Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 10.

19 Janvier 2010, 15:23pm

Publié par Flora

   Séverine est moins douée que moi pour les langues étrangères. Les guillemets la rassurent. A la sortie de l'hôpital, elle fait des pirouettes et des sauts périlleux, comme la gymnaste qu'elle fut, dans son enfance. Je pourrais lui montrer qu'elle avance sur un fil, funambule fragile. Je préfère profiter de sa bonne humeur retrouvée, entretenir l'espoir et fêter l'événement dans un salon de thé. Le cancer favorise les relations de couple. J'ai bien fait de ne pas choisir une crise cardiaque.
   Le soir, coup de téléphone d'Edouard. Une heure s'égrène, le double du tarif habituel. Une étudiante aux yeux bleus se passionne pour les paradoxes temporels. Elle propose de consacrer son mémoire de maîtrise à "la dialectique du rationnel et de l'irrationnel dans les récits de voyage dans le temps". Quelques exemples sont déployés. Une machine temporelle tombe en panne au moment du retour. Le chrétien acharné qui l'avait empruntée pour démonter la véracité des Evangiles se fait crucifier à la place de Jésus dont il a découvert qu'il était mongolien...
   Au détour du temps, Edouard m'explique qu'il a souscrit une assurance-vie. L'affaire du siècle que seul un esprit subtil pouvait détecter. Lui qui exige toujours de ses étudiants le mot précis, pourquoi parle-t-il d'assurance-vie ? C'est de mort qu'il s'agit.
   J'ai cherché "myélome" dans mon "Petit Robert". Il n'y est pas. Je ne suis pas malade !
 

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Vieil homme * lavis d'encre

18 Janvier 2010, 10:42am

Publié par Flora

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A quoi sert la littérature?...

17 Janvier 2010, 20:40pm

Publié par Flora

   Le monde est sous le choc des images provenant de Port-au-Prince. Comme si ce bout d'île n'avait pas encore assez souffert, comme s'il était encore et encore puni d'avoir osé déclarer la première république libre d'anciens esclaves... Pendant longtemps, de petits tyrans cruels se succèdent pour exploiter sans fin la profonde misère du peuple, le maintenant dans la terreur de leurs milices parallèles. Et pourtant, cette languette de terre dentelée et accidentée, en bordure de la prospère République Dominicaine qui a su tirer son épingle (touristique) du jeu, est habitée par le peuple le plus créatif de l'espace caribéen et donne nombre de musiciens, de poètes, de peintres et d'écrivains, souvent à l'émigration...
   Dans le numéro 19 de la revue
Hauteurs, paru en mars 2006 et le dernier à avoir été "monté" par Gilbert, nous avons publié un poème de Saint-John Kauss, poète haïtien vivant à Montréal. Cette longue mélopée douloureuse parle de la nostalgie de la terre natale perdue, de la tragique impossibilité d'y vivre et d'en être inconsolable. En voici un court extrait:

  (...) et si belle que fût cette île qui porte couronne de morts de
     de veuves
     et d'orphelins
     je parle de cette terre partisane et quelques arpents de ciel où
     convergent
     à grands pas la liberté et tout ce qui est à recommencer
     je parle de cet océan de nègres qui calculent de craie à l'ardoise
     je parle d'une île impaire abandonnée comme une honte
     je parle de ma terre et plus qu'un simple murmure entouré
     d'oiseaux
     et de chants sauvages (...)


  Le lecteur français connaît bien ne serait-ce que René Depestre ou Dany Laferrière, couronnés tous deux de prestigieux prix littéraires. Il y a quelques jours, dans un entretien, Dany Laferrière évoquait l'extraordinaire créativité du peuple haïtien comme seul rempart permettant de supporter la misère et de rester debout. Cela me fait penser à une phrase que je cite librement : "La littérature ne sert à rien, sauf à aider à vivre"...   
      

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János Pilinszky : LE TROISIEME JOUR

16 Janvier 2010, 11:08am

Publié par Flora

Pour Muriel, en particulier...

Le troisième jour


Grondent les cieux gris cendre, les arbres de Ravensbrück,
C'est le troisième jour.
Et les racines sentent venir la lumière.
Et le vent se lève. Et le monde se met à la jubilation.

Des mercenaires ont pu le tuer,
Son coeur a pu cesser de battre  -
Le troisième jour, il triompha de la mort.

Et resurrexit tertia die.

traduction : T. Gorilovics

 


Harmadnapon

És fölzúgnak a hamuszín egek,
hajnalfele a ravensbrücki fák.
És megérzik a fényt a gyökerek
És szél támad. És fölzeng a világ.

Mert megölhették hitvány zsoldosok,
és megszünhetett dobogni szive -
Harmadnapra legyőzte a halált.
Et resurrexit tertia die.
 

 

 

Ce poème fait partie du recueil dont le précédent était également tiré. Pilinszky, le catholique profond, bouleversé par la visite d'un camp de concentration, sublime le martyre du prisonnier du camp en l'associant à la mort du Christ, lui assurant ainsi l'éternité.

 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 9.

14 Janvier 2010, 18:34pm

Publié par Flora

   Les dix jours prévus pour le résultat de la biopsie sont dépassés. L'attente se prolonge. Séverine s'en accommode. Demain peut-être... Si Dieu est mort, tout est possible, prétend Ivan Karamazov. Je peux violer des religieuses au chocolat, croquer des têtes de nègre, attaquer une banque, regarder TF1, étrangler le médecin blond. Je me contente d'un coup de téléphone à l'hôpital. On me donne rendez-vous pour demain après-midi.
    Et les spéculations reprennent. Je pense que si le résultat était favorable on aurait eu le bon goût de me rassurer tout de suite. Séverine prétend que s'il était urgent d'entamer une chimiothérapie on se presserait de m'hospitaliser. Ariane agrémente son eau de Lourdes de larges rasades de rhum. Elle n'est pas encore rentrée à Reims ; on lui a signalé, du côté de Dijon, un prie-dieu Louis XVI qui valait le détour. Le fantôme de Véronique susurre que je vais mourir dans d'atroces souffrances. Si je comprends sa rancune envers le meurtrier, je refuse de croire que les fantômes existent.
   Et s'il était tout simplement trop tard pour tenter quoi que ce soit ?


La Renaissance et le développement des transports, du commerce, voient naître les horloges de carrosse, fabriquées en laiton, prévues pour résister aux chocs. Le plus souvent de forme cylindrique, d'un diamètre autour de quinze centimètres, d'une hauteur de moins de dix centimètres, elles sonnent les heures.

  
L'attente s'achève en statu quo. Le deuxième prélèvement confirme le premier. Myélome à un "taux" faible. Si les radios, à faire lundi, ne montrent pas de "lésion", on entamera la phase d'attente, avec contrôles réguliers, prises de sang, ponctions ou I.R.M. S'il y a "lésion", une chimiothérapie tentera de détruire un maximum de cellules malignes. "L'hématologue" ne peut pas affirmer qu'elles seront toutes éliminées et que la "maladie" ne renaîtra pas "ailleurs". Qui a dit métastases ? Sûrement pas Blondinet. Tout son vocabulaire porte des guillemets. Quand il énonce "patient", je traduis : cadavre en devenir.  

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BOSNIA * lavis d'encre

13 Janvier 2010, 16:36pm

Publié par Flora

Bosnia.jpgCe dessin date du temps de la guerre de Bosnie. Les images des colonnes de réfugiés misérables, traînant les quelques objets ramassés à la hâte (que peut-on emporter de toute une vie?...) m'ont bouleversée : j'avais l'impression que ça se passait chez moi, là-bas; mêmes maisons, mêmes têtes, mêmes habits...

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Bribes de mémoire 55. Le lycée Franco-allemand de Berlin-ouest

11 Janvier 2010, 19:58pm

Publié par Flora

  Gilbert travaille dans le centre de Berlin-Ouest, au Lycée Franco-allemand qui réunit des élèves allemands (triés sur le volet) et français qui suivent leurs programmes respectifs et un tronc commun. Ils passent le bac français et l'Abitur (éventuellement les deux). Le corps enseignant est composé d'Allemands francophones et de Français en poste ou recrutés locaux. Les cours ont lieu selon le système allemand (et en Hongrie aussi, au demeurant) seulement le matin, l'après-midi étant réservé au sport, théâtre, photo, musique ou autres occupations facultatives. Les salles de classe sont moquettées, la sonnerie est une mélodie suave pour éviter la stridence traumatisante pour les élèves qui peuvent prendre l'ascenseur entre les étages. Chaque cours est suivi de 10 minutes de récréation que les élèves passent affalés sur les moquettes du couloir. L'ambiance est plutôt détendue et certains garçons tricotent en plein cours, ce qui ne les empêche pas d'être extrêmement brillants !
   Le lycée possède une salle de théâtre avec des rangées de fauteuils escamotables sous la scène pour pouvoir la transformer en salle d'examens. Gilbert y fait ses débuts d'acteur et de metteur en scène et les poursuit dans une troupe d'Istanbul.
   Les élèves allemands sont procéduriers à l'extrême : ils connaissent les longs volets des règlements (surtout ceux concernant leurs droits) par coeur et sont capables de les réclamer à la virgule près. La température descend au-dessous d'un certain degré stipulé dans le règlement : c'est
Kaltefrei (congé pour cause de température trop basse) et inversement, il existe un Hitzefrei  pour les degrés en trop ! Les notes ne doivent pas s'écarter de la moyenne de plus ou de moins d'une certaine note, sous peine de tout refaire : soit le professeur a insuffisamment préparé les élèves, soit il a été trop indulgent... La différence des tempéraments entre les deux communautés s'avère chaque jour : les collègues allemands regardent en sourcillant la joyeuse pagaille instaurée par les Français dans la salle des profs, tandis que ceux-ci considèrent les Allemands totalement dénués d'humour... Cela n'empêche pas des mariages mixtes.
   C'est Karajan qui dirige le légendaire Orchestre Philharmonique de Berlin de l'époque. Le Sénat allemand subventionne très fortement la vie culturelle de l'enclave afin que les gens se sentent moins étouffés. Nous ne manquons pas les somptueux concerts ni l'Opéra, à la portée même des étudiants désargentés, sans parler du passage d'Ella Fitzgerald, d'Oscar Peterson, de Memphis Slim, de Ray Charles, de Théodorakis, etc...

la suite suivra...  

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János Pilinszky : La passion de Ravensbrück

9 Janvier 2010, 11:20am

Publié par Flora

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LA PASSION DE RAVENSBRÜCK

Il sort du rang.
Dans un carré de silence il s'arrête.
Comme une image projeté vacillent
Une casaque, une tête de forçat.

Il est effroyablement seul,
On voit les pores de sa peau :
De ce qui est lui tout est immense,
De ce qui est lui tout est minuscule.

Et c'est tout, pour le reste,
Ce fut tout simplement ceci :
Il oublia de crier
Avant de tomber à terre.


traduction : T. Gorilovics 

 

Ravensbrücki passió

 

Kilép a többiek közűl,
megáll a kockacsendben,
mint vetitett kép hunyorog
rabruha és fegyencfej.

Félelmetesen maga van,
a pórusait látni,
mindene olyan óriás,
mindene oly parányi.

És nincs tovább. A többi már,
a többi annyi volt csak,
elfelejtett kiáltani
mielőtt földre roskadt.


Pilinszky, poète et ardent catholique a été profondément marqué par la visite d'un camp de concentration après la guerre. Toute une série de poèmes en témoignent.

 

 

 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 8.

7 Janvier 2010, 11:42am

Publié par Flora

   Propriétaire d'un appartement dans le cinquième arrondissement de Paris, près de la Sorbonne où il enseignait, et d'une maison à Laon, héritée d'un grand-père, Philibert Tique aimait détecter dans cette double vie une tendance schizophrène : capitale et province, passé familial et présent sans racines. La vérité s'avérait plus banale. Ses études l'avaient éloigné de Laon, petite ville sans université dont il méprisait les élites bourgeoises pour leur manque d'ambition et leur repli sur un passé glorieux, cathédrale et remparts, chapelle des Templiers, souterrains du Moyen Âge...
    Jamais il ne serait revenu à Laon si, à la mort de son grand-père, Séverine n'avait été séduite par la ville médiévale et par la maison, un ancien café aux abords de Notre-Dame. Philibert Tique avait cédé. Il ne regrettait pas de passer sur la colline ses longs mois de vacances. De cette maison inscrite dans sa mémoire, il avait fait un lieu d'espoir : elle abritait son jardin secret, ses travaux clandestins sur le temps qu'il espérait voir déboucher, au moment de la retraite, sur une publication. Il n'avait pas prévu l'arrivée d'Armstrong 3.


*

  Aujourd'hui, vendredi 13. Un mauvais jour, des ribambelles de naïfs vous le diront, eux qui conjurent le sort par des brassées de trèfles, de fers à cheval, des pompons de marins, des doigts croisés, d'autres méthodes stupides. Qu'est-ce qui m'attend si le mauvais sort s'acharne ? Un ongle incarné ? Un rhume des foins ? D'autres crédules prétendent que le vendredi 13 est favorable. Sûrs de bâtir une fortune, ils grattent des morpions, des millionnaires, avec une frénésie aussi désolante que la blancheur de Michael Jackson.
   Ariane m'a téléphoné. Après quelques détours dans des villages reculés d'Espagne, à la recherche d'antiquités, elle est arrivée à Lourdes, ingurgite l'eau bénite comme autrefois l'alcool. La source va tarir... A l'hôtel, une vieille femme lui a parlé de son myélome, en attente depuis des années. Une bonne maladie... D'après Ariane, cette rencontre n'est pas une coïncidence mais un signe divin. Un miracle à coup sûr. Ses genoux saignent. Est-ce que des rotules écorchées un vendredi 13 portent chance ?
Non pas une  figuration de ce clocher, ce clocher lui-même, qui, mettant ainsi sous mes yeux la distance des lieux et des années était venu, au milieu de la lumineuse verdure et d'un tout autre ton, si sombre qu'il paraissait presque seulement dessiné, s'inscrire dans le carreau de ma fenêtre. 

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Illustration (encre et pierre noire) pour un conte fantastique

5 Janvier 2010, 16:08pm

Publié par Flora

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