Le blog de Flora

Fratrie

30 Novembre 2019, 20:37pm

Publié par Flora bis

" On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose." (Cioran)

   La phrase de Cioran, avec sa nuance en apparence infime mais essentielle, me va comme un gant. L'envie d'écrire est là mais aucun sujet ne semble à la hauteur. Juste une information, une interrogation à développer? Insuffisant. Ce serait dans la catégorie de "quelque chose à dire". Il manquerait l'essentiel: le désir des mots, qu'ils viennent me réparer, me délivrer des noeuds douloureux des doutes, qu'ils viennent libérer les émotions. 

Sur notre blog commun, quelqu'un a lancé le thème de la fratrie. Sujet délicat et souvent conflictuel. L'image de mon frère unique, disparu il y a 16 ans me revient souvent en mémoire. Nos chemins, pendant longtemps parallèles, se sont séparés avec mon départ de la maison mais peut-être bien avant...

   Je ne me souviens pas de ce que cela fait d'être enfant unique. Nous n'avions que 20 mois d'écart. Les légendes familiales autour de sa venue au monde me l'ont fait paraître comme l'enfant réussi, parfait qui a réparé toutes les affres de ma naissance: après 3 jours de souffrance dans les mains d'une vieille accoucheuse incompétente, ma jeune mère a mis au monde mes 3 kg et poussière, tandis que sa naissance s'est passée "comme une lettre à la poste" malgré ses presque 5 kg que tout le monde est venu admirer à l'hôpital... Tout cela n'a pas réveillé la moindre jalousie en moi, j'ai pris soins de lui aussitôt et à 15 jours, j'ai failli l'étouffer avec des bonbons acidulés...

   Physiquement, il n'y avait pas photo: il a rapidement rattrapé, voire dépassé la différence d'âge. Un bébé qui dort bien, qui mange bien: c'était du repos et de la satisfaction pour mes parents, après moi qui ne voulais même pas du lait maternel (je ne peux toujours pas avaler ce liquide blanc qui me soulève le coeur...). Je me suis rattrapée sur un autre terrain que ses dons athlétiques: je parlais (sans déformer les mots) avant de marcher et je réussissais à l'embobiner assez habilement pour qu'il me cède tous ses jouets...

   

Jusqu'à l'adolescence  -  terrain miné  -  nous étions inséparables. Ma mère revenait des réunions de parents, gorgée des compliments des professeurs à mon sujet et passant rapidement sur le cas de mon frère qui fournissait le minimum d'effort. Je pense sincèrement que le fait de me dresser en exemple inatteignable devant lui n'a fait que de le dégoûter d'avantage des études. Il préférait de loin s'occuper des pigeons de mon père, sans parler des chevaux de mon oncle. Les adultes ont tout fait pour creuser le fossé entre nous. Cela a duré jusqu'à sa mort, à 53 ans, me laissant des regrets tenaces.

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