Journée du câlin
Je lis dans un journal que c'est "la journée des câlins". D'habitude, je suis allergique à la mode des "journées de ceci ou de cela", soupçonnant le coup d'épée dans l'eau, voire la spéculation bassement commerciale derrière ces annonces. Cette fois-ci, je m'arrête un instant. Ce n'est peut-être pas inutile de se pencher sur la question, pour ne pas dire la prendre à bras le corps. Quoi de plus naturel pour un câlin?
Ceux et celles qui vivent en couple, en famille, en amitiés tactiles, ont du mal à imaginer la sensation de l'isolement, dans lequel les câlins sont réduits - au mieux - aux souvenirs lointains ou à des rares rencontres avec les petits-enfants. Pourquoi les vieux, les solitaires notoires encore relativement jeunes finissent-ils par s'étioler tristement comme les plantes sans lumière? Parce qu'on ne les touche plus.
Certains psychothérapeutes se sont saisi de la question et en sont venus à la prescription: «Nous avons besoin de quatre câlins par jour pour survivre. Nous en avons besoin de huit pour fonctionner. Et de douze pour croître.» C'est presque du grand luxe, nous n'en demandons pas tant.

Tout le monde se rend compte du bienfait de la proximité des gens auxquels des sentiments d'amour, d'amitié ou de sympathie nous lient. Le toucher? C'est devenu un geste réfréné par une pudeur cadenassée, de peur du ridicule ou du jugement mal placé. Pourtant, les spécialistes nous affirment qu'il augmente les capacités immunitaires de notre corps, stimule la créativité, combat la dépression. Enlacer quelqu'un, le serrer dans les bras et presque aussitôt, un sentiment intense de bien-être nous envahit. Tout cela grâce à l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, lointain héritage pour nous rappeler que nous sommes essentiellement des êtres sociaux, destinés à vivre en troupeaux serrés, à se réchauffer à la proximité de l'autre. L'homme moderne, dans sa bulle confortable mais solitaire, peut se payer à la rigueur des massages plus ou moins sophistiqués, plus ou moins thérapeutiques mais rien ne vaut l'élan antédiluvien de l'amour et de l'amitié.