Le blog de Flora

En cage (presque dorée...)

7 Avril 2020, 11:09am

Publié par Flora bis

   Quatrième semaine... L'effervescence fébrile de la nouveauté est passée en laissant la place à une ambiance étrange. Plutôt blasée. Comme si, fatigués d'être choqués, paniqués, nous nous résignions à vivre dans une sorte de vacuum isolés du monde et du temps... 

   Tout cela me fait penser au film d'Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique" qui m'a beaucoup impressionnée à sa sortie et qui expose et illustre la théorie du professeur Henri Laborit concernant les réactions de l'individu dans une situation verrouillée. Lors des expériences scientifiques, on observe le comportement  -  éclairé par les explications du professeur  -  des rats enfermés dans des cages. Les histoires humaines relatées parallèlement dans le film illustrent la thèse des rats.

   Notre situation de "confinement" obligatoire me rappelle la théorie du pr. Laborit sur "l'inhibition de l'action". Que se passe-il lorsque l'individu ne peut ni lutter ni fuir face à une situation sans issue? L'inhibition de l'action mène à l'anxiété qui diminue les défenses immunitaires... 

   La seule défense consiste à un "oubli forcé" qui préserve la santé mentale. Le rat subit des électrochocs répétés qui inhibent sa mémoire. "L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

    Depuis un moment, je me demandais pourquoi j'avais la sensation de vivre dans un espace-temps un peu opaque, indéfini où je devenais incapable de me projeter dans l'avenir, ne serait-ce que de quelques jours. Où je fuyais les souvenirs dont le manque me faisait souffrir... Serais-je en train d'illustrer la brillante théorie du professeur Laborit et le comportement de notre frère le Rat, coincé seul en cage?...

 

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Et le temps passe...

30 Mars 2020, 16:46pm

Publié par Flora bis

   Peut-on s'habituer à l'enfermement ? Je pense aux otages, jetés dans des cachots, les yeux bandés, dans l'insécurité et le danger de mort permanents. Comparés à leur précarité totale, nous avons la belle vie: la maison est chauffée, le soleil brille malgré le vent effilé comme un rasoir. Nous pouvons même nous signer une attestation qui nous autorise à sortir pour quelques courses ici et là. Je n'ai pas de chien à promener et je serais totalement incapable de courir. 

   Troisième semaine. Qu'est-ce qui vaut mieux: un enfermement solitaire ou un autre, partagé avec le compagnon/la compagne de notre vie?... Je  n'aurai pas inventé la poudre en affirmant que cela dépend de la qualité de nos relations. J'ai vu des couples exploser au vol, le travail, les amis n'étant plus là pour désamorcer les conflits, le mutisme des face-à-face, la lassitude du désamour... 

   Dans le meilleur des cas, la contrariété du confinement se métamorphose en un chemin de la redécouverte de l'autre, parfois avec des kilos en plus et des cheveux en moins, avec quelques rides, naissantes ou confirmées dont les sillons nous invitent à lire avec tendresse le temps qui passe... 

 

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Tsunami

23 Mars 2020, 10:54am

Publié par Flora bis

   La tentation est grande de garder le silence. Les informations fondent sur nous comme un tsunami, nous étouffent, nous ensevelissent. 

   Au début, au moment de la sidération, nous en étions avides, une façon de nous projeter dans l'avenir, de nous créer de fragiles stratégies de défense. Nous sommes invités avec insistance de rester à la maison, en télétravail si possible, avec aide au télé-enseignement, sans compter les repas à assurer pour toute la famille (plus de cantines, plus de restos ou sandwich sur le pouce entre copains...). Les solitaires? En face à face avec leur chat et leur ordinateur. Solitude accrue pour les vieux, même si certains d'entre eux en ont déjà l'habitude depuis longtemps. Les infos sont anxiogènes, parfois culpabilisantes: de quoi vous plaignez-vous, il y en a qui n'ont pas le luxe de se planquer au chaud chez eux, et qui doivent s'exposer pour assurer un semblant de vie, même réduite à la portion congrue, pour tous! Pas faux. Alors, on les remercie, on les applaudit pour exprimer sa reconnaissance, pour se déculpabiliser un peu.

   Effervescence sur les réseaux sociaux. On a envie de communiquer avec famille, amis, le reste du monde sur la façon de vivre le confinement... Les idées fusent: comment peupler la vacuité d'une existence, comment organiser la surcharge de travail, comment distraire les enfants pour empêcher la surchauffe de la cocotte-minute. Certains pressentent l'épreuve du couple qui, en temps normal, a peu d'occasion de se poser les questions qui fâchent.

   Au bout d'une semaine, c'est le trop plein contreproductif. J'ai envie d'infos mais sans la querelle des experts qui se contredisent, sans quelques maîtres à penser qui, pour attirer l'attention sur leur existence minuscule, escamotée provisoirement par le danger  invisible, commencent à semer la discorde. J'ai envie de plages de silence pour réfléchir sur ce qui nous arrive.  

Μηδὲν ἄγαν, Mêdèn agan, "rien de trop" disait l'inscription sur le fronton du temple d'Apollon à Delphe. A méditer. Et si nous y ajoutions Horace qui prônait "la mesure en toutes choses"?

 

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Un mince filet de vie

16 Mars 2020, 10:56am

Publié par Flora bis

    Depuis quelque temps, nous avons l'impression d'être sur la partie descendante d'une montagne russe... Peu à peu, sa vitesse augmente par le poids de l'inertie, des nouvelles de plus en plus alarmantes portent des coups successifs au moral jusque, parfois, au sentiment de panique. De surcroît, on vous dit que vous n'avez encore rien vu, que ce n'est que le début.

    Je suis désormais dans la "zone rouge", celle des personnes à l'âge critique (bizarre, jusqu'ici, je me sentais encore relativement jeune!), constat aggravé par des problèmes de santé annexes. Je vis seule, je dois donc m'exposer de temps en temps  -  pour survivre, justement! Beau paradoxe! Je pense à ceux qui mourront, peut-être, entourés de leurs paquets de nouilles et de rouleaux de papiers toilettes innombrables, impérissables, il est vrai, à laisser à leurs héritiers!...

    Les bruits courent que nous serons bientôt confinés à la maison, comme en "résidence surveillée", sans avoir les millions, voire les milliards mis à l'abri d'un Carlos Ghosn pour en échapper ou pour la rendre "dorée". En ce qui me concerne, cela fait assez longtemps que je pratique le confinement et la solitude, pour essayer de m'en accommoder. Heureusement, il y a l'Internet et le téléphone pour garder un mince tuyau d'oxygène avec le monde extérieur.

   Nous comprendrons rapidement, que les petits plaisirs insignifiants, la liberté minuscule que l'on évoquait en râlant, même les corvées pesantes qui en découlaient constituent une part très précieuse de notre existence...

   

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Que le soleil revienne enfin!

10 Mars 2020, 09:53am

Publié par Flora bis

   J'ai passé sous silence la journée des droits des femmes... Rien d'original ne m'est venu à l'esprit et le Net bruissait, de toute façon, des mots solennels ou nostalgiques, selon l'âge de l'auteur. Ce n'était pas la peine de gâcher la fête avec une pensée pour les femmes, battues sous l'effet de l'alcool ou simplement pour asseoir le pouvoir du mâle à l'ego malade. Battues pendant des années, froidement, méthodiquement, parfois jusqu'à la mort. Il arrive même que les rôles s'inversent: les femmes tortionnaires de leurs compagnons existent aussi, même très minoritaires (j'en ai connue une  - drôle de rencontre!)

   Bref, c'était un "triste dimanche" comme dit la chanson, d'un gris anthracite, arrosé de pluie sans discontinuer, ce qui m'a sans doute inspiré la pensée rabat-joie ci-dessus. J'ai essayé en vain de composer quelques numéros, afin de dégourdir mes cordes vocales en fin de journée, la fatalité a voulu que tout le monde fût occupé quelque part, injoignable. Résignée, je me suis résolue à me faire une soupe de potiron. Pour quatre jours au moins, je suis parée.

 

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De mes douces obsessions...

28 Février 2020, 09:55am

Publié par Flora bis

   Le mois de février tire à sa fin. Je m'apprête à rédiger ma quatrième note sur mon blog et au moment où j'entame son écriture j'ignore quel en sera le thème. L'envie d'écrire précède bel et bien le sujet. Certaines de mes connaissances graphomanes mettent en doute le procédé: "Impossible, poussent-elles des cris incrédules ou légèrement méprisants, sûres de de leur "normalité". On n'écrit que quand on a quelque chose à dire!" Pour moi, ce dernier arrive souvent en cours de route.

   Serais-je une incorrigible bavarde qui produirais des mots, des phrases, ni queue ni tête, pour le seul plaisir de faire trempette dans leur bain délicieux?... Je signe pour le bain délicieux. Cependant... au départ, j'avance à tâtons, je tourne autour du pot, sans but précis, essayant de cerner une ambiance, des vagues  d'émotions en moi... Parfois, c'est si fluide, tellement indéfini que je dois chercher un point solide, bien réel  -  tel l'enfant qui fait ses premiers pas en s'accrochant à un coin de meuble pour se lancer... La vérité est que, tout en le faisant, je scrute inlassablement le processus de l'écriture, du moins la mienne, si toutefois elle existe. Je veux le comprendre comme à peu près tout ce qui m'arrive. 

   Plusieurs soirs de suite, j'ai écouté une série d'entretiens passionnants avec Peter Handke (né en 1942, prix Nobel de littérature 2019) enregistrés par Laure Adler. Je cite ici juste une de ses phrases:

" Regarder, jusqu'à ce que batte le coeur dans les choses; tendre un filet de silence et ramener les chose une à une."

(Photo: F. M.)

(Photo: F. M.)

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Les vacances d'hiver sans l'hiver

23 Février 2020, 18:54pm

Publié par Flora bis

    Les enfants sont repartis, après les 15 jours de vacances de février. Une semaine chez les autres grands-parents, la deuxième chez moi. La pluie redouble d'intensité et en écoutant les rafales, je suis bien heureuse d'être au chaud dans la maison. Je goûte le silence, après avoir fait tourner une lessive.

   Petit à petit, je reviens à mon rythme habituel dont les premières heures calmes sont toujours plus savoureuses, à cause du changement, que les suivantes qui s'enliseront dans le silence et la solitude. Retour au quotidien qui s'appelle désormais, un peu pompeusement, "ma part du destin". Il n'est pas exaltant mais peut réserver quelques agréables surprises si j'arrive à quitter le poids de la routine démissionnaire pour me laisser tenter par quelques hasards égarés de la vie.

   La présence des enfants me remplit de joie. J'observe comme elles changent, grandissent, et nos discussions se modifient aussi en s'enrichissant de nouveaux thèmes. Les amis prennent une place de plus en plus importante dans leur vie, et cela  me réjouit: elles entrent dans l'apprentissage de la vie sociale, avec ses richesses, ses joies et ses douleurs. On voudrait les protéger mais c'est impossible: beaucoup de choses s'apprendront à leurs dépens. Le plus utile que nous puissions leur donner est notre amour et notre compréhension. Eventuellement, notre avis si elles le demandent. Tout sauf du prêchi-prêcha hautain et sans appel.

Les vacances d'hiver sans l'hiverLes vacances d'hiver sans l'hiverLes vacances d'hiver sans l'hiver

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Belle soirée de Saint-Valentin

16 Février 2020, 18:20pm

Publié par Flora bis

   Le vendredi 14 février, nous avons  consacré la première soirée littéraire de l'année à la lecture amoureuse. Ca tombait bien : je n'ai jamais fêté la Saint-Valentin... L'occasion était trop belle.

   Nous avons réuni quelques amoureux des beaux textes qui n'étaient pas pris par des programmes festifs plus charnels, moins éthérés: restaurant, théâtre, croisière ou dîner aux chandelles, avec peau d'ours devant les flammes crépitantes de la cheminée...

   Notre programme était très varié, amusant, émouvant, drôle ou carrément hilarant! Chacun a apporté des textes à partager et nous avons même eu le plaisir d'entendre la chanson de Piaf "A quoi ça sert l'amour" en duo par un de nos couples d'amis. 

   Comme de coutume, une table bien garnie attendait les convives et la conversation s'est poursuivie jusqu'à 1 h du matin passée. Ces quelques photos en témoignent:

Belle soirée de Saint-Valentin
Belle soirée de Saint-ValentinBelle soirée de Saint-Valentin
Belle soirée de Saint-Valentin

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"Devenir Matisse"...

7 Février 2020, 11:45am

Publié par Flora bis

Je ne puis pas distinguer entre le sentiment que j’ai de la vie et la façon dont je le traduis. (Henri Matisse)

   Tiens, quelques semaines après Toulouse-Lautrec, un autre illustre Henri de la peinture que nous nous apprêtions à visiter hier après-midi. L'exposition raconte la gestation du peintre Henri Matisse.

Superbe journée! Du soleil avec un ciel bleu sans tache, après une nuit froide comme il se doit en hiver. Dès 14 h, nous nous sommes mises en route pour Le Cateau, petite ville non loin de Cambrai. Matisse y est né le dernier jour de l'année 1869, par le hasard d'une visite de ses parents rendue à la famille. Depuis des siècles, la région est dédiée aux métiers du textile, l'enfant Matisse lui-même est entouré de tissus et d'étoffes chatoyants qui joueront un rôle éminent dans sa peinture.

   Il commence par des études de droit et ne découvre la peinture qu'à 20 ans, presque par hasard. Il va à Paris pour fréquenter les ateliers, les cours de peintres célèbres, dont Gustave Moreau et Bourdelle, copiant  -  sur l'incitation du premier  -  les oeuvres des maîtres exposées au Louvre. C'est cet exercice qui le mène à trouver sa propre vision de la peinture.

   En 1904, il s'installe à Saint Tropez dont le soleil, la luminosité exceptionnelle réveille sa palette. Il devient le chef de fil des "Fauves". Les voyages, les contacts, l'influence de Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Picasso et surtout, ses propres émotions  dictent son expression. 

"J'ai toujours essayé de dissimulé mes efforts, j'ai toujours souhaité que mes oeuvres aient la légèreté et la gaieté du printemps qui ne laisse jamais soupçonner le travail qu'il a coûté."

    Il meurt à Nice, en 1954, il y est enterré. La ville lui consacre un grand musée.

(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)
(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)
(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)

(photos prises à l'exposition par moi-même)

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Clandestinité (micro-fiction)

29 Janvier 2020, 16:59pm

Publié par Flora bis

"Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage." (M. Yourcenar)

   Cela fait longtemps, depuis des siècles, depuis une éternité qu'elle porte ce masque, si familier... Logée à l'intérieur de sa carapace blindée, fabriquée par elle-même avec un soin minutieux, ajustée au fur et à mesure des nouvelles exigences ou des nouveaux pièges à éviter, elle finit par se sentir protégée derrière les sept cadenas du Secret. Le masque la fait paraître semblable aux Autres: elle peut jouer à la normalité. Finira-t-elle par y croire? Ou alors, se perdra-t-elle à ce petit jeu plus dangereux qu'il n'y paraît, sans savoir qui elle est vraiment. Quand les règles sont faussées dès le départ, comment reconnaître sa vraie nature?... 

   Elle s'habitue si bien à cette vigilance permanente qu'elle n'y pense même plus, excepté les moments où le signal d'alarme retentit pour rallumer les précautions d'usage : sourire et tenue de camouflage, vérification du masque, ainsi que les verrous de la carapace. Le plus souvent, tout est en place en une fraction de seconde. Parfois, très rarement, la panique la saisit et le sauvetage des apparences prend plus de temps. Frôlée par le souffle brûlant du danger, elle reste à terre un bon moment, immobile, jusqu'à sa recomposition miraculeuse.

   Se débarrasser du masque, quitter la carapace pour se mettre à nu, elle l'a fait une seule fois. Pour aller au bout de la normalité si convoitée. Il a répondu avec le mépris. Il a ri. Depuis, elle a regagné l'abri, verrouillé pour le reste de l'éternité.

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