Gyula Illyés (1902 - 1983) : Extrait de son JOURNAL
Je feuillette le Journal (Naplójegyzetek, Századvég Kiadó 1994) de Gyula Illyés : il relate les années 1979-80. Je ne peux m'empêcher de me poser la question : pourquoi sommes-nous captivés par les journaux intimes, correspondances des grands écrivains ? Dans celui d'Illyés, aucune révélation croustillante et je m'y abîme quand-même... Le style. La réflexion pertinente qui jaillit d'un épisode apparemment insignifiant. L'écrivain, le poète y laisse sa patte, sa vision profonde, globale des choses, même s'il ne parle que des événements du quotidien, de l'hôpital, d'une sortie, d'un enterrement ou d'une rencontre...
A propos de la poésie de Endre Illés (début):
L'émotion poétique nous atteint, la plupart du temps, de biais, de façon inattendue. La Muse se déplace pieds-nus. Elle ne marche pas, elle se faufile, elle se glisse, furtive; avec sa lanterne, elle éclaire les ténèbres, celles du monde de nos pensées et sentiments, dans lequel nous avançons nous-mêmes à tâtons.
Notre surprise est double. La lanterne de la déesse compétente en poésie - Calliope (et Polymnie) - révèle des trésors éblouissants. Mais elle ne s'éclipse pas avec eux. Il est peu de dire qu'elle nous les laisse en cadeau. Ce fabuleux trésor était à notre portée, depuis les commencements, mais il se trouvait dans l'obscurité profonde ; c'est-à-dire, nous manquions d'yeux pour le voir. C'est cette expérience qui nous transporte au paradis, du moins à celui, imaginé par les Grecs.
Plus un poème veut être "poétique" selon les règles, plus j'observe ses pas avec méfiance. Surtout les pas formatés, les plus faciles à suivre, selon les dernières écoles de danse! Que l'on peut habiller un poème en prose - sinon l'y dissimuler - Beaudelaire en a déjà fait loi. Il a écrit tout un recueil de ces poèmes déguisés. Nous ne nous rendons même pas compte combien de fois "l'élément poétique" jaillit dans l'oeuvre de prosateurs traditionnels - romanciers, nouvellistes. Combien de fois, les déesses citées plus haut traversent en courant les bois des phrases sévèrement objectives. (...)
traduction : R.T.
A propos de la poésie de Endre Illés (début):
L'émotion poétique nous atteint, la plupart du temps, de biais, de façon inattendue. La Muse se déplace pieds-nus. Elle ne marche pas, elle se faufile, elle se glisse, furtive; avec sa lanterne, elle éclaire les ténèbres, celles du monde de nos pensées et sentiments, dans lequel nous avançons nous-mêmes à tâtons.
Notre surprise est double. La lanterne de la déesse compétente en poésie - Calliope (et Polymnie) - révèle des trésors éblouissants. Mais elle ne s'éclipse pas avec eux. Il est peu de dire qu'elle nous les laisse en cadeau. Ce fabuleux trésor était à notre portée, depuis les commencements, mais il se trouvait dans l'obscurité profonde ; c'est-à-dire, nous manquions d'yeux pour le voir. C'est cette expérience qui nous transporte au paradis, du moins à celui, imaginé par les Grecs.
Plus un poème veut être "poétique" selon les règles, plus j'observe ses pas avec méfiance. Surtout les pas formatés, les plus faciles à suivre, selon les dernières écoles de danse! Que l'on peut habiller un poème en prose - sinon l'y dissimuler - Beaudelaire en a déjà fait loi. Il a écrit tout un recueil de ces poèmes déguisés. Nous ne nous rendons même pas compte combien de fois "l'élément poétique" jaillit dans l'oeuvre de prosateurs traditionnels - romanciers, nouvellistes. Combien de fois, les déesses citées plus haut traversent en courant les bois des phrases sévèrement objectives. (...)
traduction : R.T.
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