Royal wedding
A Windsor, il faisait très beau... Tout concourait à ce que le mariage princier se déroule dans les meilleurs conditions. De ce côté de La Manche, la grisaille demeurait épaisse.
Qu'est-ce qui m'a pris à perdre des heures devant mon écran à suivre le déroulement du spectacle?... Je ne cessais de m'épier, en même temps que la foule des célébrités et celle du menu peuple piqueniquant joyeusement sur la pelouse royale.
Les commentateurs experts en têtes couronnées s'escrimaient à remplir les heures d'attente en répétant inlassablement les mêmes informations plus ou moins creuses, plus ou moins enjolivées. Et nous - je suis sûre de ne pas avoir été la seule - suivions les images, captivés, subjugués, presque hypnotisés...
Pourtant, je peux affirmer avec certitude que d'ordinaire, je ne suis pas du tout impressionnée par les célébrités, ni éphémères ni séculaires; les politiques, les vedettes, les héritiers fortunés me laissent de marbre. Je les scrute plutôt en essayant de décrypter leur vérité sous le vernis des convenances, de l'éducation, du pouvoir et de l'aisance matérielle. A la façon d'un entomologiste. Leur position, méritée ou héritée, les expose au regard des gens ordinaires, à leur admiration souvent teintée d'envie et de frustration, elle les habille d'une sorte de masque à l'usage externe: pour se montrer ou plutôt, pour se dissimuler... J'essaie de les imaginer dans leur intimité, une fois le masque tombé.
Les caméras sont braquées sur le jeune couple. Ils savent que les moindres de leurs battements de cils seront scrutés, commentés. A quel point peut-on rester sincère dans ces conditions ou doit-on jouer le rôle auquel on était désigné, symbole qui pèse lourd dans la balance économique et politique du pays, sans oublier l'avenir de la famille royale qu'il est urgent d'épousseter...
Je contemple les milliers de gens massés sur le parcours. La liesse populaire est réelle. Elle ramasse les miettes du bonheur par procuration.
