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Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 2-3.

11 Décembre 2010, 20:13pm

Publié par Flora

Voici la suite du magnifique poème de A. József dont le début se trouve ici: 

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda)          

Restent les parties 4 et 5.

2.

Oh, combien je t'aime, toi

Qui as réussi à faire parler à la fois

La solitude intrigante, capable

Au tréfonds même du coeur de fomenter des cabales,

Et l'univers tout entier!

Toi qui, telle une cascade fuyant son propre fracas,

Me quittes pour continuer ton cours sans hâter le pas,

Tandis que moi, demeuré sur les cimes de ma vie,

Face aux lointains je crie

En continuant de me débattre : 

"Je t'aime, ô ma douce marâtre!"

 

3.

Je t'aime comme l'enfant aime sa mère,

Comme les cavernes aiment leurs profondeurs,

Je t'aime comme les salles aiment la lumière,

L'esprit la flamme, et le corps le repos réparateur.

Je t'aime, comme aiment vivre les mortels

Avant que le néant ne vienne les saisir,

Comme la terre accueille l'objet tombé sur elle.

 

J'accueille tes paroles, tes gestes, tes sourires.

Comme l'acide creuse le métal,

Mes instincts m'ont creusé pour que tu t'y installes.

 

Apparition belle et charmante,

Tu combles l'essentielle faim qui me tourmente.

Les instants passent dans une trépidation continuelle,

Mais toi, tu restes muette au fond de mes oreilles.

Les étoiles s'allument et tombent des cieux,

Mais toi tu brilles à demeure dans mes yeux.

Ta saveur comme le silence dans un gouffre

Flotte toujours dans ma bouche.

Parfois ta main, tenant un verre d'eau,

M'apparaît avec son réseau de veines, 

Comme surgie d'une brume incertaine.

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Attila József (1905-1937) : Ode (Óda)

22 Novembre 2010, 10:56am

Publié par Flora

ja.jpgTexte magnifique, magistral, total, écrit en 1933. Mon préféré avec "Le long du Danube" (A Dunánál"), né en 1936. J'ai longtemps hésité   -  et j'hésite encore  -  à le publier sur mon blog. Très long, on ne peut tout mettre à la fois avec sa version originale. Le couper  -  c'est le défigurer. Il se compose pourtant de plusieurs parties distinctes, à la manière d'une symphonie qui part en douceur, monte en crescendo hallucinant pour s'apaiser de nouveau à la fin. Je crois que je vais suivre les parties distinguées par A. József lui-même. Traduction : Jean Rousselot

 

ODE

1.

Me voici sur ce rocher scintillant...

La brise légère

Du jeune été s'élève de la terre

Comme la chaleur d'un souper charmant.

J'habitue mon coeur au silence, et vraiment

Ce n'est pas très difficile...

Ce qui s'est évanoui se rassemble autour de moi,

Ma tête s'incline et mes doigts

S'abandonnent, dociles.

 

Je contemple la crinière des monts.

Chaque fleur frissonne

Fait vibrer l'éclat de ton front.

Sur la route, personne, personne...

Je vois ta robe

Flotter au vent ;

Sous les frêles branches,

Je vois ta chevelure qui se penche

Et de tes seins le doux tressaillement ;

Puis, de la rivière Szinva, qui va courant,

Je vois de nouveau surgir

Sur les petits galets de tes dents

Un féerique sourire.

 

ÓDA

1.

Itt ülök a csillámló sziklafalon.

Az ifju nyár 

könnyű szellője, mint egy kedves 

vacsora melege száll.

 

Szoktatom szívemet a csendhez.

Nem oly nehéz -  

idesereglik, ami tovatűnt,

a fej lehajlik és lecsüng

a kéz.

 

Nézem a hegyek sörényét  -

homlokod fényét

villantja minden levél.

Az úton senki, senki,

látom, hogy meglebbenti

szoknyád a szél.

És a törékeny lombok alatt

látom előrebiccenni hajad,

megrezzenni lágy emlőidet és

-  amint elfut a Szinva-patak  -

ím újra látom, hogy fakad

a kerek fehér köveken,

fogaidon a tündér nevetés.

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Dezsö Kosztolànyi : Alouette (roman, fin)

6 Novembre 2010, 19:09pm

Publié par Flora

[...] Elle aurait trente-six ans, l'an prochain. Dans dix ans, elle aurait combien? Et combien dans dix ans encore? Papa aujourd'hui avait cinquante-neuf ans, maman cinquante-sept. Dix ans, même moins, peut-être. Et ses parents seraient morts. Qu'adviendrait-il alors, Sainte Vierge Bienheureuse, qu'adviendrait-il?

   Tout comme Jésus au-dessus du lit de ses parents, au-dessus du sien était suspendu un tableau représentant la Bienheureuse Vierge Marie, son grand enfant mort sur les genoux,, qui le berçait tout en montrant du doigt son propre coeur, transpercé par les sept poignards de la douleur maternelle. Et tout comme Jésus crucifié écoutait monter celle de ses parents, ce tableau, depuis le plus jeune âge d'Alouette, écoutait monter ses prières, ses prières candides, ses prières ardentes. Alouette a soudain tendu ses deux bras vers elle, en un mouvement violent qu'elle a réprimé aussi vite. Patience, patience. Il y en a qui souffrent encore bien plus.

   Elle était sur son lit, les yeux toujours fermés, sur ce lit de jeune fille où rien ne s'était encore passé, ce lit stérile et froid, où tout simplement elle dormait, où de temps à autre elle était malade, et sur lequel elle ne faisait que peser de tout son poids, comme un cadavre sur son catafalque. Il était beaucoup plus large et plus mou que le divan de Tarkö, elle y reposait plus à l'aise, elle s'est mise alors, l'esprit clair à nouveau, à réfléchir à ce qu'elle avait à faire.

    Demain donc, se lever avant sept heures, préparer, mais sans poivre, une viande au riz, puis des nouilles à la confiture, le tout pour faire prendre un peu de poids à ce pauvre bon père chéri. L'après-midi, continuer le napperon jaune qui n'était toujours pas fini, la famille là-bas n'ayant pas voulu qu'elle travaille, elle de son côté leur ayant cédé. Et la semaine prochaine, la grande lessive.

    Elle a ouvert les yeux, qu'elle avait tenus fermés très fort. Une ombre épaisse et mate, une noire profondeur l'entourait charitablement, et d'un coup, au contact de l'air ou peut-être à cause même de cette obscurité où elle ne voyait absolument rien, ses yeux se sont remplis de larmes, de larmes ruisselant avec abondance, et l'oreiller en un instant s'est retrouvé tout trempé, comme si le verre d'eau, sur la table de nuit, s'était renversé dessus. Elle n'a pas pu retenir ses sanglots. elle s'est mise à plat ventre, elle a collé sa bouche sur l'oreiller pour que ses parents n'entendent rien. Dans ce genre d'exercice, elle avait acquis déjà une certaine expérience.

    Le père n'avait toujours pas éteint.

    -  Alouette, a-t-il balbutié en levant le doigt vers la porte, et tout heureux il a regardé sa femme.

    -  Elle nous est revenue à tire-d'aile, a dit la mère.

    -  A tire-d'aile, a repris le père, notre petit oiseau nous est revenu.  

 

traduit par Adam Péter et Maurice Regnaut   Editions Viviane Hamy 1991

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Extraits de son journal (Napló)

7 Octobre 2010, 10:24am

Publié par Flora

293Je lis et relis le journal de Radnóti. Outre mon attirance pour le genre journal intime, le destin de ce poète me fascine dans son irrépressible soif de la beauté à une époque où la barbarie triomphait. Il est docteur en philologie et n'a pas le droit d'enseigner, en raison des lois anti-juif (un autre Extrait du "Journal" de Miklós Radnóti). Entre deux convocations au camp de travaux forcés, il croule sous les projets : traductions d'anglais, de français, d'allemand (Ben Johnson, Montherlant, La Fontaine, Trakl, Shakespeare, Rilke et d'innombrables autres...), essais et sa poésie propre. Il est pressé, fébrile : pressent-il sa fin proche et les nombreux projets restés en friche?

 Voici quelques extraits  de ses notes datant du juillet 1942.

1 juillet. 

Je suis mobilisé. La traduction de La Fontaine est interrompue. La patrie n'en a pas besoin... puisque la Muse ne m'a pas protégé pour que je puisse la terminer. J'avais l'intention de commencer le troisième tome des Jeunes Filles de Montherlant aujourd'hui même. Ce ne sera pas moi qui le traduirai non plus. Le Démon du Bien. Oui, "le Démon", mais "du Bien"? (*en français dans le texte)

   (J'ai expédié, de temps en temps mes notes, écrites au camp de travail, par "la poste noire" à Fif**. Elle les a rassemblées. Je prenais des notes dans un petit bloc à carreaux, comme en 1940, ce qui intriguait mes camarades, tout comme l'avait fait à l'époque, en l'an 40, cet autre carnet. Qu'est-ce qu'il peut bien gribouiller?...)

5 juillet.

On nous donne un brassard jaune et un calot militaire. Demain, vaccin contre le typhus. Je vis dans une profonde indifférence. Je porte le brassard jaune, et je n'en suis même pas "fier" comme beaucoup d'autres ici. Mais je n'en ai pas honte non plus. Ce serait mieux d'en être fier...

6 juillet.

Vaccination. Nous expédiera-t-on en Ukraine?  Ils font le vaccin au-dessus du coeur, en désinfectant la peau avec de l'iode. Symbole de la couleur. Tache jaune à même la peau. Après, ça saigne fort, l'aiguille a du toucher une veine. Je marche comme le Christ, la chemise ouverte, la poitrine en sang. 

   Distribution de chaussures et de pansements. On me donne des brodequins de taille 44, je suis obligé de faire la demande de pouvoir porter les miens. Après-midi, passage en revue. Le lieutenant-colonel parle : " Dans votre race, l'esprit de subornation est si fort que cela dépasse l'entendement. Je vous mets en garde contre toute tentative... vous pourriez vous retrouver au boulevard Marguerite***" etc. Les sous-officiers nous entourent en silence. Gratifié d'une nouvelle "particularité raciale", je me retire au pas de parade.

** Fif  -  Fanni Gyarmati, la femme du poète

*** boulevard Marguerite  -  maison d'arrêt,sinistre lieu de tortures

traduction : R. T.

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Ta main droite sous ma nuque (Tarkómon jobbkezeddel)

24 Septembre 2010, 16:45pm

Publié par Flora

293 

 

TA MAIN DROITE SOUS MA NUQUE

Ta main droite sous ma nuque, cette nuit j'étais couché.

J'avais du souffrir hier... : "Reste ainsi!" t'ai-je imploré...

J'écoutais dans tes artères le sang, le sang circuler.

 

A l'approche de minuit le sommeil soudainement

me submergea, m'engloutit comme au temps de ma lointaine,

de ma duveteuse enfance, et me berça doucement.

 

Mais trois heures, me dis-tu, n'avaient pas encor sonné

que sursautant de frayeur soudain je me suis dressé,

j'ai bredouillé, j'ai hurlé des mots incompréhensibles.

 

J'ouvrais tout grands les deux bras comme un oiseau qui s'effraie

d'une ombre dans le jardin, ses deux ailes déployées.

Où  -  vers où voulais-je aller? Quelle mort me faisait peur?

 

Tu me berçais, mon amour ; muet, je te laissais faire,

mais le chemin de l'horreur là-bas m'attendait toujours.

Je rêvais encore alors. Peut-être d'une autre mort.

(6 avril 1941)

traduction: Jean-Luc Moreau  éd. Phébus 2000, Marche forcée Oeuvres 1930-44

 

TARKÓMON JOBBKEZEDDEL

Tarkómon jobbkezeddel feküdtem én az éjjel,

a nappal fájhatott még, mert kértelek, ne vedd el ;

hallgattam, hogy keringél a vér ütőeredben.

 

Tizenkettő felé jár, s elöntött már az álom,

oly hirtelen szakadt rám, mint régesrégen, álmos,

pihés gyerekkoromban s úgy ringatott szelíden.

 

Meséled, még nem is volt egészen három óra,

mikor már felriadtam rémülten és felültem,

motyogtam, majd szavaltam, süvöltve, érthetetlen,

 

a két karom kitártam, mint félelemtől borzas

madár rebbenti szárnyát, ha árnyék leng a kertben.

Hová készültem? merre? milyen halál ijesztett?

 

te csittitottál drága s én ülve-alva tűrtem,

s hanyattfeküdtem némán, a rémek útja várt.

S továbbálmodtam akkor. Talán egy más halált.

 

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Dezső Kosztolányi (1885-1936) : Anna La Douce (Édes Anna)

16 Septembre 2010, 10:16am

Publié par Flora

      kosztolanyi2.jpgPoète, journaliste, romancier, traducteur, Kosztolányi fut un esprit brillant de la vie littéraire du début du 20e siècle. Voici un extrait de "Mémoires de Hongrie" de Sándor Márai, évoquant la figure du journaliste Kosztolányi: (...) Kosztolányi créait quotidiennement un petit chef-d'oeuvre, parce qu'il lui fallait vivre. Or, son travail lui permettait tout juste de gagner son pain. (...) Pourtant, ce qu'il écrivait ainsi, comme de la main gauche, et toujours à la hâte, était d'une absolue perfection. (...) Seuls les auteurs superficiels pensent que le secret du succès consiste à "se rabaisser au niveau du lecteur". Kosztolányi, comme tous les vrais écrivains, entendait, au contraire, se hisser au niveau du lecteur." (traduction: Georges Kassai et Zéno Bianu

Voici un extrait de son roman Édes Anna. Le nom de famille "Édes" ("doux, douce") se confond avec la douceur de la jeune servante : le titre français ne peut pas rendre cette ambiguïté. Anna, jeune paysanne, bonne à tout faire à la ville, se fait séduire par le jeune homme de la maison : débuts d'une tragédie...

(...) Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité, il parvenait à distinguer les contours des objets, il voyait Anna. Ses deux seins blancs luisaient, éclairant la nuit autour d'eux. 

   Il la questionna : avait-elle déjà eu un amant? Qui? Que savait-elle? Que ne savait-elle pas. Anna lui donna des réponses courtes, ambiguës, puis cessa de répondre. Venait-elle de se vexer parce que tout à l'heure il lui avait demandé de se taire?

   Jancsi en déduisit qu'elle s'était donnée à tout le monde et qu'elle était la dernière des dernières. Tant mieux, se dit-il. Et il se mit à l'assiéger à tort et à travers : par la flatterie, par la violence.

   Anna repoussa ces assauts maladroits avec simplicité. Puis, quand il essaya de la prendre à la taille, elle le repoussa si violemment que le lit grinça.

   -  Non, dit-elle durement.

   -  Mais pourquoi?

   -  Parce que. On n'a pas le droit.

   -  Ecoutez...

   -  Maintenant, laissez-moi tranquille. Allez voir les demoiselles. Là-bas vous pourrez rester.

   Oh, oh! Elle avait cessé de lui dire Monsieur. Apparemment, dans son lit, elle gardait les rênes en main. Jancsi fourra alors son visage dans l'oreiller multicolore, mordit la taie, ses joues furent bientôt toutes barbouillées de salive et de larmes. On pouvait entendre ses halètements amers.

   Il était couché sur le ventre.

   Soudain pourtant, un bras vint ceinturer son cou, et l'attira, le serra si fort qu'il en eut presque mal. Il n'avait pas assez d'air. Il se laissa lentement plonger dans le plaisir, s'immerger dans ce liquide tiède, alourdissant, pour s'y noyer, tout au fond, comme dans une baignoire de lait sucré.

   Elle avait une étonnante vigueur, cette petite paysanne, et elle était encore plus maigre qu'il ne le croyait. Quand il l'enlaça, il ne sentit sur son corps nulle trace de chair, rien que des veines et des muscles, et les os du bassin, ce creuset, ce mystérieux cratère de la création." (...)

éditions Viviane Hamy, 1992    traduction: Eva Vingiano de Piña Martins 

Voir (Dezsö Kosztolányi (1885-1936) *Alouette (Pacsirta) ) un précédent article, extrait de l'oeuvre de Kosztolányi.

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Sándor Weöres (1913-1989) : Pastorale

26 Août 2010, 17:16pm

Publié par Flora

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PASTORALE

L'ombre glisse à ta peau un reflet vert,

Tout enténébrés deviennent tes yeux,

Ton haleine chavire à mon épaule,

Ta bouche-papillon est sur mon cou.

 

Le battement de ton coeur dans le mien,

Des sarments tendus enlacent ma taille,

Tu es autour de moi, de tous côtés ;

Cercueil vivant, tu m'enveloppes toute.

 

Auprès du bord côtelé de mon flanc,

To ventre ondule et tes seins avec lui !

Bêtes dépourvues d'âmes nous gisons.

 

Des courants redoutables se déclenchent

Tel l'éclair vers la terre ennuagée.

Puis des larmes encerclent la pupille.

traduction: Guillevic

 

PASTORALE

Bőrödre zöld fényt lop a félhomály
s két szemgolyód egészen elsötétül.
Forró lehed a vállgödrömbe szédül,
nyakamra száll a pilleszárnyu száj.

A szíved lüktetése szíven üt,
feszes indák fonódnak derekamra,
te vagy köröttem fönn, lenn, jobbra, balra,
élő koporsó, átfogsz mindenütt.

Oldalam bordás tengerpartja mellett
hogyan hullámzik a hasad, a melled!
Fekszünk, lelketlen, mint az állatok.

Megindulnak félelmes áramok.
mint fellegárnyas föld felé a villám. -
Aztán burkot von a könny a pupillán.

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Krisztina TÓTH (1967 -) : Amoureux (Szerelmesvers)

15 Août 2010, 11:04am

Publié par Flora

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AMOUREUX

Effet trompe-l'oeil du filtre du feuillage, jet lumineux.

Tout est gorgé de cette lumière qu'émet son être.

S'il se retourne, il regarde à travers mes yeux.

Début d'automne, fatigué de sa propre lumière.

 

Toujours il me fascine par le rayonnement intime

Qui émane pour ainsi dire de tout son être

Par exemple lorsqu'il traverse la route couleur d'or

Membrane fine zébrée par l'averse comme une vitre.

 

"Mercredi : dentiste". Croissance du rêve aux noires racines.

Au fond toujours cette lueur qui vient de tout son être.

Racines torses et creuses la forêt agonise.

Le ravage patient toujours me fascine.

 

La disparition. Dormir dans la forêt pourissante de ses dents.

Certainement une forêt, flammes d'une saison trompe-l'oeil.

A travers le feuillage infiltré, les grottes du rêve

Qui engloutissent la lumière sur la route.

Traduction : Lionel Ray

 

SZERELMESVERS

Csalóka most az évszak lombszűrője, a fénysáv.
Átitat mindent a lényéből áradó.
Ha visszanéz, párás szemembe néz át
Az őszelő, fényétől lassan fáradó.

Mindig is lenyűgözött a lényén átsugárzó
Otthonosság, ha lehet így, mikor a zebrán
Megy át, mikor a sárga fényben játszó
Úton ha megy, eső csíkozta membrán.

Szerdán fogorvos, lombgyökér nő az álom
Mélyén, ott is a lényéből áradó
Fény, fény, a rothadó erdőt látom.
Mindig is lenyűgözött a mindent átható

Pusztulás, rothadó fogai közt feküdni.
Erdő lehet, csalóka évszak fénye.
A lombszűrőn át lent az álom mélye
Ahogy a fényt az úton összegyűjti.

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Ágnes Nemes Nagy (1922-1991) : Nuit

30 Juin 2010, 16:13pm

Publié par Flora

nemes.jpgNUIT

 

Je n'avais vu pareille nuit

Vu rien de plus noir que ce noir

Un fouet qui cingle est cette pluie

Délivrez-nous du mal ce soir

 

Délivrez-nous du mal ce soir

Je n'avais vu pareille nuit

Du ciel monte un grand cheval noir

 

Le haut du ciel s'épanouit.

Sur ses pas des taches de sang

De sang son fer est tout couvert

L'éclair fait des sillons sanglants

Sous la voûte ils suivent l'éclair

 

Sillons sanglants taches de sang

Je n'avais vu pareille nuit

Un fouet qui cingle est cette pluie

Délivrez-nous du mal ce soir

Délivrez-nous du mal ce soir

traduction : Guillevic

 

Éj 

Sose láttam ilyen éjet
Feketénél feketébbet
Ver a zápor szeges ostor
Szabadíts meg a gonosztól
Szabadíts meg a gonosztól
Sose láttam ilyen éjet
Fut a nagy ló fut az égnek
Kivirít a magos égbolt
A nyomába csupa vérfolt
Csupa vérfolt a patája
Fut a villám fut a mélynek
Csupa vércsík a nyomába
Csupa vércsík csupa vérfolt
Sose láttam ilyen éjet
Ver a zápor szeges ostor
Szabadíts meg a gonosztól
Szabadíts meg a gonosztól

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György PETRI (1943-2000) : Curriculum mortis

14 Juin 2010, 12:09pm

Publié par Flora

Petri gyorgy  

CURRICULUM MORTIS

Qui ceci, qui cela,

on panique, on rangeotte.

Qui l'eût su, qui l'eût cru,

on dévide sa vie

comme le fil à quenouille.

 

J'avais l'espoir, dans mon jardin

d'un beau semis de poésie ;

je bricole comme un vieux,

comme un vieux dans l'appenti.

 

Ce n'est pas ci, ce n'est pas ça

mais autrement, tant pis tant mieux.

Fini, de fin d'été, les soirées fraîches.

Reste Vieillir et Grelotter soudain.

Mais je prends le dernier virage du parcours

familier avant l'arrêt.

Et je sais...

(traduction de André Doms)

 

Halálrajz
Ki ezt, ki azt.
Rettegünk, rakosgatunk –
Ki hitte volna,
lepergetni életünk,
mint egy spulnit!
Reméltem, rendezett
kiskertben mívelek költészetet;
mint sufniban a vén, teszek-veszek.
Nem így,
másként alakul,
de ahogy, úgy van jól.
Nem adatnak a hűs nyárvégi esték,
csak a hirtelen, hideglelős öregség.
De úgy fordulok be az ismerős uton,
hogy a megállóig már nem. És tudom –
 

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