Le blog de Flora

reflexions

Mon blog français a 8 ans

3 Juillet 2016, 18:53pm

Publié par Flora bis

Mon blog français a 8 ans

Mon blog a 8 ans aujourd'hui.

45 386 visiteurs uniques (c'est à dire, comptés une seule fois, même en cas de plusieurs passages dans la journée)

122122 pages vues (et combien d'écrites? Il faudra les comptabiliser un jour...)

Les statistiques ne sont pas destinées à battre des records d'audience: de simples indicateurs sur mon chemin personnel.

Ce blog - avec son alter ego, en hongrois, plus "jeune" d'un an - est devenu un point important de mon quotidien. En feuilletant ses pages, 8 ans de ma vie défilent devant moi. Un âge d'enfant qui me mène pourtant vers le crépuscule, voire la nuit...

J'ai commencé cet exercice assez tard, tout comme l'exercice de l'écriture, en somme. Gilbert, qui commençait à publier ses livres à la quarantaine, répétait souvent: "C'est trop tard pour moi... On ne se fait pas découvrir à l'âge-là où d'autres ont déjà une oeuvre derrière eux!"

Décourageant. Il en faut moins pour me dissuader à me prendre au sérieux. Surtout, en oscillant entre les incertitudes pour éviter les erreurs dans cette belle langue d'adoption, le français, qui permet tant d'audaces, tout en surveillant de près ses pièges pour braconniers...

Heureusement, le blog est de ce genre merveilleux qui permet d'être lu, encouragé ou pas, dans une grande liberté d'expression, sans le couperet de la guillotine d'un éditeur submergé de propositions dans un pays qui compte plus d'écrivains que de lecteurs...

(illustration: "Le chemin initiatique" par R. T.)

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Questions insidieuses

6 Juin 2016, 17:54pm

Publié par Flora bis

Questions insidieuses

J'ai tondu la moitié du jardin, dans l'euphorie du soleil revenu, mais un énorme nuage noir et menaçant, arrivé d'on ne sait où, m'a fait rebrousser chemin et incitée à mettre à l'abri dare-dare la tondeuse électrique!

Le rythme tendu des dernières semaines m'a obligée de laisser maison et jardin à l'abandon. La pelouse arrive aux genoux, la maison crie après l'aspirateur et moi, après le repos!...

Je suis retournée à notre expo samedi et dimanche. Environ 200-250 visiteurs ont fait le tour des tableaux et des sculptures pendant les après-midi du week-end. Je serai encore de permanence du 8 au 12 juin presque tous les jours.

Souvent, je prends des ustensiles pour travailler un peu pendant l'attente, au lieu de compter les heures sur place. Il m'arrive aussi d'échanger avec les collègues et les visiteurs, ce qui est souvent intéressant.

Un sujet me tarabuste souvent, révélé par Mehmet Güleryüz, éminent peintre turc dont je fréquentais l'atelier durant 4 ans. Il m'a dit un jour: "Toi, tu n'es pas prête à sauter dans le ravin!" Sur le coup, sa phrase m'a troublée mais en y réfléchissant, je lui donne raison. Celui qui, doté d'un peu de talent, s'essaye à la création - quel qu'en soit le domaine - se confronte tôt ou tard à la nécessité de se pencher sur le précipice. Des génies y ont même basculé (Van Gogh, Schumann, Faulkner et la liste est encore longue) car l'abîme a un grand pouvoir d'attraction. Pour créer quelque chose de grand, de vrai et de hors norme, il faut descendre très profondément en soi pour pouvoir remonter le précieux minerai dont on peut extraire le chef-d'oeuvre. Au risque de rester au fond.

Sinon, on peut continuer à gratouiller la surface, créer même d'honnêtes oeuvres routinières, sans se mettre en danger.

Avec ce sentiment insidieux de lâcheté au fond de soi.

Ce matin, mon calendrier de sages citations me jette ce proverbe chinois à la figure:

" Les grandes âmes ont la volonté; les faibles n'ont que des souhaits."

(un de mes dessins exposés)

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Sur les traces d'un dîner improvisé

15 Avril 2016, 19:26pm

Publié par Flora bis

Sur les traces d'un dîner improvisé

J'aime les dîners improvisés... Souvent, ils sont les plus réussis. De plus, pas vraiment "cordon bleu" mais plutôt perfectionniste, je n'ai pas ainsi le temps de tergiverser, hésiter, cogiter - comme tout Balance qui se respecte - au casse-tête du menu et aux angoisses qui l'accompagnent d'être à la hauteur!

Là, où je prends le plus de plaisir, c'est la composition des invités. J'aime réunir des gens, à organiser des rencontres, surtout quand j'ai le sentiment qu'elles réservent des échanges intéressants, enrichissants, de belles découvertes pour les uns et les autres. Je connais des personnes qui gardent jalousement leurs amis, de peur de se retrouver abandonnées, les amis séduits par d'autres. Je suis dépourvue de ce sentiment crispé; je pense qu'élargir le cercle des amis ne nous en prive pas, bien au contraire: chacun s'en trouve enrichi. J'aime les ambiances simples, sans "prise de tête", chaleureuses où la gaieté se mêle à des sujets graves et chacun a envie de s'exprimer.

Le dîner du mercredi soir était de cet ordre-là. On avait envie de se connaître mieux, de tisser des liens: nouveaux pour certains, familiers mais plus approfondis pour d'autres. Le lendemain matin, deux bouquets de tulipes, une jolie boîte et quelques madeleines témoignaient encore de l'ambiance de la veille, avec les vagues de chaleur dans le coeur.

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Attirances et psychanalyses

19 Février 2016, 17:56pm

Publié par Flora bis

Attirances et psychanalyses

J'ai déjà pensé que je serais une proie facile pour la psychanalyse... J'y arrive presque moi-même, admettant qu'il doit y rester quelques zones d'ombres à explorer. J'aimerais même que l'on en éclaire quelques unes pour comprendre d'où viennent les menus mystères. Mais ai-je vraiment envie de découvrir tous les arcanes du destin?... Il en faut, des coins de voiles à soulever...

On pourrait, par exemple, examiner pourquoi on se sent soudain très attiré par l'univers de tel ou tel écrivain ou peintre... Attirance qui disparaîtra pour laisser la place à un autre univers avec lequel on se sentira plus en adéquation. Cela doit refléter des changements mystérieux survenus en nous, plus ou moins à notre insu.

Je me souviens des étapes successives de mes attirances en peinture. Lycéenne, El Gréco me fascinait, avec ses figures étirées dans l'exaltation mystique (alors que moi-même, je me détachais de la foi), ses couleurs vives et contrastées. Sans doute, la tension dramatique qui s'en dégageait faisait résonner une corde sensible en moi. Suivait Modigliani avec ses portraits et ses nus sensuels et en même temps simplifiés jusqu'à l'essentiel. Je me dis que cela devait correspondre dans ma vie à une époque dominée par l'envie d'aller à l'essentiel en supprimant les détails inutiles. Par la suite, j'ai découvert Egon Schiele qui me subjuguait par son courage et sa ténacité d'explorer l'humain jusqu'à l'extrême, sans oublier son prodigieux talent de dessinateur. Un besoin de lucidité dans l'apprentissage de la vie... mais à l'âge adulte bien entamé. Il me laisse toujours éblouie.

Et maintenant? Je n'ai plus un seul "élu" pour admirer. J'en ai plusieurs, des univers disparates, parfois hétéroclites, sans être forcément "adoubés" par un renom universellement reconnu. Serais-je arrivée à me détacher de toute injonction pour assumer enfin mes désirs et mes contradictions?

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Valentin, Valentine

13 Février 2016, 13:09pm

Publié par Flora bis

Valentin, Valentine

Depuis des jours, voire des semaines, St-Valentin envahit le monde de la pub'! Jusqu'à l'indigestion! Cette effervescence insistante est nécessaire pour susciter le goût de la fête, obliger les couples, débutants ou endurcis, à marquer leur attachement indestructible, réel ou espéré. Par là-même, enfoncer les autres, les solitaires, dans leur détresse d'exclus du cercle magique des gens heureux...

La solitude me tient compagnie depuis presque dix ans. Même choisie, elle peut s'avérer pesante, bien sûr. Cependant, je ne suis pas jalouse de ceux qui vont fêter demain: au contraire, je suis contente pour eux, car le bonheur est toujours bon à prendre là où il se niche!

Marquer cette date ne faisait pas partie de nos habitudes: trop insistant, comme les autres jours inventés assez récemment, afin de combler un creux commercial. Il faut bien booster les chiffres d'affaires des fleuristes, des marchands de petits cadeaux, de préférence de couleur rouge et en forme de coeur (même les marmites Creuset s'y mettent!), des vendeurs de chandelles, de sous-vêtements affriolants et les chiffres des restaurateurs!

Pour un jour, une soirée, les couples mettront leurs habits de fête, au propre et au figuré. Ceux que les années n'ont pas encore usés et pour qui le quotidien n'a laissé que des cicatrices superficielles, resserreront les liens et jetteront vers le passé un regard de satisfaction heureuse et considèreront l'avenir avec confiance. D'autres préfèreront ignorer l'échec amer de leurs illusions et passeront le jour scintillant sous un épais silence...

Pour moi, ce sera un dimanche comme un autre.

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La magie de la correspondance

6 Février 2016, 18:01pm

Publié par Flora bis

Ce matin, je suis tombée sur une lettre de Franz Kafka, extraite de sa correspondance avec Milena Jesenska, sa traductrice, de 14 ans sa cadette. 149 lettres en 10 mois, entre deux rencontres. Le séjour de Kafka dans un sanatorium où il soigne sa tuberculose met de la distance entre eux que les lettres tentent d'abolir.

Impossible de ne pas replonger dans un passé - le mien - qui semble déjà à plusieurs années lumière, où les portables, les SMS et les e-mails n'ont pas encore envahi notre communication... J'ai toujours mené une intense correspondance avec famille, amis et amoureux. Des pages et des pages noircies, écrites avec soin selon la relation qui me liait aux protagonistes. Un pur plaisir pour moi, la plupart du temps, sauf en cas de rupture, de séparation...

Je garde avec moi quelques boîtes remplies de ces lettres qui n'ont pas pris une ride et me ramènent à des décennies en arrière, me rajeunissant dans l'âme par le même sortilège. (Hélas, je ne possède pas celles que j'ai écrites.)

Je me suis demandé ce matin, en quoi consistait la magie de ce "trafic épistolaire"... Certainement, le temps jouait un rôle décisif dans cette sorcellerie, pour utiliser le mot de Kafka. Des jours d'attente, interminables. Le petit clic de la boîte aux lettres, longtemps guetté. L'enveloppe palpée, tournée entre les doigts, l'écriture familière qui, déjà, provoque le frisson délicieux car elle recèle la trace de la main de l'être aimé...

On se cache pour l'ouvrir car il est impensable que quelqu'un puisse surprendre cette intimité tant désirée... On plonge dans la lecture et le monde disparaît alentours...

On lit et relit plusieurs fois, laissant des intervalles s'écouler... Car il ne faut surtout pas répondre à chaud. Ces relectures permettent de mûrir la réponse, lentement, comme les fruits qui se gorgent de soleil...

Pour répondre, on s'enferme à nouveau dans le cercle magique; plutôt, on n'en sort pas... "L'amour, c'est que tu es le couteau avec lequel je fouille en moi", dit Kafka. Sans aller jusqu'au couteau, les mots, la distance permettent aux fantasmes de bâtir de merveilleux châteaux dans les brumes de l'imaginaire avec une audace que la réalité immédiate et crue rendrait impossible!

Il semblerait que notre époque pragmatique ait tourné le dos à ce genre de romantisme chronophage! Tout est à l'accéléré, un speed dating vous laisse peu de temps pour "conclure", peu de place aux fantasmes. Certaines applications sur le portable rendent possible la localisation d'un partenaire compatible et disponible à proximité si l'on a une demi-heure à perdre...

Alors, je retourne à mes vieilles lettres précieusement conservées et laisse à Kafka le soin de conclure dans une de ses lettres à Milena:

"C’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme croît sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres où l’une corrobore l’autre et peut appeler à témoin. (...) Ecrire des lettres c’est se mettre à nu devant des fantômes ; ils attendent ce geste avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. " (traduction: A. Vialatte)
La magie de la correspondanceLa magie de la correspondance

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Odilon Redon (1840-1916) * Extrait de son Journal

31 Janvier 2016, 12:18pm

Publié par Flora bis

Odilon Redon (1840-1916)  *  Extrait de son Journal

J'aime les écrits intimes, journaux de bord, correspondances, mémoires... J'aime les lire - et les pratiquer. Face à son cahier, stylo feutre à la main qui court avec souplesse sur la feuille blanche immaculée (ambiguïté assumée: est-ce la main ou le stylo qui court?), le diariste se recentre autour de ses réflexions, ses sensations, librement, dans l'élan spontané des mots qui affluent, attrapant au vol ceux qui semblent les plus justes.

J'ouvre le Journal d'Odilon Redon au hasard, à la page 105.

"Le talent est, après tout, le pouvoir acquis de faire fructifier des dons naturels; les notions de l'expérience nous y aident, l'amour des Maîtres aussi, mais j'entends ceux que nous aimons, et non pas ceux que nous choisissons. Certains artistes de mon temps, que j'ai vu débuter avec promesse, se sont perdus pour avoir choisi les Maîtres qu'ils devaient aimer. Leur intelligence les a perdus dans la recherche du bien et du mal; ils ont touché au fruit défendu.

Il faut aimer naturellement, indolemment, pour la joie, pour celle que nous recevrons un jour, comme une grâce. Et c'est proclamer la nécessité du loisir.

Le loisir n'est pas un privilège; il n'est pas une faveur; il n'est pas une injustice sociale: il est la nécessité bienfaisante par quoi se façonnent l'esprit, le goût, le discernement de soi-même."

(Odilon Redon: A soi-même Journal 1867-1915 éd. José Corti1961 4e tirage 2011)

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Des masques...

25 Janvier 2016, 17:42pm

Publié par Flora bis

"Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine,

que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans,

et que le masque, à la longue, devient visage."

(Marguerite Yourcenar: "Mémoires d'Hadrien")

Des masques... Je crois que nous en portons tous. Les plus faciles à déceler, ce sont ceux des acteurs: à la fin du spectacle, sous les applaudissements, leurs visages tout d'un coup changent d'aspect. Jusqu'alors, ils donnaient l'impression de porter celui de leurs personnages incarnés. En saluant le public, ils retrouvent le leur, comme "dénudé".

Dans la vie "réelle", dans la société, au travail, entre amis, jusque dans la famille peut-être, nous revêtons nos masques adéquats. Celui que les circonstances exigent de nous. Le gendarme qui vous contrôle sur la route, porte le masque de l'intransigeance, le psychanalyste demeure neutre et impénétrable, l'amuseur de service à la télé garde la grimace permanente de la bonne humeur. Notre sourire jovial dissimule nos rancoeurs refoulées afin de préserver les bonnes relations entre amis. Et la famille? En principe, c'est le terrain qui nous autoriserait le plus à être nous-mêmes. En réalité, ce n'est pas si simple. Je peux garder mon sourire joyeux pour cacher les tempêtes d'angoisse qui sévissent au fond de moi, pour ne pas inquiéter ceux que j'aime. Les enfants en premier lieu, car ils réagissent souvent en sismographes ultrasensibles...

Alors, pour faire tomber ce masque protecteur - qui peut devenir une prison - il faut s'abandonner. Ce n'est pas facile! A certains moments, un drame, une dispute, un cataclysme font tomber les murs de protection. Parfois, cet abandon de soi jusque là verrouillé survient dans une relation amoureuse si la confiance est gagnée. Plus rare que l'on n'imagine. C'est pour cette raison que la trahison est si douloureuse...

Seul(e) devant sa glace, fait-on tomber le masque? Je n'en suis pas sûre. Pas toujours, du moins.

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Pour la paix

15 Novembre 2015, 17:14pm

Publié par Flora bis

Pour la paix

Même pas un an après le grand choc émotionnel du 7 janvier dernier... Nous sommes de nouveau plongés dans l'effroi des massacres, aveugles, fanatiques, obscures. Chacun de nous aurait pu être parmi ces gens profitant de la douceur d'un été indien tardif sur la terrasse d'un café, dans la chaleur d'un concert de rock ou dans la ferveur d'un match de foot.

Que se passe-t-il dans la tête de ces tueurs aveuglés, endoctrinés par des esprits mortifères, à tel point qu'ils préfèrent donner et se donner la mort au lieu de profiter de la beauté unique de la vie?

Cette fois-ci, ils ne se sont pas attaqués à une autre religion ni à l'humour en liberté. C'est une façon de vivre, une façon d'être et de concevoir la vie, avec ses joies et ses légèretés qu'ils voulaient anéantir. La musique, une sortie au restaurant - manifestations coupables et tentations diaboliques à leurs yeux fanatisés... Dans leur aveuglement égaré, ils ne peuvent le supporter. Ce sont des combattants de la mort car ils n'espèrent leur salut que des légendes douteuses d'un paradis hypothétique!

Ils espèrent également allumer le feu sournois de la suspicion entre les gens, contre cette mixité parfois si difficile à réussir. Surtout par temps de crise où celui qui vient d'ailleurs, qui transporte avec lui ses racines, sa langue, ses croyances - sa différence - représente non pas un enrichissement mais un danger: il vient pour manger mon pain...

Bien sûr, chacun doit faire un pas vers l'autre. Celui qui vient d'ailleurs doit s'acclimater avec un certain respect pour ceux qui le reçoivent. Inversement, l'hôte en place doit tendre la main pour que la rencontre demeure harmonieuse. Pour que tout le monde puisse se sentir chez soi, en paix.

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Ordre et désordre...

30 Octobre 2015, 18:18pm

Publié par Flora bis

Ordre et désordre...

Il y a peu, dans ma blogosphère hongroise, nous avons échangé sur le caractère positif ou négatif de la discipline, de l'ordre dans notre vie. En chacun de nous, émergeaient des images de notre enfance, époque mémorable de cet apprentissage qui prenait parfois des allures de domptage.

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'obsession de ma mère pour l'ordre autour d'elle, obligeant tous les membres de la famille de l'observer. Selon ses normes à elle. Chasse à la poussière, aux objets qui traînent - vêtements ou autres - se changer de pied en cape en rentrant, etc... Nous étions six à la maison, avec mes grands-parents paternels. Mon père refusait que ma mère travaillât à l'extérieur, et ce veto représentait une éternelle frustration pour elle. J'imagine qu'en dehors d'un net penchant pour l'ordre, son obsession du rangement et du nettoyage reflétait l'envie de compenser un désir refoulé de se réaliser.

J'ai été un enfant obéissant, je crois, souhaitant répondre aux exigences des parents ou des enseignants. Oui, je souhaitais être à la hauteur. Pas pour me distinguer; simplement, ça allait de soi... Je ne les mettais pas en doute.

A l'adolescence, pas de révolte spectaculaire non plus... C'est dans ma tête que ça bouillonnait. La lecture était mon évasion. Je cachais des romans sous le manuel de physique ou de maths, ce qui maintenait à distance la censure grand-maternelle. Les études étaient sacrées! Il ne fallait pas me déranger. En outre, mes notes n'inspiraient pas d'inquiétude.

C'est à cette époque que j'ai attrapé la procrastination qui me poursuivra, je crois, jusqu'à la fin de ma vie. Je ne connaissais pas son nom savant, bien entendu, simplement, j'ai découvert ce sentiment délicieux de repousser les délais, de gagner du temps sur des choses désagréables à faire...

C'est un plaisir ambivalent: il est accompagné d'un stress intense. On sait que chaque instant gagné de cette façon sera payé très cher et que les délais devront être rattrapés au prix des efforts multiples. Rien n'y fait.

A chaque fois que je reçois un courrier officiel, à l'idée de l'archiver à sa place tout de suite, une sensation de grosse fatigue m'envahit... Ranger les vêtements qui s'amoncellent: même détresse. Alors, je les pose, je les empile et les regarde s'agglomérer en monticules qui menacent de s'écrouler... Jusqu'à ce que je range tout, à sa place, en m'épuisant. Quelle libération! Car le poids du désordre, on l'aura traîné tout le temps de l'évasion sur la conscience!

Et le lendemain, ça recommence.

J'ai lu quelque part que le désordre est considéré comme signe de créativité... Alors, dois-je m'en réjouir, en fin de compte, faute de pouvoir m'en défaire?...

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