Le blog de Flora

ressenti

Fête des Pères...

23 Juin 2021, 08:57am

Publié par Flora bis

   Après des jours lourds et caniculaires, de vrais déluges nous sont tombés dessus. La température s'est agréablement rafraîchie. La semaine a été bien remplie d'une prise de sang, d'un saut à l'hôpital (pour un scanner dont il faudra attendre le compte-rendu pour cause d'embouteillage dans les services), une réunion associative épuisante dans une salle irrespirable (clim' interdite à cause du brassage de virus...) et quelques sorties pour récolter de petits cadeaux pour les enfants que je n'ai pas vus depuis début mai. Samedi matin, nous avons pu prendre la route en compagnie des parents de ma belle-fille pour passer le week end près de Paris.

C'était aussi la Fête des Pères, incitation commerciale parmi tant d'autres. Nous ne l'avons jamais fêtée, refusant d'obéir aux exhortations inventées de toutes pièces avec l'espoir qu'elles deviendraient coutumes. Je n'ai pas besoin de ce genre de rappel pour penser au mien qui aurait cent ans l'année prochaine... J'y pense même de plus en plus souvent, en avançant dans l'âge et en découvrant toujours plus de points communs qui nous lient. Un jour, il faudra que je lui dresse un monument personnel de mots. Cela devient un besoin intime.

   Il est mort le jour de l'attentat contre Ytzhak Rabin, premier ministre d'Israël, le 4 novembre 1995. Je découvre plus tard que les deux hommes avaient le même âge, à 15 jours près: 73 ans... Les deux sont nés en 1922, le 18 février pour mon père, le 1 mars pour Rabin. Le coeur de mon père s'est arrêté le matin du 4 novembre, tandis que Rabin a été assassiné dans la soirée. Je me souviens: le monde entier parlait de l'espoir de la paix assassiné avec Rabin  -  et moi, sous le choc, j'avais le sentiment fugace et irréel que cet événement tragique a "volé" la mort de mon père... C'est ainsi que les drames personnels et planétaires se superposent... 

Voir les commentaires

Les tourments d'être entre deux langues

15 Juin 2021, 18:33pm

Publié par Flora bis

   Je me surprends à constater, une fois de plus, que la "Flora" qui écrit sur son blog français n'est pas exactement la même personne que celle qui alimente son blog hongrois. Non seulement l'un des espaces n'est pas la traduction de l'autre mais les sujets traités ne se répondent pas non plus, la plupart du temps. Leurs rédactions nécessitent un "changement de peau", de ton comme si, avec le changement de langues, on touchait à une certaine structure mentale, comme si, inévitablement, on devenait "autre" ...

   Ecrire sur mon blog hongrois me donne le sentiment de rentrer à la maison, après une représentation dans le monde extérieure: dès l'entrée, on enlève ses chaussures qui serrent un peu, on quitte le costume un tantinet strict qui comprime aux entournures. Il ne s'agit pas de le remplacer pour autant par un vieux survêt' éculé, élimé mais par une coquette robe d'intérieur qui permet de se sentir à l'aise. Même mes pantoufles seront seyantes pour tenter de préserver un soupçon de raffinement... Avec ma langue maternelle, je retrouve un sentiment d'intimité, de familiarité, pour ne pas dire une certaine liberté. Très imagée, suggestive et indomptable, elle me permet toutes les audaces, sans crainte d'être prise en défaut.

   Que se passe-t-il quand j'écris un article sur mon blog français? J'ai souvent décrit le plaisir que j'éprouve à manier la langue française, cette langue d'adoption que j'ai commencé à étudier au lycée comme 2e langue, à portion congrue. Les années de fac puis, surtout, ma rencontre avec Gilbert ont permis le véritable apprentissage de cette belle langue riche, élégante et exigeante à la fois. Plus le néophyte pénètre ses secrets, plus elle se dérobe à la possession comme si elle obligeait les prétendants à des efforts sans fin pour la séduire...

   Pour le pratiquer, je me sens un peu corsetée, je me passe en revue comme devant la glace avant une sortie: est-ce que tout est à sa place, n'y a-t-il pas une mèche de cheveux mal coiffée, un vêtement de travers, une règle de grammaire ou d'orthographe qui échapperaient à ma vigilance, une fausse note, en somme, qui serait impardonnable à mes yeux?... Je dis bien "à mes yeux" car aux yeux de mes rares lecteurs plutôt magnanimes, j'aurais sans doute quelques excuses...

Les tourments d'être entre deux langues

Voir les commentaires

Histoires de pères...

8 Juin 2021, 17:40pm

Publié par Flora bis

   En une semaine, je m'offre la deuxième histoire d'un père atteint de la maladie d'Alzheimer... Au cinéma. Après "Falling", j'ai vu hier "The Father" de Florian Zeller. Quelques années après le succès retentissant de sa pièce de théâtre "Le Père" créée en 2012 par Robert Hirsch, il l'a adaptée au grand écran, en anglais, avec Anthony Hopkins dans le rôle principal et couronnée récemment de deux Oscars. 

   Des personnes avec une confiance sans faille en leurs capacités, en leur bonne étoile m'ont toujours étonnée, épatée, laissée sans voix. L'exact contraire à mes hésitations, reculades, démissions plutôt que de prises de risque... Est-ce une question d'éducation? Des parents qui, au lieu de vous retenir sous prétexte de vous protéger d'un je ne sais quel danger ou de déception, vous poussent hors du nid en vous faisant miroiter la beauté de l'ivresse de voler de vos propres ailes?... Est-ce une question d'héritage, de gènes, de bienheureuse constitution, de tempérament qui ne connaît pas le doute? Le succès aime les audacieux qui ne doutent pas! Au lieu de ceux qui s'excusent presque d'exister...

   Toujours est-il que Florian Zeller a publié un premier roman à 21 ans, primé tout de suite. Et le succès ne l'a plus quitté, principalement dans le domaine théâtral: une douzaine de pièces jouées dans plus de 40 pays du monde! La presse étrangère le tient pour un des principaux auteurs dramatiques du 21e siècle. Et il n'aura que 42 ans à la fin du mois...

   Les deux films sont très différents. Dans celui de Viggo Mortensen, nous restons témoins extérieurs, tandis que dans le deuxième, F. Zeller, avec un tour de main audacieux, installe le spectateur dans les yeux, dans la tête du malade, vivant avec lui sa déchéance par la confusion de son monde,  la métamorphose lente et insidieuse de son décor...

 

Voir les commentaires

Dilemme - ou pas...

15 Mai 2021, 17:04pm

Publié par Flora bis

   "Ce que je te reproche, c'est que tu vis trop dans le passé"  -  me dit quelqu'un dont l'avis compte beaucoup pour moi. C'est sans doute pour cette raison que je tourne et retourne dans ma tête la phrase qui, à chaque fois, pèse comme un pavé dans ma conscience. Elle remet en question l'ambiance de mon quotidien, souvent pesante, dans laquelle, depuis cinq ou six ans, je m'enfonce peu à peu. Depuis la rafale de deuils qui ont, d'un seul coup, déchiré le voile de mes douces illusions concernant mon "éternité", suivis de LA maladie qui, avant même d'être dévoilée, m'a longtemps susurré à l'oreille que c'était mon tour... 

    J'ai vécu 33 ans avec un homme qui détestait la nostalgie, qui avait le regard fixé sur l'horizon du futur et qui aimait la science-fiction. Cela a forcément déteint sur moi, je m'efforçais donc à y croire, en cet avenir lointain (et radieux, comme disait le slogan communiste...), pour le rejoindre sur son terrain. Avec sa mort précoce, la nostalgie du passé est revenue comme un refuge où l'on peut trier les souvenirs qui font du bien. Que pourrais-je y opposer? Un présent somme toute assez aride, calme et sans relief, dans lequel ma vie s'écoule doucement  -  je m'estime même bien heureuse s'il m'épargne de ses soubresauts qui ne réservent rien qui vaille... L'avenir? Que puis-je en espérer d'enthousiasmant?... Ah oui, les plaisirs minuscules que l'on me souhaite et que je souhaite à mon tour à mes amis du même âge. Et je traduis au fond de moi: contente-toi du peu qui t'échoit encore, avant de devenir... J'arrête. Je ne veux pas plomber complètement le moral des rares personnes qui liront ces lignes. Mais la lucidité est une blessure du soleil, selon René Char, et je ne peux pas mentir.

 

Dilemme  -  ou pas...

Voir les commentaires

Le calme olympien de Glasgow

6 Mai 2021, 11:10am

Publié par Flora bis

Glasgow prend le frais au jardin

   Je ne fais pas partie des amis intimes des bêtes, même si je prends le risque de l'opprobre en l'avouant. Je ne leur ferais jamais du mal mais je préfère me tenir à une distance de respect mutuel. Il suffit de leur opposer un "non" ferme que chien et chat comprennent rapidement et cessent les manoeuvres de séduction accompagnées de léchouilles brusques et affectueux. En même temps, ils s'installent volontiers à mes pieds (voire sur mes pieds), avec discrétion, sachant qu'ils ne craignent de ma part aucune manifestation brutale d'affection, encore moins d'agression. Par contre, en tête-à-tête, il m'arrive de leur faire la conversation et j'ai parfois la sensation qu'ils comprennent mes logorrhées, leur regard attentif absorbe mes humeurs, mes tourments, mes angoisses. 

   J'aime les chats paisibles, indépendants, débrouillards qui n'ont pas succombé aux besoins de combler les frustrations d'un maître  -  mais le plus souvent d'une maîtresse  -  qui les engraissent à tel point qu'ils n'auront plus envie de courir l'aventure. Ils se contentent de partager l'assiette, le canapé et le lit de leurs protecteurs-esclaves... Ma préférence va aux indépendants, aux vadrouilleurs qui peuvent disparaître plusieurs jours, réapparaître avec quelques éraflures de bagarres nobles comme les rugbymen qui exhibent leurs estafilades. Ils vivent leur vie et vous laissent vivre la vôtre, revenant de temps en temps pour vous rassurer de leurs estime et attachement sans pesanteur. Glasgow, le chat de mes enfants est de ceux-là. Il n'avait pas un an lorsqu'ils l'ont adopté à la SPA, il y a une dizaine d'années. Il s'est épanoui dans leur jardin, il explore des chemins secrets des environs et, de temps en temps, il gratifie ses hôtes d'une souris ou d'un oiseau croqués qu'il dépose discrètement sur le paillasson.

(photo: F.M.)

   

Voir les commentaires

Un silence bruissant

26 Avril 2021, 12:23pm

Publié par Flora bis

   Les oiseaux chantent à tue-tête dans le prunier et le noyer géants de mes voisins. S'il n'y avait pas le petit vent frais qui nous balaye toute la journée  -  et qui m'empêche de tondre la pelouse  -  je serais en ce moment sur ma terrasse, en train de savourer le soleil qui descend tout doucement sur l'Occident. Mais à mon âge, on sait que le fond de l'air frais d'avril est trompeur et qu'il faut se méfier du soleil hypocrite qui vous réchauffe de face, tout en vous glaçant le dos. 

Laurent Grasso: Panoptès (ou Argus, marbre)

Très souvent, mon unique partenaire de conversation n'est autre que moi-même... Le plus souvent mais pas tout le temps. Et c'est bien ainsi. Il serait insupportable de chercher désespérément l'oreille compatissante pour y déposer nos ennuis, nos vides ou nos trop-plein de souffrances et de nous offrir ainsi un réconfort factice, momentané. Tant que nous-mêmes ne sommes pas capables de les dominer, ces démons toujours affamés, ils réapparaitront, rampant, tous crocs affûtés. Nous transformant ainsi nous-mêmes en vampirs énergivores qui accablerions nos interlocuteurs de nos pensées négatives, les laissant exsangues, à terre, chargés non seulement du poids de leurs problèmes mais aussi des nôtres... Les gens cherchent des partenaires de conversation "solaires" qui les soulèvent et les réchauffent de leur gaieté, de leur optimisme à toute épreuve, plutôt que ceux qui mettent leur moral plus bas que terre.

   "Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites" affirme Marguerite (Yourcenar). Oui, il bruit, il réconforte, il répare... Il accouche, parfois, des idées lumineuses, sensibles, profondes qu'il convient de saisir au vol et ranger précieusement, remèdes fugaces contre les crocs affûtés...

   

Voir les commentaires

Effets secondaires

2 Avril 2021, 10:50am

Publié par Flora bis

   Ca y est, le 31 mars, j'ai reçu la deuxième piqûre du vaccin Pfizer-BioNTech. A 14h30, j'étais seule à attendre dans l'immense gymnase aménagé en "vaccinodrome", et après le protocole d'usage et un petit café réconfortant, je suis partie dans la foulée faire mes courses alimentaires de la semaine.

   Le lendemain matin, je me suis levée un peu chancelante, en proie aux vertiges et autres faiblesses passagères. Tension prise, j'ai constaté qu'elle avait chuté de 6-7 points par rapport à l'habituelle. C'est dire que j'étais incapable de rester devant mon ordinateur  -  mon occupation ordinaire de la matinée à me rattacher au monde extérieur  -  pour répondre au courrier et aux messages, à publier éventuellement un nouvel article sur mes blogs français ou hongrois ou sur Facebook. J'ai passé le reste de la matinée dans mon fauteuil IKEA, à moitié allongée, car à 14h30, je devais participer à une petite réunion associative à six que je ne voulais pas manquer.  Mes amies m'ont amenée avec elles et j'ai passé l'après-midi à demie-éteinte, à discuter des choses sérieuses et des plus futiles aussi, en buvant un verre de champagne pour fêter dignement l'anniversaire de l'une de nous. Peu à peu, en fin d'après-midi, j'ai retrouvé mon état habituel. Je me suis dit: voilà les fameux effets secondaires du vaccin; si ce n'est que ça, ce n'est pas grave, il suffit d'attendre et ça passera! En effet, ce matin, les choses ont retrouvé leur place familière et ma tête, mes jambes leur assurance des jours ordinaires. Le beau temps semblent fini dans le Nord, la grisaille est de retour. Le "confinement ouvert" oxymorien est étendu sur toute la France, les vacances scolaires sont légèrement chamboulées, la population oscille entre résignation consensuelle et inertie apathique, voire quelques sursauts d'humeur festive générée par le soleil... On a de plus en plus de mal à se souvenir d'une autre vie, celle d'AVANT... Effet secondaire d'une pandémie interminable.

Voir les commentaires

Un monde masqué

25 Mars 2021, 19:01pm

Publié par Flora bis

   Au bout d'un an, je supporte toujours péniblement le masque, il m'étouffe, je respire mal : dès que je peux, je m'en libère. Néanmoins, avant Noël, pendant quelques jours très désagréables, le port d'un masque m'était d'un grand réconfort. Un abcès sur une dent de sagesse m'a gonflé la joue gauche et, en attendant d'être secourue par mon dentiste, j'étais bien contente de pouvoir dissimuler la déformation. Cet incident m'a inspiré quelques réflexions sur l'utilité de ce bout de tissu, au-delà de faire barrage aux virus.

   J'ai déjà écrit au sujet des masques, des vrais et des symboliques, de leur signification, de la nécessité de se cacher sous un masque invisible qui, peu à peu, devient un visage de circonstance, selon nos métiers, selon les situations de la vie sociale ou simplement au gré de nos états d'âme...

   Depuis la pandémie, ce masque abstrait, symbolique est devenu bien concret, un cache qui ne laisse voir que les yeux. Le regard prend ainsi beaucoup plus d'importance : seul point d'encrage pour sonder le fond de la pensée de l'autre. Il devient impossible de fuir le regard de l'interlocuteur, en fixant légèrement "à côté", la bouche ou le front, les boucles d'oreilles ou d'autres échappatoires... Restent les yeux, unique contact. Impossible de savoir si l'autre sourit : la bienveillance ou l'hostilité, voire l'indifférence de son accueil demeurent cachées devant nous. Nous ne pourrions même pas le (la) reconnaître sans masque. Nous pouvons seulement l'imaginer, y ajouter les détails manquants. De cette façon, si les circonstances permettent d'ôter le masque, la découverte d'un visage nu et inconnu peut nous réserver des surprises... "Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage." (Marguerite Yourcenar: "Mémoires d'Hadrien")

   

Voir les commentaires

Trophées et cérémonies aux temps du Covid

14 Mars 2021, 10:15am

Publié par Flora bis

Je fais partie des rares personnes qui ont regardé vendredi soir la remise des Césars sur Canal+, et jusqu'au bout, SVP.! (3h et demie, oui, je l'avoue, je suis un peu mazo!) Une grande salle de théâtre, l'Olympia, clairsemée, faisant à peine illusion, peuplée juste des personnes nommées par l'Académie "new look", fraîchement "rénovée", sélection féministe, diversité-iste, jeuniste, bref, exit le mâle blanc dominant patriarcal! (Attention tout de même de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain!...) Ajoutons à cela les aléas du COVID qui ont fermé les salles de cinéma, laissant brièvement entrevoir quelques films de la production riche et variée, pendant la brève ouverture de l'été.

Marina Foïs a assuré le rôle ingrat de l'hôtesse, à sa façon, avec son humour cru et mordant habituel. Je comprends bien l'intention de se débarrasser de tout ce qui crée l'ambiance guindée et la bienséance raide, parfois hypocrite de ces remises de trophées pour ôter la chape d'ennui qui menace... Mais là, "on est tombé de l'autre côté du cheval" (traduction du hongrois), d'un bout à l'autre on nageait dans une ambiance amère, inutilement agressive (même envers ceux ou celles qu'on avait sollicités pour remettre la statuette), volontiers scatologiques... Le strip-tease de Corinne Masiero ôtant sa peau d'âne et sa robe ensanglantée nous a offert l'image de son corps sculptural, rappelant celle de l'actrice victime de l'avidité d'un père (d'un metteur en scène) abusif... sans oublier les intermittents "à poil". Pour moi, la vraie émotion est née - et m'a maintenue jusqu'au bout - des extraits des films sélectionnés, de ceux aussi, et surtout, qui ont ressuscité pour un bref instant les personnes qui nous ont quittés cette année... Claude Brasseur, Michael Lonsdale, Guy Bedos, Juliette Gréco, Jean-Pierre Bacri, Annie Cordy, Michel Piccoli etc, ils sont très nombreux. Jean-Claude Carrière, l'érudit, l'incroyable et le merveilleux raconteur d'histoires, avec Jean-Loup Dabadie et son humour qui vire au drame... Ils font partie de notre imaginaire à jamais. Sans ces artistes, notre vie serait - EST - plus pauvre. Ils sont essentiels.

Voir les commentaires

Pluie de manne

8 Mars 2021, 11:44am

Publié par Flora bis

    Après de nombreux appels devenus routiniers, suivis de déceptions tout aussi routinières dont l'effet de stress ne manquaient jamais d'agir, façon piqûre de rappel douloureuse, sur le moral qui finissait obligatoirement dans les chaussettes... bref, samedi après-midi, je reçois l'appel d'une amie qui m'encourage à tenter la réservation d'un RDV sur Doctolib... J'y vais sans trop d'illusion  -  et miracle! j'ai RDV pour me faire vacciner le lendemain après-midi! Et même une deuxième fois pour 1 mois plus tard! Je me frotte les yeux, pour me réveiller de cette douce illusion... Je ne suis ni président de la république à la retraite, ni membre de réseaux puissants installés près du feu. Je ne me suis rendue célèbre, "médiatique" d'aucune façon : quel ratage! Je ne mérite décidément pas une Rolex!... Peut-on, décemment, se contenter d'être fière de son bilan "minable" d'aimer et d'être aimée par sa famille et ses amis? Anonyme qui prend de l'âge et quelques comorbidités mais toujours pas assez pour mériter le vaccin salvateur! Dévorée par le doute légitime, je reçois un SMS de confirmation, me pressant de me présenter à telle heure, telle adresse. Je me dis: il y aura bien un chien ou un autre canidé enterré à l'adresse indiquée...

   Je m'y rends à l'heure prévue : vaste gymnase transformé en "vaccinodrome" (notre vocabulaire ne cesse de s'enrichir!) où, à chaque pas, plusieurs représentants de la Croix Rouge, des infirmiers et d'autres individus masqués guident vos pas, vous désinfectent les mains, vous "trient" selon vos sensibilités dues à votre âge, vers des chaises et des carrés bâchés, tous numérotés! Un médecin remplit deux pages de vos aveux, puis il vous passe dans les mains d'un jeune et fringant infirmier qui, ni une, ni deux, vous pique le bras de votre choix! Quelques minutes plus tard, vous suivez les flèches vers la sortie. Quelle efficacité! Je tire mon chapeau imaginaire devant la mobilisation exemplaire et je fais quelques amères réflexions sur le contraste que cette capacité admirable d'organisation, d'efficacité représente face aux lenteurs, aux opacités, aux insuffisances qui règnent au niveau national... Après des mois de piétinement sur place, de doses à compte-gouttes, d'explications douteuses, soudain, une pluie de manne nous tombe dessus en un week-end, comme sur les Hébreux affamés, assoiffés dans le désert... Un pas vers la liberté retrouvée, un jour.

(dessin : Net, Chapatte)

 

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>