Le blog de Flora

Bribes de mémoire 59. Arrivée à Istanbul

14 Février 2010, 16:29pm

Publié par Flora

Ortak-y.jpgMais commençons par les commencements : notre arrivée à travers le paysage aride des montagnes et la bordure de la mer Egée, bande ininterrompue de résidences de vacances, cubes identiques d'immeubles tournés vers la mer. Enfin, notre excitation quelque peu assoupie par les trois jours de périple se réveille à la vue majestueuse d'un Istanbul à l'infini, plongeant dans le Bosphore... Paysage dont je ne me lasserai jamais, éternellement changeant au gré du soleil et des nuages, ouvert à tous les vents et à tous les bateaux !
   Nous retrouvons le directeur des études françaises du lycée Galatasaray en fin d'après-midi. Il nous a réservé une chambre dans un petit hôtel dans Cihangir (prononcer
Djihanguir ), le quartier où se concentrent la plupart des Français. Et il nous invite à dîner dans un restaurant d'un quartier huppé de la ville ! Inutile de vous dire que nous détonnons dans nos tenues défraîchies de trois jours mais il est impossible de nous changer puisque nous ne possédons plus que ce que nous avons sur le dos...
   Dès le lendemain, branle-bas de combat : notre fils fait sa rentrée à l'école française et nous achetons un costume et quelques chemises pour Gilbert, car à Galatasaray, le costard-cravate est la tenue de mise pour élèves et professeurs. Moi-même, je me lance à la recherche d'une location, armée de quelques conseils des résidents français, toujours accueillants envers les nouveaux-venus, censés apporter un peu de sang frais dans les milieux confinés des expatriés. On me donne un bout de papier sur lequel est inscrit un mystérieux sésame qui doit me guider vers le bon port : "kiralık daire" (pron.
daïré ), "appartement à louer". Je fais le tour des épiciers, des boulangers, des concierges, très nombreux et les mieux renseignés sur la vie du quartier  -   sans savoir dire un mot. Je mets un certain temps pour comprendre que le geste énigmatique de votre interlocuteur de relever le menton (et les yeux) avec, parfois, un petit claquement de la langue, cela équivaut à notre signe de tête horizontal de droite à gauche et de gauche à droite : c'est-à-dire "niet" ! J'ai appris assez rapidement les mots "yok" (il n'y en a pas) et "hayır" (non), deux mots que les Turcs détestent par ailleurs de vous asséner, tellement ils adorent vous faire plaisir et ils se mettent en quatre pour vous satisfaire !
la suite suivra...   

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Récital * esquisse ancienne

13 Février 2010, 14:00pm

Publié par Flora

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Ode à peine (Tétova óda)

11 Février 2010, 11:08am

Publié par Flora

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour 

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue  -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                          de ta paume fraîche.

(Traduction : Rozsa Tatàr et Muriel Verstichel

 


A ma connaissance, il n'existait pas de traduction française de ce poème de Radnóti et qui se trouve, de plus, être mon préféré. Ainsi, faute de mieux, j'ai décidé de le traduire moi-même, assistée par Muriel, éminente poète.

La version originale se trouve au lien suivant :

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 13.

10 Février 2010, 09:48am

Publié par Flora

Les sabliers ont longtemps constitué le moyen le plus précis de mesurer le temps. Il s'agissait parfois de sabliers multiples, le plus souvent à quatre fioles pour le quart d'heure, la demi, les trois-quarts, l'heure entière. Un mécanisme retournait les flacons vidés, tandis qu'un cadran affichait l'heure. 

    Si "myélome" n'est pas dans le Petit Robert, c'est parce que je possède une édition de 1973. S'il est absent du Littré, c'est que ce dictionnaire date du 19e siècle. Pour éviter la maladie, il suffit de se réfugier dans une époque d'avant le mot. Vite, ma machine à remonter le temps ! Et si je sortais un moment de ma chambre, au bout du couloir j'apercevais, parce qu'il était orienté autrement, comme une bande d'écarlate, la tenture d'un petit salon qui n'était qu'une simple mousseline, mais rouge, et prête à s'incendier si y donnait un rayon de soleil.
   Séance de radio. Tout le corps y passe. Et les bras ? Et les bras... Et les jambes ? Et les jambes... Et la tête ? Alouette... Me voilà plumé. Le radiologue avoue un "doute" pour le fémur droit. Jusqu'à présent les doutes ne m'ont pas porté chance.
   Consulté par Séverine, le généraliste confirme le diagnostic négatif. Elle n'osait me l'avouer. Il a fallu que je la torture sauvagement, l'obligeant à lire dix pages de Marguerite Duras. Le cancer peut patienter quelques temps mais il est présent dans toute la moelle, ce qui interdit une intervention locale et une guérison comme dans un cancer du sein, par exemple. Est-il trop tard pour que je change d sexe, que je me gave d'hormones jusqu'à ce que ma poitrine pousse ?
   Autre révélation du généraliste : la chimiothérapie est dévastatrice pour les globules rouges et les plaquettes. On ne perd pas que ses cheveux. On s'affaiblit, on s'anémie. On ne coagule plus. Quant aux rayons, on n'y a recours que pour empêcher des souffrances trop vives. Lorsqu'il m'arrive de penser aux douleurs, je les imagine gratinées. Mon goût de la métaphore culinaire. 

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Bribes de mémoire 58. En route vers la Turquie

8 Février 2010, 19:22pm

Publié par Flora

   Nous traversons la Bosnie, la Macédoine yougoslave, régions qui seront dévastées quelques années plus tard par une guerre fratricide... La Grèce nous accueille avec un poste de frontière somnolent et perdu où, seuls voyageurs, nous patientons plusieurs heures en attendant la fin de la sieste du douanier. Sur le plateau aride qui suit la frontière, nous sommes attaqués par une horde de chiens errants, devenus de véritables loups qui nous flanquent une terreur authentique. Nous décidons de passer la nuit dans notre voiture, désormais impossible à fermer et nous optons pour la rue principale et éclairée d'un village. Il fait encore très doux pour une mi-octobre et nous devons laisser nos carreaux (rescapés) entrouverts pour respirer. Mais c'est sans compter avec les attaques inlassables des meutes de moustiques gros comme des éléphants... et j'exagère à peine ! Vers 3 heures du matin, de guerre lasse, nous reprenons la route car les habitants du village sont encore en pleine fête, histoire de rattraper les heures de sieste perdues...
   Ėreintés, nous abordons la Turquie et les quelques centaines de kilomètres de sa partie européenne qui mènent à Istanbul.
   La première vague d'enthousiasme de pouvoir repartir à l'aventure et d'échapper à l'étouffement libournais passée, j'attends la découverte de la Turquie avec des sentiments mitigés. Il faut savoir que dans l'imaginaire hongrois, le Turc occupe une place particulière : même les contes et les comptines pour enfants le présentent comme le méchant, équivalent de l'ogre ou du grand méchant loup ! Je me souviens de la mine catastrophée de ma mère à la nouvelle de notre départ pour la Turquie...
   La raison en est 150 ans de l'histoire de la Hongrie entre le 16e et la fin du 17e siècles : les grandes manoeuvres successives de l'empire ottoman vers l'Europe et la Hongrie comme dernier bastion chrétien qui prend les coups de boutoir turc. En 1526, la bataille de Mohács, titre de gloire de Soliman le Magnifique, sonne le glas du royaume de Hongrie, désormais partagé entre les Habsbourg et la Sublime Porte... Les Turcs dévastent le pays, enlèvent des enfants qui deviendront janissaires ou peupleront les harems, les seigneurs hongrois auront le choix de devenir Turcs et dignitaires ottomans ou moisir en prison (je me souviens de mon émotion à la visite des ruines de
Yedikule, célèbre prison de mes lectures qui a bu tant de larmes de prisonniers hongrois...) Signe évocateur : à Budapest, il existe une rue "du Fléau turc" (Törökvész utca), tandis qu'à Istanbul, je tombe sur la rue "des Frères hongrois" (Macar Kardeşler Caddesi). On n'avait pas vécu la même histoire ou les Turcs n'étaient pas rancuniers... Les six années de notre séjour et de nombreux voyages écumant tout le pays me font tomber sous le charme de ce vaste pays et de ses habitants chaleureux et accueillants. Le charme continue à opérer vingt ans après, et je garde une profonde et indélébile nostalgie pour la Turquie où je me sentais chez moi...   
    

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Chevelure * sanguine

6 Février 2010, 09:21am

Publié par Flora

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Attila József (1905-1937) : Rosée (Harmatocska)

4 Février 2010, 10:32am

Publié par Flora

   Après des pages oppressantes de ces derniers temps, sur mon blog, tournant involontairement autour du thème de la mort (le suicide de R. Kriszta y est sûrement pour quelque chose : il fallait apprivoiser, évacuer le chagrin...), j'ai envie d'une petite respiration -  et mes fidèles lecteurs aussi, je suppose !
  Je publie un poème de Attila József qui savait être lyrique, aussi bien que grave, la plupart du temps. Parmi plusieurs traductions existantes, je vous livre ici deux versions de la traduction d'un même poème, ainsi que l'originale, pour ceux qui peuvent les comparer. Cela illustre aussi les énormes difficultés de la traduction dans le domaine de la poésie. Aussi réussie que soit la traduction, le poème y échappe...

 
ROSÉE
Un framboisier accroupi
Se balance et, sur la branche,
En boule dort à demi
Un papier gras qui se penche.


Soir de perle, doux tableau,
Les feuillages s'entrelacent ;
Avec la brume plus haut,
Mon chant tremble dans l'espace.

Bourdonnant comme le pré,
J'ai travaillé sans relâche.
Que le ciel est donc léger !
L'atelier sombre à la tâche.

Je suis las, un peu béat,
Ou bon seulement peut-être.
Je bats comme l'herbe bat,
L'étoile qui vient de naître.
1929              
Adaptation : Guillevic



ROSÉE
Accroupi, se balance
Un framboisier. Sur lui,
Un papier gras poursuit
Sa douce somnolence.

Feuillages s'enlaçant !
Beau soir de perle fine !
Brume sur la colline
Où plane aussi mon chant !

Bourdon dans la prairie,
Sans trève j'ai trimé.
Que le ciel est léger
Sur ma forge assombrie !

Je suis las, un peu sot...
-  Ou bon, que vous en semble ?  -
Comme l'herbe je tremble
Et l'étoile, là-haut...
                    
Adaptation : Jean Rousselot


HARMATOCSKA

Guggolva ringadoz
a málnatő, meleg
karján buggyos, zsiros 
papiros szendereg.

Lágy a táj, gyöngy az est ;
tömött, fonott falomb.
Hegyek párája rezg
a halmokon s dalom.

Hát dolgoztam hiven,
zümmögve, mint a rét.
Milyen könnyű a menny !
A műhely már sötét.

Fáradt meg együgyű,
vagy tán csak jó vagyok
s reszketek, mint a fű
és mint a csillagok.
 



 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 12.

3 Février 2010, 10:32am

Publié par Flora

   La rentrée approche. Est-ce que mes étudiants vont me trouver changé ? Est-ce que la mort se lit sur mon visage ? On devrait peindre en bleu les gens appelés à succomber dans l'année. Ce serait le signe qu'il ne faut pas les approcher. A quoi bon nouer des relations avec une personne qui ne sera plus ? A quoi bon entamer une thèse avec un professeur qui n'en verra pas la fin ? A quoi bon disserter sur le big bang avec celui qui tombe dans un trou noir ?
   Autre avantage, en ce monde d'euphémismes, d'accidents de la vie, de personnes de petite taille, l'affreux mot d'agonie serait enfin banni. On parlerait de "période bleue".
   Je romps les ponts, l'un après l'autre. Je deviens schtroumpf. Voisins, amis, collègues apprennent la nouvelle, sans que je l'aie voulu. Peur de la maladie, pudeur ou réticences, la plupart s'abstiendront de me rendre visite. Je ne suis pas certain qu'Edouard l'ait deviné. Trop de projets l'accaparent : obtenir que l'université finance son déplacement à Miami pour un colloque en bord de plage, faire inscrire son nom en gras sur la couverture d'un opuscule où il a rédigé une contribution que quatre personnes liront, guider Estelle et ses yeux bleus à travers "la dialectique du rationnel et de l'irrationnel", passer des heures au téléphone à me parler du seul sujet qui vaille : lui-même.

    
Sa dernière histoire de voyage temporel est empruntée à un écrivain mineur, Cyril Kornblut, j'ai retenu le nom, il l'a répété treize fois. W. J. Born, un homme d'affaire américain, rêve d'une méthode infaillible pour détecter en Bourse les actions prometteuses. Il fait construire par un savant une machine à voyager dans l'avenir. Son premier essai le propulse deux ans plus tard. Une violente crise économique ravage la planète ; elle a pour origine un krach boursier. De retour au présent, W. J. Born s'empresse de vendre l'ensemble de ses actions. Cette décision déclenche la crise...
   Ce maladroit me donne des idées. Je me projette dans l'avenir, un saut de puce, six ou sept mois. Je découvre, effaré, que je suis mort dans des souffrances horribles. Pour prévenir le drame, je retourne au présent ; je me suicide... 

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In memoriam Rády Krisztina...

31 Janvier 2010, 20:06pm

Publié par Flora

Krisztina RadyJe ne suis pas une habituée de Paris Match, pas même dans les salles d'attente de dentistes ou sous les ciseaux d'un coiffeur. Tout en assumant sereinement ma dose de futilités qui m'incitent, de temps en temps, à quitter les pages savantes ou poétiques, pour m'abîmer dans un Marie Claire ou une revue de déco pour une bouffée de légèreté, une page de prévisions planétaires auxquelles je ne crois pas du tout, mais qui me redonnent la pêche si elles sont favorables !... Mais Paris Match me rebute par sa soif du sensationnel qui transforme le malheur en scoop, flattant notre voyeurisme malsain... même s'il y a pire sur le marché.
   Ces quinze derniers jours, je l'ai acheté deux fois. Quelque chose que je m'explique mal, m'attire irrésistiblement vers ces pages, même si, j'en suis certaine, elles ne m'apprendront pas davantage mais me rapprocheront d'elle.
   Qui connaît le nom de Krisztina Rády ? Et si je dis qu'elle est (était) la femme de Bertrand Cantat et la mère de leurs enfants ? Le dimanche 10 janvier, elle s'est pendue dans leur maison de Bordeaux, juste au-dessus de la chambre où son mari était en train de faire la sieste. Elle avait 41 ans.
  
Le suicide est un geste tragique qui nous surprend toujours et nous culpabilise par son mystère. Il se commet dans une extrême solitude, que l'on soit entouré ou abandonné. Appel au secours ou acte de désespoir sans retour. J'ai toujours refusé de le qualifier de "lâcheté", à l'instar de certains moralisateurs. Même si la vie est difficilement supportable, il faut une dose de courage hors du commun pour accomplir ce saut dans le vide absolu.
   Krisztina Rády était Hongroise. Elle a choisi la double nationalité, tout comme moi, par fidélité. On ne peut pas renier sa famille, une bonne partie de sa vie. Elle a adopté la France comme la France l'a adoptée. Elle a oeuvré sans relâche pour le rapprochement, la découverte mutuelle des deux cultures, en organisant des festivals de musique, en traduisant et adaptant des oeuvres. Elle était admirable d'énergie déployée, de talent à rapprocher les gens, d'un sens inné de contact chaleureux et stimulant.
   Je ne veux pas m'étendre sur le coup de foudre qui a éloigné son mari ni sur le drame de Vilnius, sur son statut d'icône de la femme bafouée qui soutient son mari avec une dignité sans faille. C'est la façade pour le monde extérieur avide de sensations qui ne doit pas se repaître des détails intimes. J'ai lu la postface à la traduction hongroise faite par elle, de Persepolis de Marjane Satrapi. Son portrait écorché et enthousiaste transparaît à travers les lignes et l'acte du désespoir ultime devient moins opaque...

   Bizarrement, la première chose qui m'était venue à l'esprit au choc de la nouvelle : en Hongrie, championne du suicide, la méthode favorite reste la pendaison...
 

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Bribes de mémoire 57. A travers la Yougoslavie en 1984...

30 Janvier 2010, 16:44pm

Publié par Flora

   Une amie me dit un jour : "Moi, je serais incapable de m'en aller à l'aventure, sans pouvoir retrouver mon lit, mon oreiller habituels le soir!" Quant à nous, eh bien, nous n'attendons que le moment de briser la routine !
   Une grande partie de nos affaires dont les meubles, repart vers Laon, tandis qu'un container prend la route par camion en direction d'Istanbul. Nous trois, nous attendons le feu vert du Ministère des Affaires Etrangères à Laon. Notre fils doit rentrer en CE1 et Gilbert au Lycée Galatasaray. Ma tâche sera de trouver un logement et de m'occuper des formalités dans un pays inconnu, sans parler un traître mot de sa langue. Au lieu de nous déstabiliser, ces incertitudes nous remplissent d'une agréable excitation, nous sommes contents de fermer la parenthèse libournaise et de repartir à l'aventure !
   Notre voiture est bourrée de valises : le déménagement peut mettre des semaines à nous parvenir et il faut assurer la rentrée ainsi que l'arrivée de l'automne. Sans parler des médicaments pour l'année et les cadeaux de Noël de notre fils avancés par la famille et son cartable flambant neuf. Quelques affaires auxquelles nous tenons trop pour les risquer dans un déménagement.
   Nous traversons l'Allemagne, l'Autriche et, sans toucher la Hongrie, nous bifurquons vers la Yougoslavie, encore en entier mais au bord de la faillite  -  nous sommes en 1984... Après la Slovénie, petite annexe verdoyante de l'Autriche voisine, nous longeons la Croatie, la Serbie, sur des "autoroutes" en construction, à voie unique dont il ne fonctionne que les cabines de péage... Le soir, veille de mon anniversaire, exténués, nous atterrissons dans un grand hôtel sur les hauteurs de Belgrad. Nous laissons notre voiture sur le parking éclairé, bien en vue, veillé par un gardien qui exhibe son arme pour nous rassurer. Impossible de tout vider, nous prenons juste le nécessaire pour la nuit. Vers 2 heures du matin, c'est ledit gardien qui nous tire d'un sommeil de plomb : notre voiture a été cambriolée, carreau avant gauche brisé et nos affaires disparues ! Le lendemain, ma sommaire compréhension du serbo-croite aidant, nous passons la journée à errer dans Belgrad pour porter plainte au commissariat, pour déposer la plainte à la délégation de la MAIF, après avoir déniché une traductrice assermentée et enfin, pour trouver une bâche en plastique afin de camoufler le trou béant à la place du carreau. Le gardien nous accompagne avec zèle  -  il nous offre même la bâche  -;  nous sommes persuadés de sa complicité avec les voleurs : plusieurs indices vont dans ce sens. Nous sommes sonnés, exténués, sales et nous n'avons pas le temps de nous attarder plus d'une journée. Le soir même, ainsi rafistolés, nous prenons la route vers la Macédoine grecque.
la suite suivra... 

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