Le blog de Flora

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Radnóti à Valenciennes

3 Mars 2010, 09:25am

Publié par Flora

radnoti-miklos-abdai-foto.jpgIl y a deux jours, nous avons fait notre soirée de lecture mensuelle autour de l'oeuvre courte mais accomplie de Miklós Radnóti. 1909-1944. On ne peut insérer que 35 ans entre ces deux dates... Mais quelles années! Deux guerres mondiales et une Europe anéantie!
  Sa courte vie prend son départ dans un drame : sa naissance est accompagnée de la mort de sa mère et de son frère jumeau... suivis du père, quelques années plus tard. D'origine juive  -  bien que la religion, "la race" ne prend pas une place importante dans sa réflexion (voir lien sur ce blog 
Extrait du "Journal" de Miklós Radnóti)  -  il perd son travail de professeur et fait plusieurs séjours dans des camps de travail. Epuisé par l'hiver, le travail dur de terrassement, la dénutrition, il est achevé, en compagnie d'autres prisonniers, d'une balle dans la nuque et enfoui dans une fosse anonyme. On le retrouvera plus tard et on l'identifiera grâce aux lambeaux de carnets retrouvés dans la poche de son imperméable, sur lesquels il griffonnera jusqu'au bout, parfois au clair de la seule lune, ses magnifiques poésies, témoignages de son indestructible soif de la beauté, de l'amour de sa femme et de son espoir, malgré tout, d'un avenir plus humain qui naîtra du bourbier.
Vous trouverez sur ce blog de nombreux textes traduits par Jean-Luc Moreau, et tirés du recueil "Marche forcée", publié par Phébus en 2000.
   Les participants de la soirée, pour la plupart, ont découvert sa poésie lumineuse et tragique qui s'adresse au plus intime en nous, qui sublime les détails de la vie quotidienne pour en faire une source de bonheur inépuisable... et contagieuse. Pour l'illustrer, voici un poème écrit en 1938 :

 

Miklós RADNÓTI :  JARDIN Á L’AUBE

 De la maison endormie, silencieusement

ma femme franchit le seuil.

Un léger nuage blanc

passe au-dessus d’elle.

 

Elle se pose près de moi et les herbes

humides de l’aube la voyant

poussent de petits cris de joie

et les tiges des fleurs taiseuses

se penchent vers elle, la lumière

se promène et scintille ça et là

froissement, éclair de plume

un petit coq entonne son chant.

Un merle lui répond et le jardin

se met à murmurer, chaque buisson

abrite un sifflement vagabond

innombrables et fraîches, les feuilles éclosent

un brin de paille s’illumine

dans l’herbe et entre deux branches

planent, étincelants, des fils d’araignées.

 

Assis dans la lumière, nous nous taisons

le soleil tournoie au-dessus de nos têtes

son haleine sur nos épaules

sèche les perles de rosée.

                                          1938. juillet 3.

 Traduction RozsaTatar avec Muriel Verstichel

 HAJNALI KERT

Az alvó házból csöndesen
kijött a feleségem,
egy könnyű felleg úszik épp
fölötte fenn az égen.

Mellém ül és a hajnali
nedves füvek most boldogan
felé sikongnak, hallani
és fordul már a hallgatag
virágok szára, jár a fény
s megvillan rajtuk néhol,
nesz támad itt, toll villan ott
s kakaska kukkorékol.
Rigó pityeg választ s a kert
susogni kezd, minden bokor
alján apró fütty bujdokol,
kibomlik sok hüvös levél,
s felfénylik itt egy szalmaszál
a fűben és két ág között
kis pókok fényes szála száll.

Ülünk a fényben, hallgatunk,
fejünk felett a nap kering
s lehelletével szárogatja
harmattól nedves vállaink. 

 

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Poème d'amour (Szerelmes vers)

17 Février 2010, 11:29am

Publié par Flora

  Miklós RADNÓTI :  POÈME D’AMOUR

Dans le ciel de mousse et d’écume le soleil alangui se fige

puis, hautain, il s'éloigne.

Et dans tes yeux, par les embruns nacrés de la douce lumière

se reflète le bleu.

Le sentier jaune court

jonché de feuilles mortes.

 

Car l’automne est là. On gaule les noix et les murs de la chambre

filtrent le goutte-à-goutte du silence

libère la tourterelle rêveuse sur ton épaule

les feuilles tombent et dans le gel qui approche

le champ roide s’écroule

entends-tu le silence de la chute ?

 

Ô ma douce, gardienne des saisons, je t’aime !

ô jamais n’aimerai d’autre que toi.

traduction : R.T. et M.V.



RADNÓTI Miklós : SZERELMES VERS

Ott fenn a habos, fodor égen a lomha nap áll még,
majd hűvösen int s tovaúszik.
És itt a szemedben a gyöngyszinü, gyönge verőfény
permetegén ragyog által a kék.
Sárgán fut az ösvény,
vastag avar fedi rég !

Mert itt van az ősz. A diót leverik a szobákban
már csöppen a csönd a falakról,
engedd fel a válladon álmodozó kicsi gerlét,
hull a levél, közelít a fagy és
eldől a merev rét,
hallod a halk zuhanást.

Ó évszakok őre, te drága, szelíd, de szeretlek !
s nem szeretek már soha mást.

(2 octobre 1939)

Notre audace n'a pas de limites ! Nous avons "récidivé" avec Muriel. Nous ne "touchons" qu'à des poèmes dont nous n'avons pas trouvé de traduction en français. Pour Radnóti, le choix est vaste ; que dire alors des autres?  

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Ode à peine (Tétova óda)

11 Février 2010, 11:08am

Publié par Flora

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour 

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue  -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                          de ta paume fraîche.

(Traduction : Rozsa Tatàr et Muriel Verstichel

 


A ma connaissance, il n'existait pas de traduction française de ce poème de Radnóti et qui se trouve, de plus, être mon préféré. Ainsi, faute de mieux, j'ai décidé de le traduire moi-même, assistée par Muriel, éminente poète.

La version originale se trouve au lien suivant :

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Attila József (1905-1937) : Rosée (Harmatocska)

4 Février 2010, 10:32am

Publié par Flora

   Après des pages oppressantes de ces derniers temps, sur mon blog, tournant involontairement autour du thème de la mort (le suicide de R. Kriszta y est sûrement pour quelque chose : il fallait apprivoiser, évacuer le chagrin...), j'ai envie d'une petite respiration -  et mes fidèles lecteurs aussi, je suppose !
  Je publie un poème de Attila József qui savait être lyrique, aussi bien que grave, la plupart du temps. Parmi plusieurs traductions existantes, je vous livre ici deux versions de la traduction d'un même poème, ainsi que l'originale, pour ceux qui peuvent les comparer. Cela illustre aussi les énormes difficultés de la traduction dans le domaine de la poésie. Aussi réussie que soit la traduction, le poème y échappe...

 
ROSÉE
Un framboisier accroupi
Se balance et, sur la branche,
En boule dort à demi
Un papier gras qui se penche.


Soir de perle, doux tableau,
Les feuillages s'entrelacent ;
Avec la brume plus haut,
Mon chant tremble dans l'espace.

Bourdonnant comme le pré,
J'ai travaillé sans relâche.
Que le ciel est donc léger !
L'atelier sombre à la tâche.

Je suis las, un peu béat,
Ou bon seulement peut-être.
Je bats comme l'herbe bat,
L'étoile qui vient de naître.
1929              
Adaptation : Guillevic



ROSÉE
Accroupi, se balance
Un framboisier. Sur lui,
Un papier gras poursuit
Sa douce somnolence.

Feuillages s'enlaçant !
Beau soir de perle fine !
Brume sur la colline
Où plane aussi mon chant !

Bourdon dans la prairie,
Sans trève j'ai trimé.
Que le ciel est léger
Sur ma forge assombrie !

Je suis las, un peu sot...
-  Ou bon, que vous en semble ?  -
Comme l'herbe je tremble
Et l'étoile, là-haut...
                    
Adaptation : Jean Rousselot


HARMATOCSKA

Guggolva ringadoz
a málnatő, meleg
karján buggyos, zsiros 
papiros szendereg.

Lágy a táj, gyöngy az est ;
tömött, fonott falomb.
Hegyek párája rezg
a halmokon s dalom.

Hát dolgoztam hiven,
zümmögve, mint a rét.
Milyen könnyű a menny !
A műhely már sötét.

Fáradt meg együgyű,
vagy tán csak jó vagyok
s reszketek, mint a fű
és mint a csillagok.
 



 

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Endre Illés (1902-1986) * Extraits

28 Janvier 2010, 14:48pm

Publié par Flora

Ces quelques extraits se trouvent cités dans l'article de Gyula illyés dont j'ai traduit précédemment le début. Je ne sais pas d'où ils sont tirés : l'auteur ne mentionne pas le titre. Les extraits illustrent "l'élément poétique" d'une prose. En lisant, j'ai été frappée par l'acuité du regard, de la justesse des mots pour exprimer ce que nous ressentons d'indicible dans pareille situation. Que tout le monde est appelé un jour à affronter. Il y a quelque temps encore, je ne sais pas si j'aurais été capable de le traduire... Peut-être.
A quoi sert la littérature ?...

   Pourquoi éprouvons-nous ce sentiment étrangement beau en nous penchant sur un endormi ?
   Parce que nous avons le pouvoir de le réveiller. Je me suis toujours penché sur un endormi avec le bonheur de ce pouvoir.
   Pourquoi les hommes considèrent-ils la mort comme la soeur du sommeil ?
   Parce qu'ils espèrent le réveil. C'est pour cette raison que nous saisissons tout de suite la main du mort, que nous l'appelons, que nous lui caressons le visage, pour qu'il se réveille. Comme tant de fois auparavant.
   Pourtant, derrière la peau, la cage thoracique, l'os frontal, il n'y a plus de coeur qui batte, de cerveau vivant autonome, d'yeux, de poumons qui se soulèvent  -  plus rien. Le visage du mort est comme une peinture : je vois les lèvres, le front, les paupières mais aucun n'a de prolongement vers l'intérieur. Plus de bouche qui prolonge les lèvres, de réflexe léger qui appartienne aux genoux, plus de pensée derrière le front. Le mort n'a plus de mots, de tissus, son corps n'est plus sillonné de nerfs, de vaisseaux, il n'a plus d'estomac, de foi, de palais, il devient un état unique : il dort, tandis que tout se mélange en lui. Les frontières intérieures, les membranes sont rompues.
...
   Je ne me souviens pas combien de temps je suis resté assis près d'elle*, morte, étendue sur le lit. Je savais bien que dès le moment où je préviendrais quelqu'un, le monde ferait irruption, les autorités, les gens. Ils me la prendraient. Nous ne serions plus jamais en tête-à-tête.
   Je n'arrivais pas à me lever. Je repoussais l'instant où je serais obligé d'avertir le monde.

  
Cela a duré dix minutes ou une demi-heure. Un temps rempli d'invraisemblance, de certitude et d'effroi juvénile. Je savais tout et je ne comprenais rien. 

* le hongrois ne distingue pas le masculin/féminin de il ou elle. Ainsi, on peut garder un certain aspect universel, une l'ambiguïté que je devais cependant rompre en français... 

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Gyula Illyés (1902 - 1983) : Extrait de son JOURNAL

23 Janvier 2010, 12:48pm

Publié par Flora

   Je feuillette le Journal (Naplójegyzetek, Századvég Kiadó 1994) de Gyula Illyés : il relate les années 1979-80. Je ne peux m'empêcher de me poser la question : pourquoi sommes-nous captivés par les journaux intimes, correspondances des grands écrivains ? Dans celui d'Illyés, aucune révélation croustillante et je m'y abîme quand-même... Le style. La réflexion pertinente qui jaillit d'un épisode apparemment insignifiant. L'écrivain, le poète y laisse sa patte, sa vision profonde, globale des choses, même s'il ne parle que des événements  du quotidien, de l'hôpital, d'une sortie, d'un enterrement ou d'une rencontre...

A propos de la poésie de Endre Illés (début):
L'émotion poétique nous atteint, la plupart du temps, de biais, de façon inattendue. La Muse se déplace pieds-nus. Elle ne marche pas, elle se faufile, elle se glisse, furtive; avec sa lanterne, elle éclaire les ténèbres, celles du monde de nos pensées et sentiments, dans lequel nous avançons nous-mêmes à tâtons.
   Notre surprise est double. La lanterne de la déesse compétente en poésie  -  Calliope (et Polymnie)  -  révèle des trésors éblouissants. Mais elle ne s'éclipse pas avec eux. Il est peu de dire qu'elle nous les laisse en cadeau. Ce fabuleux trésor était à notre portée, depuis les commencements, mais il se trouvait dans l'obscurité profonde ; c'est-à-dire, nous manquions d'yeux pour le voir. C'est cette expérience qui nous transporte au paradis, du moins à celui, imaginé par les Grecs.
   Plus un poème veut être "poétique" selon les règles, plus j'observe ses pas avec méfiance. Surtout les pas formatés, les plus faciles à suivre, selon les dernières écoles de danse! Que l'on peut habiller un poème en prose  -  sinon l'y dissimuler  -  Beaudelaire en a déjà fait loi. Il a écrit tout un recueil de ces poèmes déguisés. Nous ne nous rendons même pas compte combien de fois "l'élément poétique" jaillit dans l'oeuvre de prosateurs traditionnels  -  romanciers, nouvellistes. Combien de fois, les déesses citées plus haut traversent en courant les bois des phrases sévèrement objectives. (...)
 

traduction : R.T. 

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János Pilinszky : LE TROISIEME JOUR

16 Janvier 2010, 11:08am

Publié par Flora

Pour Muriel, en particulier...

Le troisième jour


Grondent les cieux gris cendre, les arbres de Ravensbrück,
C'est le troisième jour.
Et les racines sentent venir la lumière.
Et le vent se lève. Et le monde se met à la jubilation.

Des mercenaires ont pu le tuer,
Son coeur a pu cesser de battre  -
Le troisième jour, il triompha de la mort.

Et resurrexit tertia die.

traduction : T. Gorilovics

 


Harmadnapon

És fölzúgnak a hamuszín egek,
hajnalfele a ravensbrücki fák.
És megérzik a fényt a gyökerek
És szél támad. És fölzeng a világ.

Mert megölhették hitvány zsoldosok,
és megszünhetett dobogni szive -
Harmadnapra legyőzte a halált.
Et resurrexit tertia die.
 

 

 

Ce poème fait partie du recueil dont le précédent était également tiré. Pilinszky, le catholique profond, bouleversé par la visite d'un camp de concentration, sublime le martyre du prisonnier du camp en l'associant à la mort du Christ, lui assurant ainsi l'éternité.

 

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János Pilinszky : La passion de Ravensbrück

9 Janvier 2010, 11:20am

Publié par Flora

Num-riser0009.jpg

LA PASSION DE RAVENSBRÜCK

Il sort du rang.
Dans un carré de silence il s'arrête.
Comme une image projeté vacillent
Une casaque, une tête de forçat.

Il est effroyablement seul,
On voit les pores de sa peau :
De ce qui est lui tout est immense,
De ce qui est lui tout est minuscule.

Et c'est tout, pour le reste,
Ce fut tout simplement ceci :
Il oublia de crier
Avant de tomber à terre.


traduction : T. Gorilovics 

 

Ravensbrücki passió

 

Kilép a többiek közűl,
megáll a kockacsendben,
mint vetitett kép hunyorog
rabruha és fegyencfej.

Félelmetesen maga van,
a pórusait látni,
mindene olyan óriás,
mindene oly parányi.

És nincs tovább. A többi már,
a többi annyi volt csak,
elfelejtett kiáltani
mielőtt földre roskadt.


Pilinszky, poète et ardent catholique a été profondément marqué par la visite d'un camp de concentration après la guerre. Toute une série de poèmes en témoignent.

 

 

 

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Attila József (1905-1937) : Le long du Danube (A Dunánál)

2 Janvier 2010, 21:10pm

Publié par Flora

Ce texte, extrait d'un des immenses poèmes de A. József est un de mes préférés. Je me le récite parfois, un soir de mélancolie, pour me recharger de sa lumineuse intelligence et de son élan poétique virtuose. Pour entamer un nouveau calendrier, il faut un texte à la hauteur...
 
***


Voilà comment je suis, il y a cent mille ans
Que je regarde ce que soudain j'aperçois
Une seconde ! Et j'ai là tout entier le temps
Que mes cent mille aïeux contemplent avec moi.

Je vois ce qu'ils n'ont pu voir, car pour eux piocher,
Mettre à mort, embrasser, créer, c'était la loi.
Mais eux, plongés au sein de la matière, ils voient
Ce que moi je n'aperçois pas, pour dire vrai.

Nous nous connaissons comme la joie et la peine.
Le passé est à moi, le présent leur revient.
Nous écrivons ces vers, et ma plume, ils la tiennent ;
Je suis sensible à leur présence et me souviens...

 

(traduction : Jacques Gaucheron in "Aimez-moi",  éd. Phébus 2005)


A DUNÁNÁL

 

II.

Én úgy vagyok, hogy már százezer éve
nézem, amit meglátok hirtelen.
Egy pillanat s kész az idő egésze,
mit százezer ős szemlélget velem.

Látom, mit ők nem láttak, mert kapáltak,
öltek, öleltek, tették, ami kell.
S ők látják azt, az anyagba leszálltak,
mit én nem látok, ha vallani kell.

Tudunk egymásról, mint öröm és bánat.
Enyém a múlt és övék a jelen.
Verset írunk  -  ők fogják ceruzámat
s én érzem őket és emlékezem.


                                1936 

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Miklós Radnóti : Marche forcée (Erőltetett menet)

17 Décembre 2009, 22:58pm

Publié par Flora

Un des derniers poèmes de Radnóti, deux mois avant sa mort. L'espoir ne le quitte pas de survivre et de retrouver les scènes devenues idylliques du temps de la paix...
Il faut aller au bout de la ligne, à chaque fois, malgré la "déchirure" du milieu...


MARCHE FORCEE

Bien fou celui qui, tombé                  repart et marche avec nous,
qui meurt, errante douleur,                  ses chevilles, ses genoux,
mais lui se remet en route           comme un que porte des ailes,
rester, il n'ose le faire,                            en vain le fossé l'appelle,
si l'on demandait pourquoi,                          peut-être parlerait-il 
de la femme qui l'attend,                 d'un beau trépas plus subtil,
mais c'est encor, le crédule,                  être fou : depuis le temps
sur nos maisons ne circule                 que le vent, le vent brûlant,
les murs ne sont que décombres,      le prunier, brisé, n'est plus,
d'horreur, la nuit familière                est comme un monstre velu.
Que ne puis-je y croire encore !       Ce n'est plus qu'un souvenir,
ce qui fait le prix de vivre,                              la maison où revenir,
notre vieille véranda                               si fraîche où l'abeille rôde
où refroidissaient les pots             tout remplis de reines-claudes,
les derniers feux de l'été,                les fruits nus qui se balancent,
les vergers ensommeillés                              de soleil et de silence,
Fanny qui m'attend si blonde                sur la rousseur de la haie;
à tracer de lentes ombres                                 s'attarde la matinée -
oh oui, c'est possible encore !                La lune est si ronde ! Ami,
attends-moi ! Crie après moi !                Je me relève, et je te suis !

                                                                   Bor (en Serbie) 15 septembre 1944
                                                                                  traduction: J-L Moreau

ERŐLTETETT MENET

Bolond, ki földre rogyván               fölkél és ujra lépked,
s vándorló fájdalomként               mozdít bokát és térdet,
de mégis útnak indul,               mint akit szárny emel,
s hiába hívja árok,               maradni úgyse mer,
s ha kérdezed, miért nem ?              még visszaszól talán,
hogy várja őt az asszony               s egy bölcsebb, szép halál.
Pedig bolond a jámbor,               mert ott az otthonok
fölött régóta már csak              a perzselt szél forog,
hanyadtfeküdt a házfal,               eltört a szilvafa,
és félelemtől bolyhos                a honni éjszaka.
Ó, hogyha hinni tudnám :                nemcsak szivemben hordom
mindazt, mit érdemes még,              s van visszatérni otthon,
ha volna még! s mint egykor               a régi hűs verandán
a béke méhe zöngne,                míg hűl a szilvalekvár,
s nyárvégi csönd napozna               az álmos kerteken,
a lomb között gyümölcsök               ringnának meztelen,
és Fanni várna szőkén               a rőt sövény előtt,
s árnyékot írna lassan               a lassu délelőtt, -
de hisz lehet talán még !               a hold ma oly kerek !
Ne menj tovább, barátom,              kiálts rám ! s fölkelek ! 

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