Leïla Slimani: "Chanson douce", roman, 2016
J'ai vu Leïla Slimani pour la première fois à la présentation de son premier roman par François Busnel, à la télévision. "Dans le jardin de l'ogre", l'histoire d'une addiction sexuelle féminine, détonnait déjà dans l'univers éditorial de l'époque. Une jeune femme belle comme on imagine la narratrice des "1001 nuits" présentait cette histoire audacieuse sur un ton clair, serein et intelligent qui écartait d'emblée tout clin d'oeil en coin, soupçonneux d'inspiration autobiographique.
Son deuxième roman "Chanson douce" m'a été offert par une amie. Une histoire peu banale, racontée sur un ton neutre, presque "journalistique", factuel, laissant le lecteur construire sa propre analyse psychologique. On avance prudemment, glacé encore sous l'effet du début du roman: le meurtre de deux petits par leur nounou modèle qui tente de se supprimer elle-même... Leïla Slimani, en bon entomologue, ne nous donne que des faits, elle n'explique rien, c'est à nous de découvrir les ressorts des réactions de ses personnages. Un couple de bobos, coincés entre l'envie de s'accomplir professionnellement et de réussir la vie de famille, en ne lâchant rien... Une nounou, perle rare, qui comble leurs lacunes et qui s'incruste, se greffe en échange dans tous les hiatus de leur vie... C'est aussi le roman d'une vie sombre dans la peur de la solitude. "La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l'on vit à plusieurs." Un roman de notre époque.