Le blog de Flora

ressenti

Mois de mai bancal

30 Mai 2020, 11:52am

Publié par Flora bis

  Quatrième article au mois de mai sur mon blog. Un mai bizarre, un peu bancal entre espoir et crainte, envie de respirer ou de rester en apnée suspendue dans un temps sans lendemain... Les autorités jouent aux équilibristes entre les impératifs d'une économie fragilisée et la peur de voir l'épidémie redémarrer. Finalement, on a l'impression de naviguer à vue  -  ou plutôt à l'aveugle?  -  dans une situation inédite qui a ébranlé la foi en le pouvoir illimité de l'homme sur son destin. 

   Autour de 28 000 morts en France. "Seulement! Vous vous rendez compte, sur 66 millions? " s'écrie mon médecin, en estimant la panique surdimensionnée par les média et les autorités. On ne sait plus où donner de la tête. Hier, une de mes amies,  passant devant ma maison, est restée à 2m de la porte sur le trottoir, refusant d'entrer  -  alors que l'autorisation était passée 2 jours plus tôt!... Nous avons bavardé au moins 20 minutes dans cette position inconfortable, dans le bruit et les odeurs des voitures, sous le soleil ardu mais elle a dit qu'à part sa promenade quotidienne, elle ne sortait pas, et surtout, elle ne voyait personne dans un lieu clos, pas même sa fille, son mari s'occupant des provisions...

   Pour ma part, j'ai bien envie de profiter du week end de la Fête des Mères dans une semaine, pour recevoir mes enfants que je n'ai pas vus depuis le 23 février... D'ici là, j'aimerais parfaire quelques préparatifs pour arranger la terrasse, pour organiser les courses et les repas, même si tout cela mettra, à coup sûr, mes batteries à plat... Mais le plaisir de les revoir n'a pas de prix. 

Mois de mai bancal
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Comparaison n'est pas raison?...

23 Mai 2020, 10:44am

Publié par Flora bis

   Déjà?... Fin de la deuxième semaine du "déconfinement". Je continue de m'étonner à l'idée que je peux sortir "sans laisse", quand je veux. De plus, je n'en abuse pas... Il a fait une chaleur caniculaire jusqu'à l'Ascension et hier, nous avons reçu avec soulagement la chute de la température de 10°, accompagnée d'une averse minuscule.

Plusieurs fois, une comparaison un peu saugrenue, un peu abusive me traverse l'esprit: dans une certaine mesure, nous nous trouvons dans l'état groggy des générations qui ont vu déferler l'épidémie du SIDA dès les années 80, balayant la liberté insouciante arrivée à ses extrêmes... L'hébétude des débuts, les tâtonnements concernant l'origine et les modes de transmission ont duré des années, accompagnées de la déferlante des victimes...  Ce qui a fait dire à beaucoup de gens anxieux se remettant dans les grâces de ce qui les dépassait  -  tout comme maintenant  -  que c'était la punition des dieux! Peurs vieilles comme l'humanité, recours adéquats dans l'impuissance.

   En tout cas, le clairon du rappel à l'ordre a sonné de nouveau. Comme si la Nature (ou Dieu, c'est selon), de temps en temps, raccourcissait la bride afin que l'humain réfléchisse aux conséquences de ses actes...

 

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Ce ne sera jamais plus "comme avant"...?!

13 Mai 2020, 10:24am

Publié par Flora bis

   Nous faisons nos premiers pas apeurés à l'air libre. J'exagère: je suis sortie régulièrement, pendant le confinement, pour les courses au supermarché, chez le boulanger et parfois, à la pharmacie. Sans masque et sans gants, sans trop de précautions, dont certaines je ressentais comme éloignées du bon sens (se changer de pied en cap, voire même se doucher dans son garage avant de franchir le seuil de sa maison, désinfecter même les pots de yoghourt etc...). Les rayons étaient suffisamment déserts pour éviter la proximité avec les autres et je me suis dit que se gratter le nez avec ou sans gant revenait à peu près au même... Bien sûr, à la maison, mon premier geste a été de me laver soigneusement les mains: cela m'arrive d'ailleurs, plusieurs fois par jour, depuis bien longtemps... Par contre, personne n'a franchi le seuil de la maison, pas plus que moi, je ne suis allée chez personne... 

   J'ai la nostalgie d'une certaine insouciance d'avant... Oh, il ne s'agit que des choses à la portée de tous, peu coûteuses, relativement faciles à réaliser... Un petit repas improvisé avec des amis pour échanger, s'intéresser à l'autre, partager ses soucis ou ses joies, une sortie au théâtre, au cinéma ou au restaurant, de temps en temps, pas trop souvent pour ne pas les banaliser et qu'elles gardent leur attrait exceptionnel... Serrer mes enfants dans les bras, très fort! En vrai et non seulement "en mode virtuel"...

   J'espère que nous aurons réussi à conserver au fond de nous ces quelques habitudes anciennes et qu'un jour, elles réapparaîtront pour redonner des couleurs à notre vie de solitaires. C'est ce que je réponds à ceux qui me tapent sévèrement sur les doigts avec leur phrase qui tombe comme un couperet: "RIEN ne sera plus comme avant!"

 

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Apprentissage...

7 Mai 2020, 10:07am

Publié par Flora bis

   J'aimerais bien que les sujets redeviennent un peu plus variés... Les média ne bruissent que d'une unique préoccupation: du coronavirus sous toutes les coutures, jusqu'à la saturation totale! Je ne dis pas qu'il faut cacher ou omettre les informations nécessaires à ce sujet mais en remplir le moindre interstice de notre vie finira par être contre-productif! Dans les cas extrêmes, les uns sombrent dans la léthargie, ferment les écoutilles, tandis que d'autres, en proie à des peurs apocalyptiques, non seulement respectent les prescriptions à la lettre, surenchérissent même jusqu'au ridicule, et la moindre faille  -  à leur goût  -  chez quelqu'un déclenche leur agressivité démesurée... Une fois de plus, je reste adepte de la modération. De grâce, un peu de bon sens!

moi entre 3 et 4 ans... confiante, curieuse

 

 

 

Est-il possible de parler d'autre chose? Nous sommes alourdis d'angoisses, de désorientation spatio-temporelle, de surexplications scientifiques, de polémiques en embuscade, prêtes à surgir à la moindre occasion. J'ai beau me retourner vers des paysages d'un autre âge, celui de la confiance et de l'insouciance, les souvenirs ensoleillés s'enfuient pour me laisser au milieu de la broussaille des confusions ou pire, du désert aride... 

   

 

On entrouvre les portes du confinement, parfois au choix, assortissant la possibilité de bon nombre de précautions aux risques funestes... J'ai vu à la télévision des interviews de confinés  -  parmi ceux qui peuvent le faire  -,  déclarant qu'ils optent pour rester au fond de la tanière qu'ils ont fini par apprivoiser, bien au chaud, protégés du monde extérieur, truffé de dangers imprévisibles... Réapprendrons-nous un jour à franchir la distance de la méfiance sans peur?...

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Déconfinement...

29 Avril 2020, 18:35pm

Publié par Flora bis

   J'ai écouté le discours du premier ministre à esquisser les perspectives du "déconfinement". Je me suis rendu compte que mon état d'enfoncement dans les profondeurs de l'isolement presque total était déjà tellement avancé que je n'arrivais même pas à me réjouir... Le déconfinement sera progressif, très lent. Heureusement pour moi qui supporterais difficilement une nouvelle secousse.

   Oui, depuis les premières alarmes suivies du débordement des urgences et le nombre de morts égrené jour après jour, les restrictions successives, nous avons encaissé des chocs réguliers qui nous ont renforcés peu à peu dans le sentiment du danger de mort imminent et invisible... J'évoque ici le cas d'une personne que je connais bien, de l'âge défini comme "à risque" avec quelques complications de santé. A cette occasion, j'ai appris un mot pour moi nouveau mais non moins effrayant: "comorbidité". Les médecins aiment bien utiliser un vocabulaire qui fait peur: c'est normal, ils ont assez souffert pour l'acquérir pendant leur long apprentissage et ce jargon hermétique impressionne avantageusement le patient déstabilisé... Bref, nous avons fini par atteindre un état friable, inconsistant, flottant dans un espace/temps indécis où l'on évite de se projeter dans l'avenir...

   Enfermés dans nos forteresses presque inviolables  -  à condition de ne pas mettre le nez dehors et de ne laisser entrer personne  -  nous pouvions nous sentir à l'abri.. La moindre sortie  -  avec notre propre autorisation contrôlable et verbalisable  -  relevait d'une aventure à nos risques et périls. 

   L'homme est un être éminemment social. Le priver des gestes élémentaires de sociabilité le plonge dans la dépression. Les poignées de main, les embrassades, les caresses, les regards et les sourires, la voix et ses modulations  -  tellement éloquentes au-delà même des mots  -  sans ces signes de proximité et d'affection l'humain dépérit. Un ou deux mètres de distance et le regard fuit. Le masque cache presque tout le visage et son expression. Et la froideur lisse de l'écran ne pourra jamais s'y substituer.

d'après l'affiche du film "Le silence des agneaux"

 

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7 ans déjà...

23 Avril 2020, 12:10pm

Publié par Flora bis

 

J'ai le projet d'écrire un texte pour être lu sur scène et ayant comme thème les "Mères"... La mienne est morte il y a tout juste 7 ans, à l'hôpital, après 3 mois passés dans une maison de retraite. A 1700 km de moi. Je l'ai revue quelques semaines Avant. J'ai encore cette ultime rencontre sur le coeur comme un poids énorme. Celui de la culpabilité qui n'est pas prête à m'abandonner. Il m'enfonce dans les profondeurs, me coupe la respiration. Je suis en apnée.

   Je n'avance pas dans le texte. Sans arrêt, la figure de ma mère éclipse les autres, elle se réclame la première place. Pourtant, ce texte, je ne le veux pas trop personnel afin que (presque) toutes les mères  -  les nôtres et celles que nous sommes devenues  -  puissent se refléter dans ce drôle de kaléidoscope. Que l'on puisse sourire à travers les larmes... 

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Cinquième semaine - quelques réflexions inutiles

14 Avril 2020, 10:41am

Publié par Flora bis

   Cinquième semaine. Hier soir, le président de la république a annoncé dans son discours ce que nous pressentions tous: le déconfinement ne débuterait pas avant le 11 mai. (Tiens, "déconfinement" : ces notions nouvelles deviennent si vite familières!)

   Ce n'était pas inattendu mais la frustration, l'impatience de certains  -  et parmi eux, il y en a qui ne sont pas les plus mal lotis avec grande maison, jardin  -  s'expriment en contestation: il faut descendre dans la rue, réclamer notre dû, masques, tests, liberté de circuler, la vie comme avant mais en mieux! Le pouvoir ne fait que de mentir, c'est de leur faute si on en est arrivés là... (d'autres "complotistes" plus radicaux n'hésitent pas à reprocher aux puissants un "lâcher de virus" afin de mieux museler la foule de soumis et d'opprimés.)

   Certes, il sera légitime de demander des responsabilités aux décideurs de ces dernières décennies qui ont forcé la transformation de la gestion de la santé en une entreprise qui doit gagner du fric au lieu d'en dépenser... Et même ainsi, et grâce au dévouement du personnel soignant, ce système a réussi à faire face à la tempête virale. En prenant soin de façon égale des riches et des pauvres.

   Je manque peut-être de veine révolutionnaire (quelque peu échaudée par une jeunesse dans un système communiste) mais je fonce rarement sans réflexion, tête baissée aux premiers slogans appelant à casser "ceux d'en face"... Cela ne veut pas dire d'applaudir à l'arrogant mépris de ceux qui étalent leur richesse, leur toute puissance sans partage, qui fraudent de façon éhontée ou qui le cachent pudiquement pour ne pas se faire remarquer... Dans une démocratie même imparfaite, il y a la loi qui doit protéger tous les citoyens, surtout les plus démunis qui n'ont pas d'autres moyens pour se défendre. 

céramique d'Andrea Vertel

   

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En cage (presque dorée...)

7 Avril 2020, 11:09am

Publié par Flora bis

   Quatrième semaine... L'effervescence fébrile de la nouveauté est passée en laissant la place à une ambiance étrange. Plutôt blasée. Comme si, fatigués d'être choqués, paniqués, nous nous résignions à vivre dans une sorte de vacuum isolés du monde et du temps... 

   Tout cela me fait penser au film d'Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique" qui m'a beaucoup impressionnée à sa sortie et qui expose et illustre la théorie du professeur Henri Laborit concernant les réactions de l'individu dans une situation verrouillée. Lors des expériences scientifiques, on observe le comportement  -  éclairé par les explications du professeur  -  des rats enfermés dans des cages. Les histoires humaines relatées parallèlement dans le film illustrent la thèse des rats.

   Notre situation de "confinement" obligatoire me rappelle la théorie du pr. Laborit sur "l'inhibition de l'action". Que se passe-il lorsque l'individu ne peut ni lutter ni fuir face à une situation sans issue? L'inhibition de l'action mène à l'anxiété qui diminue les défenses immunitaires... 

   La seule défense consiste à un "oubli forcé" qui préserve la santé mentale. Le rat subit des électrochocs répétés qui inhibent sa mémoire. "L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

    Depuis un moment, je me demandais pourquoi j'avais la sensation de vivre dans un espace-temps un peu opaque, indéfini où je devenais incapable de me projeter dans l'avenir, ne serait-ce que de quelques jours. Où je fuyais les souvenirs dont le manque me faisait souffrir... Serais-je en train d'illustrer la brillante théorie du professeur Laborit et le comportement de notre frère le Rat, coincé seul en cage?...

 

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Tsunami

23 Mars 2020, 10:54am

Publié par Flora bis

   La tentation est grande de garder le silence. Les informations fondent sur nous comme un tsunami, nous étouffent, nous ensevelissent. 

   Au début, au moment de la sidération, nous en étions avides, une façon de nous projeter dans l'avenir, de nous créer de fragiles stratégies de défense. Nous sommes invités avec insistance de rester à la maison, en télétravail si possible, avec aide au télé-enseignement, sans compter les repas à assurer pour toute la famille (plus de cantines, plus de restos ou sandwich sur le pouce entre copains...). Les solitaires? En face à face avec leur chat et leur ordinateur. Solitude accrue pour les vieux, même si certains d'entre eux en ont déjà l'habitude depuis longtemps. Les infos sont anxiogènes, parfois culpabilisantes: de quoi vous plaignez-vous, il y en a qui n'ont pas le luxe de se planquer au chaud chez eux, et qui doivent s'exposer pour assurer un semblant de vie, même réduite à la portion congrue, pour tous! Pas faux. Alors, on les remercie, on les applaudit pour exprimer sa reconnaissance, pour se déculpabiliser un peu.

   Effervescence sur les réseaux sociaux. On a envie de communiquer avec famille, amis, le reste du monde sur la façon de vivre le confinement... Les idées fusent: comment peupler la vacuité d'une existence, comment organiser la surcharge de travail, comment distraire les enfants pour empêcher la surchauffe de la cocotte-minute. Certains pressentent l'épreuve du couple qui, en temps normal, a peu d'occasion de se poser les questions qui fâchent.

   Au bout d'une semaine, c'est le trop plein contreproductif. J'ai envie d'infos mais sans la querelle des experts qui se contredisent, sans quelques maîtres à penser qui, pour attirer l'attention sur leur existence minuscule, escamotée provisoirement par le danger  invisible, commencent à semer la discorde. J'ai envie de plages de silence pour réfléchir sur ce qui nous arrive.  

Μηδὲν ἄγαν, Mêdèn agan, "rien de trop" disait l'inscription sur le fronton du temple d'Apollon à Delphe. A méditer. Et si nous y ajoutions Horace qui prônait "la mesure en toutes choses"?

 

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De mes douces obsessions...

28 Février 2020, 09:55am

Publié par Flora bis

   Le mois de février tire à sa fin. Je m'apprête à rédiger ma quatrième note sur mon blog et au moment où j'entame son écriture j'ignore quel en sera le thème. L'envie d'écrire précède bel et bien le sujet. Certaines de mes connaissances graphomanes mettent en doute le procédé: "Impossible, poussent-elles des cris incrédules ou légèrement méprisants, sûres de de leur "normalité". On n'écrit que quand on a quelque chose à dire!" Pour moi, ce dernier arrive souvent en cours de route.

   Serais-je une incorrigible bavarde qui produirais des mots, des phrases, ni queue ni tête, pour le seul plaisir de faire trempette dans leur bain délicieux?... Je signe pour le bain délicieux. Cependant... au départ, j'avance à tâtons, je tourne autour du pot, sans but précis, essayant de cerner une ambiance, des vagues  d'émotions en moi... Parfois, c'est si fluide, tellement indéfini que je dois chercher un point solide, bien réel  -  tel l'enfant qui fait ses premiers pas en s'accrochant à un coin de meuble pour se lancer... La vérité est que, tout en le faisant, je scrute inlassablement le processus de l'écriture, du moins la mienne, si toutefois elle existe. Je veux le comprendre comme à peu près tout ce qui m'arrive. 

   Plusieurs soirs de suite, j'ai écouté une série d'entretiens passionnants avec Peter Handke (né en 1942, prix Nobel de littérature 2019) enregistrés par Laure Adler. Je cite ici juste une de ses phrases:

" Regarder, jusqu'à ce que batte le coeur dans les choses; tendre un filet de silence et ramener les chose une à une."

(Photo: F. M.)

(Photo: F. M.)

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