Le blog de Flora

La belle Mexicaine (vieille sanguine...)

31 Août 2009, 13:15pm

Publié par Flora

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"Atterrissage"...

30 Août 2009, 21:52pm

Publié par Flora

   Juste quelques mots avant de retrouver un calme relatif, inhabituel depuis plus d'un mois. Le puzzle  évoqué dans mon précédent billet a été sensiblement secoué...
 
    C'est toujours assez violent de retourner sur les lieux de mon enfance et de mon adolescence que j'ai quittés à l'âge de 26 ans. Mon décor s'effrite, ses figures ont disparu ou sont sur le point de le faire, inexorablement comme la vie elle-même. La mienne aussi... Les repères anciens se dissimulent pour vous surprendre au détour d'une rue, au parfum d'un acacia gorgé de l'été. La Tisza s'est amincie, ce n'est plus la rivière intimidante de mon enfance, pleine de dangers sournois. Il n'y a que la chaleur (39° à l'ombre) qui reste fidèle pour écraser ma moitié française assimilée...

    A chaque fois, l'envie surgit d'assumer cette confrontation seule. Tout élément ou toute personne me détournant de ce pélerinage solitaire rompent le lien que je tente de renouer péniblement. Le voyage devient passage et manque son but. Comme quand on se rend sur la tombe d'un être cher : pour réaliser la communion en pensée, il est détestable de se faire accompagner et de se distraire d'un bavardage intrus.

    Sans doute, me sentirais-je davantage "chez moi" à présent ici, dans ce Nord chaleureux et accueillant, discret et exubérant à la fois où je me suis créé désormais un nouvel équilibre, solitaire et entourée comme je le souhaite. Un mimétisme subtil est en train de s'opérer...

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Vacances * Nyári szünet

8 Août 2009, 14:47pm

Publié par Flora





Quand la presse française parle de marronniers, en Hongrie on récolte des concombres  (uborkaszezon)...
C'est ce qui semble régner dans la blogosphère où nombre de mes sites préférés semblent désertés pour des plages ensoleillées, des montagnes majestueuses ou d'autres dépaysements !
 
A mon tour, je prends le large pour quelque temps,
afin de revenir rechargée d'émotions, de fatigue et d'un regard renouvelé.

Je vous souhaite, à tous, partis ou non, un bel été ensoleillé !

... et je me souhaite vous retrouver à la rentrée !

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Axe vertical, verticalité

6 Août 2009, 13:35pm

Publié par Flora

   Parfois, je ressens un besoin impérieux de "me rassembler autour de mon axe vertical" selon l'image mentale créée dans ma tête. Ayant alors l'impression d'être un tableau en puzzle que l'on aurait secoué pour en éparpiller les pièces et que la tâche me reviendrait de les rassembler encore et encore, de les aimanter autour d'un point névralgique pour que cela représente de nouveau quelque chose d'intelligible... Quelque chose sur lequel j'aurais un regard, un semblant de contrôle.

   Mon axe vertical... Je me suis souvent demandé pourquoi cette aspiration de toutes les spiritualités vers le haut, pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel, pourquoi cherche-t-on les représentations dépassant notre matérialité dans l'infini au-dessus de nos têtes ? Est-ce que nous voulons nous libérer de la gravité nous clouant au sol, est-ce que nous désirons inconsciemment nous échapper à l'enfouissement sous terre que représente la mort ? Le rêve d'Icare a été une irrépressible envie  de quitter la pesanteur et de s'évader dans l'infini... Echapper à notre condition d'humain, avec ses dates butoirs entre naissance et mort, avec une existence, peu exaltante pour beaucoup, remplissant ce champ. D'où le geste de chercher l'évasion  vers le haut, symbole de l'infini insondable que l'on peut, du coup, peupler de tous nos désirs et de nos fantasmes compensatoires !

   Ce geste est devenu instinctif et de l'instinctif  -  symbolique. La lumière du jour vient du ciel et cette lumière se charge petit à petit d'espoir dissipant les ténèbres où tous les maux peuvent nous surprendre. Lumière bienfaisante, symbole du divin dont on espère la miséricorde. Symbole du savoir aussi, dissipant les ténèbres de l'ignorance... 

   Les mythes nous apprennent l'aspiration de l'humain vers les connaissances qui lui feraient quitter sa condition initiale. Mais ils nous apprennent aussi la prudence : les sanctions divines pleuvent sur la tête du téméraire qui tente l'aventure. Icare se brûle les ailes et chute, Adam regrettera sa curiosité jusqu'à la fin de ses jours... devenant mortel...

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János Pilinszky * Trapèze et barres

2 Août 2009, 21:30pm

Publié par Flora

Trapéz és korlát                                                             Trapèze et barres

Sötéten hátat forditasz,                                                  Tu te détournes de moi, l'air sombre ;
kisikló homlokodra                                                          Au front glissant que tes cheveux voilent
a csillagöves éjszakát                                                    J'essaie en vain de tresser dans l'ombre
kezem hiába fonja.                                                          La nuit avec ses rubans d'étoiles.
Nyakad köré ezüst pihék                                                Les papillons d'argent des duvets
szelíd pilléi gyűlnek,                                                        Tremblent ensemble autour de ton cou ;
bizalmasan belém tapadsz,                                          Contre le mien, ton corps s'est pressé ;
nevetsz, - vadúl megütlek!                                              Tu ris. Je te frappe comme un fou.

Sugárzó párkányon futunk,                                             Le long d'un parapet radieux,
elgáncsolom a lábad,                                                     Je te fais choir dans ta course agile ;
fölugrasz és szemembe kapsz,                                    Et d'un sursaut tu griffes mes yeux,
sebezhetetlen állat!                                                         Tu m'as meurtri, ma bête indocile.
Elszűkül arcod, hátra buksz,                                          Je vois s'enfuir ton étroit visage,
vadul zuhanni kezdesz,                                                    Tu te renverses, tu rebondis,
az éjszaka trapézain                                                         Volant plus haut, fuyant davantage
röpűlsz tovább, emelkedsz                                             Sur les trapèzes d'or de la nuit.

a rebbenő való fölé!                                                          Au-dessus du réel qui oscille,
Kegyetlen, néma torna,                                                    Le cruel et muet exercice !                                                   
mégcsak nem is kiálthatok,                                            Je réprime les cris inutiles
követlek szívdobogva,                                                       Et te suis, tremblant de ce supplice
merészen ellököm magam,                                           Je m'élance alors et te saisis,
megkaplak és ledoblak,                                                  Hardiment, je te fais retomber ;
elterülünk hálóiban                                                           Nous glissons tous deux dans les filets
a rengő csillagoknak!                                                       Vacillants des astres de la nuit.

Most kényszerítlek, válaszolj,                                           Maintenant, je te force à répondre.
mióta tart e hajsza?                                                           Depuis quand la poursuite insensée,
Megalvadt szememben az éj.                                          Dans la nuit où mes yeux vont se fondre ?
Ki kezdte és akarta?                                                          Qui la veut et qui l'a commencée ?
Mi lesz velem, s mi lesz veled?                                       Quel sera notre sort éternel ?
Vigasztalan szeretlek!                                                        Mon amour crie désespérément :
Ülünk az ég korlátain,                                                        Nous voici sur les barres du ciel
mint elitélt fegyencek.                                                        Deux forçats voués aux longs tourments.

(1943)                                                                                  

traduction : Anne-Marie de Backer

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Oeuvre de Gilbert * "A" (inédit)

30 Juillet 2009, 15:26pm

Publié par Flora

                                                                                                   Ce livre tout entier n'est qu'une esquisse. Même pas !
                                                                                                    Rien que l'esquisse d'une esquisse
.
                                                                                                                       Herman Melville
,    Moby Dick

   A l'origine de l'oeuvre, une paresse du cou. Au lieu de tourner la tête vers la fenêtre, d'apercevoir la femme, l'épagneul de sa vie, Fabrice Sorel lève les yeux vers le Littré, un mouvement que les biographes, les universitaires de tous pays n'en finissent pas de commenter.
   Certains critiques évoquent une nuit de débauche, une digestion difficile. On parle d'une mouche ou d'un moustique posté sur le dictionnaire ; d'autres plaident pour un courant d'air ; un professeur de l'Ecole Normale supérieure centre son analyse sur le craquement d'une étagère, celle qui soutenait la collection complète du "Miroir des Sports" ; on glose sur le déterminisme et la coïncidence ; on se réfère à l'éducation : si la folie des mots s'empare de Fabrice Sorel, en ce 19 mai 1967on père enseigne la littérature à l'université d'Orléans, que sa mère, ophtalmologue, fait défiler des lettres sous le regard de ses patients.
   Qui croire ? Dans Les Mots : Mosaïque, le principal intéressé commente la scène à sa façon, humoristique, énigmatique :

          Les tomes du Littré sont au nombre de sept. Couleurs de l'arc-en-ciel. Nains. Notes sur la gamme. Péchés capitaux. Jours de la semaine Sept contre Thèbes. Samouraïs Mercenaires. Suis-je Blanche Neige ou Polynice, gourmandise ou luxure, do, mi, sol, indigo ?

    Les romans d'Adam Eve comportent sept chapitres, chaque recueil quatorze nouvelles.[...] 

début d'une nouvelle inédite 

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Portrait de Virginia Woolf * sépia 1998

29 Juillet 2009, 16:54pm

Publié par Flora

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Bribes de mémoire 42. Vieille histoire, coq à l'âne

28 Juillet 2009, 19:39pm

Publié par Flora

   Plein été, période des vacances qui ralentit la vie en France et ouvre une sorte de parenthèse. De rares personnes échouent sur la blogosphère et encore plus rares sont ceux qui laissent un commentaire... Mais, puisqu'on écrit un blog avant tout pour soi-même, n'est-ce pas, disons-nous pour nous consoler ! Et merci à ceux qui s'y arrêtent!
   J'avais décidé, il y a bien longtemps que ces "Bribes de mémoire" sauteraient du coq à l'âne, feraient un pied de nez à la chronologie, m'offrant une liberté aussi complète que possible, pour préserver le plaisir des vagabondages. Cela représentait aussi un habile subterfuge pour dissimuler les trous dans ces oripeaux effilochés : en effet, je me rends compte tous les jours, à quel point ma mémoire devient sélective.  
   Cela permet également d'enjamber certains cadavres, de remettre quelques pelletées sur l'indicible... De dresser un panorama du passé non pas idéalisé mais vrai, avec une vérité dont certains aspects devaient passer dans ces trous... de la mémoire. Je ne suis pas pour l'exhibitionnisme, d'autant que ce passé n'appartient pas qu'à moi. J'ai encore en mémoire la première lecture des Confessions de Rousseau, par endroit m'ayant mise franchement mal à l'aise ! Non pas que j'aurais des secrets lourds à cacher, simplement la lecture rendue publique impose une certaine pudeur et j'ai horreur de ceux qui vous invitent à regarder par le trou de la serrure ! Raconter donc la stricte vérité mais se réserver le droit de trier parmi les souvenirs.
   Pour alléger ces propos et pour passer à tout autre chose (démonstration du coq à l'âne ?), une vieille histoire me revient en mémoire. Je vous dirais que je ne pense pas être une belle-mère possessive, envahissante et qui considérerait la femme de son fils comme une rivale. Ma mère ne m'en a jamais montré l'exemple, ni ma propre belle-mère n'en a donné le sentiment. Cette histoire m'aurait servi à jamais de mise en garde.
   Dans le petit village de mes vacances, il y avait un garçon, de quelques années plus âgé que moi. Selon mon habitude, je le regardais de loin, à la dérobée, pour qu'il ne puisse même pas soupçonner que je le trouvais beau comme un dieu... Une seule fois nous nous sommes rapprochés, dans un bal du village où il m'a invitée à danser et je défaillais de plaisir, sans même lever les yeux sur lui ! Fils unique, il vivait avec sa mère, veuve et qui plaçait tous ses espoirs en lui. Ce garçon était bon élève et on le poussait vers des études supérieures, à quelques 150 km plus loin. Pour la mère, cela semblait sacrifice insurmontable !  Elle s'est donc employée à tous les chantages pour le garder près d'elle. En dernier lieu : "Si tu pars, je saute dans le puits !" (il faut dire qu'à l'époque, c'était beaucoup plus facile, chaque maison étant équipée d'un puits à balancier...) Le garçon n'y a pas cru et il est parti. Aussitôt, la mère a mis sa menace à exécution... La fin de l'histoire ? Beaucoup plus tard, il a épousé son institutrice, de presque vingt ans son aînée et qui ne pouvait plus avoir d'enfant...
la suite suivra...

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Extrait du "Journal" de Miklós Radnóti

26 Juillet 2009, 21:22pm

Publié par Flora


[...] Je n'ai jamais renié ma "judaïté".  Je suis à ce jour "de confession juive" (j'en expliquerai plus tard la raison), mais je ne me sens pas juif, on ne m'a pas donné d'éducation religieuse, je n'en ressens pas le besoin, je ne la pratique pas, je considère comme une idiotie la race, le sang, les racines et la mélancolie ancestrale frémissant dans les nerfs, et non pas comme déterminant de ma "spiritualité", de mon "émotionnalité" et de ma "poésie". Même du point de vue sociologique, je considère les juifs comme une communauté artificielle. Ce sont mes expériences. Il est possible que ce soit faux mais je le ressens ainsi et je ne pourrais pas vivre dans le mensonge. Ma judaïté est mon "problème vital" car les circonstances l'ont voulu ainsi, comme les lois et le monde alentour. C'est un problème malgré moi. Autrement, je suis un poète hongrois, j'ai énuméré les membres de ma famille et je m'en fiche de ce qu'en pense le premier ministre de tous les temps. On peut me renier ou m'accepter, ma "nation" ne me lance pas, en me balayant de l'étagère des bibliothèques : fous le camp, sale juif; les paysages de mon pays s'ouvrent devant moi, les ronces ne m'agrippent pas plus qu'un autre, l'arbre ne se hausse pas sur la pointe des pieds pour que je ne puisse pas attraper ses fruits. S'il m'arrivait pareille expérience  -  je me tuerais car je ne peux vivre autrement, ni croire ou penser autrement.  Je le ressens ainsi à ce jour, en 1942, après trois mois de camp de travail et  quatorze jours de camp punitif [...], exclu de la vie littéraire où de minuscules écrivaillons qui ne m'arrivent pas à la cheville gigotent dans tous les sens; et moi, paré de mon diplôme d'enseignement tout frais et inutilisable, avec la même perspective pour les jours, les mois et les années à venir. Et si l'on me tue ? Cela n'y changera rien.
[...]

Extrait d'une lettre à Aladár Komlós, 17 mai 1942.  Le poète sera exterminé par des miliciens hongrois zélés qui accompagnent la marche forcée des prisonniers d'un camp de travail.

traduction : R.T.

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Oeuvre de Gilbert * Les cendres de Notre-Dame

24 Juillet 2009, 09:40am

Publié par Flora

         ...à ces vains ornements, je préfère la cendre. ( Racine, Esther )

   Il pleut. Pluie retenue, comme il convient dans cette ville, averse molle qui brouille la vue, nappe les pierres de brume, dissimule, ponce, estompe. Qui est de Laon déteste le tapage, la renommée, le mot plus haut qu'un autre, le détail qui distingue et pourrait, sans contrôle, attirer le badaud. Aucune pancarte sur l'autoroute. Quel touriste devinerait la cathédrale et les églises, les remparts et les portes, les manuscrits enluminés, les souterrains, les ruelles médiévales ? S'il existait un moyen d'araser la colline, d'empêcher qu'elle émerge au plus loin de la plaine, les Laonnois l'appliqueraient. A défaut, ils s'en remettent au climat : brouillard, bruine, ciels en deuil, nuages appliquent un masque humide sur les vestiges glorieux, gomment la grandeur passée, temps lointain où la cité était capitale du royaume carolingien. A Laon, on prie pour que la planète ne se réchauffe pas trop vite...
   Benoîte a refusé de m'accompagner : 
   - J'ai le vertige, tu le sais. Je reste dans la voiture.
   - Tu vas t'ennuyer, prendre froid.
   - Mon manteau et un bon livre, je ne risque rien. Et puis, tu n'en as pas pour deux heures...
   Le vertige est un bon prétexte mais je n'insiste pas. Benoîte, son livre, son manteau me font penser aux décors que le prince Potemkine dressait le long des routes, afin que Catherine II, traversant la Russie, voie un pays de rêve et jamais sa misère, trop intense, trop réelle. Notre misère de couple émane de Lionel. J'aurais pu le rencontrer à l'université ; nous avons fait nos études à Reims, une seule année nous séparait. Jamais, pourtant, je ne l'ai croisé. C'est un hasard tardif qui nous a réunis, un ami commun engagé dans une folle équipée : un triathlon, trois kilomètres de nage en rivière, cent kilomètres de vélo, assortis de deux cols et, pour finir, un marathon. Lionel et moi étions faits pour nous entendre ; Benoîte ironisa bientôt sur notre "coup de foudre", expression ridicule qu'elle ressert à souhait, par ironie facile et plaisir d'écorcher.

début de la nouvelle, publiée aux éditions Les Racines de Papier   2005  illustration : R.T. (détail de la cathédrale de Laon)

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