Le blog de Flora

Fête des Mères 2020

8 Juin 2020, 11:02am

Publié par Flora bis

   Le ciel est maussade, sur la table de la terrasse les quelques gouttes de pluie n'ont pas encore séché. Le radiateur imposant de la cuisine reste tiède. Mais les traces joyeuses et mouvementées du week end ont disparu, pour survivre avec d'autant plus de vivacité dans ma mémoire. Il suffit de fermer les yeux sur le calme immobile, et les oreilles sur le silence envahissant.

   Pour la Fête des Mères, les décideurs ont libéré les élans de l'amour, pour transformer les aspirations virtuelles en réalité palpable! Pour moi, les précautions, restrictions conseillées ont volé en éclats, pour laisser la place à une envie bridée depuis deux mois et demi : prendre mes enfants dans les bras, les serrer  sur mon coeur, les embrasser sur la joue, pas symboliquement du tout! Et renouveler tout cela, en mots, en regard et en geste, autant de fois que j'en avais envie! Le bonheur au présent!

   Je sais bien que cette intensité est due à la rareté de l'événement, aux mois de restrictions, d'angoisse, de privations de mouvements, d'émotions positives, de contacts qui l'ont précédé. Il serait difficile de maintenir cette amplitude durablement. Mais elle m'a réparée du manque lancinant, supporté sagement durant des semaines, pour, me disait-on, préserver ma petite vie solitaire, en veilleuse, et attendre pour vivre enfin cet événement. Pour qu'il donne envie de reprendre le cours de ce qu'on appelle la vie...

 

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La Belle au bois dormant ouvre un oeil

3 Juin 2020, 15:43pm

Publié par Flora bis

   En discutant avec ma voisine très alerte de 81 ans, nous avons constaté avec un certain étonnement que le stress était de retour dans notre vie d'anciennes confinées. Il est vrai que le désert de la vie affective et sociale, le futur suspendu pour 2 mois et demi a aplani notre vie quotidienne, sans relief, sans surprise bonne ou mauvaise. Ce n'était pas la peine de s'inquiéter pour les délais, les obstacles éventuels, les oublis accidentels puisque nous pouvions être sûrs que le lendemain sera en tout point semblable à la veille.

   Depuis quelques jours, les choses s'accélèrent. Les projets s'éveillent de leur sommeil de la Belle au bois dormant. De nouveau, les évènements font irruption dans mon calme plat, bousculant le rythme ancré depuis 7 semaines. Aussitôt, la panique des délais m'envahit. J'écris des post-it que je colle sur l'ordinateur, j'en place aussi dans la cuisine, pour biffer au fur et à mesure les choses accomplies, ce qui me donne la satisfaction que ma vie avance, que je prends à bras le corps les corvées "utiles", incontournables. Faire réviser le chauffage ainsi que la voiture, trouver enfin un réparateur pour les stores, ne pas oublier telle prise de sang et des RDV médicaux ajournés, envoyer ma déclaration d'impôts, acheter de la terre et des fleurs pour décorer la terrasse, passer chez le coiffeur pour tenter de rajeunir ma tête de confinée etc. etc... Pour respirer, je m'accorde des plages de lecture et d'écriture. 

 

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Mois de mai bancal

30 Mai 2020, 11:52am

Publié par Flora bis

  Quatrième article au mois de mai sur mon blog. Un mai bizarre, un peu bancal entre espoir et crainte, envie de respirer ou de rester en apnée suspendue dans un temps sans lendemain... Les autorités jouent aux équilibristes entre les impératifs d'une économie fragilisée et la peur de voir l'épidémie redémarrer. Finalement, on a l'impression de naviguer à vue  -  ou plutôt à l'aveugle?  -  dans une situation inédite qui a ébranlé la foi en le pouvoir illimité de l'homme sur son destin. 

   Autour de 28 000 morts en France. "Seulement! Vous vous rendez compte, sur 66 millions? " s'écrie mon médecin, en estimant la panique surdimensionnée par les média et les autorités. On ne sait plus où donner de la tête. Hier, une de mes amies,  passant devant ma maison, est restée à 2m de la porte sur le trottoir, refusant d'entrer  -  alors que l'autorisation était passée 2 jours plus tôt!... Nous avons bavardé au moins 20 minutes dans cette position inconfortable, dans le bruit et les odeurs des voitures, sous le soleil ardu mais elle a dit qu'à part sa promenade quotidienne, elle ne sortait pas, et surtout, elle ne voyait personne dans un lieu clos, pas même sa fille, son mari s'occupant des provisions...

   Pour ma part, j'ai bien envie de profiter du week end de la Fête des Mères dans une semaine, pour recevoir mes enfants que je n'ai pas vus depuis le 23 février... D'ici là, j'aimerais parfaire quelques préparatifs pour arranger la terrasse, pour organiser les courses et les repas, même si tout cela mettra, à coup sûr, mes batteries à plat... Mais le plaisir de les revoir n'a pas de prix. 

Mois de mai bancal
Mois de mai bancalMois de mai bancal
Mois de mai bancal

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Comparaison n'est pas raison?...

23 Mai 2020, 10:44am

Publié par Flora bis

   Déjà?... Fin de la deuxième semaine du "déconfinement". Je continue de m'étonner à l'idée que je peux sortir "sans laisse", quand je veux. De plus, je n'en abuse pas... Il a fait une chaleur caniculaire jusqu'à l'Ascension et hier, nous avons reçu avec soulagement la chute de la température de 10°, accompagnée d'une averse minuscule.

Plusieurs fois, une comparaison un peu saugrenue, un peu abusive me traverse l'esprit: dans une certaine mesure, nous nous trouvons dans l'état groggy des générations qui ont vu déferler l'épidémie du SIDA dès les années 80, balayant la liberté insouciante arrivée à ses extrêmes... L'hébétude des débuts, les tâtonnements concernant l'origine et les modes de transmission ont duré des années, accompagnées de la déferlante des victimes...  Ce qui a fait dire à beaucoup de gens anxieux se remettant dans les grâces de ce qui les dépassait  -  tout comme maintenant  -  que c'était la punition des dieux! Peurs vieilles comme l'humanité, recours adéquats dans l'impuissance.

   En tout cas, le clairon du rappel à l'ordre a sonné de nouveau. Comme si la Nature (ou Dieu, c'est selon), de temps en temps, raccourcissait la bride afin que l'humain réfléchisse aux conséquences de ses actes...

 

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Ce ne sera jamais plus "comme avant"...?!

13 Mai 2020, 10:24am

Publié par Flora bis

   Nous faisons nos premiers pas apeurés à l'air libre. J'exagère: je suis sortie régulièrement, pendant le confinement, pour les courses au supermarché, chez le boulanger et parfois, à la pharmacie. Sans masque et sans gants, sans trop de précautions, dont certaines je ressentais comme éloignées du bon sens (se changer de pied en cap, voire même se doucher dans son garage avant de franchir le seuil de sa maison, désinfecter même les pots de yoghourt etc...). Les rayons étaient suffisamment déserts pour éviter la proximité avec les autres et je me suis dit que se gratter le nez avec ou sans gant revenait à peu près au même... Bien sûr, à la maison, mon premier geste a été de me laver soigneusement les mains: cela m'arrive d'ailleurs, plusieurs fois par jour, depuis bien longtemps... Par contre, personne n'a franchi le seuil de la maison, pas plus que moi, je ne suis allée chez personne... 

   J'ai la nostalgie d'une certaine insouciance d'avant... Oh, il ne s'agit que des choses à la portée de tous, peu coûteuses, relativement faciles à réaliser... Un petit repas improvisé avec des amis pour échanger, s'intéresser à l'autre, partager ses soucis ou ses joies, une sortie au théâtre, au cinéma ou au restaurant, de temps en temps, pas trop souvent pour ne pas les banaliser et qu'elles gardent leur attrait exceptionnel... Serrer mes enfants dans les bras, très fort! En vrai et non seulement "en mode virtuel"...

   J'espère que nous aurons réussi à conserver au fond de nous ces quelques habitudes anciennes et qu'un jour, elles réapparaîtront pour redonner des couleurs à notre vie de solitaires. C'est ce que je réponds à ceux qui me tapent sévèrement sur les doigts avec leur phrase qui tombe comme un couperet: "RIEN ne sera plus comme avant!"

 

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Apprentissage...

7 Mai 2020, 10:07am

Publié par Flora bis

   J'aimerais bien que les sujets redeviennent un peu plus variés... Les média ne bruissent que d'une unique préoccupation: du coronavirus sous toutes les coutures, jusqu'à la saturation totale! Je ne dis pas qu'il faut cacher ou omettre les informations nécessaires à ce sujet mais en remplir le moindre interstice de notre vie finira par être contre-productif! Dans les cas extrêmes, les uns sombrent dans la léthargie, ferment les écoutilles, tandis que d'autres, en proie à des peurs apocalyptiques, non seulement respectent les prescriptions à la lettre, surenchérissent même jusqu'au ridicule, et la moindre faille  -  à leur goût  -  chez quelqu'un déclenche leur agressivité démesurée... Une fois de plus, je reste adepte de la modération. De grâce, un peu de bon sens!

moi entre 3 et 4 ans... confiante, curieuse

 

 

 

Est-il possible de parler d'autre chose? Nous sommes alourdis d'angoisses, de désorientation spatio-temporelle, de surexplications scientifiques, de polémiques en embuscade, prêtes à surgir à la moindre occasion. J'ai beau me retourner vers des paysages d'un autre âge, celui de la confiance et de l'insouciance, les souvenirs ensoleillés s'enfuient pour me laisser au milieu de la broussaille des confusions ou pire, du désert aride... 

   

 

On entrouvre les portes du confinement, parfois au choix, assortissant la possibilité de bon nombre de précautions aux risques funestes... J'ai vu à la télévision des interviews de confinés  -  parmi ceux qui peuvent le faire  -,  déclarant qu'ils optent pour rester au fond de la tanière qu'ils ont fini par apprivoiser, bien au chaud, protégés du monde extérieur, truffé de dangers imprévisibles... Réapprendrons-nous un jour à franchir la distance de la méfiance sans peur?...

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Déconfinement...

29 Avril 2020, 18:35pm

Publié par Flora bis

   J'ai écouté le discours du premier ministre à esquisser les perspectives du "déconfinement". Je me suis rendu compte que mon état d'enfoncement dans les profondeurs de l'isolement presque total était déjà tellement avancé que je n'arrivais même pas à me réjouir... Le déconfinement sera progressif, très lent. Heureusement pour moi qui supporterais difficilement une nouvelle secousse.

   Oui, depuis les premières alarmes suivies du débordement des urgences et le nombre de morts égrené jour après jour, les restrictions successives, nous avons encaissé des chocs réguliers qui nous ont renforcés peu à peu dans le sentiment du danger de mort imminent et invisible... J'évoque ici le cas d'une personne que je connais bien, de l'âge défini comme "à risque" avec quelques complications de santé. A cette occasion, j'ai appris un mot pour moi nouveau mais non moins effrayant: "comorbidité". Les médecins aiment bien utiliser un vocabulaire qui fait peur: c'est normal, ils ont assez souffert pour l'acquérir pendant leur long apprentissage et ce jargon hermétique impressionne avantageusement le patient déstabilisé... Bref, nous avons fini par atteindre un état friable, inconsistant, flottant dans un espace/temps indécis où l'on évite de se projeter dans l'avenir...

   Enfermés dans nos forteresses presque inviolables  -  à condition de ne pas mettre le nez dehors et de ne laisser entrer personne  -  nous pouvions nous sentir à l'abri.. La moindre sortie  -  avec notre propre autorisation contrôlable et verbalisable  -  relevait d'une aventure à nos risques et périls. 

   L'homme est un être éminemment social. Le priver des gestes élémentaires de sociabilité le plonge dans la dépression. Les poignées de main, les embrassades, les caresses, les regards et les sourires, la voix et ses modulations  -  tellement éloquentes au-delà même des mots  -  sans ces signes de proximité et d'affection l'humain dépérit. Un ou deux mètres de distance et le regard fuit. Le masque cache presque tout le visage et son expression. Et la froideur lisse de l'écran ne pourra jamais s'y substituer.

d'après l'affiche du film "Le silence des agneaux"

 

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7 ans déjà...

23 Avril 2020, 12:10pm

Publié par Flora bis

 

J'ai le projet d'écrire un texte pour être lu sur scène et ayant comme thème les "Mères"... La mienne est morte il y a tout juste 7 ans, à l'hôpital, après 3 mois passés dans une maison de retraite. A 1700 km de moi. Je l'ai revue quelques semaines Avant. J'ai encore cette ultime rencontre sur le coeur comme un poids énorme. Celui de la culpabilité qui n'est pas prête à m'abandonner. Il m'enfonce dans les profondeurs, me coupe la respiration. Je suis en apnée.

   Je n'avance pas dans le texte. Sans arrêt, la figure de ma mère éclipse les autres, elle se réclame la première place. Pourtant, ce texte, je ne le veux pas trop personnel afin que (presque) toutes les mères  -  les nôtres et celles que nous sommes devenues  -  puissent se refléter dans ce drôle de kaléidoscope. Que l'on puisse sourire à travers les larmes... 

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Pause mélo

17 Avril 2020, 20:11pm

Publié par Flora bis

   Il y a 2 jours, j'ai regardé "Sur la route de Madison" de Clint Eastwood. Pour la troisième fois, depuis sa sortie en 1995. Un mélodrame culte.

   Une pause irrésistible dans le flot des informations anxiogènes, parmi les films aux bonnes vieilles recettes de rigolade usée, sous prétexte que pour un nouveau né toutes les blagues sont neuves... Par ces temps de confinement, de dangers invisibles et rampants, sans doute avons-nous besoin d'une tornade de sentiments  -  ne serait-ce que par procuration  -, d'un bon déluge de larmes pour nous laver de nos angoisses... Les angoisses, peurs de l'invisible peuvent-elles s'atténuer par l'extase des sentiments, ce manège qui vous fait vous envoler jusqu'au ciel et vous redescend aussi vite, pour toucher terre dans le désespoir?... Pour la troisième fois, je suis tombée dans le piège.

   Paysages de l'Iowa dans le Midwest, vallonnés, avec leurs fermes isolées parmi les champs de maïs interminables où le temps se fige. Francesca y a enterré ses rêves lorsqu'elle s'était installée ici avec son amoureux, un soldat américain rencontré à Bari, en Italie. La vie s'écoule au ralenti, heureuse, croit-elle, avec un mari taiseux et deux adolescents, qui lui parlent peu, juste le nécessaire. La maison à astiquer, les repas à préparer, le potager, les cancans des voisines et la poussière soulevée par le vent...

   Justement, c'est un nuage de poussière qui amène Robert, le photographe globe-trotter sans attache et les 4 jours passés ensemble bouleversent leur vie. Francesca, la quarantaine passée, encore belle comme les fleurs qui s'offrent une dernière splendeur avant de se résigner à faner... Robert, buriné, sec, n'est plus très jeune mais il lui offre quelque chose de rare: son regard, son attention, un regain de rêve qu'elle avait enfoui depuis bien longtemps.

   La brièveté de leur rencontre exacerbe l'intensité de leurs sentiments. C'est en 4 jours qu'ils doivent vivre des années... La sensation de la fin qui approche avec le retour de la famille leur fait passer toutes les étapes à la fois: l'approche de la séduction, la tentation et l'embrasement de la passion, puis la séparation. La raison triomphe: Francesca choisit les enfants et le mari bien brave au fond car elle sait très bien que l'amour passion ne survivrait pas à l'épreuve du quotidien, avec une culpabilité latente... Mais sa vie ne sera jamais plus la même: avec ce trésor caché au fond d'elle, elle a retrouvé le refuge du rêve...

 

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Cinquième semaine - quelques réflexions inutiles

14 Avril 2020, 10:41am

Publié par Flora bis

   Cinquième semaine. Hier soir, le président de la république a annoncé dans son discours ce que nous pressentions tous: le déconfinement ne débuterait pas avant le 11 mai. (Tiens, "déconfinement" : ces notions nouvelles deviennent si vite familières!)

   Ce n'était pas inattendu mais la frustration, l'impatience de certains  -  et parmi eux, il y en a qui ne sont pas les plus mal lotis avec grande maison, jardin  -  s'expriment en contestation: il faut descendre dans la rue, réclamer notre dû, masques, tests, liberté de circuler, la vie comme avant mais en mieux! Le pouvoir ne fait que de mentir, c'est de leur faute si on en est arrivés là... (d'autres "complotistes" plus radicaux n'hésitent pas à reprocher aux puissants un "lâcher de virus" afin de mieux museler la foule de soumis et d'opprimés.)

   Certes, il sera légitime de demander des responsabilités aux décideurs de ces dernières décennies qui ont forcé la transformation de la gestion de la santé en une entreprise qui doit gagner du fric au lieu d'en dépenser... Et même ainsi, et grâce au dévouement du personnel soignant, ce système a réussi à faire face à la tempête virale. En prenant soin de façon égale des riches et des pauvres.

   Je manque peut-être de veine révolutionnaire (quelque peu échaudée par une jeunesse dans un système communiste) mais je fonce rarement sans réflexion, tête baissée aux premiers slogans appelant à casser "ceux d'en face"... Cela ne veut pas dire d'applaudir à l'arrogant mépris de ceux qui étalent leur richesse, leur toute puissance sans partage, qui fraudent de façon éhontée ou qui le cachent pudiquement pour ne pas se faire remarquer... Dans une démocratie même imparfaite, il y a la loi qui doit protéger tous les citoyens, surtout les plus démunis qui n'ont pas d'autres moyens pour se défendre. 

céramique d'Andrea Vertel

   

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