Le blog de Flora

L'hymne national de la Hongrie * Magyar himnusz

26 Septembre 2009, 10:08am

Publié par Flora

  Lors des événements solennels, à la radio et plus tard à la télé ou dans la "vraie vie", j'ai souvent entendu et même chanté l'hymne national, jamais galvaudé. Ce qui reste cependant le souvenir le plus vif de mon enfance, c'est le moment après le douzième coup de minuit annonçant la nouvelle année qui commence immanquablement par l'hymne, sur fond du drapeau rouge-blanc-vert flottant sur l'écran de la télé  -  et toute la famille l'écoute debout!
 L'auteur de son texte en huit strophes est Ferenc Kölcsey (1790-1838) en 1823. Sa musique date de 1844, composée par Ferenc Erkel. Même le régime stalinien, férocement anticlérical, n'a réussi à changer son statut d'hymne national. On chante habituellement la première strophe.                                                   
                                                
                                                      

Isten, áldd meg a magyart                                                 Bénis le Hongrois, ô Seigneur,
Jó kedvvel, böséggel,                                                       Fais qu'il soit heureux et prospère,
Nyùjts feléje védö kart                                                    Tends vers lui ton bras protecteur
Ha küzd ellenséggel,                                                         Quand il affronte l'adversaire !
Balsors akit régen tép                                                       Donne à qui fut logtemps broyé
Hozz rá vig esztendöt,                                                      Des jours paisibles et sans peine ; 
Megbünhödte már e nép                                                     Ce peuple a largement payé
A mùltat s jövendöt !                                                          Pour les temps passés ou qui

                                                                                           viennent.
                                                                                                                 trad. Jean Rousselot 

 

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Oeuvre de Gilbert * Marathon

24 Septembre 2009, 14:43pm

Publié par Flora

[...] Pendant quelques secondes, dans un arrachement de tous les muscles, il regagnait un peu de terrain sur le barbu. L'instant d'après, il renonçait à le rejoindre, comme si le maillot jaune et mauve avait été cause de tout. La fatigue lui brouillait l'esprit, il en était conscient, mais pas au point d'endormir sa frayeur. A la sortie d'un virage, deux nouvelles victimes l'attendaient, un homme et une femme, une tenue vert-pomme déchirée dans le milieu du dos et une blanche, dépourvue de souillures, la balle ayant percuté la nuque et emporté le sommet de la tête. Un peu plus loin, ils étaient trois, puis deux encore, dont un enfant, atteint en plein visage.
    Arnaud ignora autant que possible ces corps meurtris, ainsi que les suivants, litanie multicolore couchée dans les flaques d'eau. Dans son slalom, il s'épongeait le front, consultait frénétiquement sa montre, curieusement devenue rouge, multipliait les hypothèses. Alors qu'il s'époumonait depuis près de cinq heures, Villesous refusait d'apparaître à l'horizon. Le halètement avait repris derrière son dos et le martèlement des semelles sur le sol, bruit amplifié, démesuré, comme si tous les gisants se relevaient à son passage afin de le poursuivre...
    La banderole surmontait la chaussée, au bout de la ligne droite, une improbable banderole qui aurait dû être tendue sur la grand-place, en face de la mairie ou de l'école, et qui s'agitait en plein vent, dans le paysage rouge de l'affiche. A quelques mètres de la toile, les rayures mauves oscillaient d'un talus à l'autre, incapables de maintenir le cap ou signifiant par ces détours qu'elles repoussaient Arnaud hors des délais. Soudain, le mouvement se suspendit, frappé d'une impuissance subite. Le corps massif se recroquevillait, se désarticulait. Il s'écroula, privé de barbe ainsi que de mâchoire.
   Au passage de la ligne, Arnaud pencha le buste, à la manière d'un spécialiste du cent mètres. Ses jambes refusaient de le porter. Il se trouva emporté dans une culbute, atterrit avec lourdeur au pied d'une balustrade. Des bras surgis de nulle part le relevèrent, sous les applaudissements d'une foule invisible, le juchèrent sur le podium où glapissait le grand homme brun. La coupe du vainqueur brillait entre ses mains et, dans le miroitement du métal, Monique pleurait de joie, un fusil à la main.
fin de la nouvelle "Le marathon" in "Petites tombes en viager"  éditions Quorum  1998  illustration : T.R.

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Délicieux Willy Ronis : un photographe humaniste

23 Septembre 2009, 17:34pm

Publié par Flora

Françoise  -  Gordes   1958

"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre"   -  pourrions-nous appliquer ce vers de Beaudelaire, avec Sollers, aux photos de nu de Willy Ronis, éternel jeune homme qui vient de nous quitter à 99 ans. Ses femmes nues deviennent lumineuses dans son regard et nous ne pouvons que nous laisser emporter par cette vague d'émotion, de sérénité et de tranquille simplicité. Elles ne posent pas : elles se laissent vivre. Willy Ronis nous transmet son émerveillement du quotidien, sublimé par son regard...   

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Nana * sanguine (1999)

21 Septembre 2009, 19:02pm

Publié par Flora

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Bribes de mémoire 44. Débarquer à Leningrad (janvier 1971)

20 Septembre 2009, 20:52pm

Publié par Flora

   Un an est passé depuis ma photo d'étudiante moscovite... Mes cheveux ont poussé. Je suis à Leningrad pour six mois, à l'Institut Pédagogique Herzen, derrière Nevski Prospekt. En effet, le système a été modifié depuis l'année d'avant : on n'envoie plus en stage linguistique d'un an les étudiants en russe de la quatrième année, mais ceux de la cinquième et pour six mois seulement. Ainsi, à cheval sur les deux régimes (non obligatoires), je profite des deux. Ma nostalgie pour la Russie et pour la vie d'étudiant pleine d'aventures insolites et de dépaysement est trop grande pour refuser une telle opportunité.
   Nous débarquons, après une escale à Moscou qui nous fend le coeur, dans l'hiver inhospitalier sur la Neva. Mon journal témoigne des premières semaines difficiles où je n'ai qu'une envie, c'est de retourner dans la chaleur  moscovite ! Je ne peux même pas imaginer d'aimer un jour cette ville froide, à l'atmosphère humide et au vent pénétrant. La température est loin des - 30° de Moscou, mais le vent gorgé d'humidité rend l'air beaucoup plus glacial. Ville hautaine dans la prétention de ses marbres, de ses palais surgis des marécages de l'estuaire de la Neva, par la volonté de son tzar, personnage hors du commun et fascinant, Pierre le Grand. La ville a alors deux siècles et demi, aristocratique, majestueuse, érigée par les plus grands architectes français et italiens de l'époque, incarnant la volonté farouche et sans concession de Pierre Premier de se tourner vers l'Occident. Il nous manque la chaleur provinciale de l'immense village qu'est Moscou. Nous nous promenons dans un gigantesque musée, un peu délabré certes, mais un musée quand-même ! J'ai six mois devant moi pour l'apprivoiser, pour m'y attacher et pour rencontrer le grand amour en la personne d'un beau et ténébreux Bulgare...

la suite suivra...  

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Miklós Radnóti * Décembre (December)

19 Septembre 2009, 13:00pm

Publié par Flora


       
      DECEMBRE
     (in "Calendrier")
A midi le soleil
Est une pleine lune argentée
Qui perce à peine les nuages.
Et la brume est un oiseau lent.
Pendant la nuit la neige tombe.
Il y a dans le noir le frôlement d'un ange.
Toujours plus près, toujours sans bruit,
La mort vient à travers la neige.
                       

 traduction : T. Gorilovics


     DECEMBER

   Délben ezüst telihold
   a nap és csak sejlik az égen.
   Köd száll, lomha madár.
   Ejjel a hó esik és
   angyal suhog át a sötéten.
   Nesztelenül közelit,
   mély havon át a halál.

                       
    1941. február 11.  

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Miniatures

18 Septembre 2009, 11:54am

Publié par Flora


CERCUEIL



Pour se sentir vivant, rien de tel qu'une petite larme versée sur un cercueil.







(avant de choquer définitivement le lecteur fidèle ou surtout, occasionnel qui n'est pas habitué à l'humour noir de Gilbert, je précise que le dessin n'est pas mon autoportrait... Il n'y a que lui, se sachant condamné, qui avait le courage de regarder la mort en face et de la défier avec de l'humour. Et n'avait-il pas raison nous concernant, des vivants en sursis, dans le confort relatif de notre ignorance de l'heure fatidique?...)



AUTOMNE

L'automne le déprimait. Toutes ces feuilles qui tombaient contre sa volonté, le Président Moulet ne pouvait le supporter, habitué à ce que les gens, les choses lui obéissent, contrôlant les conseils d'administration comme un maréchal règne sur ces troupes, achetant tout et tout le monde pour satisfaire le moindre caprice. Cette année-là, il prit une décision : les milliers de feuilles de son parc seraient collées aux branches. Et comme leurs couleurs décadentes indiquaient trop la mort sournoise qui guettait sous ses fenêtres, il les fit repeindre en vert.

Illustration : R.T.   Gilbert Millet : "Miniatures"  éditions Editinter  1999

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Dame blanche * pastel (2002)

17 Septembre 2009, 10:49am

Publié par Flora

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Langue et Patrie...

15 Septembre 2009, 12:59pm

Publié par Flora

   J'ai dévoré le livre de Sándor Márai : Mémoires de Hongrie (FÖLD! FÖLD!). En français. La traduction est très belle  -  entre nous : peut-on prononcer une telle affirmation sans connaître la version originale ? Je n'ai encore lu aucun de ses romans mais ce genre : mémoires, réflexions, vagabondages dans le temps  et l'espace à la recherche d'une boussole, son Etoile, une quête de sens pour pouvoir continuer à vivre m'attire énormément. Peut-être parce qu'il m'aide à poursuivre la mienne...

   "... c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire."  Il suggère même quelque part qu'un écrivain ne peut pleinement s'exprimer que dans sa langue maternelle (même s'il en parlait plusieurs) qui le relie viscéralement à ses racines.

   Je subis parfois, venues de mon passé, d'amicales pressions, à tendance culpabilisante qui me reprochent mes aveux de me sentir désormais davantage chez moi ici, dans ce Nord chaleureux et réservé à la fois, dans cette langue qui grignote le terrain occupé jadis par ma langue maternelle... Tout juste si elles ne m'accusent pas de trahison...
    Au-delà du refus du droit de me juger, même amicalement, je préfère accomplir cet exercice difficile moi-même. Agota Kristof (Le grand cahier) écrit en français, langue qu'elle traite d'ennemie car elle est en train de tuer sa langue maternelle, le hongrois. Je ne sais pas comment je réagirais si j'étais écrivain. A l'heure actuelle, je ne sais qu'une chose : le français a libéré ma parole, a fait sauter des blocages qui me paralysaient parfois en hongrois, liés à cette parcelle de ma vie fantôme...

   Bien sûr, il faut apprivoiser cet outil merveilleux, le maîtriser tant soit si peu pour essayer de le plier à mes envies. Trouver le mot juste à sa juste place... Il faut parvenir à sentir une langue de l'intérieur de ses entrailles pour que l'écriture devienne charnelle. Humer la couleur des mots... Confusion d'images ? Peut-on humer la couleur ? Pas plus que les mots n'ont de couleurs..
. 

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Sándor Márai * Mémoires de Hongrie (Föld! Föld!)

14 Septembre 2009, 11:12am

Publié par Flora

[...] Il m'apparut pendant mon séjour en Suisse et plus tard, avec une conscience toujours plus vive, que "l'humanisme" était bien le don suprême dont l'Europe avait gratifié le monde. Certes, le concept lui-même sent un peu le séminaire... Mais le fait est là : si d'autres grandes cultures et de lointaines civilisations ont pu concevoir de puissantes visions métaphysiques et morales, ce n'est qu'en Europe que "l'humanisme s'est constitué comme une notion vivante, capable de façonner la vie, d'agir sur le sort des hommes, de suggérer une attitude intellectuelle et de faciliter ainsi la coexistence au sein d'une même société. Qu'est-ce que "l'humanisme" ? Une conception selon laquelle l'homme, l'individu humain, est la mesure de toute chose ; c'est l'individu, et lui seul, qui donne un sens au progrès (si, toutefois, progrès il y a, et s'il est possible à l'homme de maîtriser ses instincts venus du temps où il vivait encore au fond de sa caverne). L'humanisme est une attitude, celle de l'homme qui n'attend pas une réponse surnaturelle au problème de la mort et à ceux de la vie car, mammifère bipède engendré par un hasard aveugle et abandonné à lui-même dans un univers indifférent sinon hostile, il est le seul être vivant capable de s'orienter autrement qu'en se fiant à ses instincts. [...]

   [...] Oui, il existait naguère une Europe passionnée, dont les habitants ne voulaient pas seulement savoir et connaître, mais aussi s'enthousiasmer. S'enthousiasmer pour quoi ?... Pour des illusions, donc pour Dieu. Ou pour l'amour, dans lequel ils voyaient une énergie créatrice. Ou pour l'harmonie  -  érotique  -  de la Beauté et des Justes Proportions. Et ils cherchaient... quoi, au juste ? Non seulement la Vérité, mais aussi une aventure, noble et légère, animée par la Passion  -  car ils voulaient la Culture et, sans Passion, celle-ci n'est qu'un vain mot. L'aventure qui aboutit à l'oeuvre d'art ou à la tragédie. La griserie de l'esprit et la limpidité des idées précisément formulées. Les villes harmonieusement patinées par la sagesse, où les hommes ne se contentaient pas d'habiter, mais désiraient aussi vivre, des hommes qui refusaient d'admettre que l'engrais chimique soit aussi important que le contrepoint en musique et que le génie soit coté en bourse, au même titre que les animaux d'abattage lorsque le prix de la viande augmente ; ceux-là voulaient, au contraire, que le génie soit mesuré à l'aune de la résistance qu'il suscite. [...]

 
 Livre de Poche biblio 3430    Traduction: Georges Kassai et Zéno Bianu

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