Du silence

Les solitaires le connaissent bien: il est leur compagnon de tous les jours et de toutes les nuits. Il peut être assourdissant et peser des tonnes, tout comme doux et accueillant, coussin d'atterrissage des chutes vertigineuses - vers nous-mêmes...
Parfois, on le meuble fiévreusement de bruits de toute sorte: des flots de paroles ou des bruitages plus ou moins agressifs nommés musique, pétarades, vrombissements ou clameurs, dans le but de se donner l'illusion d'être dans la "vraie" vie... Aussitôt que la vanité de ces subterfuges apparaît dans sa limpidité, on se réfugie dans le silence intime et consolant.
Le silence est créatif. C'est le terreau indispensable à la métamorphose en oeuvre de nos expériences, échanges et émotions; métamorphose qui fera fusionner en elle les ingrédients avec l'artisan de l'oeuvre.
Le vieux prêtre crétois taille sa vigne plus vieille que lui en silence. Il plie les branches rugueuses et tordues qui lui servent d'appui. Profitera-t-il du fruit de son travail, là n'est pas la question. Le travail doit être accompli, chaînon de l'éternité. Le silence est palpable, fertile: il libère la pensée qu'aucune parole vaine ne vient parasiter.