Le blog de Flora

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Gyula Illyés (1902 - 1983) : Voiliers

7 Décembre 2009, 17:25pm

Publié par Flora



VOILIERS


Pour Paul Eluard


Ni ceci, ni cela. Ni les feuillages secs 
Des sourires  fanés, ni les vapeurs d'automne
Pesant sur le pays las de tes rêves de l'aube
N'arrêteront plus le coeur qui se laisse emporter

Le coeur qui s'endort en des terres plus lourdes
Que tous les lourds soupirs de cruels messages
Emporte impassible aux flots âcres des draps
Flots âcres des nuages vers l'avenir des eaux

Dans un pays profond profond pour les yeux
Saisis par les souvenirs d'un départ sans adieux
Sans larmes sans au-revoir.
                                    (écrit en français,  1924)

 

Gyula Illyés, figure éminente de la poésie hongroise du vingtième siècle, passe, dès l'âge de vingt ans, quelques années à Paris, suivant des cours à la Sorbonne, publiant en français dans des revues d'avant-garde. Ami d'Eluard, de Cocteau, d'Aragon et de Tzara, il aurait pu devenir un écrivain français comme tant d'autres. Mais il préfère rentrer en Hongrie et prendre la tête des écrivains "populistes". Plusieurs de ses recueils et de textes en prose sont parus en français, entre autres, aux éditions Seghers, Gallimard et dans une Anthologie de la poésie hongroise des éditions du Seuil en 1962. 


 

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Attila József (1905-1937) : Moi si heureux... (Én, ki emberként...)

1 Décembre 2009, 16:09pm

Publié par Flora

MOI SI HEUREUX...

Moi si heureux en tant qu'homme vivant,
Moi tels les mots parlant pour l'éternel,
Ah ! que je crie au ciel, comme toujours :
            Ô ma Flóra, je t'aime !

Un souffle doux et mille sortilèges
De toi m'ont fait ton chien obéissant ;
Tes sages doigts, le signe qu'ils m'adressent
            Me font être homme enfin !

Toi, belle et large coupe, tu es là,
Le ciel en toi est un bouquet de fleurs.
Fleurs de soleil, nuages, feuilles vives
             Contre le soir se penchent.

Mon âme, destrier, tu la chevauches :
Les eaux, les champs, à peine il les effleure !
De tes beaux yeux couvrant herbes, insectes,
             Jaillit la raison pure.

C'est le soir, tout autour sont les étoiles,
Vois l'univers, cette cage dorée...
Et comme elle t'enferme, ô mon petit
              Oiseau emprisonné !
                                      
traduction : Lucien Feuillade



ÉN, KI EMBERKÉNT...


Én, ki emberként vagyok, élve, boldog,
mint olyan dolgok, mik örökre szólnak,
hadd kiáltom szét az egeknek újból  -
         Flóra, szeretlek !


Ajkaidról lágy lehü, száz varázslat
bűvöl el, hogy hű kutyaként figyeljem
könnyű intését okos ujjaidnak,
         mint leszek ember.

Flóra, karcsú, szép kehely, állsz előttem,
mint csokor van tűzve beléd a mennybolt,
s napvirág felhők, remegő levél közt
          hajlik az estnek.

Lelkemen szöktet, paripán, a képed,
épp csak érintvén vizeket, mezőket.
Két szemedből fűre, bogárra, tiszta 
          érzelem árad.

Este van, mindent körüláll a csillag,
lásd, a mindenség aranyos kalitka,
benne itt vagy, én csevegőm, óh, itt vagy,
          rabmadaracskám !
                                                    
1937
                                          



 

 

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Sándor Márai * Mémoires de Hongrie (FÖLD, FÖLD !...)

18 Novembre 2009, 16:47pm

Publié par Flora

(...) Assurément, les alcools français sont excellents. Ils dilatent les vaisseaux capillaires et permettent à l'oxygène véhiculé par le sang, ce suc nourricier de la conscience, de parvenir rapidement au cerveau. Où était donc ma place? En Europe occidentale, cette terre brûlée que les mensonges avaient rendue sourde? Ou me fallait-il rentrer à Budapest? Mais que trouverais-je alors chez moi? La "Patrie"? Je n'avais nulle envie de faire de grandes déclarations ni de me bercer d'illusions. Cependant, il existe dans la vie des moments où nous croyons entendre une réponse, surprendre un message. C'est ce qui m'arriva ce soir-là. Et tout comme deux décennies auparavant, dans une situation analogue, la réponse fut prononcée tout bas. Oui, il fallait que je rentre en Hongrie où personne ne m'attendait, où je n'avais ni "rôle" à jouer ni "mission" à accomplir  -  mais où se pratiquait la langue hongroise, l'unique sens de ma vie.
   Je venais de le comprendre une fois de plus, de le comprendre pleinement. Car, au fond, jeune ou grisonnant, je ne m'étais vraiment intéressé qu'à la langue hongroise, et à son expression la plus élevée, la littérature. Une langue que, parmi les milliards d'habitants de cette planète, seuls dix millions d'individus comprenaient et une littérature qui, prisonnière de cette langue, n'avait jamais réussi  -  malgré les efforts héroïques de plusieurs générations  -  à révéler au monde sa véritable essence. Mais cette langue et cette littérature représentaient pour moi la vie, dans toute sa plénitude. Car c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire. (Et c'est seulement en elle que je puis taire ce que je veux passer sous silence.) Je ne suis ce que je suis que dans la mesure où je peux formuler, en hongrois, ce que je pense. Par exemple, en cette soirée du 10 février 1947, la certitude que ma seule "patrie" est la langue hongroise. C'est pourquoi je devais, de toute urgence, rentrer en Hongrie pour y vivre et attendre le moment où il me serait à nouveau possible d'écrire librement. (...)
(...) Devant le pont d'Enns, sur la ligne de démarcation de la zone d'occupation soviétique, un militaire russe entra dans le compartiment et me demanda mon passeport. Vêtu d'un uniforme impeccable, c'est avec une rigueur toute militaire, mais non sans courtoisie, que ce soldat rouge dévisagea les voyageurs. Il examina longuement mon passeport, compara mon visage avec la photo qui s'y trouvait et, en silence, mais sans se départir de sa politesse, il me rendit le document, me salua en portant la main à sa toque, referma la porte derrière lui et s'en fut. Je le suivis du regard et me dis que ce soldat était certes un ennemi, qu'il avait commis nombre d'atrocités en Hongrie et qu'il allait sans doute en perpétrer bien d'autres, qu'il pourrait assurément me dépouiller de tous mes biens, voire me tuer, mais  -  et c'était là une certitude  -  il ne méprisait pas le Hongrois que j'étais. (A l'Ouest, j'avais souvent eu à affronter, moi, voyageur venu de l'Est, des regards de commisération polie.) (...)

traduction de Georges Kassai et Zéno Bianu

Un extrait de plus de ce livre qui me parle tant... Intéressant, son attitude envers la langue, que je ne partage pas mais que je comprends. Je ne peux m'empêcher de penser au tragique de son destin : il émigre en 1948, en passant par l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, il s'établit aux Etats-Unis et se suicide en 1989. 

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István Örkény (1912-1979) * "Rien de nouveau"

11 Novembre 2009, 16:47pm

Publié par Flora

 

   Un après-midi, à l'emplacement 14 de la vingt-septième parcelle du cimetière municipal de Budapest, le monument funéraire en granite de plus de trois tonnes se renversa dans un grand fracas. Tout de suite après, la tombe se fendit en deux et la défunte qui y gisait, nommément Mme Mihály Hajduska née Stefánia Nobel (1827-1848), ressuscita.
   En lettres défraîchies par le temps, le nom du mari était également gravé sur la pierre, cependant, pour des raisons inconnues, lui ne ressuscita pas.
  A cause du temps maussade, il y avait peu de monde au cimetière mais ceux qui entendirent le vacarme, s'amassèrent autour de la tombe. Entre temps, la jeune femme se débarrassa des mottes de terre, emprunta un peigne et se recoiffa.
   Une petite vieille à la voilette de deuil lui demanda comment elle se sentait.
   Bien, merci, lui répondit Mme Hajduska.
   N'avait-elle pas soif, s'enquit un chauffeur de taxi.
   Pas pour l'instant, répondit la défunte.
  Telle que cette eau de Budapest était exécrable, remarqua le chauffeur, lui-même n'en aurait pas voulu.
   Qu'est-ce qu'elle avait, l'eau de Budapest, demanda Mme Hajduska.
   On y ajoutait du chlore.
  Vrai, on y ajoutait du chlore, acquiesça Apostol Barannikov, un jardinier bulgare qui vendait des fleurs à l'entrée du cimetière. Et pour cette raison, lui, il devait arroser ses plants les plus délicats à l'eau de pluie.
   Quelqu'un remarqua que de nos jours, dans le monde entier, on ajoutait du chlore à l'eau.
   A ce stade, la conversation resta en suspens.
   Qu'y avait-t-il d'autre de nouveau, demanda la jeune femme.
   Rien de particulier, lui répondit-on.
   Silence. La pluie se mit à tomber.
   -  Vous n'allez pas vous mouiller? s'adressa à la ressuscitée Dezső Deutch, artisan, fabricant de canne à pêche.
   Ça ne faisait rien, dit Mme Hajduska. Qu'elle aimait la pluie.
   Ça dépendait quelle pluie, remarqua la petite vieille.
   Qu'elle parlait de cette pluie tiède d'été, précisa Mme Hajduska.
  Qu'il ne voulait aucune pluie, dit Apostol Barannikov, car elle éloignait les visiteurs du cimetière.
   Qu'il pouvait très bien le comprendre, acquiesça le fabricant de canne à pêche.
  Une plus longue pause s'installa dans la conversation.
   -  Racontez-moi quelque chose; la ressuscitée les dévisagea.
   -  Raconter quoi? dit la petite vieille. Nous n'avons rien à raconter.
   -  Il ne s'est rien passé depuis la guerre de libération?*
  -  Il se passe toujours quelque chose, fit un geste l'artisan. Mais comme disent les Allemands : Selten kommt etwas Besseres nach.
    -  Voilà, ajouta le chauffeur de taxi et l'air de prendre un client, il retourna à sa voiture, déçu.
   Ils se turent. La ressuscitée jeta un coup d'oeil dans la tombe, restée béante. Elle attendit un peu mais constatant qu'ils étaient tous à court de sujet, elle prit congé.
   -  Au revoir, dit-elle en redescendant dans le trou.
   Le fabricant de canne à pêche, attentionné, lui tendit le bras pour qu'elle ne glisse pas dans la boue.
  -  Bonne continuation, lui dit-il, en regardant dans la tombe.
  -  Que s'est-il passé, s'enquit le chauffeur de taxi à l'entrée. Elle n'est quand-même pas retournée dans la tombe?
   -  Si, si, hocha la tête la petite vieille.
   -  Pourtant, on a si bien bavardé.

Traduction : R. T. István Örkény : Egyperces novellák (Nouvelles d'une minute) éditions Magvető 1974
*
ils'agit de la guerre pour l'indépendence de la Hongrie en 1848-49, contre les Habsburg 


Ecivain, auteur dramatique, István Örkény cultive le grotesque dans ses textes. Ces "nouvelles" très courtes tentent d'en dire beaucoup avec peu de mots, en sollicitant l'imagination du lecteur pour être leur partenaire  
 
   

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Miklós Radnóti : Déjà le soleil rougit les baies d'automne

1 Novembre 2009, 21:06pm

Publié par Flora

DÉJÀ LE SOLEIL ROUGIT LES BAIES D'AUTOMNE

Elle est blonde et païenne, elle n'a foi qu'en moi
et se cabre et chuchote à la moindre soutane :
"rien n'existe que l'herbe et l'arbre et le soleil
et la lune et l'étoile, et les bêtes bien sûr
dans les champs aux mille couleurs." Puis elle file :
la poussière s'élève heureuse sur ses pas.


Pourtant là-haut vers les jardins le christ
aussi voit ses baisers et le bleuet
s'incline devant elle avec plaisir, car toujours
il y a l'admirant en vain
un saint homme barbu, énamouré.


Elle a dix-huit ans, et lorsqu'elle est sans moi
elle va sans rien dire ainsi que la rivière
à midi, l'été, entre les arbres de ses rives,
et berce dans son coeur ce chatoyant souci
que jamais nous n'épuiserons tous nos baisers
et s'afflige. Déjà le soleil rougit les baies d'automne.


traduction : Jean-Luc Moreau 


PIRUL A NAPTÓL MÁR AZ ŐSZI BOGYÓ

Szőke, pogány lány a szeretőm, engem
hisz egyedül és ha papot lát
rettenve suttog : csak fű van és fa ;
nap, hold, csillagok s állatok vannak
a tarka mezőkön. És elszalad. Por
boldogan porzik a lábanyomán.

Pedig fönn a kertek felé
feszület is látja a csókját és
örömmel hull elé a búzavirág,
mert mindig hiába megcsudálja őt
egy szerelmetes, szakállas férfiszentség.

Tizennyolc éves és ha nélkülem van,
hallgatva jár, mint erdős partok
közt délidőn jár a víz s
csillogó gondot ringat magában arról,
hogy sohasem telünk el a csókkal és
szomorú. Pirul a naptól már az őszi bogyó.
(1 septembre 1930) 

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Miklos Radnoti * Fragment

26 Octobre 2009, 07:04am

Publié par Flora

FRAGMENT

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'homme était tombé si bas que, de lui-même,
il tuait avec joie sans avoir besoin d'ordres.
Ses croyances n'étaient qu'errances et erreurs,
et sa vie, un tissu d'obsédantes terreurs.

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
qui tenait la délation pour méritoire,
dont les héros étaient des assassins, brigands, traîtres.
Celui qui se gardait, par hasard, d'applaudir,
comme un pestiféré il se faisait haïr.

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où pour un mot trop haut on devait se cacher
et se ronger les poings en ravalant sa honte.
Le pays aveuglé faisait bonne figure
à l'horreur d'un destin soûl de sang et d'ordure.

j'aurai vécu sur cette terre à une époque
où l'enfant maudissait sa mère. En ce temps-là
la femme grosse était heureuse d'avorter,
et le vivant trouvait les défunts enviables
tandis que le poison bouillonnait sur la table.

...........................................................

J'aurai vécu sur cette terre à une époque
où, muet, le poète attendait que ta voix
retentisse à nouveau pour fulminer le juste
anathème  -  nulle autre n'en étant capable  -
O, Isaïe, maître du Verbe redoutable !
traduction Roger Richard

TÖREDĖK
Oly korban éltem én e földön,
mikor az ember úgy elaljasult,
hogy önként, kéjjel ölt, nemcsak parancsra,
s míg balhitekben hitt s tajtékzott téveteg,
befonták életét vad kényszerképzetek.

Oly korban éltem én e földön,
mikor besúgni érdem volt s a gyilkos,
az áruló, a rabló volt a hős, -
s ki néma volt netán s csak lelkesedni rest,
már azt is gyűlölték, akár a pestisest.

Oly korban éltem én e földön,
mikor ki szót emelt, az bujhatott,
s rághatta szégyenében ökleit, -
az ország megvadult s egy rémes végzeten
vigyorgott vértől s mocsoktól részegen.

Oly korban éltem én e földön,
mikor gyermeknek átok volt az anyja,
s az asszony boldog volt, ha elvetélt,
az élő írigylé a férges síri holtat,
míg habzott asztalán a sűrű méregoldat.

..................................

Oly korban éltem én e földön,
mikor a költő is csak hallgatott,
és várta, hogy talán megszólal ujra -
mert méltó átkot itt úgysem mondhatna más, -
a rettentő szavak tudósa, Ésaiás.

.................................
                                  
19 mai 1944 

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Sándor Márai * Mémoires de Hongrie (FÖLD, FÖLD!)

14 Octobre 2009, 15:19pm

Publié par Flora

[...] Tout écrivain hongrois connaissant une langue occidentale estimait qu'il était de son devoir de traduire (Jókai, Mikszáth et Krùdy ne traduisaient pas parce qu'ils ne comprenaient pas les langues étrangères). Mais la génération des Arany, Vörösmarty et Petöfi traduisait avec la même conscience professionnelle que celle de Nyugat.*  Traduire, ils le savaient, était un devoir  -  et cette activité ne consistait pas seulement à rendre le sens d'un mot étranger par un mot hongrois correspondant. Traduire, c'est aussi déchiffrer un message codé, car la langue que l'on traduit s'introduit avec ses tics et ses grimaces, et ce code-là est intraduisible. L'étranger, écrivain ou touriste, croit s'être familiarisé avec une langue étrangère, s'imagine s'être approprié ses secrets et pouvoir prononcer impunément quelque phrase anodine du genre : "Ce matin, je suis allé en ville", sans se douter que le natif entendra peut-être quelque chose comme : "Aux aurores, je me rendis aux remparts", et accueillera cette phrase avec un sourire aussi poli qu'embarrassé. Toute traduction est trahison, c'est entendu. Et pourtant, ces écrivains traduisaient  -  Kosztolányi aussi  -  tout en sachant qu'on ne restitue que le sens, et qu'on reste désarmé devant les allusions et les sous-entendus. L'écrivain français ou anglais connaissait son public, et s'adressait au lecteur avec la complicité que leur conférait une culture de classe partagée : il savait qu'ils se comprendraient à demi-mot, ou, au moins, qu'ils ne se comprendraient pas "de travers". L'écrivain hongrois, lui, ignorait quelle interprétation serait donnée de ses non-dits, qu'on appelle aussi "connotations". (Vers le milieu du siècle, il était prudent de mettre toute allusion ironique entre guillemets : il fallait signaler au lecteur que l'auteur ne prenait pas ce qu'il disait "au pied de la lettre", mais qu'il ne faisait que jouer avec une idée.)
   Kosztolányi le savait. Il savait aussi que l'écrivain ne peut créer que dans une sorte de transe, mais la transe lucide d'un mathématicien travaillant à un théorème. Selon ses propres termes, on commet un chef-d'oeuvre comme un forfait. Et tous les jours, il commettait un forfait de ce genre. Kosztolányi était pressé car, en écrivant, il ne contribuait pas seulement à sauver sa nation, il assurait aussi sa propre survie, puisqu'il fallait faire vivre au jour le jour sa famille, ses amis, sa maîtresse, etc. En même temps, il en était conscient, ce "métier" qui le nourrissait consistait à communiquer ses pensées non par des mots, mais, pour ainsi dire, par des fréquences vibratoires. [...]

*Nyugat (Occident) : revue littéraire fondée en 1908
Traduction: George Kassai et Zéno Bianu   

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Arpád Tóth (1886-1928) * Aube sur les boulevards

4 Octobre 2009, 21:43pm

Publié par Flora

Móricz Zsigmond - A költő és apja             

Aube sur les boulevards

Le petit jour était gris sale. Les boutiques
Dormaient encore, les yeux vitreux. Mal réveillés,
Les concierges poussaient, d'un balai lymphatique,
Djinns de mauvaise humeur et lutins lunatiques
Dans le désert pierreux, poussière, vieux papiers.

Entre deux pans de mur, soudain l'on vit paraître
Et brûler de la braise au ciel de l'Orient.
Par cent soleils brisés, flambèrent cent fenêtres.
Sur les trottoirs crasseux, alors s'éparpillèrent,
De l'infinie clarté, mille clairs diamants.

La rue fut subjuguée. Un acacia svelte
S'enivra goulûment de soleil, et là-haut
L'on put voir frémir dans sa chevelure verte
Une grappe de pâles fleurs, à peine ouvertes :
Tout le frêle trésor de son printemps nouveau.

A la clarté, personne ne répondait mot.
La joyeuse alouette des couleurs s'y mit !
Puis dans une vitrine une cravate mauve
Qui se mit à chanter ! Un peu plus tard, la grosse
Et creuse voix des cloches s'en mêla aussi.

Au loin gémit une sirène dans l'aurore,
Un tram grinçant au carrefour surgit alors.
La journée commençait son train-train ordinaire.
Sur la petite main d'une jeune ouvrière,
Nul ne vit le soleil jeter un baiser d'or.
(1923)
                             traduction: Jean Rousselot

KÖRÚTI HAJNAL

 

 

 

Vak volt a hajnal, szennyes, szürke. Még
Üveges szemmel aludtak a boltok,
S lomhán söpörtek a vad kővidék
Felvert porában az álmos vicék,
Mint lassú dsinnek, rosszkedvű koboldok.

Egyszerre két tűzfal között kigyúlt
A keleti ég váratlan zsarátja:
Minden üvegre száz napocska hullt,
S az aszfalt szennyén szerteszét gurult
A Végtelen Fény milliom karátja.

Bűvölten állt az utca. Egy sovány
Akác részegen szítta be a drága
Napfényt, és zöld kontyában tétován
Rezdült meg csüggeteg és halovány
Tavaszi kincse: egy-két fürt virága.

A Fénynek földi hang még nem felelt,
Csak a szinek víg pacsirtái zengtek:
Egy kirakatban lila dalra kelt
Egy nyakkendő; de aztán tompa, telt
Hangon a harangok is felmerengtek.

Bús gyársziréna búgott, majd kopott
Sínjén villamos jajdult ki a térre:
Nappal lett, indult a józan robot,
S már nem látták, a Nap még mint dobott
Arany csókot egy munkáslány kezére...

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L'hymne national de la Hongrie * Magyar himnusz

26 Septembre 2009, 10:08am

Publié par Flora

  Lors des événements solennels, à la radio et plus tard à la télé ou dans la "vraie vie", j'ai souvent entendu et même chanté l'hymne national, jamais galvaudé. Ce qui reste cependant le souvenir le plus vif de mon enfance, c'est le moment après le douzième coup de minuit annonçant la nouvelle année qui commence immanquablement par l'hymne, sur fond du drapeau rouge-blanc-vert flottant sur l'écran de la télé  -  et toute la famille l'écoute debout!
 L'auteur de son texte en huit strophes est Ferenc Kölcsey (1790-1838) en 1823. Sa musique date de 1844, composée par Ferenc Erkel. Même le régime stalinien, férocement anticlérical, n'a réussi à changer son statut d'hymne national. On chante habituellement la première strophe.                                                   
                                                
                                                      

Isten, áldd meg a magyart                                                 Bénis le Hongrois, ô Seigneur,
Jó kedvvel, böséggel,                                                       Fais qu'il soit heureux et prospère,
Nyùjts feléje védö kart                                                    Tends vers lui ton bras protecteur
Ha küzd ellenséggel,                                                         Quand il affronte l'adversaire !
Balsors akit régen tép                                                       Donne à qui fut logtemps broyé
Hozz rá vig esztendöt,                                                      Des jours paisibles et sans peine ; 
Megbünhödte már e nép                                                     Ce peuple a largement payé
A mùltat s jövendöt !                                                          Pour les temps passés ou qui

                                                                                           viennent.
                                                                                                                 trad. Jean Rousselot 

 

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Miklós Radnóti * Décembre (December)

19 Septembre 2009, 13:00pm

Publié par Flora


       
      DECEMBRE
     (in "Calendrier")
A midi le soleil
Est une pleine lune argentée
Qui perce à peine les nuages.
Et la brume est un oiseau lent.
Pendant la nuit la neige tombe.
Il y a dans le noir le frôlement d'un ange.
Toujours plus près, toujours sans bruit,
La mort vient à travers la neige.
                       

 traduction : T. Gorilovics


     DECEMBER

   Délben ezüst telihold
   a nap és csak sejlik az égen.
   Köd száll, lomha madár.
   Ejjel a hó esik és
   angyal suhog át a sötéten.
   Nesztelenül közelit,
   mély havon át a halál.

                       
    1941. február 11.  

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