Miklós Radnóti : Marche forcée (Erőltetett menet)
Un des derniers poèmes de Radnóti, deux mois avant sa mort. L'espoir ne le quitte pas de survivre et de retrouver les scènes devenues idylliques du temps de la paix...
Il faut aller au bout de la ligne, à chaque fois, malgré la "déchirure" du milieu...
MARCHE FORCEE
Bien fou celui qui, tombé repart et marche avec nous,
qui meurt, errante douleur, ses chevilles, ses genoux,
mais lui se remet en route comme un que porte des ailes,
rester, il n'ose le faire, en vain le fossé l'appelle,
si l'on demandait pourquoi, peut-être parlerait-il
de la femme qui l'attend, d'un beau trépas plus subtil,
mais c'est encor, le crédule, être fou : depuis le temps
sur nos maisons ne circule que le vent, le vent brûlant,
les murs ne sont que décombres, le prunier, brisé, n'est plus,
d'horreur, la nuit familière est comme un monstre velu.
Que ne puis-je y croire encore ! Ce n'est plus qu'un souvenir,
ce qui fait le prix de vivre, la maison où revenir,
notre vieille véranda si fraîche où l'abeille rôde
où refroidissaient les pots tout remplis de reines-claudes,
les derniers feux de l'été, les fruits nus qui se balancent,
les vergers ensommeillés de soleil et de silence,
Fanny qui m'attend si blonde sur la rousseur de la haie;
à tracer de lentes ombres s'attarde la matinée -
oh oui, c'est possible encore ! La lune est si ronde ! Ami,
attends-moi ! Crie après moi ! Je me relève, et je te suis !
Bor (en Serbie) 15 septembre 1944
traduction: J-L Moreau
ERŐLTETETT MENET
Bolond, ki földre rogyván fölkél és ujra lépked,
s vándorló fájdalomként mozdít bokát és térdet,
de mégis útnak indul, mint akit szárny emel,
s hiába hívja árok, maradni úgyse mer,
s ha kérdezed, miért nem ? még visszaszól talán,
hogy várja őt az asszony s egy bölcsebb, szép halál.
Pedig bolond a jámbor, mert ott az otthonok
fölött régóta már csak a perzselt szél forog,
hanyadtfeküdt a házfal, eltört a szilvafa,
és félelemtől bolyhos a honni éjszaka.
Ó, hogyha hinni tudnám : nemcsak szivemben hordom
mindazt, mit érdemes még, s van visszatérni otthon,
ha volna még! s mint egykor a régi hűs verandán
a béke méhe zöngne, míg hűl a szilvalekvár,
s nyárvégi csönd napozna az álmos kerteken,
a lomb között gyümölcsök ringnának meztelen,
és Fanni várna szőkén a rőt sövény előtt,
s árnyékot írna lassan a lassu délelőtt, -
de hisz lehet talán még ! a hold ma oly kerek !
Ne menj tovább, barátom, kiálts rám ! s fölkelek !