Le blog de Flora

Bravitude

20 Novembre 2020, 12:00pm

Publié par Flora bis

"... même quand tu nous livres tes vagues à l'âme, cela me fait sourire car c'est la preuve que c'est bien toi derrière l'ordinateur."  (merci, chère Françoise)

  Depuis plusieurs jours, sous un ciel de plomb, j'attendais l'impulsion pour me remettre à écrire. Oui, écrire quelques chose, sans en avoir l'idée préconçue. Comme souvent. C'est un état proche de l'accouchement qui tarde à se déclencher (que j'ai déjà vécu "en vrai" avec mon fils qui se faisait attendre, il y a plus de 40 ans...): on éprouve une certaine impatience mêlée d'appréhension devant LA rencontre avec quelqu'un  (ou, en l'occurrence, quelque chose, dans le cas de l'écriture) qui vient du plus intime de vous, qui vous exprime et qui devient, en même temps, parfaitement autonome... Entre l'avant et l'après, il y a la mise au monde, moment difficile car on veut vivre pleinement cet instant de grande Vérité, un des trois plus importants de notre vie.

   Depuis plusieurs semaines, je me dis que je dois faire un effort, par ces temps de déprime généralisée, d'une année éprouvante qui nous tient dans l'étau des incertitudes, pour suggérer la bouffée d'espoir qui fait défaut... C'est presqu'une obligation morale de ne pas en rajouter une pelletée sur la tombe de l'insouciance, d'accrocher la bannière de l'espérance à la fenêtre de mon blog! Cela fait quelques années que j'ai gommé le mot "espoir" de mon vocabulaire... Pourtant, au siècle dernier, je me suis définie comme une incurable optimiste, contre vents et marées, que Gilbert traitait même d'inconsciente! Peu à peu, à force d'éprouver les coups du sort qui me faisait dégringoler du haut de mon enthousiasme au moment où j'en éprouvais la plénitude, je suis devenue méfiante. Se relever à chaque fois, c'est héroïque et admirable, certes, mais extrêmement usant... Ne vaut-il pas mieux, par pur réflexe de défense, avancer avec prudence, jetant des regards suspicieux en arrière, toujours prêt à esquiver les mauvais coups ou, du moins, leur faire face. Cette vie en veilleuse est tellement contraire à moi qu'elle n'a d'égale qu'à ma hantise de souffrir encore et encore... Je ne suis pas plus brave que ça, mes chers soeurs et frères en humanité! J'essaie, du moins, d'être honnête.

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La Toile...

11 Novembre 2020, 11:34am

Publié par Flora bis

   Hier matin, à la suite d'un mystérieux cafouillage, ma page Facebook s'est mise à se dérégler (plus familièrement, je dirais "déconner" car ce mot exprime mieux le désarroi et la colère que j'ai éprouvés). Ai-je fait un geste rapide et erroné qui me plonge habituellement dans des affres imprévisibles et souvent insurmontables? Piratage? Avec le danger d'attirer d'autres dans le piège! Peu à peu, tout se bloque, puis d'autres propositions suspectes apparaissent pour m'enfoncer encore plus dans la panique!... Personne autour de moi pour me tirer du mauvais pas. J'hésite à solliciter mon fils très pris par son travail. Je passe des heures à essayer de m'en dépêtrer... 

   La solution m'effleure: et si c'était un signe pour quitter définitivement les réseaux sociaux? On en dit tant de mal, de ce monstre qui enfle de jour en jour, non maîtrisable, contradictoire, soufflant tour à tour la haine dévastatrice et meurtrière et la chaleur amicale, vivifiante, les merveilles de la création humaine... Devenu totalement addictif, il tend à remplacer la vraie vie: pas besoin de se déplacer (interdit même!), le monde entier est à un clic! Les "j'aime" et "j'adore" agissent comme des bonbons de récompense, voire des "doudous" réconfortants pour notre ego malmené (selon les psychiatres, ils mobilisent les mêmes connexions neuronales du cerveau) qui mènent à l'addiction. 

famille hongroise, famille française...

   Vers 20 h, mon fils me rappelle enfin pour me sortir de l'ornière, en deux temps, trois mouvements.  Je replonge avec soulagement dans le bain anesthésiant... Ma solitude est de nouveau peuplée, les murmures incessants de la Toile qui ne dort jamais remplissent les sensations du vide, créé par l'absence de la "vraie vie", les caresses manquantes et les regards qui ne sauveront pas... 

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Besoin de légèreté

6 Novembre 2020, 16:57pm

Publié par Flora bis

   Une semaine de reconfinement. Notre vocabulaire n'arrête pas de s'enrichir, au gré du fameux virus qui lui-même ne ressemble pas aux autres, aux habituels. Il joue à cache-cache avec nous. Petit à petit, nous nous laissons ballotter par les circonstances, abandonnant les réactions de résistance, de protestation et nous entrons dans l'ère des automatismes sans repères. Résister, trépigner, protester par de vieux réflexes d'insoumission console sans doute certains: désobéir leur donne l'illusion d'exister, de préserver une plate-bande de liberté, hélas, imaginaire...

Ghardaïa, 1975

   Par bonheur, les élections présidentielles américaines nous distraient un peu des nouvelles anxiogènes et souvent contradictoires du front de la pandémie. Les agitations indignes et vulgaires du président sortant (espérons que ce sera une vraie sortie!) tour à tour nous lassent, nous inquiètent: nous avons tant besoin d'une bonne nouvelle! Notre vie est à nouveau privée des petits plaisirs du quotidien qui lui donnaient la saveur indispensable pour la rendre encore attrayante. Les chiffres psalmodiés quotidiennement nous flanquent une frousse toute simple, toute nue pour notre petite vie en déclin. Cela fait un bon moment que nous avons oublié la légèreté de l'existence où la nuit s'achevait sur une journée ensoleillée et insouciante. Oui, le soleil était permanent... du moins, dans ce coin bien caché, protégé de la mémoire où l'on stocke les souvenirs les plus précieux que l'on ne ressort que rarement, avec précaution pour ne pas les galvauder, chiffonner, à force de les revivre pour tenter de nous réparer...

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Résonance rare

30 Octobre 2020, 20:06pm

Publié par Flora bis

   Re-confinement, premier jour. Un petit goût du "déjà vu", sans l'excitation  -  ni la panique!  -  de la nouveauté. J'ai imprimé quelques attestations pour les jours à venir, ayant perdu l'habitude de sortir "en laisse". Voilà. Fallait-il crier sur tous les toits que, devenue pantouflarde, je remettais volontiers à plus tard mes sorties comme des corvées indispensables? A présent, je suis servie; du coup, je me sens frustrée de liberté! Je suis la contradiction personnifiée.

   

Ce qui manque surtout, ce sont des rencontres, sans masques, les échanges intéressants qui vous amènent en voyage... Sans masque, dans le sens propre et figuré. Le regard de l'autre vous incite à creuser plus loin dans les mystères de l'âme humaine, la vôtre et celle des autres. J'utilise le mot "âme" sans la connotation philosophico-religieuse, opposée au corps physique, matériel et destinée à lui survivre. Pour moi  -  mais c'est personnel et on n'est nullement obligé de me suivre!  -  elle est plutôt une "fonction", un "produit" du corps vivant et qui meurt avec lui... Son fonctionnement est insaisissable et c'est la raison de toute spéculation concernant sa survie après la mort. Cela console les mortels de savoir que leur disparition n'est pas définitive, qu'une parcelle même insaisissable de leur existence reste éternelle... Et bien, pour moi, quelques rencontres rares et précieuses, où les masques tombent, font ressentir l'essence de cette onde mystérieuse qui vous relie à un autre humain tel un fil invisible. Les échanges d'idées, d'émotions vous font toucher soudain un point essentiel pour votre existence, vous font découvrir quelque chose de fondamental que vous ignoriez jusqu'alors et la résonance des âmes se produit. Moment rare, fécond et indispensable.

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Quel sursis?...

22 Octobre 2020, 12:24pm

Publié par Flora bis

   Ca y est, gros soupir de soulagement, comme quelqu'un qui sort enfin la tête de sous l'eau!... J'ai présenté mon exposé hier soir, travail prévu pour début avril et ajourné à cause des contraintes sanitaires, puis les vacances d'été. Et moi, incurable procrastineuse, tant que je n'ai pas le couteau sous la gorge, je trouve mille prétextes pour remettre la tâche à plus tard, même celle qui m'intéresse... Je me contente d'y penser souvent, la "brodant dans ma tête"... Enfin, le niveau d'adrénaline monte assez haut pour me faire basculer dans une activité intense et durable, jusqu'à la finition du travail, quasi en apnée...

   Aussi loin que je me souvienne, cela se passait ainsi. Gagner du temps, le but était là. Ce sentiment de soulagement était très relatif, car au fond de ma conscience, le pavé faisait son poids. Je n'étais pas vraiment tranquille, loin de là, mais repousser les délais m'anesthésiait quelque peu. Oui, au lieu de m'attaquer à la tâche pour en être quitte et soulagée pour de bon, je faisais traîner la souffrance... Par un raisonnement tordu et inconscient, voulais-je m'assurer d'avoir du boulot jusqu'à un horizon que je pouvais repousser plus loin? Ou alors, retardais-je la chute du couperet du délai pour un sursis factice? Tout est possible, même les deux à la fois. La question du fond est: quel sursisgagner du temps dans quel but?  Là, je cherche encore la réponse. 

(image: Net)

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Famille, amis, années...

16 Octobre 2020, 11:58am

Publié par Flora bis

   Une bonne dizaine de jours sans revenir sur mon blog... Il est vrai qu'entre-temps, j'ai pris une année sur le compteur! Je commence seulement à retrouver mes jambes après le week end si agréable en famille : malgré le virus qui s'envole, je n'ai pas pu résister au plaisir de la proximité de mes enfants et petits-enfants, de la compagnie des parents de ma belle-fille, à l'avalanche d'attentions et de gentillesses à cette occasion (partagée avec Alice). 

 D'une réunion de famille, je retiens surtout l'effet stimulant pour moi: le mélange des générations indispensable pour ne pas sombrer dans le tunnel d'un quotidien solitaire. J'aime aussi la compagnie  des gens de mon âge "au repos" mais encore sollicités. Ils me sont très proches car ayant souvent une vision semblable de la vie (elle-même semblable), nous nous comprenons à demi-mot et, à notre âge, la rivalité de toute nature a perdu son pouvoir de nuire à la sincérité des relations... Nous savons qu'il ne faut pas perdre du temps pour taire par pudeur les mots d'affection, d'amitié car nous pouvons, à tout moment, manquer à jamais cette précieuse occasion.

   Mes enfants dans la force de l'âge, c'est sur eux que pèse l'essentiel des responsabilités, aussi bien en famille que dans la société. J'essaie de ne pas trop y ajouter. C'est aussi ma satisfaction personnelle de tâcher de me débrouiller encore tant bien que mal. Je sais (je l'ai vécu) le poids de l'angoisse que certains parents (surtout les mères, reconnaissons-le) administrent à compte-gouttes à leurs enfants, rien que dans le but de garder une place privilégiée dans leur vie, dans leur conscience. J'ai envie de les secouer: chacun est responsable de sa vie, ratée ou pas. Ce n'est pas aux enfants de l'assumer, de la réparer.

 

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Ambiance d'octobre sous la pluie...

5 Octobre 2020, 15:59pm

Publié par Flora bis

   Cette photo, je l'ai empruntée sur le Net, il y a plusieurs années. Je la garde sous les yeux, à la page d'accueil de mon ordinateur, au cas où j'aurais besoin d'encouragement pour trouver de la beauté dans la grisaille automnale, de la poésie dans une tasse de thé fumant à la lumière feutrée d'un abat-jour en soie... Tandis que dehors, les gouttes de la pluie tintinnabulent sur la table rouge de la terrasse,  inlassablement.

   Depuis le printemps, la météo (je dis "météo" sans d'autres convictions plus solides) nous gratifiait d'une abondance de soleil parfaitement inhabituelle sous nos latitudes. Comme si les décideurs célestes de notre sort avaient voulu adoucir l'épreuve du confinement, la privation de tendresse et d'amitié et la solitude aride par la clarté des jours de plus en plus longs. Après des mois de canicule, de sécheresse, d'arrosage et d'autres tentatives de sauvetage du jardin, nous avons accueilli les premières averses presque avec soulagement: les rosiers allaient ressusciter, la pelouse jaunie retrouverait sa vigueur. Nous sommes abondamment servis. A présent, une pause serait la bienvenue, juste en cadeau d'anniversaire...

   Bientôt une année de plus au compteur... Quelle importance?... Ce n'est pas le jour J qui nous fera vieillir mais tous les autres qui s'écouleront entre les deux dates. J'essaie de retenir l'instant, le présent si insaisissable... la tasse de thé et sa légère amertume et le petit gâteau suave qui fond dans la bouche... 

   

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Leonardo - de près...

27 Septembre 2020, 12:03pm

Publié par Flora bis

   Hier, en fin d'après-midi, bravant les bourrasques et les 9° hostiles, je suis allée au cinéma avec une amie. Quelle bonne idée elle a eue! Dans la grande salle  -  2e semaine!  -  nous étions 5 spectateurs... La distance physique sanitaire a été amplement respectée.

   Nous sommes allées voir le film tourné à l'exposition du Louvre des oeuvres de Leonardo da Vinci. "En nocturne", dans l'intimité presque totale avec le maître prodigieux de la Renaissance, "l'uomo universale" inventeur infatigable dans tous les domaines. Nos deux guides très compétents savaient au besoin rester discrets et nous pouvions approcher, à l'aide de la caméra, les oeuvres rarement ou jamais vues, les innombrables dessins des carnets remplis de notes au moindre centimètre carré (j'ai souris intérieurement à mes 7 cahiers remplis à ras bord, sans la plus petite marge, de vide  -  que l'on me pardonne cette comparaison extrêmement audacieuse!) 

   Comme d'habitude, j'ai été sensible au clair/obscur, au contours effacés, au "sfumato" mystérieux obtenu par la superposition des couches légères qui donnent cette impression de vibration secrète... Mais par-dessus tout, cette fois encore, ce sont ses dessins préparateurs aux tableaux ou simples croquis de l'artiste génial dont les mains ne restaient jamais inoccupées, prolongements naturels de l'observation sans repos de la vie, qui me donnaient le frisson de plaisir toujours renouvelé, inextinguible. 

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Michael Lonsdale

22 Septembre 2020, 10:53am

Publié par Flora bis

   

   Michael Lonsdale vient de mourir à 89 ans. En pensant à lui, l'image du frère Luc, le moine de Tibhirine me vient immédiatement à l'esprit. Il a tourné dans beaucoup de films, des rôles caméléon,  impressionnants, véridiques, mais sous les costumes changeants, le personnage secret, observateur serein qu'il était aussi dans la vie, se laissait deviner.

   Selon un extrait du célèbre "Divan" de Chapuis, il était un boulimique de travail. J'ai noté quelques phrases de cet entretien, phrases qui trouvent un fort écho en moi:

"Le travail bien fait donne envie de continuer. La fatigue ne vient qu'à partir du moment que l'on fait des choses qui ne sont pas bonnes. Le bon travail redonne la force pour continuer. (...)

(...) Je m'adapte partout et je fais en sorte de prendre la couleur de l'endroit où je suis, pour ne pas être dépaysé. Il ne me faut pas être à un certain endroit pour être heureux. Le bonheur pour moi est de m'adapter aux personnes que je rencontre et aux situations et lieux où je suis. Et d'être observateur et heureux partout car il y a à observer et à apprendre dans tous les endroits du monde."

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Encore l'été...

15 Septembre 2020, 11:29am

Publié par Flora bis

   L'été est de retour, avec 30° et plus, même dans le Nord. Moi qui n'en ai jamais assez, je suis contente de ce petit supplément de bonheur illusoire. Un avant-goût du "Vénasszonyok nyara"  -  "été des vieilles" dit le hongrois qui, au 19 s. ignorait le politiquement correct. De nos jours, il se rattrape et succombe à "l'été indien" comme la plupart des pays.

   Ce n'est pas encore la vraie saison douce qui débute fin de septembre et dure jusqu'à mi-octobre. Des matins brumeux et frais se réchauffent au soleil pâlissant et, sur les toiles d'araignées, des gouttes de rosée tremblent dans les rayons parcimonieux. Les après-midi clémentes, les vieilles s'installent sur les bancs devant les maisons pour une causette, pour réchauffer un peu leurs vieux os et articulations grinçantes, pour emmagasiner un brin de chaleur vivifiante pour les mois d'hiver, afin qu'elle les préserve jusqu'au printemps prochain...

  Tout cela n'est que des réminiscences de mon enfance... Là où j'habite, une avenue encombrée de voitures en stationnement, d'autres vrombissant dans les deux sens pour gagner quelques décamètres entre deux feux rouges, point de bancs devant les maisons... Les vieilles se cloîtrent dans leurs jardins de derrière les murs, les plus âgées deviennent peu à peu invisibles. Sauf une. Elle habite en face, elle a 95 ans. Elle a du mal à marcher mais elle tient à rester chez elle. L'autre jour, je l'ai vue dans sa porte, sur une chaise placée dans l'ouverture. Elle prenait l'air chargé des gaz d'échappement des voitures, de la poussière de la rue, mais elle humait la vie en mouvement...

 

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