Le blog de Flora

reflexions

Banalités

3 Janvier 2018, 11:47am

Publié par Flora bis

   

Sur notre blog commun (en hongrois), j'ai rédigé le traditionnel bilan de l'année écoulée. En compulsant "mes sources", ces cahiers à spirales-journaux de bord que je tiens  -  en gros  -  depuis 2008, à la main, et qui, au nombre de 6, s'alignent sur l'étagère de mon bureau, je suis tombée sur le passage suivant: 

18 avril 2017 mardi  Je me rends compte que ces cahiers sont destinés à consigner le quotidien dans sa spontanéité et dans sa banalité. Oui, c'est exactement cela que je veux transcrire: la banalité spontanée de mon quotidien. Les élections approchent et angoissent tout le monde.

... Il est midi 10', il est temps de m'habiller! Dehors, froid et ciel immaculé, grand soleil qui ne chauffe pas, ne réchauffe pas l'atmosphère. Je viens de déranger F. à cause d'une pub qui a fait irruption sur mon ordi pour que je télécharge Mc'Keeper! Forcément, il menaçait de tout  effacer: Ma Vie! Danger moderne.

   Me rendant compte de la grande banalité de la plupart de mes notes, une pensée m'effleure:  c'est effarant! A quoi bon remplir des 240 pages des cahiers entiers qui risqueront de me survivre, en guise de témoignages?... Une petite vie parmi des millions. A quoi bon témoigner de leur effarante insignifiance?... C'est à ce moment que l'idée exprimée plus haut m'a traversée.  

   En me relisant, je peux me souvenir de l'atmosphère, de l'ambiance exacte des jours. De la couleur du temps, en quelque sorte. De mon temps, à coup sûr. Je les laisserai vivre en les abandonnant derrière moi. Aux aléas de leur destin. Si une main charitable les jette dans le feu, tant pis, c'était leur destin. Si quelqu'un les lit, désirant me connaître un peu mieux, c'est pareil: je ne serai plus là pour en tirer une satisfaction narcissique (Narcisse bien fané, certes). En attendant, je peux faire des incursions dans ces temps révolus pour les réveiller intacts, pour moi seule.

 

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Dernier jour de l'année...

31 Décembre 2017, 11:57am

Publié par Flora bis

   Personne ne nous oblige à mettre un mot sur notre blog ou sur la page FB à l'occasion du dernier jour de l'année, comme tous les ans, pour clore notre "comptabilité" et pour saluer la première page, encore immaculée, du nouveau livre des comptes... J'obéis à une nécessité intérieure, comme si j'étais obligée de passer par là pour avoir droit à une nouvelle page, une nouvelle étape.

   Peut-on vivre sans espoir? Ceci pour éviter d'être déçu car la déception peut s'avérer tellement dévastatrice qu'elle risque de nous anéantir. Ne vaut-il pas mieux de vivoter prudemment, dans la demi-teinte à l'image de nos cieux du Nord?... Sous un climat ni trop chaud, ni trop froid. Toujours prêt à passer la petite laine ou à la laisser tomber. Eviter la montagne russe. Rester en alerte. Pour que le coup de couteau ne vous atteigne pas dans le dos. Plutôt de face.

   Cela fait des années que je vis à ce régime-là. A petit feu, retenant ma respiration, attendant le coup fatal. Il est souvent tombé, ces dernières années, ne manquant jamais sa cible. A chaque fois, j'ai essayé de me relever, me persuadant d'y croire encore. L'espoir déçu est très cruel, la remobilisation demande une énergie démesurée. En fin de compte, exsangues, nous vivotons comme des petits vieux, à l'économie de mouvements, d'émotions, d'amour et de rêves... Est-ce encore une vie?...

    Je sais, ce jour-là les réseaux sociaux bruissent de souhaits débordant d'optimisme, des voeux bons et sincères. Mes pensées sont discordantes mais, de toute façon, personne ne les lira jusqu'au bout. C'était ma comptabilité, tout simplement. Pour les autres, je ne souhaite que du bonheur, de la joie et de la santé. Très important, la santé. Elle conditionne en grande partie le reste.

 

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La déferlante Johnny...

7 Décembre 2017, 11:33am

Publié par Flora bis

    Sortir, faire un tour sur le Net, ce Forum moderne où tout le monde se sent légitime pour donner son avis sur l'état du monde, sur le sien aussi car il n'y a pas de raison... Une rapide incursion et je rebrousse chemin. 

   Je me perds dans l'avalanche Johnny. Je comprends les milliers de pauvres gens qui voyaient en lui le baume au coeur, le défouloir, la source du catharsis.  Des intellectuels austères dont Johnny était tout de même assez éloigné  -  même si j'admets qu'il était bien moins "simplet" que les caricatures le laissaient voir  -  des politiques parfois adeptes de fraîche date ou simplement de circonstance n'osent pas la fausse note car on n'a pas intérêt à se faire remarquer dans le choeur de l'émotion unanime. Hier, la journée entière, les média ont changé leur programmation pour ne diffuser que des témoignages sur le chanteur défunt : on voit, petit à petit, s'ériger le monument au héros national, englobant aussi tous ceux qui ne l'aimaient pas. Obsèques nationales, Notre Dame, défilé du cercueil sur les Champs-Elysées: finira-t-il au Panthéon?... La vague d'émotion grossit, se nourrissant d'elle-même.

    J'ai tendance à croire plus à la sincérité des anonymes qui racontent les bribes de leurs "rencontres"  -  perdus dans la foule immense d'une messe de Johnny  -  de loin, ou parfois de près, jusqu'à une poignée de main parmi des milliers, ceux qui se ruinaient pour suivre leur idole à travers les tournées... Ils ont perdu quelque chose, ils se consoleront par la mémoire et les chansons qui ne meurent pas.

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Rupture

17 Novembre 2017, 18:22pm

Publié par Flora bis

   Notre relation à notre corps... Drôle d'histoire. Ce corps qui change en permanence, depuis sa conception jusqu'à sa mort. En interaction perpétuelle avec l'esprit, substance immatérielle impalpable et si présente pourtant, jusqu'à ce que la mort du corps n'entraîne son extinction.

   Nous nous habituons aux changements continuels, à peine perceptibles de notre enveloppe, à son harmonie relative: deux yeux, deux oreilles, une paire de bras et de jambes. Une paire de seins...

   Combien de fois je les ai dessinés, ces corps jeunes et vieux dont j'ai tenté de suggérer l'harmonie, dans une attitude souvent mélancolique. Rarement dans la souffrance. En abandon, à la recherche de l'accord, d'une sorte d'adéquation.

   Comment faire la paix avec la rupture survenue dans cet accord relatif? Comment accepter la dissonance monstrueuse que votre propre corps vous jette à la figure?

   Pourtant, il n'y a pas d'autre chemin, aussi tortueux soit-il. Apprivoiser. Accueillir l'enfant prodigue qui rentre au bercail, si dépareillé de la fratrie... Accepter que ce nouveau corps soit désormais le vôtre.

 

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Aménité

3 Octobre 2017, 18:10pm

Publié par Flora bis

   Je sais bien que l'on n'est pas censé tout dévoiler sur un blog. Au bout de 9 ans, votre pseudo ne vous dissimule que devant les nouveaux-nés! Vous vous êtes sculpté une image à laquelle vous êtes plus ou moins tenu de vous conformer. Devient-elle une prison? Prison non, un carcan plutôt. Une sorte de politesse.

   De tempérament, je préfère le règne de l'harmonie autour de moi. Pour me réparer, pour estomper des angoisses rampantes et inexorables, je m'immerge dans ce bain bienfaisant. Tout en sachant avec lucidité  -  qui a la clémence de fermer un oeil de temps en temps  - que l'existence, en général, est loin de cet accord suave qui vous berce...

   Puis-je infliger des notes discordantes à ceux qui échouent sur mes pages et qui n'attendent pas à être plongés dans les secousses des événements de ma vie et qui en ont déjà suffisamment à supporter les leurs? Ils préfèrent légitimement trouver une réparation plutôt qu'un face-à-face impitoyable avec une réalité qui les enverrait dans le mur...

   Alors, j'évoque les éléments de mon harmonie personnelle, ils sont bien réels. Je les ai déployés ce matin devant une parfaite inconnue qui est passée pour une affaire très officielle, dans un contexte on ne peut plus administratif. Le soleil éclatant traversant mes rideaux immaculés, tout neufs, tout propres, fraîchement repassés m'y a aidée. Sous le charme, elle est partie persuadée que malgré tout, je suis quelqu'un de forte et que j'ai beaucoup de chance...

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Hommage

30 Septembre 2017, 11:30am

Publié par Flora bis

RODIN, je l'admire depuis mon adolescence. Tout de suite, j'ai perçu la force, l'énergie hors du commun qui émanent de ses sculptures. Mais cela ne suffirait pas à mon admiration, cela m'intimiderait plutôt. Etonnamment, c'est une fragilité qui m'a saisie et conquise avant tout. Une faille délicate, une beauté tourmentée et rude à la fois, un déferlement tragique des émotions, mêlées à cette force tellurique qui cherche à s'envoler, tout cela fait que Rodin demeure LE Maître.

Ses écrits touchent à sa vérité intime, en parfaite adéquation avec son oeuvre:

"On croit que nous ne vivons que par nos sens et que le monde des apparences nous suffit. On nous prend pour des enfants qui s'enivrent de couleurs chatoyantes et qui s'amusent avec des formes comme avec des poupées... L'on nous comprend mal. Les lignes et les nuances ne sont pour nous que les signes de réalités cachées. Au-delà des surfaces, nos regards plongent jusqu'à l'esprit, et quand ensuite nous reproduisons des contours, nous les enrichissons du contenu spirituel qu'ils enveloppent."  

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Consigne

6 Septembre 2017, 17:56pm

Publié par Flora bis

   Parallèlement à l'alimentation hebdomadaire de mes deux blogs (français et hongrois), j'ai entrepris un travail d'Hercule (junior !): j'ai décidé de recopier les articles les plus intéressants  -  du moins pour moi  -  dans un fichier, dans le but de les imprimer. La version numérique m'inspire une sourde angoisse: et si un jour, un bug mystérieux effaçait 9 ans de ma vie?... Car mon blog est une sorte de journal de bord public qui enregistre l'essentiel de ces 8-9 années, des débuts naïvement enthousiastes à ces derniers temps plus posés, plus lucides  -  et plus désabusés aussi...

   Au départ, plus de 400 pages! Impossible d'envisager de les imprimer. Je n'avais pourtant gardé que mes propres textes et traductions, éliminant ceux de Gilbert qui existent, de toute façon, dans des livres, effaçant les images aussi. J'ai diminué la taille des polices jusqu'à la limite de la lisibilité (Garamond 11), tout en conservant scrupuleusement le titre de chaque article et la date de publication. Il reste 240 pages. Pour mesurer le chemin parcouru. 

   Cela explique le but de l'opération. Un document papier ne garantit pas sa préservation (ni la nôtre... ) même s'il est plus rassurant, palpable dans sa matérialité. Pourquoi vouloir le sauvegarder à tout prix? Serait-ce une si grande perte pour l'humanité si elle s'évaporait d'un coup dans le néant? Je ne le crois pas. Une perte pour moi, assurément. Il consigne 8-9 années de ma vie; sans cette preuve, j'aurais l'impression de les avoir rêvées... 

 

 

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"Je hais les dimanches..." (Aznavour)

2 Septembre 2017, 19:52pm

Publié par Flora bis

   

   Je viens de réécouter la chanson d'Aznavour: "Je hais les dimanches"...  A la fin de la séance, on part à la recherche d'une corde bien solide (cependant pas d'arbre ou poutre à l'horizon qui résisteraient), un tube de somnifère (je n'en prends pas) noyé dans un gros verre de whisky pour assurer la route vers le grand sommeil dans un halo chaud et réconfortant...

   Oui, je "hais" les week end solitaires, abîmes sans fond au milieu des bruissements de la "vraie vie"... Dans une petite ville de la province somnolente, où la matinée mobilise les croyants endimanchés vers le parvis de l'église voisine, pour le réconfort de leurs âmes dans des volutes d'encens, bercées par les notes de l'orgue, des chants et des génuflexions à l'unisson.

   D'autres se retrouvent au "Rallye" d'en face, pour l'apéro et le tiercé que l'on espère gagnant. Il y a toujours un café en face de l'église... Sans parler du boulanger du coin qui voit défiler ce jour-là des hommes endimanchés invisibles en semaine. 

   Plus loin le fleuriste fait des affaires spéciales dimanche: on va au repas chez papa-maman, belle-famille. J'imagine la table déjà dressée avec la fraîcheur du matin, la nappe repassée, le service des grandes occasions et le père ayant remonté de la cave les bouteilles précieusement gardées. La petite table à l'ombre de la terrasse recevra les coupelles pour les grignotages de l'apéritif mais les bouteilles (de champagne, d'anisette, de porto ou d'autres) attendent encore au frais. Branle-bas de combat à la cuisine mais tout sera prêt à temps: opération bien rodée par des décennies de dimanches...

   La vie s'arrête. La circulation aussi: le silence gagne les rues jusqu'au milieu de l'après-midi au moins. Il faut bien une petite sieste après un repas de dimanche bien arrosé... Il n'y a que l'écran de la télé qui vibre devant les enfants ainsi occupés pour garder le sommeil des braves...

   Et les solitaires, au milieu du désert de leur silence, attendent que la semaine recommence...

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Méditation

5 Juillet 2017, 17:07pm

Publié par Flora bis

   Je me suis procuré un petit livre de 280 pages, paru chez "L'Iconoclaste" en 2015, écrit par Christophe André et intitulé: "Je médite jour après jour", sous-titré: "petit manuel pour vivre en pleine conscience". Alléchant. Vital même si j'en juge par mon état de stress quasi permanent depuis 4-5 ans... Il faut que je me décide à tenter cette méthode de méditation en pleine conscience dont on dit tant de bien. Il n'y a qu'à observer les visages sereins de Mathieu Ricard ou de Christophe André, sans parler du Dalaï Lama...

  "... comment utiliser la respiration, le corps, la conscience de l'instant présent... faire face à la souffrance, stabiliser ses émotions, construire la paix de l'esprit et du coeur..." Voilà ce qu'il me faut.

   Cela va faire bientôt 11 ans (le 7 juillet) que je fais l'apprentissage de la solitude. Au début, un champ à défricher, terre inconnue excitante, temps presqu'infini à mes pieds après une disponibilité de chaque instant et durant des années... Je découvrais le compagnonnage avec moi-même. Avec une quasi inconnue, dont les envies avaient souvent été reléguées "à plus tard", par elle-même, car le plus urgent, le plus important avaient priorité. Une question de vie ou de mort...

   Lorsque la mort a fini par avoir le dernier mot, elle m'a laissé un champ libre mais aride. Peuplé de fantômes. Peuplé d'amis aussi. Malgré tout, la solitude, il faut la connaître, l'apprivoiser seul(e).

   Cette solitude m'a permis de prendre le temps de suivre les stations du deuil, de cicatriser les plaies. J'avais 58 ans, la mort, la mienne, semblait encore relativement loin, même si elle m'avait fait un rapide clin d'oeil au passage.

   Et maintenant... Le plus souvent, je vis dans un sentiment stressant du temps qui s'enfuit à l'accéléré. Cela me stresse et me paralyse en même temps, me laissant suffoquer d'impuissance. Alors, je tombe sur cette phrase de Montaigne, mon philosophe bien-aimé:

"Je n'ai rien fait d'aujourd'hui.  -  Quoi? N'avez-vous pas vécu? C'est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations..."

   Voilà ce que je voudrais ressentir chaque jour qui me reste, en profondeur.

 

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La question fatidique

18 Mai 2017, 17:54pm

Publié par Flora bis

Une amie qui, à la cinquantaine, bataillant contre une foule de soucis de santé, ressent la nécessité de dresser le bilan de sa vie. Elle déborde d'énergie, ne tient pas en place, veut transgresser les limites que la maladie lui impose. Impulsive, elle ne supporte pas les contradictions. La question la plus importante qui la tracasse, en ces moments de bilan: "suis-je quelqu'un de bien?"...

Son interrogation m'a surprise. J'imagine que pour chacun de nous, la question qui  surgirait au moment venu serait différente. Je me suis donc penchée sur mon cas. 

Le doute concernant ma bonté ne me tourmente pas. Je me considère assez empathique, voire bienveillante sans toutefois me laisser dévorer, sachant aussi mettre de la distance si nécessaire, quitte à assumer parfois une certaine solitude qui en résulte. Je préfère même donner que recevoir, ce qui est assez ambiguë... Je déteste et fuis les conflits.

Alors, quelle serait ma question à l'heure du bilan? Sans hésiter: "ai-je été assez courageuse pour profiter des possibilités, des chances que la vie m'avait proposées pour ne pas partir un jour avec des regrets?" Réponse: je suis sûre que non. A ma décharge: le destin a pris soin de semer bon nombre d'obstacles sur ma route dans le but d'éprouver si ma nature plutôt stoïque résisterait aux coups qui arrivaient, la plupart du temps, sournois et inattendus... Ah, le Destin! Pour compenser, il m'a gratifiée d'une capacité d'émerveillement qui, bien que pâlissante, ne s'est toujours pas éteinte... 

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