Le blog de Flora

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Péter Kántor (1949 -) : Lettre à ma mère (Levél anyámnak)

24 Avril 2012, 17:02pm

Publié par Flora bis

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Ce poème monumental a été publié pour a première fois en octobre 2011 dans un hebdomadaire littéraire hongrois. Depuis que je l'ai lu, j'avais envie de le traduire en français... La liberté, l'apparente simplicité de sa forme cache un vrai défi: comment faire ressentir derrière ce "détachement", la tension, l'émotion vive qui étreint le lecteur... Chacun éprouve l'impression qu'il aurait pu écrire lui-même ce texte... Seulement voilà: c'est bien impossible, tout ce que nous pouvons, c'est nous identifier au poète...

 

 

Péter Kántor:

LETTRE À MA MÈRE

Ma très chère Mère,

Cinq mois se sont écoulés depuis la dernière fois que je t'ai vue, tout ce temps

je suis allé dans ton appartement et je continue, j'arrose les plantes, 

je n'ai rien touché sauf le petit divan de la chambre, celui

que j'ai tout de suite fait descendre dans la cour, à sa place se trouve une armoire vide, et

ça me fait penser que Á. et sa fille ont emporté tes vêtements,

elles ont tout mis dans des sacs en plastique noirs  -  il y en avait peu, pourtant

ça m'a fatigué de leur passer les robes, les jupes, les corsages et les pulls,

les quelques manteaux, vestes, bas, écharpes et bonnets, sans un mot,

sa fille a trouvé dans la cuisine un presse-ail, elle l'a

pris tout de suite avec joie, puis nous avons chargé les sacs noirs dans la voiture,

et elles sont parties, et moi, j'ai essayé de ne plus penser à tout ça.

Une autre fois, T. est monté pour m'aider, 

il a enlevé ce montage au-dessus de l'armoire de l'entrée,

ce mur de tissu gris attaché sur des barres depuis le plafond

et moi, j'ai jeté tout le bric-à-brac amassé derrière,

il y avait ces vieilles valises  et j'ai secrètement espéré

y trouver quelque chose d'intéressant, mais rien, rien,

sauf un grand nombre d'échantillons de pansements de chez RICO,

je me suis débarrassé de tout ça et j'ai installé un verrou

sur la porte d'entrée, c'est tout. J'oubliais: dans trois

agences immobilières, j'ai mis en vente l'appartement depuis le mois de mai,

il y a néanmoins le plafond qui fuit et les fissures et le parquet noir,

les gens prennent peur, par contre le poêle en faïence leur plaît beaucoup,

tu avais raison d'y tenir à tout prix, il est vraiment beau,

tôt ou tard, sans le brader bien sûr, quelqu'un l'achètera

et alors, il faudra vider l'appartement, tout liquider

ça sera comme un deuxième enterrement, un adieu définitif.

Je n'ai pas touché tes affaires personnelles, tes agendas, les feuillets

dactylographiés que tu n'as pas eu la force de jeter en fin de compte,

évidemment, ça aurait été bien que tu mettes tout en ordre autour de toi,

que tu aies trié au moins les liasses de papiers à l'encre pâlissante,

mais le temps de te rendre compte, il était trop tard, tu n'as fait qu'emmêler les pages,

et à la fin, tu m'as tout laissé pour que je les jette ou non

laisse-les, t'ai-je dit, fais-moi confiance, ne t'en fais pas, je m'en occuperai

mais comment m'en occuper, on n'en parlait pas, un acheteur viendra bien

alors, j'emballerai les feuillets, les agendas, et le reste

ne m'intéresse pas, quelqu'un prendra les livres, les meubles et le buffet aussi

que vous avez eu en cadeau de grand-mère en 1939, ma fille, ça ne vaut pas la peine

d'en acheter un neuf, de toute façon, il y aura la guerre, vous en achèterez plus tard

un plus beau, mais vous n'en avez jamais acheté de beau, et la bibliothèque

et les quatre vieux fauteuils, les couteaux et les fourchettes, les assiettes, tout, et

plus jamais je ne monterai chez toi car les dernières plantes ont été

emportées aussi, une par moi, les deux restantes par quelqu'un d'autre, peu importe qui,

et je sortirai sur le balcon une dernière fois,

et je regarderai la maison d'en face, le Danube et le belvédère  du mont János,

et je me souviendrai que nous y jouions aux échecs avec mon père quand j'étais petit,

une couverture étendue sur la balustrade et les deux chaises pliantes,

et je me souviens qu'à l'époque, je me croyais éternel et que vous aussi,

vous étiez éternels dans un monde qui a un début une fin nous le savons bien

et les deux grands-mères comme deux statues étrusques en conversation,

si leur sourire a survécu à deux guerres mondiales,

c'est qu'elles étaient invulnérables de toute évidence,

elles faisaient partie du décor comme les objets d'une exposition permanente

même s'il arrivait toujours que quelque chose tombe et se brise

et qu'on ne peut recoller, c'est ainsi que j'imaginais les choses à l'époque,

et quand je rentrerai du balcon, une dernière fois,

tu te tiendras à mes côtés, invisible bien sûr, maman,

tu acquiesceras de la tête quand nous quitterons les vieux murs.

Quand est-ce que tout ça se passera, je ne sais pas encore,

si ce n'est cet automne alors peut-être l'été prochain,

cet automne je placerai encore mes pions sur l'échiquier,

et je leur ferai mon discours, je leur raconterai que notre situation

est tout sauf rose et ils en souriront,

je leur raconterai que l'endroit où nous nous tenons est un trou,

et que leur devoir est d'en remonter, quitte à chuter encore,

et si ça les prenait de s'apitoyer sur eux-mêmes, tout d'un coup

ce qui ne m'étonnerait personnellement pas du tout, bien au contraire,

alors sans prendre en considération leurs arguments qui sont nombreux,

je leur demanderai qu'ils arrêtent ça tout de suite,

car ça ne mènera à rien de bien,

et de toute façon, ils doivent comprendre,

mais où sont mes pions? où sont-ils?

entre-temps, la nuit tombe et le ciel est comme une plaie rouge qui démange,

et pendant ce temps des barbares se pavanent et chantent un monde peuplé de

barbares par tous ceux qui ne se pavanent pas avec eux,

mais je ne rentre pas dans les détails, ça t'ennuirait,

bien sûr rien n'est éternel et d'un autre côté

rien de nouveau sous le soleil, oui, c'est l'automne,

tout le monde le sait, et pourtant il faut crier, il faut

s'élancer ne serait-ce que d'un petit pas en avant,

ne pas attendre jusqu'à tomber au fond du trou,

jusqu'à ce qu'un acheteur se présente enfin pour l'appartement,

jusqu'à ce que quelqu'un m'invite à sa table, et que le vent

sèche sur ma joue les larmes de l'orphelin. C'est l'automne.

 

traduction de Rózsa Tatár avec Muriel Verstichel. 

l'originale est publiée sur mon blog hongrois.

 

 

 

 

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Attila József (1905-1937) : Humanité (Emberiség, 1935)

17 Avril 2012, 12:24pm

Publié par Flora bis

pim_foto_37_k.jpg En Hongrie, le 11 avril (anniversaire de Attila József) reste la Journée de la Poésie. Partout dans le pays, on organise des "Marathons de la poésie" où chacun peut arriver avec sa liasse de poèmes préférés, voire des siens, et les partager avec les autres. 

Bien sûr, il ne suffit pas de donner de la voix aux poètes un seul jour par an. Ce n'est pas une sorte de "Fête des Mères" que l'on peut ranger dans le tiroir de l'oubli pour le reste de l'année... J'ose croire que la poésie reste vivante en Hongrie, malgré l'ère du pragmatisme triomphant!

 

HUMANITÉ

Deux milliards de solitudes accouplées,

Humanité, que ma mère dans sa candeur

Brisée a fait plus grande, accroissant la douleur,

Pour toi, j'ose renaître en tes sphères troublées.

 

Toute en pleurs je t'ai vue aux rivières gelées,

Enfant blessée par la glace et son feu cruel.

Torturée, je t'ai vue resplendir sur l'autel

Des églises, ta mort aux offrandes mêlées.

 

Je t'ai vue dans ta niche, aux pieds des monts, croupir,

Tenant à cette vie à force de soupir

Qui mentent. Ah, de la Mort tu es bien la fille!

 

Exsangue, tu voudrais que l'on versât ton sang,

La folie grégaire à tous t'exhibe... et tu brilles!

Mais la douleur partout te suit d'un pas pressant...

traduction: Jean-Paul Faucher

 

EMBERISĖG

Óh, emberiség, kit törött anyám

szenvedni szaporított és nem értett!

Nem rettenek születni újra érted,

te két milliárd párosult magány!

 

Láttalak sírni a folyók fagyán,

mint gyermeket, kit a jég tüze sértett;

láttalak ölni, halni s mint nem éltet,

tündökölni a nagy egyházak falán.

 

Hegyen láttalak és lapulni ólnál  -

szerencsétlen, ki úgy élsz, mintha volnál,

megérdemled, hogy atyád a halál!

 

Vértelen arra vársz, hogy véred ontsák

s föl-fölmutat a társuló bolondság,

mely téged minden kínban megtalál.

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György SOMLYÓ (1920-2006) : La soirée d'adieu de Bartók (Bartók búcsúestje)

24 Mars 2012, 10:39am

Publié par Flora bis

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La soirée d'adieu de Bartók
 En quittant sa petite et fameuse patrie,*
Il s'inclina, lui qui jamais ne s'inclinait,
Et regarda les mains lui faire une forêt:
Pas un public pourtant, mais une troupe amie,
 
Tout ce camp de guerriers que la musique unie
A la douleur avait levé, aguerrissait.
Amers plus qu'ils n'avaient été, ils apprenaient
Qu'il faut des actes vrais quand monte l'infamie,
 
Lui opposer la digue faite avec les mains,
Donner à la révolte un nom qui soit commun,
Ouvrir cette prison pour tous, les lèvres closes...
 
Mais déjà le proscrit s'arrachait de chez lui;
Nous aussi nous faisions presque la même chose,
Avec pour lieu d'exil notre propre pays.
traduit par l'auteur
* allusion à une chanson populaire recueillie par Bartok

Bartók búcsúestje

Indulóban a híres kis hazából,
meghajtotta sosem-hajló fejét.
Nézve a kezek zúgó erdejét,
nem is közönség volt ez – harci tábor,
mely a zenétől s közös bánatától
egyszerre megsejtette erejét,
s ily keserűn már nem érezte rég,
hogy tett kellene most, tett a javából.
A vésznek, amíg lehet, szegni gátat,
közös nevet adni a lázadásnak,
feltörni börtönét és merev ajkát…
De már indult a bújdosó világgá.
S mentünk mi is, ki-ki amerre várt rá
a külön kis hazai hontalanság.

 

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Attila József (1905-1937) : Hiver (Tél, 1922)

12 Février 2012, 11:38am

Publié par Flora bis

Jozsef Attila 

HIVER

 

     Il faudrait faire un feu... bien grand, bien haut,

Pour que tous les hommes se chauffent à sa flamme.

 

Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,

Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,

     Les jouets des enfants, tel autre jeu,

     M'entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,

     Nous éparpillerions, je le proclame,

Tout ce qui semble beau. L'on entendrait soudain

L'incandescente flamme offrir au ciel serein

Les ardeurs de son chant. Les gens d'une même âme,

Ou d'un même pays, se donneraient la main.

 

Il faudrait faire un feu d'une folle envergure,

Car le givre a couvert les villes et les prés;

     Faire sauter la si froide serrure

De nos garde-manger. Et que les jets pourprés

Reçoivent de nos mains leur riche nourriture

Pour donner en retour la chaleur douce et pure.

 

     Il faudrait, oui, faire ce noble feu

Afin que les humains se dégèlent un peu.

 

texte français: Jean-Paul Faucher

 

 

TÉL

Valami nagy-nagy tüzet kéne rakni

hogy melegednének az emberek.

 

Ráhányni mindent, ami antik, ócska, 

csorbát, töröttet s ami új, meg ép, 

gyermekjátékot,  -  ó, boldog fogócska!  -

s rászórni szórva mindent, ami szép.

 

Dalolna forró láng az égig róla

s kezén fogná mindenki földijét.

 

Valami nagy-nagy tüzet kéne rakni,

hisz zúzmarás a város, a berek,

fagyos kamrák kilincsét fölszaggatni

és rakni, adjon sok-sok meleget.

 

Azt a tüzet, ó jaj; meg kéne rakni,

hogy fölengednének az emberek!

 

Vous remarquerez que le traducteur a changé la forme des strophes par rapport à l'originale (2 / 4 / 2 / 4 / 2) et il a fait débuté chaque ligne par majuscule (sans compter des divergence dûes aux rimes).

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Ágnes Gergely (1933 - ) * Femme stérile (Meddő asszony)

4 Février 2012, 17:12pm

Publié par Flora bis

Agnes_Gergely.jpg  FEMME STÉRILE

 

Elle ne connaît pas la gestation.

Sa chair  ne s'ouvre qu'à la passion.

Dans les éclats d'instants du partage

elle en ignore le prolongement,

les étoiles lui parlent autrement,

elle trébuche, trébuche sur le méridien,

se lève puisqu'elle est condamnée à se lever  -

hors d'elle-même

et dans la nuit qui se détache comme un pétale

son image regarde et se défait.

traduit par Anikó Fázsy et André Doms

 

 

MEDDŐ ASSZONY

 

Nem ismeri a beléköltözést.

Húsa csak szenvedélyre nyílik.

Az osztozkodás törtperceiben

nem tud a folytatásról

másként szólítják meg a csillagok

botlik, botlik a délkörökben

fölkel, mert fölkelni ítéltetett

magából

s a sziromként leváló éjszakából

elporzó önarcképe néz.

 

 

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János Pilinszky (1921- 1981) * TROIS COURTS POÈMES

14 Janvier 2012, 19:50pm

Publié par Flora bis

Pilinszky Janos 

DÉTRÔNEMENT

Nous passons à ton cou, écrite sur une pancarte,

ton histoire.

traduction: Maurice Regnaut

 

TRÓNFOSZTÁS

Táblára írva nyakadba akasztjuk

történeted.

 

FINAL

Moi, je me tiens peut-être au milieu.

C'est peut-être le soir. Peut-être le crépuscule.

Une chose est sûre: il se fait tard.

traduction: Guillevic

 

VÉGKIFEJLET

Magam talán középre állok.

Talán este van. Talán alkonyat.

Egy bizonyos: későre jár.

 

IN MEMORIAM F.M. DOSTOÏEVSKI

Inclinez-vous. (Il s'incline jusqu'au sol.)

Levez-vous. (Il se dresse.)

Enlevez la chemise, le caleçon.

(Il les enlève tous les deux.)

Regardez-moi en face.

(Il se retourne. Regarde en face.)

Rhabillez-vous.

(Il se rhabille.)

traduction: Guillevic

 

IN MEMORIAM F.M. DOSZTOJEVSZKIJ

Hajoljon le. (Földig hajol.)

Álljon föl. (Fölemelkedik.)

Vegye le az ingét, gatyáját.

(Mindkettőt leveszi.)

Nézzen szembe.

(Elfordúl. Szembanéz.)

Öltözzön föl.

(Fölöltözik.)

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Attila József (1905-1937) : Depuis que tu es partie (Mióta elmentél)

10 Décembre 2011, 17:27pm

Publié par Flora bis

Jozsef Attila 

MIÓTA ELMENTÉL

Mióta elmentél, itt hűvösebb

a sajtár, a tej, a balta nyele,

puffanva hull a hasított fa le

s dermed fehéren, ahogy leesett.

 

A tompa földön öltözik a szél,

kapkod s kezei meg-megállanak,

leejti kebléről az ágakat,

dühödten hull a törékeny levél.

 

 

Ó, azt hittem már, lágy völgyben vagyok,

két melled óv meg észak s dél felől,

a hajnal nyílik hajam fürtjiből

s a talpamon az alkonyat ragyog!...

 

Soványan űlök, nézem, hogy virítsz,

világ, kóró virágja, messziség.

Kék szirmaidban elhamvad az ég.

A nagy szürkület lassan elborít.

(1928)

 

DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C'est depuis que tu es partie que sont plus froids,

Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,

Et que le bois fendu s'affaisse et se détache.

Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

 

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s'engage,

Il recherche sa proie, s'arrête, fouille et tranche.

Et de son tourbillon précipite les branches.

Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

 

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais...

L'aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,

La plante de mes pieds brillait au crépuscule,

Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

 

Je suis assis, chétif... toi t'épanouissant,

Monde lointain, fleur de chiendent... Je te regarde.

Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde;

Moi langé par le soir qui tombe immensément...

traduction: Lucien Feuillade 

 

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Sándor Kányádi (1929-): Estampe 2. (Metszet 2.)

11 Novembre 2011, 11:47am

Publié par Flora bis

ESTAMPE  (2)

   ...et les ailes des grues battent sur mes épaules  (Tudor Arghezi*)

 

elles grapillent dans les chaumes de la fin de l'été

les grues en partance

le charbonnier souffle dans le creux de ses mains

sur sa moustache se fige la rosée

 

les eaux assourdissent leur fanfare

leurs bords cisèlent des dentelles

le froid immémorial serpente en mon coeur

comme une sonde souple

 

estampé de givre je m'arrête un vers ancien

et des ailes me croissant à l'intérieur

me font mal jusqu'aux os quand

vers le ciel s'envolent les grues

(1991

adaptation: Claire Anne Magnès

 

METSZET

...És darvak szárnya mozdul vállamon

                                        Arghezi-Dsida

nyárvégi tarlón szemelgető
útrakész darvak
markába fú a szénégető
bajszán megköt a harmat

halkabbra fogják a hars vizek
szélük csipkét ver
kígyózza szívem az őshideg
mint egy plasztik-katéter

Dérverten állok egy régi sor
s befelé növő szárnyak
sajdulnak csontomig amikor
a darvak égre szállnak

1991

* Tudor Arghezi écrivain roumain (1880-1967)
une première apparition sur ce blog:  Sándor Kányádi (1929-): Avant-propos (Előhang)

 

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Sándor Márai * Fin de semaine (Hétvége)

3 Septembre 2011, 18:54pm

Publié par Flora bis

Juste après les trois jours passés à Venise, comme un fait exprès, je suis tombée sur un petit volume, dans une librairie hongroise où je suis entrée glaner quelques lectures pour l'année à venir. "Une nuit à Venise", nouvelles vénitiennes d'écrivains hongrois... Comme pour prolonger les sensations toutes fraîches...

 

"Samedi, je m'envolai pour Venise..." Ces mots auraient pu figurer dans les récits d'écrivains utopistes du début du siècle. Donc, samedi, je me suis envolé pour Venise. Je suis parti à 9 heures. A midi et demie, je déambulais sur le Lido, le vaporetto m'a transporté à l'hôtel, à 1 heure, j'étais à table et à 2 heures, je suis allé boire un café à la place San Marco. Le soleil brillait. La brioche qui accompagnait le café avait un goût de vanille. Du sirop dans une carafe de cristal remplaçait le sucre. Il y avait de la musique partout sous les arcades. Vue du haut, tout comme du bateau, Venise semblait un étincellement de marbres et d'oripeaux multicolores. Sa beauté est insoumise aux cartes postales, aux voyageurs de noce et aux souvenirs; des siècles n'ont pas pu la souiller de la bave de leur enthousiasme visqueux. Conduis-moi où tu veux, ai-je dit au gondolier. Nous avancions lentement, l'eau berçait le cercueil noir et ce balancement m'a rappelé l'avion qui avait survolé la montagne avec la sérénité des très grands navires, sans tanguer. Dans une gondole, le passager attrape plus facilement le mal de mer. J'ai aperçu l'équarisseur d'eau qui se démenait dans sa gondole à barreaux avec ses chiens rebelles, ramassés dans les rues étroites par ses collègues terrestres. Dans la porte de l'hôpital, une vieille femme pleurait. Le ciel était sans nuage: un ciel de début de mai à Venise. (...)

traduit par R.T.

 

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János Pilinszky (1921- 1981) * Je crois bien

25 Juillet 2011, 13:57pm

Publié par Flora

 

 JE CROIS BIEN
 
Je crois bien que je t'aime;
les yeux clos, je pleure par ta vie.
Cependant vois-tu, les dieux,
la poussière et le temps
dressent de si lourdes collines
entre nous,
que parfois, de l'amour
l'angoisse misérable 
et le vertige me saisissent.
 
Alors, au fond de mon lit j'ai peur
comme la nature à minuit,
silencieuse et immobile.
 
Puis, 
je crois de nouveau que nous sommes l'un à l'autre,
que ma main rejoint la tienne.
traduction: R.T. (alias flora) avec la collaboration de Muriel Verstichel
 
AZT HISZEM
 
Azt hiszem, hogy szeretlek;
lehúnyt szemmel sírok azon, hogy élsz.
De láthatod, az istenek,
a por, meg az idő
mégis oly súlyos buckákat emel
közéd-közém,
hogy olykor elfog a
szeretet tériszonya és
kicsinyes aggodalma.
 
Ilyenkor ágyba bújva félek,
mint a természet éjfél idején,
hangtalanúl és jelzés nélkűl.
 
Azután
újra hiszem, hogy összetartozunk,
hogy kezemet kezedbe tettem.
                                            
 (1971)

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