Bientôt la rentrée
Les pages des blogs, les conversations au téléphone ou aux derniers rayons du soleil estival dans le jardin, bruissent du même thème: la rentrée...
Pendant longtemps, cette période de recommencement, à l'odeur des livres et des salles de classe, m'était assez douloureuse. Il est connu que les enseignants, pour la plupart, ne quittent l'école, entamée à 3 ans, qu'à l'âge de la retraite... La vie a voulu que cela m'arrive bien avant, au bout de seulement cinq années d'exercice. Après le poste en Algérie, Gilbert a été nommé au prestigieux Lycée Franco-allemand de Berlin-Ouest (qui existait encore derrière le Mur). Il n'y avait plus de travail pour moi, j'ai dû faire connaissance avec le statut de la "femme au foyer" auquel je n'étais nullement préparée... Il faut savoir que l'éducation des filles dans les pays communistes n'englobait pas du tout cette éventualité. L'égalité entre les hommes et les femmes, du moins à l'école et plus tard au travail, était réelle. Qu'une femme reste au foyer, je l'aurais considéré comme un handicap. Vivre "au crochet" d'un homme, "être entretenue" vous enlève votre existence propre, vous oblige à vivre par procuration...
C'est pour cette raison que mon atterrissage dans la cage dorée de Berlin a été un choc assez considérable. Écrire dans la rubrique "profession": sans, c'était nier mes années d'études et mes années de professeur de russe et de français, métier que j'avais tant aimé... Pourtant, autour de moi, des femmes au foyer, épouses de militaires, dont la principale occupation consistait à organiser des réceptions, secondées, bien sûr, par un personnel dévoué, ne manquaient pas. Je n'étais pas habituée à ce mode de vie, j'aurais eu du mal à m'intégrer dans ces "tea party" où les principaux sujets de conversation tournaient autour des maris, des enfants et des bonnes, parmi lesquelles on avait tant de peine à dénicher la perle rare...
De plus, les collègues de Gilbert se réunissaient souvent à la maison, leurs discussions dont l'effervescence m'était encore familière peu de temps avant, me crucifiaient... Je me sentais exclue du paradis...