Le blog de Flora

ressenti

Ambiance d'octobre sous la pluie...

5 Octobre 2020, 15:59pm

Publié par Flora bis

   Cette photo, je l'ai empruntée sur le Net, il y a plusieurs années. Je la garde sous les yeux, à la page d'accueil de mon ordinateur, au cas où j'aurais besoin d'encouragement pour trouver de la beauté dans la grisaille automnale, de la poésie dans une tasse de thé fumant à la lumière feutrée d'un abat-jour en soie... Tandis que dehors, les gouttes de la pluie tintinnabulent sur la table rouge de la terrasse,  inlassablement.

   Depuis le printemps, la météo (je dis "météo" sans d'autres convictions plus solides) nous gratifiait d'une abondance de soleil parfaitement inhabituelle sous nos latitudes. Comme si les décideurs célestes de notre sort avaient voulu adoucir l'épreuve du confinement, la privation de tendresse et d'amitié et la solitude aride par la clarté des jours de plus en plus longs. Après des mois de canicule, de sécheresse, d'arrosage et d'autres tentatives de sauvetage du jardin, nous avons accueilli les premières averses presque avec soulagement: les rosiers allaient ressusciter, la pelouse jaunie retrouverait sa vigueur. Nous sommes abondamment servis. A présent, une pause serait la bienvenue, juste en cadeau d'anniversaire...

   Bientôt une année de plus au compteur... Quelle importance?... Ce n'est pas le jour J qui nous fera vieillir mais tous les autres qui s'écouleront entre les deux dates. J'essaie de retenir l'instant, le présent si insaisissable... la tasse de thé et sa légère amertume et le petit gâteau suave qui fond dans la bouche... 

   

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Leonardo - de près...

27 Septembre 2020, 12:03pm

Publié par Flora bis

   Hier, en fin d'après-midi, bravant les bourrasques et les 9° hostiles, je suis allée au cinéma avec une amie. Quelle bonne idée elle a eue! Dans la grande salle  -  2e semaine!  -  nous étions 5 spectateurs... La distance physique sanitaire a été amplement respectée.

   Nous sommes allées voir le film tourné à l'exposition du Louvre des oeuvres de Leonardo da Vinci. "En nocturne", dans l'intimité presque totale avec le maître prodigieux de la Renaissance, "l'uomo universale" inventeur infatigable dans tous les domaines. Nos deux guides très compétents savaient au besoin rester discrets et nous pouvions approcher, à l'aide de la caméra, les oeuvres rarement ou jamais vues, les innombrables dessins des carnets remplis de notes au moindre centimètre carré (j'ai souris intérieurement à mes 7 cahiers remplis à ras bord, sans la plus petite marge, de vide  -  que l'on me pardonne cette comparaison extrêmement audacieuse!) 

   Comme d'habitude, j'ai été sensible au clair/obscur, au contours effacés, au "sfumato" mystérieux obtenu par la superposition des couches légères qui donnent cette impression de vibration secrète... Mais par-dessus tout, cette fois encore, ce sont ses dessins préparateurs aux tableaux ou simples croquis de l'artiste génial dont les mains ne restaient jamais inoccupées, prolongements naturels de l'observation sans repos de la vie, qui me donnaient le frisson de plaisir toujours renouvelé, inextinguible. 

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Michael Lonsdale

22 Septembre 2020, 10:53am

Publié par Flora bis

   

   Michael Lonsdale vient de mourir à 89 ans. En pensant à lui, l'image du frère Luc, le moine de Tibhirine me vient immédiatement à l'esprit. Il a tourné dans beaucoup de films, des rôles caméléon,  impressionnants, véridiques, mais sous les costumes changeants, le personnage secret, observateur serein qu'il était aussi dans la vie, se laissait deviner.

   Selon un extrait du célèbre "Divan" de Chapuis, il était un boulimique de travail. J'ai noté quelques phrases de cet entretien, phrases qui trouvent un fort écho en moi:

"Le travail bien fait donne envie de continuer. La fatigue ne vient qu'à partir du moment que l'on fait des choses qui ne sont pas bonnes. Le bon travail redonne la force pour continuer. (...)

(...) Je m'adapte partout et je fais en sorte de prendre la couleur de l'endroit où je suis, pour ne pas être dépaysé. Il ne me faut pas être à un certain endroit pour être heureux. Le bonheur pour moi est de m'adapter aux personnes que je rencontre et aux situations et lieux où je suis. Et d'être observateur et heureux partout car il y a à observer et à apprendre dans tous les endroits du monde."

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Rentrée à pas de charge

7 Septembre 2020, 18:19pm

Publié par Flora bis

   Une semaine de plus sur la montagne russe de mon été 2020. Drôle d'impression de vouloir me poser et d'avoir le sentiment qu'il est impossible d'arrêter le manège. Moi qui ai tant aimé les changements, les surprises improvisées, je mesure le poids et l'envie de la lenteur, voire de l'immobilité... Oui, me poser pour me réparer jusqu'à ce que le désir de bouger se réveille de nouveau.

  Les deux petites semaines de repos en Hongrie, entourée de la gentillesse des enfants m'ont offert le loisir de me remettre de la lessiveuse de la canicule française. Si la secousse de ma chute a un peu perturbé cette quiétude, mon retour en France l'a complètement effacée: je mesure le poids de ce qu'on appelle "charge mentale" que j'ai pu mettre de côté avec bonheur pendant mon séjour en Hongrie. La vie quotidienne est de retour et je le prends de plein fouet avec les factures à régler, le courrier en retard, les courses pour remplir le frigo vide, les coups de fil à donner, les RDV et les réunions à organiser. Mon rythme stressé, mes nuits raccourcies se sont réinstallés dès mon retour  et me font penser avec nostalgie aux matins hongrois ensoleillés en compagnie de mes petites-filles: on se couchait plus tôt pour se réveiller plus tôt et mieux profiter ainsi du temps devant nous qui semblait plus généreux...

   La première semaine a apporté un week end agréable avec le retour des enfants pour fêter les anniversaires de ma belle-fille et de sa maman, avec deux repas en famille, le bonheur des retrouvailles, autant de pansements sur les coeurs fatigués.

Anniversaires, mère et fille...

 

   

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Début de canicule

6 Août 2020, 17:22pm

Publié par Flora bis

   La canicule promise depuis plusieurs jours est arrivée, il fait 34° ici, dans le Nord et on nous fait miroiter jusqu'à 37°- 38° pour le week end prochain... Je me réfugie dans la relative fraîcheur de la vieille maison, derrière les fenêtres closes et les volets baissés. Avec les années, on devient une petite chose fragile, à préserver, qu'il faut arroser de temps en temps, car elle ne sent même pas la soif...

   La seule soif que je ressens, c'est celle des mots... Je viens de lire un témoignage au sujet d'un poète hongrois, d'un talent instinctif mais terriblement nonchalant concernant ses créations... Souvent, il ne prenait même pas la peine de noter ses poèmes qui n'existaient que dans sa tête et s'évanouissaient de sa mémoire au fur et à mesure... Ses épouses admiratives (car il s'est marié plusieurs fois, pour les tromper sans limites, irrésistiblement), ont bien essayé de lui imposer un minimum de discipline créative: en vain. Il créait comme il respirait, sans effort, avec génie. Qui sait si avec un peu plus de sérieux, de travail et de profondeur, ne nous aurait-il pas laissée une oeuvre majeure?... Il est mort à 53 ans, d'une crise cardiaque, tirant sa révérence sur une vie  -  et une oeuvre  -  inachevée, à peine esquissée...

"Sans travail, le talent n'est qu'un feu d'artifice: ça éblouit un instant, mais il n'en reste rien." écrit Roger Martin du Gard dans Les ThibaultLe génie ne suffit probablement pas. Il faut du travail. Certains prétendent même: 95% de travail et 5% d'inspiration... Difficile de jauger: comment préserver l'apparente légèreté du génie pour ne pas en faire un besogneux...

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Tout-venant

14 Juillet 2020, 17:42pm

Publié par Flora bis

   Les maniaques des blocs-notes, des agendas, des cahiers de toute taille me comprendront. Moi-même, j'en possède un certain nombre (offerts ou choisis), destinés à des tâches différentes: un petit dans le sac à main pour meubler des attentes imposées, épisodiques, dans les salles d'attente médicales, trajets en train ou en avion, pour laisser des traces des ambiances que je pourrais ressusciter plus tard, intactes; d'autres, plus grands, pour mes "journaux de bord", afin de consigner jour après jour, le temps qui s'enfuit.

   J'en ai un troisième, sous le coude, à mon bureau, près de l'ordinateur: il s'appelle "Zap Book, 100% recycled", 320 pages sans lignes ni carreaux, reliées à spirale, couverture vert vif. J'étais contente de ma trouvaille, de son papier grisâtre recyclé, de son épaisseur qui me promettait quelques années d'usage. Sa destination est spéciale et indispensable: "cahier pour le tout-venant" l'ai-je baptisé presqu'aussitôt. Ce nom m'a réjouie: cela veut dire  -  Liberté! Je peux noter des choses comme elles viennent, comme elles passent dans ma vie, dans ma tête, sans prédestination, sans organisation, sans autre but que de les retrouver plus tard, au hasard, en musardant parmi les pages... Cette joyeuse anarchie sans contrainte permet de fixer les choses importantes  au moment précis où elles passent car elle fixe surtout la couleur du moment.

   Petit échantillon pèle-mêle, au fil des pages, en français ou en hongrois, dans un fouillis jouissif: quelques astuces de l'utilisation du vinaigre blanc ou de la coquille d'oeuf concassée; esquisse d'un projet de roman; citations sur le désir; la recette de la Génoise et celle de la fameuse soupe aux carottes et au gingembre d'Evelyne; de la correspondance de Kafka et de Milena; étude du style de L. Slimani et de la peinture d'Alechinsky; compte des points d'une partie de Whist familiale;  archétypes de Mères; citations sur le silence... Etc... etc...

Mon jardin "fouillis"...

 

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Sous les "Soleils noirs" du Louvre-Lens

4 Juillet 2020, 19:06pm

Publié par Flora bis

"J'ai tout donné au soleil

Tout sauf mon ombre"

(Guillaume Apollinaire, "Fiançailles" in Alcools, 1913) 

   Une belle exposition se préparait pour le 25 mars dernier au musée du Louvre-Lens, à 1 h de voiture de chez moi. L'épidémie et le confinement ont repoussé son ouverture jusqu'au début du juillet. Nous l'avons visitée hier avec trois de mes amies.

   Le noir est-il une couleur? Est-il l'absence des couleurs ou leur somme, à la manière d'un trou noir glouton qui les aurait toutes avalées? En tout cas, les 150 oeuvres prestigieuses exposées illustrent que les artistes s'y intéressent depuis des siècles.

   Les images me reviennent sans cesse: la nuit et ses monstres effrayantes... Celle, éternelle, de la mort et du deuil. Le noir et le sacré, les "vanités" qui nous invitent à nous pencher sur l'inéluctable, à y réfléchir afin de rendre notre vie plus digne et plus sage, voire à en profiter mieux... La pénombre et l'obscurité, destinées à mettre en valeur la lumière car elles ne peuvent exister l'une sans l'autre, ni sans la tension dramatique de leurs contrastes... La solennité luxueuse des portraits du 17e - 18e siècles, aux tissus noirs très rares et très coûteux que seuls les puissants pouvaient s'offrir... Le romantisme tourmenté du 19e siècle nous conduit vers la révolution industrielle; le charbon qui était au fondement de la richesse et de l'identité de notre région (le musée même repose sur un ancien terril plat). Les mines sont fermées mais la mémoire des "gueules noires" est vive.  L'exposition leur rend hommage avec, entre autres, une série de très belles photos en noir/blanc.

   Au 20e siècle, avec Malévitch, Hantai, Soulages, le noir devient une couleur à part entière, magistrale, riche et mobile. Les surfaces noires irrégulières accrochent et reflètent la lumière et les formes se mettent à vivre: elles changent en fonction du déplacement du spectateur devant la toile.

   Pourquoi "Soleils Noirs"? Pour moi, cet oxymore qui associe le drame, le deuil, la tristesse au soleil, nous conduit, par la force expressive de l'art, à leur sublimation éclatante.

 

Sous les "Soleils noirs" du Louvre-LensSous les "Soleils noirs" du Louvre-Lens
Sous les "Soleils noirs" du Louvre-Lens
Sous les "Soleils noirs" du Louvre-LensSous les "Soleils noirs" du Louvre-Lens

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Trauma

24 Juin 2020, 16:37pm

Publié par Flora bis

    Il a suffi d'un instant pour qu'une tempête d'émotion s'abatte sur moi. Je tremblais, couverte de sueur froide, la respiration saccadée. Je me suis réfugiée dans la cuisine pour tenter de retrouver un peu d'air et de contenance.

   Quel était donc ce choc qui m'a coupé le souffle?... Rien de grave. On peut même considérer qu'un événement aussi minuscule passe inaperçu et que son effet sur moi frise le ridicule! N'empêche que le malaise est bien réel et qu'il se reproduit à chaque fois pour les mêmes raisons... Je cherche ses origines lointaines dans mon enfance.

   A l'époque très éloignée où télé, tablettes, smartphones n'existaient même pas dans nos rêves, nous vivions à la campagne, dans une grande proximité avec la nature. J'observais de près le monde en mouvement perpétuel des sauterelles et des fourmis dans l'herbe, les animaux autour de nous, assistant à la naissance des petits cochons roses, des poussins dorés et soyeux et même des veaux à l'équilibre au début incertain... J'attrapais de petits serpents, des araignées, des grenouilles à main nue, sans l'ombre d'une crainte ni de dégoût... tant qu'ils étaient vivants! Mais leurs cadavres m'inspiraient le plus profond effroi.

   Hier après-midi, je suis allée dans mon jardin pour étendre le linge. Derrière le petit érable du Japon, j'ai failli marcher sur le cadavre d'un oiseau, étendu dans l'herbe, probablement étranglé par un des nombreux chats du voisinage. J'ai tout jeté par terre et me suis enfermée dans la maison pour appeler à l'aide...

   Voilà pourquoi je refuse d'avoir un animal de compagnie que tous me conseillent avec insistance. Je sais qu'un moment, je serais obligée de faire face à cette image de dépouille désespérément vide, à l'abandon extraordinaire, implacable et sans appel. 

Trauma

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Fête des Mères 2020

8 Juin 2020, 11:02am

Publié par Flora bis

   Le ciel est maussade, sur la table de la terrasse les quelques gouttes de pluie n'ont pas encore séché. Le radiateur imposant de la cuisine reste tiède. Mais les traces joyeuses et mouvementées du week end ont disparu, pour survivre avec d'autant plus de vivacité dans ma mémoire. Il suffit de fermer les yeux sur le calme immobile, et les oreilles sur le silence envahissant.

   Pour la Fête des Mères, les décideurs ont libéré les élans de l'amour, pour transformer les aspirations virtuelles en réalité palpable! Pour moi, les précautions, restrictions conseillées ont volé en éclats, pour laisser la place à une envie bridée depuis deux mois et demi : prendre mes enfants dans les bras, les serrer  sur mon coeur, les embrasser sur la joue, pas symboliquement du tout! Et renouveler tout cela, en mots, en regard et en geste, autant de fois que j'en avais envie! Le bonheur au présent!

   Je sais bien que cette intensité est due à la rareté de l'événement, aux mois de restrictions, d'angoisse, de privations de mouvements, d'émotions positives, de contacts qui l'ont précédé. Il serait difficile de maintenir cette amplitude durablement. Mais elle m'a réparée du manque lancinant, supporté sagement durant des semaines, pour, me disait-on, préserver ma petite vie solitaire, en veilleuse, et attendre pour vivre enfin cet événement. Pour qu'il donne envie de reprendre le cours de ce qu'on appelle la vie...

 

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La Belle au bois dormant ouvre un oeil

3 Juin 2020, 15:43pm

Publié par Flora bis

   En discutant avec ma voisine très alerte de 81 ans, nous avons constaté avec un certain étonnement que le stress était de retour dans notre vie d'anciennes confinées. Il est vrai que le désert de la vie affective et sociale, le futur suspendu pour 2 mois et demi a aplani notre vie quotidienne, sans relief, sans surprise bonne ou mauvaise. Ce n'était pas la peine de s'inquiéter pour les délais, les obstacles éventuels, les oublis accidentels puisque nous pouvions être sûrs que le lendemain sera en tout point semblable à la veille.

   Depuis quelques jours, les choses s'accélèrent. Les projets s'éveillent de leur sommeil de la Belle au bois dormant. De nouveau, les évènements font irruption dans mon calme plat, bousculant le rythme ancré depuis 7 semaines. Aussitôt, la panique des délais m'envahit. J'écris des post-it que je colle sur l'ordinateur, j'en place aussi dans la cuisine, pour biffer au fur et à mesure les choses accomplies, ce qui me donne la satisfaction que ma vie avance, que je prends à bras le corps les corvées "utiles", incontournables. Faire réviser le chauffage ainsi que la voiture, trouver enfin un réparateur pour les stores, ne pas oublier telle prise de sang et des RDV médicaux ajournés, envoyer ma déclaration d'impôts, acheter de la terre et des fleurs pour décorer la terrasse, passer chez le coiffeur pour tenter de rajeunir ma tête de confinée etc. etc... Pour respirer, je m'accorde des plages de lecture et d'écriture. 

 

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