Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 2-3.
Voici la suite du magnifique poème de A. József dont le début se trouve ici:
Attila József (1905-1937) : Ode (Óda)
Restent les parties 4 et 5.
2.
Oh, combien je t'aime, toi
Qui as réussi à faire parler à la fois
La solitude intrigante, capable
Au tréfonds même du coeur de fomenter des cabales,
Et l'univers tout entier!
Toi qui, telle une cascade fuyant son propre fracas,
Me quittes pour continuer ton cours sans hâter le pas,
Tandis que moi, demeuré sur les cimes de ma vie,
Face aux lointains je crie
En continuant de me débattre :
"Je t'aime, ô ma douce marâtre!"
3.
Je t'aime comme l'enfant aime sa mère,
Comme les cavernes aiment leurs profondeurs,
Je t'aime comme les salles aiment la lumière,
L'esprit la flamme, et le corps le repos réparateur.
Je t'aime, comme aiment vivre les mortels
Avant que le néant ne vienne les saisir,
Comme la terre accueille l'objet tombé sur elle.
J'accueille tes paroles, tes gestes, tes sourires.
Comme l'acide creuse le métal,
Mes instincts m'ont creusé pour que tu t'y installes.
Apparition belle et charmante,
Tu combles l'essentielle faim qui me tourmente.
Les instants passent dans une trépidation continuelle,
Mais toi, tu restes muette au fond de mes oreilles.
Les étoiles s'allument et tombent des cieux,
Mais toi tu brilles à demeure dans mes yeux.
Ta saveur comme le silence dans un gouffre
Flotte toujours dans ma bouche.
Parfois ta main, tenant un verre d'eau,
M'apparaît avec son réseau de veines,
Comme surgie d'une brume incertaine.




