Le blog de Flora

Gyula Illyés (1902 - 1983) : Extrait de son JOURNAL

23 Janvier 2010, 12:48pm

Publié par Flora

   Je feuillette le Journal (Naplójegyzetek, Századvég Kiadó 1994) de Gyula Illyés : il relate les années 1979-80. Je ne peux m'empêcher de me poser la question : pourquoi sommes-nous captivés par les journaux intimes, correspondances des grands écrivains ? Dans celui d'Illyés, aucune révélation croustillante et je m'y abîme quand-même... Le style. La réflexion pertinente qui jaillit d'un épisode apparemment insignifiant. L'écrivain, le poète y laisse sa patte, sa vision profonde, globale des choses, même s'il ne parle que des événements  du quotidien, de l'hôpital, d'une sortie, d'un enterrement ou d'une rencontre...

A propos de la poésie de Endre Illés (début):
L'émotion poétique nous atteint, la plupart du temps, de biais, de façon inattendue. La Muse se déplace pieds-nus. Elle ne marche pas, elle se faufile, elle se glisse, furtive; avec sa lanterne, elle éclaire les ténèbres, celles du monde de nos pensées et sentiments, dans lequel nous avançons nous-mêmes à tâtons.
   Notre surprise est double. La lanterne de la déesse compétente en poésie  -  Calliope (et Polymnie)  -  révèle des trésors éblouissants. Mais elle ne s'éclipse pas avec eux. Il est peu de dire qu'elle nous les laisse en cadeau. Ce fabuleux trésor était à notre portée, depuis les commencements, mais il se trouvait dans l'obscurité profonde ; c'est-à-dire, nous manquions d'yeux pour le voir. C'est cette expérience qui nous transporte au paradis, du moins à celui, imaginé par les Grecs.
   Plus un poème veut être "poétique" selon les règles, plus j'observe ses pas avec méfiance. Surtout les pas formatés, les plus faciles à suivre, selon les dernières écoles de danse! Que l'on peut habiller un poème en prose  -  sinon l'y dissimuler  -  Beaudelaire en a déjà fait loi. Il a écrit tout un recueil de ces poèmes déguisés. Nous ne nous rendons même pas compte combien de fois "l'élément poétique" jaillit dans l'oeuvre de prosateurs traditionnels  -  romanciers, nouvellistes. Combien de fois, les déesses citées plus haut traversent en courant les bois des phrases sévèrement objectives. (...)
 

traduction : R.T. 
Commenter cet article
L
<br /> probablement que dans un journal d'écrivain ,<br /> le commun des mortels trouve ses propres<br /> expériences ou états d'âmes ,mais tellement mieux formulés.<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> C'est bien vrai... C'est pour cela que je considérais les journaux intimes de mon adolescence (on m'en offrait, avec un cadenas!) tellement puérils que je n'ai jamais succombé à la tentation de les<br /> remplir;ils restaient désespérément vides...<br /> <br /> <br />
L
<br /> J'aime le genre du journal : il nous apprend beaucoup sur la vision de son auteur sur le monde. C'est encore mieux lorsque son rédacteur se met à être un critique littéraire. Je partage son point<br /> de vue sur les affectations poétiques. Ce domaine hongrois est une mine d'or !<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Personnellement, je ne me lasse pas de ces esprits grandioses et pertinents! Et par-dessus tout quand il nous font profiter d'un large éventail de la richesse d'une langue! <br /> La tentation est toujours immense de faire partager mes enthousiasmes, de même sur mon blog hongrois pour la littérature française...<br /> Merci à vous, Litteratus. <br /> <br /> <br />
J
<br /> Comment ne pas être d'accord avec cette analyse !<br /> Amitiés<br /> José<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Tu as raison! Et tu sais bien de quoi il parle.<br /> Amitiés: R. <br /> <br /> <br />