impression que les objets servent de barricades contre l'inéluctable...<br /> <br /> <br /> Mais c'est évidemment une illusion.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> nous nous séparons très difficilement de toutes ces petites choses accumulées au fil des ans. Normal! Chacune se raccroche à une période de notre vie, à une anecdote, un souvenir; les éliminer,<br /> c'est un peu mutiler notre passé.<br /> J'apprécie beaucoup la façon dont tu en parles, Flora.... comme toujours, avec beaucoup de sensibilité<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, ma chère Thérèse. Je me suis un peu projetée quelques décennies plus tard...<br /> <br /> <br /> J'ai comme l'impression que ce sont des petites balises sur l'histoire de notre vie...<br /> <br /> <br /> Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />