Le blog de Flora

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Cinquième semaine - quelques réflexions inutiles

14 Avril 2020, 10:41am

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Publié par Flora bis

   Cinquième semaine. Hier soir, le président de la république a annoncé dans son discours ce que nous pressentions tous: le déconfinement ne débuterait pas avant le 11 mai. (Tiens, "déconfinement" : ces notions nouvelles deviennent si vite familières!)

   Ce n'était pas inattendu mais la frustration, l'impatience de certains  -  et parmi eux, il y en a qui ne sont pas les plus mal lotis avec grande maison, jardin  -  s'expriment en contestation: il faut descendre dans la rue, réclamer notre dû, masques, tests, liberté de circuler, la vie comme avant mais en mieux! Le pouvoir ne fait que de mentir, c'est de leur faute si on en est arrivés là... (d'autres "complotistes" plus radicaux n'hésitent pas à reprocher aux puissants un "lâcher de virus" afin de mieux museler la foule de soumis et d'opprimés.)

   Certes, il sera légitime de demander des responsabilités aux décideurs de ces dernières décennies qui ont forcé la transformation de la gestion de la santé en une entreprise qui doit gagner du fric au lieu d'en dépenser... Et même ainsi, et grâce au dévouement du personnel soignant, ce système a réussi à faire face à la tempête virale. En prenant soin de façon égale des riches et des pauvres.

   Je manque peut-être de veine révolutionnaire (quelque peu échaudée par une jeunesse dans un système communiste) mais je fonce rarement sans réflexion, tête baissée aux premiers slogans appelant à casser "ceux d'en face"... Cela ne veut pas dire d'applaudir à l'arrogant mépris de ceux qui étalent leur richesse, leur toute puissance sans partage, qui fraudent de façon éhontée ou qui le cachent pudiquement pour ne pas se faire remarquer... Dans une démocratie même imparfaite, il y a la loi qui doit protéger tous les citoyens, surtout les plus démunis qui n'ont pas d'autres moyens pour se défendre. 

céramique d'Andrea Vertel

   

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En cage (presque dorée...)

7 Avril 2020, 11:09am

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Publié par Flora bis

   Quatrième semaine... L'effervescence fébrile de la nouveauté est passée en laissant la place à une ambiance étrange. Plutôt blasée. Comme si, fatigués d'être choqués, paniqués, nous nous résignions à vivre dans une sorte de vacuum isolés du monde et du temps... 

   Tout cela me fait penser au film d'Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique" qui m'a beaucoup impressionnée à sa sortie et qui expose et illustre la théorie du professeur Henri Laborit concernant les réactions de l'individu dans une situation verrouillée. Lors des expériences scientifiques, on observe le comportement  -  éclairé par les explications du professeur  -  des rats enfermés dans des cages. Les histoires humaines relatées parallèlement dans le film illustrent la thèse des rats.

   Notre situation de "confinement" obligatoire me rappelle la théorie du pr. Laborit sur "l'inhibition de l'action". Que se passe-il lorsque l'individu ne peut ni lutter ni fuir face à une situation sans issue? L'inhibition de l'action mène à l'anxiété qui diminue les défenses immunitaires... 

   La seule défense consiste à un "oubli forcé" qui préserve la santé mentale. Le rat subit des électrochocs répétés qui inhibent sa mémoire. "L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

    Depuis un moment, je me demandais pourquoi j'avais la sensation de vivre dans un espace-temps un peu opaque, indéfini où je devenais incapable de me projeter dans l'avenir, ne serait-ce que de quelques jours. Où je fuyais les souvenirs dont le manque me faisait souffrir... Serais-je en train d'illustrer la brillante théorie du professeur Laborit et le comportement de notre frère le Rat, coincé seul en cage?...

 

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Tsunami

23 Mars 2020, 10:54am

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Publié par Flora bis

   La tentation est grande de garder le silence. Les informations fondent sur nous comme un tsunami, nous étouffent, nous ensevelissent. 

   Au début, au moment de la sidération, nous en étions avides, une façon de nous projeter dans l'avenir, de nous créer de fragiles stratégies de défense. Nous sommes invités avec insistance de rester à la maison, en télétravail si possible, avec aide au télé-enseignement, sans compter les repas à assurer pour toute la famille (plus de cantines, plus de restos ou sandwich sur le pouce entre copains...). Les solitaires? En face à face avec leur chat et leur ordinateur. Solitude accrue pour les vieux, même si certains d'entre eux en ont déjà l'habitude depuis longtemps. Les infos sont anxiogènes, parfois culpabilisantes: de quoi vous plaignez-vous, il y en a qui n'ont pas le luxe de se planquer au chaud chez eux, et qui doivent s'exposer pour assurer un semblant de vie, même réduite à la portion congrue, pour tous! Pas faux. Alors, on les remercie, on les applaudit pour exprimer sa reconnaissance, pour se déculpabiliser un peu.

   Effervescence sur les réseaux sociaux. On a envie de communiquer avec famille, amis, le reste du monde sur la façon de vivre le confinement... Les idées fusent: comment peupler la vacuité d'une existence, comment organiser la surcharge de travail, comment distraire les enfants pour empêcher la surchauffe de la cocotte-minute. Certains pressentent l'épreuve du couple qui, en temps normal, a peu d'occasion de se poser les questions qui fâchent.

   Au bout d'une semaine, c'est le trop plein contreproductif. J'ai envie d'infos mais sans la querelle des experts qui se contredisent, sans quelques maîtres à penser qui, pour attirer l'attention sur leur existence minuscule, escamotée provisoirement par le danger  invisible, commencent à semer la discorde. J'ai envie de plages de silence pour réfléchir sur ce qui nous arrive.  

Μηδὲν ἄγαν, Mêdèn agan, "rien de trop" disait l'inscription sur le fronton du temple d'Apollon à Delphe. A méditer. Et si nous y ajoutions Horace qui prônait "la mesure en toutes choses"?

 

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De mes douces obsessions...

28 Février 2020, 09:55am

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Publié par Flora bis

   Le mois de février tire à sa fin. Je m'apprête à rédiger ma quatrième note sur mon blog et au moment où j'entame son écriture j'ignore quel en sera le thème. L'envie d'écrire précède bel et bien le sujet. Certaines de mes connaissances graphomanes mettent en doute le procédé: "Impossible, poussent-elles des cris incrédules ou légèrement méprisants, sûres de de leur "normalité". On n'écrit que quand on a quelque chose à dire!" Pour moi, ce dernier arrive souvent en cours de route.

   Serais-je une incorrigible bavarde qui produirais des mots, des phrases, ni queue ni tête, pour le seul plaisir de faire trempette dans leur bain délicieux?... Je signe pour le bain délicieux. Cependant... au départ, j'avance à tâtons, je tourne autour du pot, sans but précis, essayant de cerner une ambiance, des vagues  d'émotions en moi... Parfois, c'est si fluide, tellement indéfini que je dois chercher un point solide, bien réel  -  tel l'enfant qui fait ses premiers pas en s'accrochant à un coin de meuble pour se lancer... La vérité est que, tout en le faisant, je scrute inlassablement le processus de l'écriture, du moins la mienne, si toutefois elle existe. Je veux le comprendre comme à peu près tout ce qui m'arrive. 

   Plusieurs soirs de suite, j'ai écouté une série d'entretiens passionnants avec Peter Handke (né en 1942, prix Nobel de littérature 2019) enregistrés par Laure Adler. Je cite ici juste une de ses phrases:

" Regarder, jusqu'à ce que batte le coeur dans les choses; tendre un filet de silence et ramener les chose une à une."

(Photo: F. M.)

(Photo: F. M.)

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Les vacances d'hiver sans l'hiver

23 Février 2020, 18:54pm

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Publié par Flora bis

    Les enfants sont repartis, après les 15 jours de vacances de février. Une semaine chez les autres grands-parents, la deuxième chez moi. La pluie redouble d'intensité et en écoutant les rafales, je suis bien heureuse d'être au chaud dans la maison. Je goûte le silence, après avoir fait tourner une lessive.

   Petit à petit, je reviens à mon rythme habituel dont les premières heures calmes sont toujours plus savoureuses, à cause du changement, que les suivantes qui s'enliseront dans le silence et la solitude. Retour au quotidien qui s'appelle désormais, un peu pompeusement, "ma part du destin". Il n'est pas exaltant mais peut réserver quelques agréables surprises si j'arrive à quitter le poids de la routine démissionnaire pour me laisser tenter par quelques hasards égarés de la vie.

   La présence des enfants me remplit de joie. J'observe comme elles changent, grandissent, et nos discussions se modifient aussi en s'enrichissant de nouveaux thèmes. Les amis prennent une place de plus en plus importante dans leur vie, et cela  me réjouit: elles entrent dans l'apprentissage de la vie sociale, avec ses richesses, ses joies et ses douleurs. On voudrait les protéger mais c'est impossible: beaucoup de choses s'apprendront à leurs dépens. Le plus utile que nous puissions leur donner est notre amour et notre compréhension. Eventuellement, notre avis si elles le demandent. Tout sauf du prêchi-prêcha hautain et sans appel.

Les vacances d'hiver sans l'hiverLes vacances d'hiver sans l'hiverLes vacances d'hiver sans l'hiver

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Journée du câlin

21 Janvier 2020, 11:53am

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Publié par Flora bis

   Je lis dans un journal que c'est "la journée des câlins". D'habitude, je suis allergique à la mode des "journées de ceci ou de cela", soupçonnant le coup d'épée dans l'eau, voire la  spéculation bassement commerciale derrière ces annonces. Cette fois-ci, je m'arrête un instant. Ce n'est peut-être pas inutile de se pencher sur la question, pour ne pas dire la prendre à bras le corps. Quoi de plus naturel pour un câlin?

   Ceux et celles qui vivent en couple, en famille, en amitiés tactiles, ont du mal à imaginer la sensation de l'isolement, dans lequel les câlins sont réduits  -  au mieux  -  aux souvenirs lointains ou à des rares rencontres avec les petits-enfants. Pourquoi les vieux, les solitaires notoires encore relativement jeunes finissent-ils par s'étioler tristement comme les plantes sans lumière? Parce qu'on ne les touche plus.

   Certains psychothérapeutes se sont saisi de la question et en sont venus à la prescription: «Nous avons besoin de quatre câlins par jour pour survivre. Nous en avons besoin de huit pour fonctionner. Et de douze pour croître.» C'est presque du grand luxe, nous n'en demandons pas tant.

Tout le monde se rend compte du bienfait de la proximité des gens auxquels des sentiments d'amour, d'amitié ou de sympathie nous lient. Le toucher? C'est devenu un geste réfréné par une pudeur cadenassée, de peur du ridicule ou du jugement mal placé. Pourtant, les spécialistes nous affirment qu'il augmente les capacités immunitaires de notre corps, stimule la créativité, combat la dépression. Enlacer quelqu'un, le serrer dans les bras et presque aussitôt, un sentiment intense de bien-être nous envahit. Tout cela grâce à l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, lointain héritage pour nous rappeler que nous sommes essentiellement des êtres sociaux, destinés à vivre en troupeaux serrés, à se réchauffer à la proximité de l'autre. L'homme moderne, dans sa bulle confortable mais solitaire, peut se payer à la rigueur des massages plus ou moins sophistiqués, plus ou moins thérapeutiques mais rien ne vaut l'élan antédiluvien de l'amour et de l'amitié.

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Grand Palais, grande émotion

16 Janvier 2020, 11:44am

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Publié par Flora bis

   Henri de Toulouse-Lautrec est un de mes artistes préférés. Depuis longtemps. J'ai vu quelques uns de ses tableaux au Musée d'Orsay, il y a des années mais voir une grande exposition sur deux niveaux et dans de nombreuses salles, c'était un événement à ne pas manquer. J'étais pourtant prête à y renoncer à cause d'une phlébite récalcitrante à la jambe, et aussi à cause de la fatigue insurmontable qu'un piétinement dans une salle surpeuplée signifie pour moi... Les enfants ont insisté avec beaucoup de générosité et finalement, toute la famille s'est déplacée dimanche matin.

 La courte vie du peintre tient entre ces deux dates: 1864-1901. Courte vie, petite taille (152 cm) mais le talent d'un géant! Il quitte Albi (où, de nos jours, un beau musée abrite nombre de ses tableaux) et sa famille de la vieille aristocratie des mariages consanguins (cause de son handicap) pour Paris et le milieu bohème de ses artistes de cabarets, de cirque et de ses maisons closes dont les pensionnaires l'accueillent avec une grande générosité, lui servant de modèles. Les coulisses de cette vie s'ouvrent devant nous, dans tout son naturel, sur les tableaux et dessins de Lautrec empreints d'une grande humanité. 

   Hélas, les nombreux visiteurs m'ont empêchée de m'approcher vraiment et surtout, de m'attarder suffisamment longtemps devant les cadres, de les dévorer des yeux en pénétrant l'univers de l'artiste, les contours rapides et admirablement justes, les toiles "non finies" mais encore plus intéressantes pour moi. J'étais ébahie devant les poses audacieuses, prises sur le vif comme s'il avait voulu saisir un maximum de la vie, pressentant le peu de temps qui lui était imparti.

   Depuis toujours, j'ai un faible pour le dessin, ce genre dédaigné par beaucoup face à la peinture. Pour moi, il est vivant, libre et fragile à la fois : c'est la perception première en marche. Il ne faut pas le charger, lécher, il faut le laisser vivre cette liberté, cette velléité de disparaître à l'occasion.

Grand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotion
Grand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotion

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Voeux

8 Janvier 2020, 10:39am

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Publié par Flora bis

   Déjà, une semaine derrière nous. Après tout, si nous n'avions pas logé, de façon inextricable, cette perception d'un nouveau cycle dans un coin de notre conscience, tout semblerait inchangé: la grisaille d'un hiver doux, humide, avec un  rayon de soleil éphémère ici ou là. 

   Après un mois de décembre entre stress et festivités, nous sommes fourbus, semblables à nos sapins défraîchis. Alors, on tire les rois, pour ressusciter mollement l'atmosphère de la fête, plutôt ses résidus, pour lustrer un peu le quotidien, avant de nous glisser sous sa chape de plomb.

   Ca y est, j'ai réussi à vous saper le moral... Ce n'était pas mon intention! Au début de l'année, il convient de donner de l'impulsion, de l'envie de renouveau, des décisions qui changeront notre vie, du moins qui l'amélioreront... De l'énergie, de l'enthousiasme, pour prouver que nous sommes les maîtres à bord de notre destin. Il suffit de changer de lunettes: jeter la paire aux verres fumés et chausser les roses!

   C'est aussi le moment des voeux. Il y en a des conventionnels (difficiles d'être original au bout de tant d'années!), d'autres plus personnalisés mais l'essentiel n'est pas là. On se penche sur le berceau du bébé, on voudrait être la bonne fée capable d'inverser les malédictions de ses méchantes consoeurs. Que la nouvelle année soit plus clémente avec nous! Du moins, qu'elle ne soit pas pire... On a appris à se contenter de peu.  

Soyez bienveillants, cela fait du bien à tout le monde, en premier lieu à vous-même.

Etre en vie relève du miracle au quotidien. Profitez de la beauté de ce miracle.

Soyez forts, accrochez-vous! Cela vaut la peine. 

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Demain sera une autre année

31 Décembre 2019, 11:10am

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Publié par Flora bis

   Le rangement, l'aspirateur peuvent attendre : je ne peux résister à l'envie de parcourir rapidement cette année 2019 qui est passée à l'accéléré. Comme les autres, ces derniers temps... Plus on voudrait les ralentir, les retenir, plus elles fuient, s'éclipsent, glissent de nos mains restées vides...

   L'impression globale qu'elle me laisse, c'est celle des mois douloureux, pétris de doutes, d'angoisses liés à la maladie, et parsemés des pépites d'or des rencontres, des conversations précieuses, des soirées du plaisir à la rencontre du public pour partager mes solitaires voluptés de l'écriture... 

   La famille, les enfants et petits-enfants... Pourrais-je m'accrocher à la vie sans eux? Sans ce lien viscéral et indestructible, cet amour débordant que je ressens pour eux?... Je ne veux surtout pas peser sur ce lien précieux en me les accaparant par des appels au secours pour des tourments qui me poussent parfois au bord du désert... Lorsque je me peins un tableau désastreux de tous les ratages et gaspillages de mes années passées, je me console en me disant que leur existence justifie et sauve le bilan somme toute calamiteux de ma vie.

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Le temps devant soi...

20 Décembre 2019, 18:27pm

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Publié par Flora bis

"Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et soudain, on ne sait même plus qu'il est là."

   Cette phrase de Sylvain Tesson, tirée de son roman "Dans les forêts de Sibérie" est revenue dans une conversation. Nous discutions de styles, de compositions, de livres et de leurs auteurs. Un lecteur "instinctif" n'a pas besoin d'analyser pourquoi il est attiré par tel ou tel auteur, par tel ou tel livre : il s'enflamme ou reste tiède, voire indifférent. D'autres comme moi, ne peuvent pas s'empêcher d'analyser ce "pourquoi".

   Je me souviens encore de la lecture de ce livre, des nombreuses pages cornées (pourtant pas dans mes habitudes), sur lesquelles une ou plusieurs phrases m'ont immobilisée, enchantée par la justesse, l'originalité de l'idée et de son expression, sans doute parce qu'elles rencontraient intimement ce que je vivais à ce moment-là. La "cabane", maisonnette perdue au bord du lac Baïkal, dans les -30° de l'hiver sibérien, permet la rencontre avec soi-même, la tenue d'un journal intime à la lueur d'une lampe à pétrole et accompagné du vieux poêle qui fait fondre la neige pour avoir son thé à la vodka... Par bonheur, on n'est pas obligé d'aller jusqu'en Sibérie : on peut trouver sa cabane partout, même dans une grande ville. Et moi, pour qui le contact des autres servait jusqu'alors d'oxygène, j'étais en train de faire l'apprentissage de la solitude.

   "Dans la cabane, le temps se calme." J'aspirais à ce sentiment, après des années passées sur le qui-vive... M'arrêter, poser le fardeau, faire le point, ouvrir ma porte devant une quasi inconnue, moi-même. Avant, il y avait toujours plus urgent, prioritaire, vital. 

   Le temps... Cette image saisissante et finement esquissée : "il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et soudain, on ne sait même plus qu'il est là." C'est exactement cela. Fidèle, disponible,  il se fait oublier. Cependant, sa présence vous plonge dans un moment de grâce. 

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