Le blog de Flora

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Et cruelle aussi (És kegyetlen)

4 Juillet 2011, 11:06am

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ET CRUELLE AUSSI

Ma mère est morte, ainsi que mon père et mon frère jumeau,

et la petite soeur de ma femme, et sa grande soeur et son mari.

 

Beaucoup sont morts, sans crier gare,

et quand en rêve nous faisons bombance, au soir,

nous entendons sous leurs tombeaux grandir encore

ongles sonores et poils stridents.

 

Par ailleurs notre vie est pure et nous n'avons pas de peine à sourire:

ma femme va et vient dans la pièce avec le froufrou léger de sa jupe;

le regard lumineux, elle met l'ordre chez nous.

 

Elle sait bien que les chiens des riches mordent

et que celui qui meurt, ils le raclent à l'os.

 

Ainsi notre vie est-elle sans peur et simple

comme ce papier ou ce lait sur notre table,

et cruelle aussi

comme auprès d'eux le couteau au regard lent.

 (1933)

traduction: Jean-Luc Moreau in ""Marche forcée" Oeuvres 1930-1944,  éd. Phébus 2000

 

ÉS KEGYETLEN

Az anyám meghalt, az apám és ikeröcsém is,

asszonyom kicsi huga, nénje és annak férje.

 

Sokan haltak meg és hirtelenül

s álmainkban, ha sokat vacsorázunk,

halljuk, hogy sírjuk alatt harsogva

nő a köröm még és szisszenve a szőr.

 

Tisztán élünk különben és könnyü mosollyal;

asszonyom járkál a szobán szoknyája kis neszével

és fényes szemmel rendezi tárgyainkat.

 

Tudja már, hogy harapósak a gazdagok kutyái

s hogy aki meghal, azt végleg elkaparják.

 

Oly félelem nélküli így az életünk és egyszerű,

mint a papír, vagy a tej itt az asztalunkon.

és kegyetlen is, 

mint mellettük a lassútekintetű kés.

(1933)

 

 

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Ágnes Nemes Nagy (1922-1992): Le soleil s'est couché (Lement a nap)

11 Juin 2011, 20:08pm

Publié par Flora

Nemes Nagy Agnes
LE SOLEIL S'EST COUCHÉ
Le soleil s'est couché. Non. Il est là.
On dit qu'il s'est couché mais le firmament
tient encore dans le creux de sa main cet autre
soleil, qui lui ressemble à s'y méprendre,
tel ce corps de verre du sablier
d'où s'est déjà écoulé le réel.
 
Et près de nous, des battements de lampes
vacillant sur les câbles électriques,
musique de métal des fils
que seul le vent commande.
 
Jeu de cache-cache
avec soi-même,
appels répétés:
ce sont déjà d'autres langages,
à cause d'eux, il faut faire vite.
(traduction: Guillevic)
 
  Lement a nap
Lement a nap. De nem. Még látható.
Csak voltaképpenment le, még az égbolt
tenyéröblében tartja ezt a másik,
megtévesztésig hasonló napot,
akár egy homokóra felső
üvegcsészéjét, melyből már kipergett
a voltaképpeni.
És lent a lámpák csattogásai
a drótkötélen imbolyogva,
a huzalok e természeti hangja,
mit nem vezérel más, csupán a szél.
Ezek már más beszédek,
ezek az önmaguk mögé
lecsúszó helyettesitések,
a vissza-vissza integettetések,
ezekkel már sietni kell.
 
 
 

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István Örkény (1912-1979) * "Amour-propre professionnel"

9 Mai 2011, 11:43am

Publié par Flora

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Je ne suis pas facile à abattre!

J'ai la maîtrise parfaite de mes émotions.

Je ne laissai rien paraître, pourtant, le labeur acharné de toute une vie, la reconnaissance de mes talents, tout mon avenir étaient en jeu.

-  Je suis artiste animalier, dis-je.

-  Que savez-vous faire? demanda le directeur.

-  J'imite les cris des oiseaux.

-  Hélas, fit-il avec dédain, c'est passé de mode.

-  Comment? Le roucoulement de la tourterelle? Le pépiement du moineau? Le courcaillement de la caille? Le cri de la mouette? Le grisollement de l'alouette?

-  Du passé, fit le directeur, las.

Cela me fit mal. Mais je ne laissai rien paraître, je crois.

-  Au revoir, dis-je avec politesse et m'envolai par la fenêtre ouverte.

traduction: R. T.  /flora    István Örkény: Egyperces novellák 

István Örkény (1912-1979) * "Rien de nouveau"  un autre texte du même recueil

 

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János Pilinszky (1921-1981) : Question

29 Avril 2011, 09:33am

Publié par Flora

Num-riser0009  

QUESTION

 

Que nous sommes loin des arbres de l'Eden!

Ce fier oiseau de notre monde,

nous devenons dans son bec poussière.

 

La vague gèle, 

le battement, le clapotis s'arrête,

se fendent les évidences.

 

De n'importe où

une phrase peut-elle venir

de n'importe où?

traduction : Maurice Regnaut

 

KÉRDÉS

 

Hol járunk már az éden fáitól!

Világunk büszke madarának

csőrében porladunk.

 

Hullám befagy,

lüktetés, csobogás eláll,

meghasadnak az evidenciák.

 

Akárhonnan,

érkezhet mondat

akárhonnan?

 

(Szálkák, 1971-1972)

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Sándor Kányádi (1929-): Avant-propos (Előhang)

14 Avril 2011, 10:33am

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DownloadedFile-copie-1.jpeg Sándor Kányádi, poète hongrois de Roumanie, est né en Transylvanie, au pays des Sicules, partie intégrante de la Hongrie jusqu'au traité de Versailles, clôturant la première guerre mondiale. 
 
AVANT-PROPOS
 
il y a des contrées de superbes
paysages où l'amertume
en ma bouche devient douceur
il y a des contrées tout au fond
des mots germent dans leurs prés
edelweiss sur leurs cimes rocheuses
des mots s'accrochent des mots
le ruisseau parent de mon sang
en mon coeur murmure gazouille
l'hiver pour l'abriter je gèle
son crincrin sous ma cuirasse
les sons qui font tinter la glace
printemps étés mes automnes
ma descendence mes aïeux
il y a des contrées je les porte
comme la peau sur mon corps
même tourmentés de superbes
paysages où l'amertume
en ma bouche devient douceur
il y a des contrées tout au fond
traduction: Claire Anne Magnès 
 
ELŐHANG

vannak vidékek gyönyörű 
tájak ahol a keserű 
számban édessé ízesül 
vannak vidékek legbelül 
szavak sarjadnak rétjein 
gyopárként sziklás bércein 
szavak kapaszkodnak szavak 
véremmel rokon a patak 
szívemmel rokon a patak 
szívemben csörgedez csobog 
télen hogy védjem befagyok 
páncélom alatt cincogat 
jeget-pengető hangokat 
tavaszok nyarak őszeim 
maradékaim s őseim 
vannak vidékek viselem 
akár a bőrt a testemen 
meggyötörten is gyönyörű 
tájak ahol a keserű 
számban édessé ízesül 
vannak vidékek legbelül

1982

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Comme un taureau (Mint a bika)

14 Mars 2011, 16:23pm

Publié par Flora

COMME UN TAUREAU

J'ai vécu ma vie à ce jour comme un jeune taureau

qui dans la chaleur de midi s'ennuie au milieu des génisses pleines

et pique des tours de galop pour proclamer sa force

et de sa bave, corsant son jeu, fait flotter un drapeau d'écume.

Et il secoue la tête, il se retourne, et l'air touffu sur ses cornes se fend,

et par ses sabots malmenées, herbe et terre éclaboussent la pâture effarée.

 

Et je vis maintenant encore comme un taureau, mais comme un 

qui dans la prairie stridente de grillons s'arrête court,

humant l'air... Dans les forêts de la montagne le chevreuil

-  il le sent  -  s'immobilise, écoute, part en flèche avec le vent

qui d'une bande de loups apporte l'odeur en sifflant...

Il hume l'air, mais ne fuit pas comme s'enfuient les chevreuils :

il pense que si l'heure vient, il luttera, succombera,

que la horde dispersera ses ossements dans la campagne...

et lentement, tristement il beugle dans l'air épais.

 

Ainsi lutté-je, ainsi tomberai-je; et mes os,

la campagne les gardera, pour que comprenne l'avenir.

1933

traduction: Jean-Luc Moreau

 

MINT A BIKA

Úgy éltem életem mostanig, mint fiatal bika,

aki esett tehenek közt unja magát a déli

melegben és erejét hirdetni körberohangat

s játéka mellé nyálából ereszt habos lobogót.

És rázza fejét s fordul, szarván a sűrü,

repedő levegővel és dobbantása nyomán

gyötrött fű s föld fröccsen a réműlt legelőn szét.

 

Úgy élek mostan is, mint a bika, de mint

bika, aki megtorpan a tücskös rét közepén

és fölszagol a levegőba. Érzi, hogy hegyi erdőkön

az őzbak megáll; fülel és elpattan a széllel,

mely farkascsorda szagát hozza sziszegve, -

fölszagol s nem menekül, mint menekülnek

az őzek; elgondolja, ha megjön az óra, kűzd

és elesik a csontjait széthordja a tájon a horda -

és lassan, szomorun bőg a kövér levegőben.

 

Így küzdök én is és így esem el majd,

s okulásul késő koroknak, csontjaim őrzi a táj.

 

 

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György SOMLYÓ (1920-2006) : Elle dort (Alszik)

26 Février 2011, 19:00pm

Publié par Flora

object.496bbd31-7d0c-4ad7-b3c1-cef604bd652e.ivy.jpeg  György Somlyó, grand poète de la génération de l'après-guerre, fils du poète Zoltán Somlyó. Poète, essayiste, traducteur de Valéry, Balzac, Shakespeare, Borges, Anouilh, Gide etc., a vécu quelques années en France et en Italie. Le poème ci-dessous est traduit par ses propres soins.

ELLE DORT

 

Elle dort. La couverture a glissé. Les plis

Voilent et puis dévoilent ses contours, sa forme.

Elle a comme la mer son flux et son reflux,

Elle a comme la mer la lumière sur elle.

 

Comme la mer elle est immobile et tremblante.

Elle filtre les bruits les plus menus du jour

Tout en touchant à quelque chose d'éternel

Dans la conscience engloutie, on ne sait où.

 

Elle dort, calme planète au sein de l'éther

Qui lui forme le lit. Qui sait combien de fois

Elle tourne dans le champ des gravitations

 

Du rêve inexplorable où l'on ne peut la suivre!

Elle emplit du secret qui dans son corps palpite

Tout un moment de l'univers qui la contient.

 

ALSZIK

 

Alszik. Válláról lecsúszott a paplan,

a redők váltva el- és felfedik idomait,
süllyed s emelkedik, mint a tenger,
megcsillanva a napban.

Mint a tenger, rengő és mozdulatlan,
s míg szűri az élet csöpp neszeit,
most örök dolgokkal érintkezik
valahol az elmerült öntudatban.

Alszik. Fényes, nyugodt bolygó az ágy egén,
s ki tudja, hány rotációban kering
az álom égi-holdi földi vonzása közt


fel nem kutathatón?

Teste lüktető titkával kitölti

a mindenségnek egy pillanatát.

traduction: György Somlyó

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Dezső Kosztolányi (1885-1936) : Ode de février (Februári óda)

14 Février 2011, 09:26am

Publié par Flora

Février sans fin, février sans lumière, il nous inspire rarement des idées guillerettes! Après Kosztolányi le romancier, voici le poète. Un de ses derniers poèmes, écrit en 1935, l'année précédant sa mort précoce, déjà très malade du cancer de la gencive... 

 

ODE DE FEVRIER

Ah, dans quelle fosse, dans quelle obscurité, ce février

Me fera-t-il tomber? Elle s'éteint

La lueur de mes astres. Bien terrible est le mal

Qui me terrasse.

 

Mon destin, embusqué dans un brouillard douteux,

Le voici maintenant près de moi. C'est ce loup

Déambulant, les dents dehors, là, dans ma chambre tiède,

Sur le tapis.

 

J'ai peur, je voudrais fuir. Où donc aller,

Où donc courir? C'est inutile et je m'affole et frappe

Et je me cogne à la porte de fer.

Elle est fermée.

 

Toi seule, ma bien-aimée, tu es là, comme une ombre,

Dans un lointain, effacée, pâle et raide,

Et veuve tu deviens de ce mari défunt qui t'abandonne

Traîtreusement.

 

Tu n'as pas encore de paroles creuses dans la bouche,

Tu ne me passes pas en cachette de la consolation,

Tu es là comme la sobre et merveilleuse réalité,

Grande et fidèle comme la mort.

 

J'en viens à oublier les palmiers de cette maison pour malades,

J'en oublie le sombre midi de cet hiver,

Et des profondeurs je pousse un cri vers les hauteurs

Dans la lumière.

 

C'était bon : parcourir avec toi les contrées amères

Dans la boue de cette planète, les champs mauvais,

Douce mère de mon bonheur,

Ma compagne dans le malheur.

 

Je ne me suis jamais aimé.

Toi, tu m'aimais et ta bonté, ta très simple bonté

Fut si rapide et si brûlante

Que tu m'as rejoint.

 

Lorsque le vent soufflait je n'avais pas l'idée

Que j'allais prendre froid

Mais déjà, devançant mon égoïsme, tu disais :

"Ne prends pas froid".

 

Et c'est ainsi, vois-tu, que je fais ton éloge objectif et précis,

Je le fais en bonne et due forme, tu y as droit,

Puisque tu fus toujours sans façons, aussi simple

Que le soleil dans son rayonnement.

 

Au milieu des scalpels et le destin sur mes épaules,

Je te chante, enfermé dans mon infirmité,

Moi sans bouche, avec ces plaies qu'il y a dans ma bouche,

Toi, la grandeur humaine.

1935

traduction : T. Gorilovics

 

FEBRUÁRI ÓDA

Jaj, mily gödörbe buktat e február,
mily mély homályba? Csillagaim hunyó
világa hamvad. Földre ver le
szörnyü betegség.

Sorsom, mely eddig tétova ködbe bújt
egyszerre itt van, szőnyeges és meleg
szobámba sétál, mint a farkas,
rám vicsorogva.

Ijedve futnék, ámde hová lehet?
Nincsen menekvés, zörgetek esztelen,
kemény kilincsen és vasajtón
koppan a szándék.

Csupán te állsz itt, kedvesem, árny gyanánt,
távolba mosva, sápatag és merőn,
már mint az özvegy, kit halott férj
hűtlenül elhágy.

Még sincs üres szó ajkadon, és hazug
vigaszt se súgsz te. Mint a csodálatos
józan való vagy, és a hűség
s mint a halál nagy.

El is felejtem a szanatórium
pálmáit és a téli-sötét delet,
s a mélyből a fényes magasba
fölkiabálok.

Jó volt tevéled járni a sárgolyó
üröm-vidékét, a keserű mezőt,
ó boldogságom édesanyja,
társam a rosszban.

Én nem szerettem önmagamat soha.
De te szerettél. Egyszerű és igaz
jóságod oly gyors, lángoló volt,
hogy utolértél.

Ha fújt a szél, még át se cikázhatott
a gondolat, hogy "meghülök", amikor
önzésem is előzve: "meghűlsz",
már te kimondtad.

Lásd, így dicsérlek szakszerü, tárgyias,
pontos szavakkal, úgy, ahogy illet ez,
mert köznapi voltál te mindég,
mint a verőfény.

Kések között, a végzet a vállamon,
téged dalollak, még nyomorékul is,
száj nélkül is, szájamba sebbel,
emberi nagyság.

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Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 5. et fin

12 Janvier 2011, 10:22am

Publié par Flora

Voici les accords finals de la symphonie : fin du vertige, apaisement.

L'éloge de la matérialité peut choquer les âmes sensibles pour qui la poésie ne franchit pas la barrière de la peau et doit parler de la beauté visible et de l'âme invisible...

Mais devant les lois vertigineuses et pures du cosmos notre existence terre à terre bégaie...

La femme à qui s'adresse ce poème est une presque inconnue, rencontrée par hasard et très brièvement, devenue symbole de la femme aimée. Certains prétendent que c'est la grande Absente, cette mère impossible à aimer qui n'a cessé de l'abandonner... Mais cet analyse nous mènerait beaucoup plus loin...

 

Comme des caillots

De sang, ces mots

Tombent devant toi.

L'existence bégaie.

Seules parlent purement les lois...

Mes organes industrieux qui m'enfantent de nouveau

Chaque jour se préparent déjà, je le sais,

A se taire à jamais.

 

Mais ils clameront tous, jusqu'à l'heure de ma fin :

Ô toi qui fus choisie parmi la multitude

De deux milliards d'être humains,

Ô toi l'unique! Ô toi doux berceau!

Vivante couche! Puissant tombeau!

Accueille-moi dans ton sein!

 

(Ce plein-cintre du petit jour, comme il est haut!

Des armées brillent au coeur de ces métaux.

Mes yeux sont éblouis par la vive clarté;

Je suis perdu, je crois, 

Et j'entends mon coeur battre de l'aile et claquer

Au-dessus de moi.)

 

                 Chanson subsidiaire

 

Le train m'entraîne. Je viens te rejoindre.

Dès aujourd'hui, qui sait, je peux t'atteindre...

Alors le feu de mon front s'éteindra.

Mais, tout bas, peut-être, tu me diras :

 

"Va donc prendre un bain; j'ai ouvert l'eau tiède,

Pour te sécher, voilà une serviette.

Si tu as faim, la viande est à chauffer.

Ton lit est toujours où je suis couchée."

traduction: Jean Rousselot

 

Ode (Óda)

Ode (Óda) 2-3.

Ode (Óda) 4.

 

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Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 4.

30 Décembre 2010, 18:56pm

Publié par Flora

En quoi suis-je donc construit,

Que ton regard me perce et me transforme ainsi?

Quelle âme est la mienne?

Quelle lumière, quel miraculeux phénomène

Me permettent de traverser le brouillard du néant

Pour explorer les pentes de ton corps fécond?

 

Comme le Verbe dans l'esprit qui s'ouvre, je descends

Dans les mystères de ton être charnel.

J'y vois, ainsi que des buissons, les méandres de ton sang

Trembler sans cesse,

Chargés d'un courant éternel

Qui fait éclore sur ton visage et qui mûrit

Dans ta matrice un fruit béni.

 

De ton estomac, l'aire sensible

Est bordée de mille racines imperceptibles

Dont les fils légers se nouent et se dénouent

Pour que que l'essaim de tes humeurs en toi se répande partout,

Et que le bel arbuste de tes poumons feuillus

Puisse chanter un hymne à sa propre gloire.

 

Heureuse, l'immortelle matière poursuit son chemin

Dans le tunnel de tes intestins.

Vivant et riche en est le sédiment

Dans le puits artésien de tes reins jaillissants.

 

En toi s'élèvent d'ondulantes collines,

Tremblent des voies lactées;

En toi des lacs bouillonnent et tournent des usines,

En toi s'affairent, comme la cruauté et la bonté,

Des milliers d'animaux vivants, 

Des insectes,

Des lianes.

En toi luit le soleil,

En toi triste aurore boréale veille.

En ta substance erre sans se lasser

Une inconsciente éternité.

 

Voici la partie principale de ce poème-symphonie, le crescendo qui est aussi un éloge à la matérialité de cette femme aimée, loin des mièvreries habituelles qui refusent d'aller au-delà des apparences : le poète chante la gloire du corps matériel qui l'attache à la fois au microcosme et au macrocosme de l'univers. Il est impossible de ne pas remarquer l'influence de "la Montagne magique" de Thomas Mann, immense écrivain allemand qui fascinait A. József ("Salut à Thomas Mann"). Il reste la dernière partie, le magnifique apaisement.

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 1.

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 2-3.

 

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