Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * "A" (suite et fin)

7 Septembre 2009, 14:53pm

Publié par Flora

  [...] La première définition en appelle d'autres. Comment la comprendre si on ignore le sens des mots qui la composent : "voyelle", "lettre", "première", "alphabet" ? Comment la comprendre, sans courir aux autres tomes et détruire l'ordre alphabétique ? Seul le désordre génère du sens. Le pseudonyme s'impose, allusion claire à la naissance, référence à un mythe. La pagaïe s'organise, et l'expulsion du paradis. Lors du big bang, la matière concentrée en un point se libère dans le temps et l'espace qui n'existaient pas.

            Tout est inclus dans cette pointe d'aiguille, l'univers en devenir, l'homme, les galaxies, le béret basque, la poésie et le préservatif.

  
Il écrira l'oeuvre "big bang" où chaque page appelle la suivante mais aussi toutes les autres, le dernier livre qui est aussi le premier, dont les chapitres se suivent pour mieux se déconstruire, dont chaque ligne occupe des places multiples, chaque roman découpé en nouvelles, en textes miniatures, chaque nouvelle prolongée par une pièce de théâtre, un roman. Petit A et grand A. Tout se vaut. Tout se crée, s'accumule, se disperse.

              Avec les proportions où j'avais conçu mon dictionnaire, je me serais perdu sans ressources dans le temps et l'espace si je m'étais laissé aller.

  
Encore Littré. Le dernier livre est infini. L'inachèvement est son destin. Toutes les trente secondes, le corps s'écroule, entraînant micro et déclenchant la bousculade. Au moment d'achever son discours de réception du Prix Nobel de littérature, Adam Eve se suicide, pour assurer son immortalité. Il sort un pistolet, l'introduit dans sa bouche. Sang, éclatement du crâne, la scène se reproduit de chaîne en chaîne, dans toutes les langues. Le coup de feu, le visage crispé, la silhouette qui bascule, vingt fois, cent fois. La cervelle gicle par le trou pariétal. Big bang. L'oeuvre débute.

Ce texte inédit a été écrit en 1996 et il a trouvé sa forme définitive en 2004. Très émouvant pour moi, il reflète la quintessence de nos innombrables discussions, souvent nocturnes, autour du thème inépuisable de la création littéraire. Gilbert n'était pas l'écrivain "instinctif" à l'écriture quasi automatique : c'était un cérébral, réfléchissant énormément à ce qu'il voulait créer et sa réflexuion était toujours de dimension cosmique...

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Sieste * lavis d'encre (1998)

6 Septembre 2009, 17:30pm

Publié par Flora

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Bribes de mémoire 43. fin de l'aventure Natacha

5 Septembre 2009, 19:11pm

Publié par Flora

   Je me suis égarée bien loin de Moscou et de mes vingt ans ! Il faut cependant que je raconte la fin de notre aventure avec Natacha. Elle est étudiante en histoire, brillante, vive, pleine d'humour et très belle : brune avec des yeux magnifiques (mis en valeur par un minutieux maquillage) dont la couleur oscille entre le gris et le vert, selon celle du jour. Elle a, naturellement, beaucoup de soupirants. Dans notre promiscuité forcée, nous pouvons observer de près la technique de séduction de la femme russe : faire languir à l'extrême le pauvre jeune homme, déjà sous hypnose comme un lapin dans les phares d'une voiture, en le mettant en concurrence autant que possible. Le sommet de l'art arrive au moment où elle en invite trois ou quatre à la fois dans notre petite chambre et pendant qu'ils s'escriment pour ses faveurs, elle brille dans le cercle magique, telle une reine entourée de ses vassaux !... Avec Marie, nous assistons, médusées, à ce spectacle inimaginable chez nous !
   Avec cela, Natacha est une vraie fille provinciale, romantique, pudique à l'extrême qui ne se déshabille que dans le noir, sous sa couette et je suis à peu près certaine que les soupirs de ses amoureux transis n'ont jamais été récompensés !
   Nous vivons des mois joyeux en sa compagnie, nous initiant au thé russe auquel elle ajoute une cuillerée de confiture maison à la place du sucre. Elle nous apprend un russe savoureux et riche. Un jour, la foudre nous tombe dessus : la police débarque dans notre chambre pour perquisition ! (Un nouveau pan du vocabulaire à apprendre...) Les deux policiers mornes nous demandent de vérifier s'il ne manque pas quelque chose dans nos affaires. Effectivement, en cherchant, nous constatons la disparition de quelques uns de ces pantys en couleur, très à la mode fin des années soixante, avec de la dentelle sur la bordure qui devait dépasser de sous la minijupe. Ils les retirent triomphalement du fond des bottes de Natacha...
   Nous apprenons dans la foulée qu'une plainte a été déposée contre elle par d'autres filles qui l'avaient prise sur le fait de chiper leurs affaires dans la douche ou dans leur chambre. Un "tribunal des camarades" (tovarichtcheskiï soude) est même instauré au parfum d'un vrai procès stalinien auquel nous sommes convoquées pour témoigner. Angelina, notre Bulgare me déçoit gravement en se donnant à coeur joie dans l'accusation comme pour s'attirer les bonnes grâces. Dans un sentiment de profond écoeurement, je défends Natacha... 
   Elle passe 24 h au commissariat et tente de se taillader les veines avec une lame de rasoir prise lors de la perquisition. Nous recevons un coup de fil nous invitant à venir la chercher. Elle est exclue de l'Institut Lénine et autorisée de s'inscrire à l'Institut Kroupskaïa (la femme de Lénine), moins prestigieux... Nous ne la reverrons plus.
la suite suivra...

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Sándor Márai * Mémoires de Hongrie (Föld, föld!...)

2 Septembre 2009, 23:35pm

Publié par Flora

[...]L'oeuvre littéraire transcende toujours son auteur et sa façon de s'exprimer, elle est avant tout une manière de climat, qui émane d'elle-même et qui la fait vivre ; sans ce climat, le livre ressemble à ces astres refroidis, privés d'atmosphère, qui scintillent encore, mais d'où toute vie est absente. Cette atmosphère-là ne se dissipe pas  avec la mort de l'écrivain. Tout comme dans la réalité de la vie, la littérature connaît des personnalités qui s'éteignent lentement et qui, une fois mortes, laissent derrière elles une partie de leur essence, laquelle jaillit spontanément de l'atmosphère de leur oeuvre, à la façon des cheveux et des ongles du cadavre qui continuent de pousser même après la mort. C'est ainsi que survit un Tolstoï ou un Proust. Kosztolányi, lui, semblait écrire pour le seul instant présent, s'attachant à créer une aura... mais les fragments d'essai, les brefs écrits retrouvés et réunis après sa mort forment un chef-d'oeuvre en miniature.
   Pour que son oeuvre reste vive, l'écrivain doit savoir qu'il existe quelque part  -  dans le présent ou dans l'avenir  -  un Lecteur, cet étrange personnage dialectique, à la fois allié et adversaire, qui stimule son partenaire en même temps qu'il le conteste  -  et dont la réalité sensuelle et l'ambivalence rappellent celles de la femme dans la relation amoureuse. Et l'éditeur, à la fois accoucheur et entremetteur, à quel moment a-t-il donc disparu ? A l'époque de Kosztolányi, écrivain, éditeur et lecteur conservaient encore un lien vague. Aujourd'hui, ce lien  n'existe plus ; en Occident, la civilisation industrialo-commerciale attend de l'écrivain quelque marchandise propre à flatter le goût des masses et à l'Est, des articles de mercerie politique, du tissu idéologique vendu au mètre. Kosztolányi n'a pas vécu assez logtemps pour connaître cette époque où la vraie littérature n'est plus, aux yeux de l'éditeur, qu'un supplément aux romans à quatre sous et aux ouvrages pseudo-scientifiques, semblables à los à moelle que que le boucher offre à son client avec le plat de côtes. L'oeuvre littéraire qui, par hasard, trouve son éditeur, reste toujours suspecte, car le lecteur suppose, avec quelque raison, que ce n'est pas elle qui se trouve récompensée mais l'auteur ou, plus exactement, ses pratiques mafieuses. Des dilettantes subventionnés nous abreuvent certes d'ouvrages sur la vie d'authentiques écrivains  -  mais leur zèle et leurs déclarations prétentieuses rappellent tout au plus certains volatiles occupés à pondre. Les livres sur les livres sont devenus plus nombreux que ces derniers. Non, Kosztolányi n'a certes pas connu cette époque ; il a eu la chance de mourir, une dizaine d'années plus tôt, d'un cancer du larynx, à l'hôpital Saint-Jean, sur la colline d'en face. [...]

Je découvre avec un certain émerveillement l'oeuvre de Sándor Márai, écrivain hongrois du vingtième siècle qui, contraint au silence par le régime communiste, s'exile en 1948. Ce livre dont l'extrait est tiré a été écrit en 1972, paru en France en 2004 aux éditrions Albin Michel, dans la traduction de Georges Kassai et Zéno Bianu. 

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Oeuvre de Gilbert * "A"

1 Septembre 2009, 19:29pm

Publié par Flora

   [...] Fabrice Sorel avait quatorze ans quand sa mère succomba à un cancer du sein. La mort devint ennemie intime, rivale. L'immortalité l'obsédait. En 1967, au milieu de sa vingt et unième année, il se destine à la médecine, illusion romantique du combat pour la vie. Le 19 mai, le cliché agonise. Emile Littré insuffle l'idée que si les mots sont mortels, un agencement subtil leur permet de survivre, collés les uns aux autres. Jamais, dans les pages bleues, il n'envisage son immortalité, préférant insister sur a durée de son travail, les difficultés matérielles, les efforts incessants auxquels famille et collaborateurs doivent se plier. Il parle de le vie des mots. L'immortalité est pourtant l'unique idée qu'Adam Eve retienne et développe, lui ajoutant sa touche personnelle : il n'est pas nécessaire, pour franchir les siècles, d'être lisible.

        Tout le monde connaît Kant, Proust, Mallarmé. Qui les a lus ?

    Quand il aborde la naissance de sa vocation, qu'il nous provoque avec les samouraïs, les nains, Adam Eve se garde d'aller à l'essentiel, d'avouer que, ce jour-là prirent fin ses études de médecine. La mort des autres lui devenait indifférente. Sa vie tendait vers un seul but : dériver dans le temps d'une notoriété future.
   Au lieu de disserter sur son égotisme, il préfère s'attarder sur l'article "A", modèle et référence :

     Par quoi commence le dictionnaire ? Par une lettre : "a  (à), s. m. Voyelle et première lettre   de l'alphabet..."  
     La première ligne préfigure la dernière. A annonce Z. L'alpha et l'oméga, la fin dans le début. Tout se fissure, tout s'accumule. [...]

suite de la nouvelle "A"

 

   

 
    

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La belle Mexicaine (vieille sanguine...)

31 Août 2009, 13:15pm

Publié par Flora

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"Atterrissage"...

30 Août 2009, 21:52pm

Publié par Flora

   Juste quelques mots avant de retrouver un calme relatif, inhabituel depuis plus d'un mois. Le puzzle  évoqué dans mon précédent billet a été sensiblement secoué...
 
    C'est toujours assez violent de retourner sur les lieux de mon enfance et de mon adolescence que j'ai quittés à l'âge de 26 ans. Mon décor s'effrite, ses figures ont disparu ou sont sur le point de le faire, inexorablement comme la vie elle-même. La mienne aussi... Les repères anciens se dissimulent pour vous surprendre au détour d'une rue, au parfum d'un acacia gorgé de l'été. La Tisza s'est amincie, ce n'est plus la rivière intimidante de mon enfance, pleine de dangers sournois. Il n'y a que la chaleur (39° à l'ombre) qui reste fidèle pour écraser ma moitié française assimilée...

    A chaque fois, l'envie surgit d'assumer cette confrontation seule. Tout élément ou toute personne me détournant de ce pélerinage solitaire rompent le lien que je tente de renouer péniblement. Le voyage devient passage et manque son but. Comme quand on se rend sur la tombe d'un être cher : pour réaliser la communion en pensée, il est détestable de se faire accompagner et de se distraire d'un bavardage intrus.

    Sans doute, me sentirais-je davantage "chez moi" à présent ici, dans ce Nord chaleureux et accueillant, discret et exubérant à la fois où je me suis créé désormais un nouvel équilibre, solitaire et entourée comme je le souhaite. Un mimétisme subtil est en train de s'opérer...

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Vacances * Nyári szünet

8 Août 2009, 14:47pm

Publié par Flora





Quand la presse française parle de marronniers, en Hongrie on récolte des concombres  (uborkaszezon)...
C'est ce qui semble régner dans la blogosphère où nombre de mes sites préférés semblent désertés pour des plages ensoleillées, des montagnes majestueuses ou d'autres dépaysements !
 
A mon tour, je prends le large pour quelque temps,
afin de revenir rechargée d'émotions, de fatigue et d'un regard renouvelé.

Je vous souhaite, à tous, partis ou non, un bel été ensoleillé !

... et je me souhaite vous retrouver à la rentrée !

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Axe vertical, verticalité

6 Août 2009, 13:35pm

Publié par Flora

   Parfois, je ressens un besoin impérieux de "me rassembler autour de mon axe vertical" selon l'image mentale créée dans ma tête. Ayant alors l'impression d'être un tableau en puzzle que l'on aurait secoué pour en éparpiller les pièces et que la tâche me reviendrait de les rassembler encore et encore, de les aimanter autour d'un point névralgique pour que cela représente de nouveau quelque chose d'intelligible... Quelque chose sur lequel j'aurais un regard, un semblant de contrôle.

   Mon axe vertical... Je me suis souvent demandé pourquoi cette aspiration de toutes les spiritualités vers le haut, pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel, pourquoi cherche-t-on les représentations dépassant notre matérialité dans l'infini au-dessus de nos têtes ? Est-ce que nous voulons nous libérer de la gravité nous clouant au sol, est-ce que nous désirons inconsciemment nous échapper à l'enfouissement sous terre que représente la mort ? Le rêve d'Icare a été une irrépressible envie  de quitter la pesanteur et de s'évader dans l'infini... Echapper à notre condition d'humain, avec ses dates butoirs entre naissance et mort, avec une existence, peu exaltante pour beaucoup, remplissant ce champ. D'où le geste de chercher l'évasion  vers le haut, symbole de l'infini insondable que l'on peut, du coup, peupler de tous nos désirs et de nos fantasmes compensatoires !

   Ce geste est devenu instinctif et de l'instinctif  -  symbolique. La lumière du jour vient du ciel et cette lumière se charge petit à petit d'espoir dissipant les ténèbres où tous les maux peuvent nous surprendre. Lumière bienfaisante, symbole du divin dont on espère la miséricorde. Symbole du savoir aussi, dissipant les ténèbres de l'ignorance... 

   Les mythes nous apprennent l'aspiration de l'humain vers les connaissances qui lui feraient quitter sa condition initiale. Mais ils nous apprennent aussi la prudence : les sanctions divines pleuvent sur la tête du téméraire qui tente l'aventure. Icare se brûle les ailes et chute, Adam regrettera sa curiosité jusqu'à la fin de ses jours... devenant mortel...

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János Pilinszky * Trapèze et barres

2 Août 2009, 21:30pm

Publié par Flora

Trapéz és korlát                                                             Trapèze et barres

Sötéten hátat forditasz,                                                  Tu te détournes de moi, l'air sombre ;
kisikló homlokodra                                                          Au front glissant que tes cheveux voilent
a csillagöves éjszakát                                                    J'essaie en vain de tresser dans l'ombre
kezem hiába fonja.                                                          La nuit avec ses rubans d'étoiles.
Nyakad köré ezüst pihék                                                Les papillons d'argent des duvets
szelíd pilléi gyűlnek,                                                        Tremblent ensemble autour de ton cou ;
bizalmasan belém tapadsz,                                          Contre le mien, ton corps s'est pressé ;
nevetsz, - vadúl megütlek!                                              Tu ris. Je te frappe comme un fou.

Sugárzó párkányon futunk,                                             Le long d'un parapet radieux,
elgáncsolom a lábad,                                                     Je te fais choir dans ta course agile ;
fölugrasz és szemembe kapsz,                                    Et d'un sursaut tu griffes mes yeux,
sebezhetetlen állat!                                                         Tu m'as meurtri, ma bête indocile.
Elszűkül arcod, hátra buksz,                                          Je vois s'enfuir ton étroit visage,
vadul zuhanni kezdesz,                                                    Tu te renverses, tu rebondis,
az éjszaka trapézain                                                         Volant plus haut, fuyant davantage
röpűlsz tovább, emelkedsz                                             Sur les trapèzes d'or de la nuit.

a rebbenő való fölé!                                                          Au-dessus du réel qui oscille,
Kegyetlen, néma torna,                                                    Le cruel et muet exercice !                                                   
mégcsak nem is kiálthatok,                                            Je réprime les cris inutiles
követlek szívdobogva,                                                       Et te suis, tremblant de ce supplice
merészen ellököm magam,                                           Je m'élance alors et te saisis,
megkaplak és ledoblak,                                                  Hardiment, je te fais retomber ;
elterülünk hálóiban                                                           Nous glissons tous deux dans les filets
a rengő csillagoknak!                                                       Vacillants des astres de la nuit.

Most kényszerítlek, válaszolj,                                           Maintenant, je te force à répondre.
mióta tart e hajsza?                                                           Depuis quand la poursuite insensée,
Megalvadt szememben az éj.                                          Dans la nuit où mes yeux vont se fondre ?
Ki kezdte és akarta?                                                          Qui la veut et qui l'a commencée ?
Mi lesz velem, s mi lesz veled?                                       Quel sera notre sort éternel ?
Vigasztalan szeretlek!                                                        Mon amour crie désespérément :
Ülünk az ég korlátain,                                                        Nous voici sur les barres du ciel
mint elitélt fegyencek.                                                        Deux forçats voués aux longs tourments.

(1943)                                                                                  

traduction : Anne-Marie de Backer

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