Radnóti à Valenciennes
Il y a deux jours, nous avons fait notre soirée de lecture mensuelle autour de l'oeuvre courte mais accomplie de Miklós Radnóti. 1909-1944. On ne peut insérer que 35 ans entre ces deux dates... Mais quelles années! Deux guerres mondiales et une Europe anéantie!Sa courte vie prend son départ dans un drame : sa naissance est accompagnée de la mort de sa mère et de son frère jumeau... suivis du père, quelques années plus tard. D'origine juive - bien que la religion, "la race" ne prend pas une place importante dans sa réflexion (voir lien sur ce blog Extrait du "Journal" de Miklós Radnóti) - il perd son travail de professeur et fait plusieurs séjours dans des camps de travail. Epuisé par l'hiver, le travail dur de terrassement, la dénutrition, il est achevé, en compagnie d'autres prisonniers, d'une balle dans la nuque et enfoui dans une fosse anonyme. On le retrouvera plus tard et on l'identifiera grâce aux lambeaux de carnets retrouvés dans la poche de son imperméable, sur lesquels il griffonnera jusqu'au bout, parfois au clair de la seule lune, ses magnifiques poésies, témoignages de son indestructible soif de la beauté, de l'amour de sa femme et de son espoir, malgré tout, d'un avenir plus humain qui naîtra du bourbier.
Vous trouverez sur ce blog de nombreux textes traduits par Jean-Luc Moreau, et tirés du recueil "Marche forcée", publié par Phébus en 2000.
Les participants de la soirée, pour la plupart, ont découvert sa poésie lumineuse et tragique qui s'adresse au plus intime en nous, qui sublime les détails de la vie quotidienne pour en faire une source de bonheur inépuisable... et contagieuse. Pour l'illustrer, voici un poème écrit en 1938 :
Miklós RADNÓTI : JARDIN Á L’AUBE
De la maison endormie, silencieusement
ma femme franchit le seuil.
Un léger nuage blanc
passe au-dessus d’elle.
Elle se pose près de moi et les herbes
humides de l’aube la voyant
poussent de petits cris de joie
et les tiges des fleurs taiseuses
se penchent vers elle, la lumière
se promène et scintille ça et là
froissement, éclair de plume
un petit coq entonne son chant.
Un merle lui répond et le jardin
se met à murmurer, chaque buisson
abrite un sifflement vagabond
innombrables et fraîches, les feuilles éclosent
un brin de paille s’illumine
dans l’herbe et entre deux branches
planent, étincelants, des fils d’araignées.
Assis dans la lumière, nous nous taisons
le soleil tournoie au-dessus de nos têtes
son haleine sur nos épaules
sèche les perles de rosée.
1938. juillet 3.
Traduction RozsaTatar avec Muriel Verstichel
HAJNALI KERT
Az alvó házból csöndesen
kijött a feleségem,
egy könnyű felleg úszik épp
fölötte fenn az égen.
Mellém ül és a hajnali
nedves füvek most boldogan
felé sikongnak, hallani
és fordul már a hallgatag
virágok szára, jár a fény
s megvillan rajtuk néhol,
nesz támad itt, toll villan ott
s kakaska kukkorékol.
Rigó pityeg választ s a kert
susogni kezd, minden bokor
alján apró fütty bujdokol,
kibomlik sok hüvös levél,
s felfénylik itt egy szalmaszál
a fűben és két ág között
kis pókok fényes szála száll.
Ülünk a fényben, hallgatunk,
fejünk felett a nap kering
s lehelletével szárogatja
harmattól nedves vállaink.
