Le blog de Flora

reflexions

Début du "Cahier..." 2008

25 Juin 2011, 19:31pm

Publié par Flora

Jardin.jpg Il est intéressant, du moins pour moi, de revenir au début de mon "genre de journal ", entamé le 2 mars 2008 au salon du livre de Bondues, près de Lille. La lassitude s'installe face à ces bains de foule incontournables pour la promotion de notre revue qui entre dans sa neuvième année. Jadis, j'aimais ces occasions de rencontres avec les lecteurs et les auteurs. Cette année-là, la deuxième où je fais mon apprentissage forcé de la solitude, au point de commencer à y prendre goût, l'envie de quitter ces vaines agitations fait son chemin en moi.

2 mars 2008:  Il ne faut jamais se déplacer dans un salon sans son calepin. Il y a toujours de longs moments détestables de vacuité  qui volent votre vie. Je n'ai plus le courage, l'enthousiasme communicatif de mes débuts pour accrocher le chaland indécis, lui lancer l'hameçon et le ferrer pour qu'il reparte, ébloui, avec un, deux voire plusieurs livres sous le bras. S'il n' y a plus l'éblouissement au monde, il est temps de partir. Je suis entre deux chaises, entre deux mondes, entre deux langues, entre deux identités, entre deux états aussi: avec et sans Gilbert. Je ne suis plus avec et pas encore sans. Il m'envahit tant. J'ai tellement peur qu'il ne cesse de m'envahir... Je m'accroche au mot "sérénité" en espérant de cet état si convoité qu'il m'apporte les réponses. Comment y arriver?... Quelqu'un qui danse, le nez en l'air, au bord du précipice, en évitant soigneusement de regarder sous ses pieds... Oui, c'est assez juste. On sait bien qu'il y a le précipice, mais on fait comme si... Ca peut durer mais l'équilibre est ténu. (...)

illustration: R. T. peinture à l'huile

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Le jeu de "SI"...

19 Juin 2011, 17:20pm

Publié par Flora

   Étrange envie lancinante qui m'oblige à retourner quelques années en arrière... La cause en est: ces vieilles photos exhumées d'un album sans âge. Une amie a proposé sur son blog un jeu plus bouleversant qu'il n'y paraît: le "SI". Quels étaient ces carrefours qui impliquaient un choix, déterminant la suite de notre vie? Que se serait-il passé si nous avions fait un autre choix? Y a-t-il eu des événements indépendants de notre volonté qui auraient pu se dérouler autrement, donnant ainsi une direction radicalement différente à ce qui suivait?

eskuvoi-kep-egyedul_NEW.jpg Le fond du problème: hasard ou nécessité... Avons-nous le choix ou tout est-il écrit d'avance? Notre "choix" est-il pure illusion car gouverné par la prédestination? A un moment, pouvons-nous donner volontairement un coup de volant violent à notre vie?  En fin de compte, sommes-nous libres, ne serait-ce qu'un instant de notre parcours?

   En ces temps de bac philo, ce sont des interrogations à la mode... Finalement, tout est question de point de vue: tout dépend si j'observe le cours des événements depuis le départ ou à l'arrivée. Au point du départ, plusieurs possibilités s'ouvrent devant nous, mais au moins deux: "oui" ou "non". A l'arrivée, il n'en reste qu'une... Alors, tout dépend de l'endroit où je me place.

eskuvoi-kep_NEW.jpg Repenser à tous ces "carrefours" est vertigineux... Que se serait-il passé si j'étais entrée au lycée des beaux-arts au lieu de choisir les langues étrangères? Si, à la place du français, j'avais opté pour le groupe des latinistes? Si Gilbert avait rejoint le lycée de Toronto au lieu d'atterrir en Hongrie? Si son premier poste avait été confirmé? Si j'étais partie à Grenoble pour l'année scolaire, avant son arrivée dans le lycée où j'enseignais?... Et si un de mes nombreux et assez inoffensifs flirts avait abouti avant notre rencontre? 

   Aurais-je pu choisir autrement ou était-ce le destin? En tout cas, ces photos désuètes, fixant nos vingt et quelques années juvéniles, prises dans un atelier de la ville n'existeraient pas...

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"Eté indien avec chrysanthèmes"

25 Mai 2011, 11:08am

Publié par Flora

chrysantheme-rouge-et-or.jpg Voici les chrysanthèmes pompons jaunes avec lesquels une vieille dame s'apprête à effectuer son pèlerinage hebdomadaire sur la tombe de son mari, depuis quinze ans...

Sa voix croise celles de quatre autres femmes qui, chacune pour des raisons différentes, se retrouvent dans la solitude. Ces cinq voix entrecroisées sont jouées par la même comédienne qui assure aussi la mise en scène, je dois dire, brillamment! Au début, j'avais quelques craintes à savoir comment le public arrivera à distinguer qui prend la parole toutes les 5-10 minutes mais la métamorphose s'opère devant nos yeux: la voix, l'attitude, le personnage se transforme et le texte se déroule magistralement! Merci, Richarda! 

DSCN0410.JPG J'ai redouté ce moment où ma nature plutôt encline à la discrétion  -  j'ai horreur de me mettre en avant  -  devra subir le regard du public! Qu'est-ce qui m'a poussée à cette audace sans nom? Un certain sentiment d'urgence qui se manifeste de plus en plus nettement au fur et à mesure que le temps passe et la peau de chagrin rétrécit... Je me souviens, Gilbert disait à l'époque, en voyant de ses textes sur scène: "c'est une étrange sensation, j'ai l'impression que c'est le texte de quelqu'un d'autre, même si je le connais par coeur!" Eh bien, par moment, j'avais le même sentiment, hier soir. La comédienne, le public s'emparent de vos mots, ils ne vous appartiennent plus. C'est comme laisser s'envoler ses enfants... De plus, ces mots ont tout de même été assemblés pour être partagés avec ceux qui les entendraient...

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Journal * Une page du Cahier rouge

17 Mai 2011, 11:55am

Publié par Flora

Parfois, il est intéressant de revoir une page écrite il y a un certain temps dans un Cahier de brouillon... Comment étions-nous quelques mois en arrière, sans les strates des expérience vécues depuis un an? Certaines choses changent, d'autres pas...    

25 avril 2010:  Concert de l'Orchestre de Lille, chef anglais (Paul Mann), très dynamique. Symphonie "Faust" de Liszt, sublimissime 

Ce matin, presque 15 de tension. La cause doit être le stress permanent (enfants, ma mère, retards de mes engagements etc.) Tout cela me met sous une pression permanente mais en même temps, m'empêche de bouger. Je me couche trop tard, avec une nuit hachée... Il faut que je retrouve un DSCN0361.JPGrythme potable. Je me traîne comme si je pesais des tonnes... Finalement,ce n'est qu'en écrivant que je me sens bien. Je soupçonne (intuition? Le mécanique part d'une idée, d'une image qui en découle, et le rapport apparaît. C'est la base rationnelle qui me rassure) que le fait d'écrire en hongrois me renvoie à trop de blocages, de frustration de ma vie d'avant, de ma personne d'avant. Mon mariage avec Gilbert m'a offert une identité de plus et une autre expression en prime.

   La météo prévoit du rafraîchissement et de la pluie à partir de demain. Alors, un après-midi au jardin, à m'enivrer du parfum intense des lilas de chez les voisins, du soleil tiède et caressant, du vert très vif de la pelouse parsemée de pissenlits en abondance, énormes...

   J'ai bien entamé mon exposé. Lorsque je parviens à vaincre cet énorme poids d'inertie qui m'immobilise habituellement, j'ai une grande satisfaction du travail fait et même bien fait: j'ai écrit une note sur Istanbul et deux pages sur l'intuition. Encore un peu de boulot de recherche et de mise en page mais le plus dur semble être fait: entamer et organiser le raisonnement. Quel plaisir que l'écriture! Les mots me portent et me soutiennent, me font quasiment planer... Et cela, sans autre substance que du café!

 A quoi sert un "Journal..."? 

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A propos d'Odilon Redon

11 Avril 2011, 12:14pm

Publié par Flora

Redon-Bouddha.jpg Odilon et son araignée souriante... Ses têtes bleues émergeant d'un océan originel... Et surtout, la sensualité de ses pastels, capables de révéler des couleurs insoupçonnées! Je ne suis pas particulièrement attirée par le sujet des natures mortes, des fleurs ou des paysages. Depuis la première fois que j'ai vu un recueil de bouquets d'Odilon Redon, j'ai été définitivement découragée de toute tentative d'y toucher... Comment approcher une telle perfection dans l'originalité  -  ne parlons même pas d'espérer  l'égaler; comment songer alors à la dépasser?...

   Je constate, surprise, que beaucoup de gens ignorent tout de Redon ou le connaissent peu. Il réside sur mon Olympe personnel, en compagnie d'Egon Schiele, de Rembrandt, de Vermeer et de quelques autres, depuis de nombreuses années. Contemporain des impressionnistes mais toujours à part. En dehors des courants, élaborant son art, en suivant ses inspirations... Le Grand Palais lui offre sa première grande rétrospective depuis 1956. Je ne suis pas qualifiée pour trouver le tiroir dans lequel il convient de le ranger dans le classement des trés grands, des simplement grands et les remarquables de la peinture: je me contente de prendre mon plaisir et mon inspiration auprès de ses oeuvres, surtout les pastels et les lithographies. De plus, une découverte pour moi: la réédition par José Corti, de son journal d'entre 1867-1915 (un an avant sa mort), "A soi-même". Il m'attend pour que je le lise, le déguste pendant longtemps. Quel moyen extraordinaire de s'introduire dans le processus intime de la création! Je suis irrésistiblement attirée par le genre "journal", très différent de celui des "mémoires". Le premier est ancré dans le présent, pris sur le vif avec la fraîcheur, la spontanéité des impressions, des réflexions, dans le mouvement créatif même, tandis que le second constitue un regard en arrière, avec les souvenirs sélectionnés, "digérés" par la mémoire, embellis ou tus à l'occasion, selon les émotions qui s'y attachent...

La modernité toujours actuelle, l'essence même qui m'attire vers Redon se résume dans ces deux phrases tirées de son journal:

"Mes dessins inspirent et ne se définissent pas. Ils ne déterminent rien. Ils nous placent, ainsi que la musique, dans le monde ambigu de l'indéterminé."

"Tout se crée par la soumission docile à la venue de l'inconscient."

illustration: Odilon Redon, Le Bouddha, pastel, 90-73 cm 

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A propos des rencontres...

30 Mars 2011, 20:02pm

Publié par Flora

   "Je me rends compte avec l'âge et l'expérience que je serai toujours cette incurable idéaliste, naïve et enthousiaste, même si un peu plus prudente qu'avant. Je continuerai de sublimer les êtres et les sensations, tout simplement parce que je ne peux pas vivre autrement, sinon je m'éteins. Si les activités (la revue) ou les personnes (X.) me lassent ou me déçoivent par leur mesquinerie, le moteur cale et c'est fini, irréversiblement, même si je me force encore un peu, par pitié ou par devoir. (...) Toute ma vie ne serait-elle pas une série d'emballements forts et irréels? Le réel n'aurait pas été si beau, peut-être, au fond... Une série de rencontres non abouties, aussi... Abouties, elles n'auraient pas vraiment tenu leurs promesses..."

   Encore un petit extrait de mon "cahier rouge". Les années s'enfuyant, on repense fatalement à toutes les rencontres qui ont jalonné notre vie. Elles m'ont toujours passionnée, j'étais avide de découvertes, tels les explorateurs se lançant vers des terres vierges: pour moi, des personnes à décrypter, territoires inconnus. Une rencontre, c'est une porte entrouverte, une invitation. Ce que je cherche invariablement, c'est l'échange de fond, la résonance qui permet de jeter une passerelle entre des esprits en quête de réponses à des questions essentielles. Résonance stimulante qui permet de voir plus loin dans ses propres interrogations. 

   La blogosphère dans tout ça? Purement virtuelle, c'est certain. Elle suscite des échanges éminemment précieux entre des personnes insaisissables: est-ce leurs ombres éthérées qui conversent de façon si intime, si confidentielle? Parfois, très rarement, quelques dérapages incompréhensibles, agressivité inexplicable d'ego blessés ou frustrés qui se vengent gratuitement, anonymement, alors qu'il suffirait de passer son chemin. Ici, personne n'est redevable à personne. La flagornerie n'est nullement obligatoire. On a droit au silence.

   Pour moi, c'est un nouveau type de rencontre, éventail plus large, quasi illimité, sans pour autant se substituer à la réalité. Plus risquée? Moins risquée? Les deux. Nous sommes des êtres émotionnels. Nous nous attachons à des parfaits inconnus et qui le resteront, pour la plupart d'entre eux. Nous nous livrons  -  jusqu'aux limites établies par nous-mêmes. Les blogs sont des fenêtres ouvertes qui nous invitent à jeter un regard à l'intérieur de la maison et parfois même à entamer la conversation au passage. Je pense encore à Kirnette. Brave petit soldat, elle a mené, jour après jour, sa bataille contre un cancer du sein. Je suivais son blog, admirative devant la leçon de vie qu'elle nous donnait, sans jamais abdiquer, tournant en dérision son infinie souffrance. Le dernier message de son blog, émanant de son amie nous a annoncé le jour de son inhumation.

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A quoi sert un "Journal..."?

17 Mars 2011, 12:05pm

Publié par Flora

ilo-pour-l-Impertinente.jpg J'ai entamé ce cahier de brouillons il y a tout juste 2 ans, pendant mon dernier Salon du Livre à Paris, pour meubler la lassitude profonde qui m'a saisie sur le stand. J'en suis à la page 118, d'une écriture serrée. C'est devenu une addiction, un besoin presque viscéral. Pour usage strictement personnel, car je suis loin d'être persuadée de son intérêt pour quiconque d'autre que moi... Je ne cesse, d'ailleurs, de me poser la question à ce sujet: pourquoi ai-je ce besoin irrésistible? Je recopie ici un petit extrait qui tente de répondre à cette question (prenant le risque de n'intéresser personne, tant pis...). 

dimanche 3 octobre 2010Mon anniversaire approche: ** ans. Incroyable. Ai-je vraiment traversé ces années-là? Il faudra, peut-être, que j'écrive un petit bilan à cette occasion... Mais, qui dit bilan, dit pesée, fin éventuelle d'un cycle. Et je n'aime pas les FINs! Le soleil est voilé, il s'enveloppe dans une pâleur maladive. La nature s'apprête à s'emmitoufler pour l'hiver. Mon amour, sous le marbre, as-tu froid dans ta solitude en compagnie des autres morts?... Je sais que cette idée est débile, mais l'amoureuse de la vie que je suis, ne peut pas s'en empêcher. La vie est une exaltation. Parfois tristesse morne, souffrance aiguë, mais toujours grandiose.

Au fond, j'aime l'écriture à la main, cette relation charnelle à l'idée qui se dessine sur le papier. Il faut le feutre doux, le papier sans lignes ni carreaux qui entraveraient la pensée, pour ressentir cette course inlassable des mots attrapés au vol. Des images, des parfums, toute sorte de sensations à transcrire, à fixer sur le papier. La relation des mots à la réalité? Plutôt, le pouvoir des mots justes à retranscrire le ressenti ou les souvenirs... Le soleil s'apprête à se cacher derrière le clocher. J'espère qu'il y aura encore des jours comme ça!...

Ca y est, les 100 pages sont franchies! Est-ce à prendre en compte? Je pense que oui.  Je témoigne  -  pour moi-même  -  du temps qui passe... Je tente de le saisir, de le fixer. Obstinément. J'écris tout ça sans dictionnaire, sans vérifier l'orthographe, sans chercher à affiner le style. Comme ça vient, comme ça coule. Cette spontanéité "non-travaillée" compte aussi pour moi. Comme saisir la pensée à la naissance. Je suis encore au jardin! J'apprécie infiniment ce sursis. J'ai repoussé les courses pour pouvoir profiter du soleil que l'on devine à peine derrière son voile. Je voudrais en faire des stocks pour  supporter les mois à venir... 

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15 mars

15 Mars 2011, 19:56pm

Publié par Flora

images-copie-1.jpeg Peu de gens savent en France que le 15 mars est probablement la date la plus importante pour le coeur des Hongrois. La Fête Nationale. Comme tout petit pays auquel on a toujours tout confisqué, il y tient, à cette date. Il y en a eu plusieurs, des jours fériés imposés par le régime communiste, mais le 15 mars demeurait, inamovible, avec des cocardes rouge-blanc-vert sur le coeur et ce jour-là, nous nous sentions un peu en résistance... Une fête choisie et non imposée. Un jour pour commémorer le sursaut héroïque d'un peuple contre un empire, David contre Goliath.

   En 1848, un vent révolutionnaire balaye la Sicile, le Piémont, certaines provinces allemandes, Paris se soulève en février. Au début de mars, à Vienne même, le peuple obtient la liberté de la presse. Il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas accordée à la Hongrie, province de l'Empire Habsbourgeois. A Pest et à Pozsony (actuellement Bratislava), les événements s'accélèrent. De jeunes étudiants, autour de Petőfi, rédigent en 12 points les principales revendications du pays opprimé: suppression de la censure, libération des prisonniers politiques, assemblée nationale, armée et banque nationales etc. Inacceptable pour l'empire. S'ensuit une guerre pour l'indépendance du pays, écrasée au bout d'un an de lutte armée héroïque. Le tzar Nicolas I. accourt à la rescousse des Habsbourg, pour éteindre l'incendie contagieux. L'armée hongroise capitule en août 1849. Une terreur sanglante décapite la nation (le premier-ministre et 12 généraux sont exécutés le 6 octobre). Kossuth meurt en exil, Petőfi est tué dans une bataille à l'âge 26 ans et les héros entrent dans la légende... 

 

 

 

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Pour la Journée des femmes...

8 Mars 2011, 15:11pm

Publié par Flora

Roy--Arundhati.jpg J'ai longuement hésité avant de formuler ces quelques phrases pour marquer la date. Je me méfie un peu de ces commémorations qui octroient une journée à une cause pour mieux l'oublier le reste du temps... Puis, je me suis dit que c'était une occasion à quelques fugaces réflexions... 

   Parfois, certaines personnes poussent le zèle à avancer l'idée qu'un monde dirigé par les femmes serait plus juste, plus paisible. Certes, il serait bon que les rênes du pouvoir soient mieux réparties entre les mains masculines et féminines. Mais placer autant d'espoir dans un pouvoir au féminin serait, à mon avis, illusoire. Je soupçonne la cause de ce crédit de confiance dans le simple fait qu'elles soient moins corrompues par l'exercice du pouvoir, tout simplement. Qu'elles doivent encore apporter leurs preuves dans ce domaine! Mais je doute que génétiquement, nous soyons mieux programmées à cet égard. 

   L'émancipation des femmes passe indiscutablement par leur autonomie économique. Une femme qui s'assume financièrement, par son travail surtout (je ne m'occupe pas de riches rentières), n'a pas besoin de "tuteur" pour tenir debout. Elle peut donc se respecter et exiger le respect envers elle. Du coup, la place traditionnelle de l'homme vacille: plus besoin de protecteur qui vous entretient et qui, en échange, peut avoir ses exigences. Pour qui vous remplissez le rôle de la mère irréprochable de ses enfants, de la fée du logis et du pot de fleurs décoratif à l'occasion... De plus en plus de femmes préfèrent s'assumer seules, fortes de leur indépendance acquise. Je ne suis pas de ces féministes enragées qui veulent exterminer la gent masculine pour vivre entre amazones. Je rêve d'un nouveau statut pour l'homme qui en ferait un partenaire intelligent, sans lui ôter pour autant la virilité...

dessin: portrait d'Arundhaty Roy, extraordinaire romancière indienne par R.T. (alias flora)

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Ambiance de salon 2009...

23 Février 2011, 14:24pm

Publié par Flora

Paris 2006Le Salon de l'Agriculture est assez rapidement suivi par celui de la culture tout court, dans ce hall N°1 du Parc des Expositions de la Porte de Versailles, où pendant les premiers jours du Salon du Livre flottent encore quelques effluves laissés par les vaches et les cochons... En 2009, au bout de presque 10 ans, je termine ma dernière participation d'exposant. La décision mûrit et j'entame mon cahier de brouillon rouge qui ne me quitte plus désormais. L'atmosphère laisse présager quelques changements d'itinéraire... Alors, je noircis le cahier sans relâche, au gré des idées qui passent...

Lundi 16 mars 2009: aujourd'hui, journée des professionnels; libraires, bibliothécaires, traînant leurs immanquables valises, l'oeil hagard mais encore frais le matin. Vers 16-17 heures, les valises seront lourdes et les traits distendus...

    Troupeaux d'agents candides de la culture... Aurai-je à regretter le droit d'avoir la gueule blasée des gens in que j'arbore actuellement? Les regrets viendront inévitablement après...

   Je pique du nez dans mon "Perroquet...". Il n'y a même plus de café sur le stand. La dame avec son histoire familiale se rebiffe, déçue que ça ne parte pas comme des petits pains. Pensez-vous, le Salon du Livre de Paris! Et la journée des professionnels, jour où personne n'achète! (nous, les vieux briscards le savons très bien...) Elle s'installe à la table des dédicaces, d'où elle harponne vainement le chaland indécis et fuyant.

   Au fond, c'est fascinant, ce stylo feutre qui court inlassablement sur du papier blanc, laissant derrière lui des  gribouillis qui restituent à la lecture, miraculeusement, la pensée écrite! Je m'émerveille de ces petites évidences dont on ne cherche même pas à constater l'existence, la plupart du temps: l'ampoule électrique d'où jaillit la lumière, le robinet qui libère la source de la vie, chaude, froide à souhait, alors que j'ai encore le souvenir de la corvée d'eau du coin de la rue, de la fontaine, à 100 m de la maison. Le grand progrès du robinet dans la cour! Mon père a longuement résisté ensuite pour percer le mur, afin de faire entrer l'eau dans la maison. Ma mère, toujours à la pointe du progrès, poussait avec acharnement contre la résistance paternelle. De guerre lasse, il cédait, après d'âpres années de combats, contre les WC dans la maison... qui pouvaient ainsi suppléer le cabanon du fond de cour où, par -25° en hiver, nous ne nous attardions que le temps strictement nécessaire. La nuit, par pitié pour les enfants, un grand pot en faïence blanche était autorisé à pénétrer dans la maison et uniquement pour la mauvaise saison. Les adultes continuaient à être obligés de fréquenter le fond de la cour.

   La vieille dame se prend vraiment pour un écrivain, à avoir pondu un livre. C'est bien pour son âge: avant de mourir, elle peut grossir le tas des livres à satisfaction minuscule et individuelle d'avoir existé et de disparaître aussitôt. Encore une fois, faut-il la masse pléthorique des médiocres ou pire, pour qu'émerge le génie? C'est peut-être aussi simple que ça...  

 

 

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