Le blog de Flora

reflexions

Insomnie

4 Juin 2018, 19:36pm

Publié par Flora bis

   

"Le corridor" par R. T. 1999

  J'ai beaucoup discuté la semaine dernière: trois-quatre amies sont passées pour prendre un café ou un thé avec moi et surtout, pour échanger sur une foule de sujets plus intéressants les uns que les autres!...

   J'aime les échanges, ils donnent souvent naissance à des idées, des projets nouveaux qui ouvrent des perspectives enrichissantes. Que ce soit des projets littéraires avec d'autres rencontres à venir, ou des problèmes personnels à discuter qui permettent de plonger dans nos propres ténèbres: ces petites conversations sous le parasol de la terrasse ou sur le canapé du salon sont mes plaisirs depuis toujours.

   Prenons par exemple le problème cuisant de l'insomnie. Depuis les derniers mois précédant la mort de Gilbert, mon sommeil est assez désordonné. J'ai pris l'habitude de veiller tard, de trouver mille prétexte pour retarder le moment de me coucher et rater ainsi les heures les plus profitables et les plus réparatrices du sommeil. Au milieu de la nuit, le bourdonnement discret de la radio accompagne la chute dans les profondeurs de l'inconscience, par ailleurs, de relativement courte durée. Je me lève tard, fatiguée. Cela fait douze ans que ça dure...

   Avec une amie qui souffre d'une forme encore plus grave d'insomnie, nous avons tenté d'explorer ces territoires tourmentés. Qu'est-ce qui nous empêche de dormir comme avant? Qu'est-ce qui nourrit cette angoisse sourde, cette peur de ne pas pouvoir plonger dans le sommeil bienfaisant, et une frayeur encore plus grande de céder à son invitation?... 

  Nous avons fini par prononcer la même phrase, presqu'en même temps: cela ressemble à la peur de la mort! Tout simplement. 

   Le sommeil est bel et bien une métaphore de la mort. On ferme les yeux, on s'abandonne à un état incontrôlé et incontrôlable (très grave pour moi qui aime(rais) maîtriser en toute circonstance ce qui m'arrive...) et surtout: aucune garantie à ce qu'on puisse refaire surface! J'ai vécu ce moment traumatisant où j'attendais le réveil de quelqu'un qui n'a plus jamais rouvert les yeux...

 

 

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Témoin fragile

23 Mai 2018, 11:31am

Publié par Flora bis

 

   Une vieille photo en noir/blanc si évocatrice pour moi! Elle saisit et fixe l'instant  -  pour l'éternité? Du moins, tant que ce petit bout de papier si périssable survit. Sans parler de la mémoire des vivants, encore plus fragile. Compter sur le virtuel? Il n'y a rien de plus impalpable, plus fuyant... Je suis sûre que mes arrières-petits-enfants n'y reconnaîtront plus personne. Nous serons devenus des fantômes anonymes d'un passé inconnu.

   Je crois bien que l'instant capturé est de l'été 1975. Le repère: mon petit neveu, né en 1974, sur le bras de mon père, au dernier rang. Sur la photo, il a presque 1 an. Sa petite soeur (déjà grand-mère!) 4 an et demi.

   C'était à l'occasion d'un repas de famille, gargantuesque comme d'habitude, chez ma tante, ronde et souriante au premier rang, avec son tablier. Nous sommes regroupés dans la cour, parmi ses géraniums. Mon frère sur la droite ne peut s'empêcher de grimacer pour ébrécher la solennité de l'instant. Il a le même âge que Gilbert, au dernier rang, avec des lunettes. Nous arrivons d'Algérie où nous venons de passer notre première année en poste. Ma mère, à côté de mon frère, n'a que 46 ans sur la photo...

   Tout le monde a le sourire, ma tante rayonne à l'occasion de rassembler les plus proches à son coeur: sa lignée de sang et quelques pièces rapportées qui ont aussi la cote tant qu'elles n'auront pas démérité... Alors, sa rancune sera sans limite et sans pitié... Cependant, sur cette photo, le bonheur est encore sans nuages. 

   Je fais le compte: sur les 12 personnes, il ne reste plus que 4 en vie. Plus moi qui tiens l'appareil-photo.

   La maison est vendue, il n'y a plus de géraniums rouges flambants au soleil... 

   Tout change, éternellement. C'est même le changement qu'est l'éternité.

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Royal wedding

19 Mai 2018, 18:37pm

Publié par Flora bis

   A Windsor, il faisait très beau... Tout concourait à ce que le mariage princier se déroule dans les meilleurs conditions. De ce côté de La Manche, la grisaille demeurait épaisse.

   Qu'est-ce qui m'a pris à perdre des heures devant mon écran à suivre le déroulement du spectacle?... Je ne cessais de m'épier, en même temps que la foule des célébrités et celle du menu peuple piqueniquant joyeusement sur la pelouse royale.

   Les commentateurs experts en têtes couronnées s'escrimaient à remplir les heures d'attente en répétant inlassablement les mêmes informations plus ou moins creuses, plus ou moins enjolivées. Et nous  - je suis sûre de ne pas avoir été la seule  -  suivions les images, captivés, subjugués, presque hypnotisés...

   Pourtant, je peux affirmer avec certitude que d'ordinaire, je ne suis pas du tout impressionnée par les célébrités, ni éphémères ni séculaires; les politiques, les vedettes, les héritiers fortunés me laissent de marbre. Je les scrute plutôt en essayant de décrypter leur vérité sous le vernis des convenances, de l'éducation, du pouvoir et de l'aisance matérielle. A la façon d'un entomologiste. Leur position, méritée ou héritée, les expose au regard des gens ordinaires, à leur admiration souvent teintée d'envie et de frustration, elle les habille d'une sorte de masque à l'usage externe: pour se montrer ou plutôt, pour se dissimuler... J'essaie de les imaginer dans leur intimité, une fois le masque tombé.

   Les caméras sont braquées sur le jeune couple. Ils savent que les moindres de leurs battements de cils seront scrutés, commentés. A quel point peut-on rester sincère dans ces conditions ou doit-on jouer le rôle auquel on était désigné, symbole qui pèse lourd dans la balance économique et politique du pays, sans oublier l'avenir de la famille royale qu'il est urgent d'épousseter... 

   Je contemple les milliers de gens massés sur le parcours. La liesse populaire est réelle. Elle ramasse les miettes du bonheur par procuration.

 

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Du silence

13 Mai 2018, 14:13pm

Publié par Flora bis

Constantin Manos: Vieux prêtre taillant sa vigne (via Dimitri Polgar), Crète 1964

   Les solitaires le connaissent bien: il est leur compagnon de tous les jours et de toutes les nuits. Il peut être assourdissant et peser des tonnes, tout comme doux et accueillant, coussin d'atterrissage des chutes vertigineuses  -  vers nous-mêmes...

   Parfois, on le meuble fiévreusement de bruits de toute sorte: des flots de paroles ou des bruitages plus ou moins agressifs nommés musique, pétarades, vrombissements ou clameurs, dans le but de se donner l'illusion d'être dans la "vraie" vie... Aussitôt que la vanité de ces subterfuges apparaît dans sa limpidité, on se réfugie dans le silence intime et consolant.

   Le silence est créatif. C'est le terreau indispensable à la métamorphose en oeuvre de nos expériences, échanges et émotions; métamorphose qui fera fusionner en elle les ingrédients avec l'artisan de l'oeuvre. 

   Le vieux prêtre crétois taille sa vigne plus vieille que lui en silence. Il plie les branches rugueuses et tordues qui lui servent d'appui. Profitera-t-il du fruit de son travail, là n'est pas la question. Le travail doit être accompli, chaînon de l'éternité. Le silence est palpable, fertile: il libère la pensée qu'aucune parole vaine ne vient parasiter.

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Ne pas secouer!...

4 Mai 2018, 10:41am

Publié par Flora bis

   

Je ne cède pas souvent (même si ces derniers temps c'est arrivé plus fréquemment qu'à mon goût...) aux pulsions de partager les moments de déprime passagère ou plus tenace... Ce n'est pas pour me faire plaindre ou pire encore, pour inspirer de la pitié... De toute façon, durablement, cela fait fuir tout le monde. Tout simplement, j'ai besoin de les mettre en mots, pour m'en libérer, pour les mettre à distance, et non pas pour les faire endosser par quelqu'un d'autre.

   Cela me rappelle un conseil de notre chère Richarda, toujours si présente. A l'époque, j'avais du mal à me débarrasser du sentiment négatif  -  poison véritable  -  d'une trahison... Elle m'a dit: "Ecris-le sur une feuille, brûle-là et jette les cendres au bout du jardin, le plus loin possible!" JE L'AI FAIT. Et j'ai survécu. Pas pardonné mais cheminé lentement vers l'oubli...

   Ce n'est pas une recette, encore moins un conseil. Je n'aime pas trop les conseillers de comptoir qui vous abreuvent de leurs combines infaillibles. (Si j'y ai succombé parfois, que l'on me pardonne!) Ceux qui vous font part de leurs problèmes, ont plutôt besoin d'écoute, d'empathie et non pas de recommandations savantes... 

   Les problèmes des autres, durablement, entament le moral de ceux qui s'impliquent par compassion. Les uns fuient, d'autres s'agacent que l'on n'applique pas leurs recettes. Comment? C'est si évident! La solution est en vous! Il n'y a qu'à VOULOIR! C'est vous qui DECIDEZ de votre vie!

   Je me méfie des gens qui veulent vous SECOUER. En cas de déprime ou pire encore: de dépression, c'est justement la volonté qui fait défaut. Ce qu'on peut offrir de mieux, c'est notre bienveillante compréhension. 

   J'aime la pluie quand elle est épisodique, l'averse dynamique et rafraîchissante qui ne s'éternise pas pendant des semaines, me privant du soleil vivifiant qui réveille les couleurs du monde. J'aime le froid quand elle nous calfeutre dans la chaleur de la maison  -  pour un temps! J'aime l'intimité solitaire quand elle succède à des retrouvailles bruyantes et heureuses. Une question d'équilibre dans le changement.  

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Point de départ et de non-retour...

8 Avril 2018, 11:49am

Publié par Flora bis

   Je m'aperçois que mon jardin constitue un point d'encrage, non seulement dans ma vie mais aussi pour mon blog, point de départ pour une note à publier. Il arrive souvent que l'envie d'écrire, de communiquer existe mais il manque l'impulsion, la première phrase. Quelle direction choisir pour le vagabondage?...

   On n'a parfois qu'une vague idée de ce dont on aurait envie d'échanger... L'essentiel serait-il de discuter ou de formuler sa pensée pour y voir plus clair? Serait-ce, en quelque sorte, un dialogue avec soi-même?...

   La pénurie des commentaires donnerait raison à cette intuition. Dans mes statistiques de fréquentation, je vois un nombre de visiteurs parfois conséquent pour un petit blog qui ne fait pas trop d'effort pour se faire connaître mais heureusement qu'il y a Françoise M. et la fidèle Aude qui me laissent un petit caillou de temps en temps, signe de leur passage... Une autre fidèle Françoise est partie dessiner des nus légers et charnus, épanouis et mélancoliques à la fois, au-delà de ce monde matériel  -  mais en existe-t-il un autre?... Notre longue amitié virtuelle me manque... Suis-je une indécrottable sentimentale, bien que je m'en défende la plupart du temps, fuyant le déluge des émotions suscitées, calculées si souvent pour manipuler les foules?... Je suis bien consciente que c'est un réflexe de défense: je m'accroche à ma matérialité palpable pour protéger ma vulnérabilité et mes émotions à fleur de peau, en les enfouissant bien profondément, à l'abri des regards...

   Bon, après m'être livrée (comme dirait mon fiston) si intimement, je reviens à mon jardin. Quel plaisir d'assister à son réveil, un peu tardif cette année! Le camélia offre ses dernières fleurs, ayant résisté bravement aux gels de février, les jacinthes se terminent et les tulipes se bousculent au portillon. Et les draps, pour la première fois de l'année, sèchent sur le fil! 

(à cliquer sur les photos!)

Point de départ et de non-retour...
Point de départ et de non-retour... Point de départ et de non-retour...

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Pâques au tison

1 Avril 2018, 11:27am

Publié par Flora bis

   Les mètres carrés de mon jardinet qui reçoivent le soleil parcimonieux sont couverts d'un tapis de violettes. Au début, il fallait regarder attentivement la pelouse à peine dégelée sous ses pieds pour ne pas écraser les minuscules taches bleuâtres... Quelques jours plus cléments, un semblant de printemps, frisquet, sans feuilles et sans fleurs ont suffi pour que les violettes s'affirment. Je fais le tour du jardin, rapidement, sans m'attarder dans le vent mordant. A quand les matins doux et ensoleillés qui invitent à prendre son déjeuner sur la terrasse?...

   Dimanche de Pâques. Les croyants fêtent l'événement le plus important, fondement de la foi chrétienne: la résurrection du Christ. En effet, à l'image des sacrifices païens très anciens, l'Agnus Dei se sacrifie pour racheter les péchés du monde et vaincre ainsi les forces du Mal. Sa résurrection au troisième jour est censée de donner l'espoir d'une vie éternelle à tous les croyants, les rassurant en même temps qu'avec la mort, tout n'est pas fini; bien au contraire: la vraie vie, libre et immatérielle commence avec elle. 

   J'admets que cette conviction doit être une consolation profonde contre la grande peur de l'homme, sans doute le seul être doué de la conscience de sa disparition, de sa finitude, du Néant. Ceux qui ne possèdent pas ce remède, doivent faire avec cette angoisse métaphysique en se réconciliant peu à peu avec leur condition d'humain si fragile et  -  grâce à cette conscience  -  si puissant à la fois.

   

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Addictions nouvelles

4 Mars 2018, 12:26pm

Publié par Flora bis

   Je passe plusieurs heures devant mon ordinateur, pour lire et écrire, pour communiquer. Suis-je bel et bien en addiction de tous les écrans qui m'entourent?... Difficile de l'admettre. Je fuis les jeux vidéos, je n'achète que rarement sur le Net. Il y en a un dont je me passe assez bien: c'est mon smartphone. Souvent, il se retrouve déchargé, pile au moment où j'en aurais besoin!

   Cette maladie, apparue il y a moins d'une quinzaine d'années, s'est répandue avec la rapidité des incendies d'été dans le maquis de la côte varoise. Je vois des adultes qui ont pourtant grandi sans, toucher leur poche d'un geste mécanique et répétitif, pour en extraire la petite machine diabolique qui se coule si parfaitement dans la paume de la main, pour consulter leurs messages, et pour la moindre question qui se pose, tapoter fiévreusement sur les touches pour trouver la réponse... Tout juste s'ils ne tournent pas plus spontanément vers leur smartphone que vers leurs fenêtres pour connaître le temps qu'il fait...

   Plus grave encore pour les enfants dont le cerveau est en développement, en apprentissage. J'ai vu des tout petits qui ne savaient pas encore parler, se jeter avidement sur le téléphone, la tablette de leur parents, attirés comme par un aimant, manifester des symptômes de manque si l'on les en privait... N'accepter le repas que si leurs yeux étaient scotchés sur un écran. Leur bouche s'ouvrait alors machinalement, sans qu'ils se rendent compte de ce qu'ils avalailent... Où est passé le rêve, la découverte au toucher des objets immobiles qui les attendent avec patience ou, mystérieusement, qui s'enfuient? Le brin d'herbe ou la poignée de terre que l'on émiette ou, éventuellement, on porte à sa bouche pour le goûter... Où est le temps de la lenteur, sans le stress des images sautillantes à la vitesse endiablée?...

   Il manque dramatiquement le contact des yeux, des regards, tellement primordiaux dans l'apprentissage de notre humanité! De quoi privons-nous nos enfants en sensibilité, en socialisation, en empathie, en verbalisation de leurs émotions, en un mot, en complexification du fonctionnement de leur cerveau si malléable? Certes, on vous affirme que les jeux vidéos aiguisent leurs réflexes, leurs capacité d'analyser rapidement les situations inattendues. Sans doute. Mais en les transformant peu à peu en robots stressés et irritables.

 

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Flow

11 Février 2018, 18:30pm

Publié par Flora bis

   Née le15 novembre 1933, Françoise Héritier vient de mourir le jour de son 84ème anniversaire, le 15 novembre 2017. Son dernier livre, couronné du prix Fémina : "Au gré des jours", est paru en octobre 2017, un mois avant le décès de son auteur.

   Dans sa première partie, le livre reprend le principe et le style du "Sel de la vie", l'énorme succès de Françoise Héritier en 2012. J'avoue avoir eu le sentiment que l'idée suivait le sillage de ce petit livre au charme léger et insaisissable, sans pour autant pouvoir l'égaler: le charme, suscité en grande partie par la surprise, l'originalité et l'inattendu, est rompu par le "déjà-lu"... On ne devrait jamais ré-exploiter les idées géniales nées dans le flow...

  Que veut dire exactement le "flow"? (nous y reconnaissons les mots français "flux", "flot", "fluide") Mis à part le sens de l'écoulement, du débit de l'eau, j'entends par "flow" l'état presque second d'inspiration totale, cet état de grâce dans lequel nous nous trouvons à quelques rares moments de création. Si quelqu'un a déjà éprouvé cette sensation sait de quoi je parle.

   J'ai trouvé sur le Net un article fort intéressant à ce sujet ("Osez écrire votre roman" de Laure Gerbaud).

"...Le flowc’est l’inspiration et la maîtrise d’un art ou d’une activité menées à leur excellence, leur apogée. C’est le dépassement de soi, c’est quand ta plume glisse avec vélocité et intelligence, quand tu fais corps avec ta pensée, tes émotions, tes compétences. (...) Bref, c’est l’instant de grâce quand tu maîtrises parfaitement ce que tu écris, et c’est tellement facile et fluide que tu as l’impression de recevoir de l’extérieur ce qui vient de l’intérieur. Tu es à ce moment parfaitement en accord avec toi-même, ce que tu fais et ta manière de le faire..."

   J'avoue l'avoir déjà éprouvé, en écrivant ou en dessinant. C'est mystérieux et troublant, cela vous tombe dessus sans que vous l'ayez provoqué, voulu. Vous quittez votre réalité pesante,  votre décor quotidien disparaît. Vous ne touchez plus le sol, vous flottez (encore le "flot"!...) dans une atmosphère indéfinissable, mu par cette énergie puissante qui vous libère des contingences habituelles, des attentes et des exigences, des peurs et des inerties. Vous planez mais dans un état de concentration totale.

   Et la jubilation demeure.

 

   

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Début d'année gris

20 Janvier 2018, 11:20am

Publié par Flora bis

 

   Près de 3 semaines sans revenir sur mon blog... J'étais pressée ou trop fatiguée, presque inerte au fond de mon fauteuil Ikea, à moitié allongée.

   Il faut avouer que le manque d'échos à mes notes n'encourage pas non plus à "crier dans le désert". J'ai beau me persuader que c'est un genre de "journal de bord public" qui s'écrit surtout pour moi. Justement: public, bouteille à la mer dont on espère qu'elle sera repêchée pour provoquer un échange furtif d'idées ou d'émotions... Rien: cela veut dire "sans intérêt"... On ne peut pas obliger les gens de s'y intéresser, c'est la liberté de la blogosphère, peu à peu dépassée par Facebook, plus rapide, plus superficiel aussi. Autant nourrir son cahier à spirales.

   Plus d'un mois sans un rayon de soleil non plus... Ces décembre-début janvier sont particulièrement oppressants. La fatigue des préparatifs et des fêtes, leur délice né des mêmes fêtes et de la proximité avec la famille, puis soudain, le grand vide animé juste par les séances quotidiennes d'une radiothérapie devenue de plus en plus pesante: tout cela sous un ciel de plomb implacable.

   Finalement, nous avons eu trois jours de soleil qui ont pris fin hier. Pour combien de temps? Les gens du nord, philosophes à force de n'avoir pas le choix (on ne peut tout de même pas se suicider collectivement par manque de sérotonine!) finissent par dire qu'ils préfèrent le grand ciel mouvementé avec le défilé incessant des nuages chargés de pluie à celui, uniformément bleu des contrées ensoleillées...! Je n'y arrive toujours pas. Au bout de bientôt 28 ans.

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