Le blog de Flora

reflexions

Tentatives et tentations

2 Septembre 2019, 16:10pm

Publié par Flora bis

Tentatives et tentations

   Une de mes amies a précisé (déjà, la nécessité de le formuler mériterait d'être analysé) qu'elle écrivait pour elle-même, sans un coup d'oeil sur le côté pour voir les réactions des lecteurs éventuels. Tout en redoutant sa susceptibilité, je n'ai pas pu m'empêcher de lui poser une question simple : si elle écrivait pour elle-même, pourquoi publiait-elle aussitôt sa production sur son blog, puis sur Facebook (élargissant ainsi son auditoire...) Il serait plus simple d'entamer un bon gros cahier à spirale, puis l'enfermer dans un tiroir, pour elle seule...

   Naturellement, supportant mal la contradiction, elle m'a accusée de couper les cheveux en quatre. Pourtant, si j'ai posé cette question, c'est qu'elle s'était posée à moi-même il y a 10-11 ans, lorsque j'ai commencé mes blogs et plus encore, à leur publication sur Facebook. J'ai cédé à l'envie irrépressible de mettre en mots les tourments qui m'assaillaient après la mort de mon mari : les souvenirs, ma place dans le monde, une liberté lourdement payée par la solitude, les bilans incontournables et l'obligation intime de mériter mon sursis. Peu à peu, les mots m'ont capturée et, au-delà de m'avoir secourue, ils sont devenus indispensables : les briques d'une vie plus vraie que la vie réelle...

   Au départ, j'écrivais dans un cahier mais rapidement, l'envie de partage m'a incitée à commencer mon blog français. Dans une langue d'adoption qui offre la distance nécessaire entre la réalité et sa perception. Je n'avais aucune prétention littéraire (de plus, les années d'expérience dans la jungle éditoriale pour les oeuvres de Gilbert m'ont rendue très méfiante), tout juste le plaisir de jouer avec les mots, la tentative d'attraper les plus justes, d'explorer leur puissance évocatrice. Rapidement, j'ai éprouvé l'envie de les lancer sur la Toile anonyme (pendant des années, sous pseudo) comme des bouteilles à la mer, sans prendre le risque d'un refus lapidaire et humiliant. Gloire minuscule et anonyme contre risque zéro.

   Soyons honnêtes : dès que nous exposons notre production, nous n'écrivons plus pour nous-mêmes. NOUS LA MONTRONS. Nous avons envie qu'elle existe. L'écriture reste lettre morte si personne ne l'a lue. Qu'elle plaise ou non, ce n'est plus de notre pouvoir.

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Le pouvoir des mères

25 Juin 2019, 18:34pm

Publié par Flora bis

“Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais. Chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. (...)"

Romain Gary, La promesse de l'aube

   Ah, les mères!... Quel pouvoir exorbitant détiennent-elles... Elles peuvent vous donner des ailes tout comme les couper; vous anéantir, vous adorer tout en vous enchaînant. Pendant longtemps, leur regard est le seul miroir dans lequel se reflète le monde.

   Romain Gary a dressé un monument de mots à la sienne, tout comme Albert Cohen et beaucoup d'autres. La "mère juive" est devenue l'archétype de possessivité, d'intrusion, d'exclusivité, de dévouement sans bornes dans la vie de ses enfants (surtout les fils). Souvent, elle réalise ses propres ambitions impossibles à travers eux.

   "Vipère au poing" d'Hervé Bazin est le portrait terrible de la mère cruelle incapable d'émotion que le fils doit tuer, du moins symboliquement, pour survivre: "Je te cause, Folcoche, m'entends-tu ? Oui, tu m'entends. Alors je vais te dire : T'es moche ! Tu as les cheveux secs, le menton mal foutu, tes oreilles sont trop grandes. T'es moche, ma mère. Et si tu savais comme je ne t'aime pas. Je pourrais te dire que je te hais, mais ça serait moins fort.

   Le lien d'amour démesuré n'a d'égal que celui de la haine destructrice... Entre les deux, une infinité de variantes. Je ne cesse d'interroger ma propre histoire afin de comprendre mon héritage, puis le chemin parcouru (et que je parcours encore) avec ce pouvoir immense dans les mains, cette responsabilité non moins grande sur les épaules...

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A chacun sa vérité

23 Juin 2019, 18:02pm

Publié par Flora bis

  Je connais des gens qui s'accrochent à leur vérité comme le petit chien à son bout d'os, incapable de le lâcher, montrant ses crocs avec détermination si quelqu'un l'approche. Ces personnes sont généralement persuadées d'avoir raison et il leur faut à tout prix avoir le dernier mot. Des convictions en béton armée, sans l'ombre d'un doute, sans un instant d'hésitation qui leur conférerait un soupçon d'empathie, de capacité à se mettre à la place de l'autre, d'envisager ainsi une petite brèche dans leurs certitudes, afin qu'un embryon de communication sans agressivité puisse apparaître... Pour que le monde tourne en rond, il faut se ranger de leur côté, sinon, on est taxé de mauvaise foi, de provocation, voire d'agressivité à leur égard... Psychorigides? Mauvais coucheurs? Ours mal léchés? Chicaneurs?... Les nuances ne manquent pas mais il y a un fond commun. L'impossibilité de lâcher prise, de lâcher le contrôle. 

   D'où vient cette obstination? J'ai toujours soupçonné des blessures  lointaines dont on n'a même plus conscience, celles qui ont leur origine dans l'enfance, la plupart du temps. Il ne reste que les cicatrices, tenaces même invisibles. Toute crispation vient de ces réflexes de défense qui ont construit la forteresse imprenable dans laquelle la personne se réfugie pour se rassurer, pour se croire à l'abri... L'adversité est représentée par les autres qui ne partagent pas sa vérité et qui s'attaquent ainsi à son "bunker"... 

   La solution? Lâcher prise, ouvrir ses fenêtres vers les autres. S'accepter, avec ses faiblesses, ses imperfections; avec le fait qu'on ne détient pas forcément la vérité. Etre indulgent avec soi-même, s'aimer, pourquoi pas?...

"Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j'ai cessé de chercher à avoir toujours raison"  (Chaplin)

 

 

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Point lumineux

10 Juin 2019, 10:54am

Publié par Flora bis

Annette, Cathy, Godelieve et Annie

    Quelle conclusion à une semaine mouvementée, commencée pour moi, physiquement et moralement, au ras des pâquerettes!... RDV médicaux, pharmacies, douleurs et découragements, sous un ciel changeant, entre averses et soleil opaque, sans oublier le vent violent: le cocktail parfait pour secouer les rares moments de quiétude de ces derniers temps. Ce vendredi 7 juin représentait le point lumineux que je fixais comme un naufragé, pour pouvoir tenir jusque là, coûte que coûte!

   Mes quatre lectrices talentueuses, généreuses et joyeuses ont conquis le public, une fois de plus. C'est une chose étrange d'entendre son texte approprié, porté, partagé  -  faire vivre  -  par des interprètes qui y ajoutent leur propres couleurs... L'écouter comme s'il n'était pas votre créature, enfin, pas tout à fait: un peu comme regarder son enfant devenu adulte vivre sa vie; le fil qui vous attache reste indestructible mais assez distendu pour le laisser mener sa barque en pleine autonomie.

   Les échanges qui ont suivi étaient riches d'amitié, d'accueil chaleureux et spontané de la part du public que je ne connaissais pas. Mais ici, dans le Nord, une telle ambiance n'a rien d'étonnant! Et d'autres "points lumineux" sont nés pour continuer l'aventure à la rentrée...

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Epuisement

3 Juin 2019, 18:40pm

Publié par Flora bis

   Ces derniers jours, j'ai passé très peu de temps devant mon ordinateur: tout juste ce qu'il faut pour la chasse aux RDV médicaux... C'est une occupation sans joie, pleine de stress et de découragement. Dès que j'ai un problème, même minime, famille et amis se jettent sur moi avec le même cri d'assaut: "Tu as vu un médecin?" (oui, j'en ai vu énormément ces dernières années...) Variante: "Tu as pris RDV chez un médecin?" (j'essaie...)

   Ces questions m'épuisent, bien qu'elles reflètent les meilleures intentions du monde, parfois une vraie inquiétude à mon égard. Mais mon moral étant déjà au plus bas, je dépense énormément d'énergie pour garder la face, et pour éviter de susciter l'apitoiement sur mon triste sort, je préfère l'humour parfois teinté de noir en essayant de tourner mon angoisse en dérision. Ces questions sonnent à mon oreille comme des cris de guerre (on veut me passer dans des mains médicales pour se soulager, se décharger  -  en même temps, que faire de mieux?...)

   L'âme humaine insondable est faite de contradictions.

   Pourtant, c'est simple: JE VOUDRAIS DESCENDRE!... Descendre de cette "montagne russe" faite de consultations, de passages réguliers dans des tunnels de machines savantes, de bilans, de tournures inattendues des résultats qu'il faudra digérer, accepter, combattre (mais comment? alors qu'on a l'impression d'être une feuille jaunie en train de tomber de sa branche...) Je voudrais me réveiller de ce cauchemar et atterrir dans une prairie ensoleillée, paisible et fleurie... 

   Comme je n'en ai pas connu depuis longtemps.

 

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L'exemple de Varda

30 Mars 2019, 12:25pm

Publié par Flora bis

   J'ai une amie, elle a quelques années de plus que moi. Elle vit seule avec une santé parfois chancelante mais rien de grave. Je lis ses publications courtes et abondantes sur son blog ou sur sa page Facebook: elle ne cesse d'évoquer les aléas de l'âge, sa mort probablement proche, ses chers disparus qu'elle rejoindra bientôt. On dirait qu'elle ne se rend pas compte de l'effet produit sur le lecteur. Cela devient extrêmement pesant mais je la lis quand-même régulièrement. Comme un exorcisme? Comme une punition?...

   Aussitôt, je révise mentalement mes sujets récurrents, mes flottements d'humeur, mes jérémiades et mes déprimes causés par le soleil parcimonieux ou par des douleurs réelles. Mes angoisses devant la déchéance due à l'âge qui accélère le temps, sans l'espoir de pouvoir inverser la tendance. L'état du monde et la vision apocalyptique que suggèrent les événements et les médias anxiogènes. Quelle différence, finalement, avec mon amie qui ne sourit presque JAMAIS?...

   Il faut que j'arrive à faire un effort sur moi-même. Je n'ai pas le droit d'assommer le lecteur avec un pessimisme lourd qui suinterait avec constance de l'ambiance de mes pages. Bien sûr, il ne s'agit pas de mentir, plongeant soudainement dans la béatitude d'une autruche qui ne me ressemble pas.

   Je pense à Agnès Varda qui vient de mourir à 90 ans. Son "Cléo de 5 à 7" m'a profondément marquée: je l'ai vu, étudiante, et j'y repensais aux différentes étapes de ma vie. Je regarde la photo de la minuscule vieille dame haute en couleurs qui se promenait dans la vie toujours active, curieuse et ouverte sur le monde et les gens, au lieu de pleurer sur son sort... Voilà la bonne piste à suivre. Sourire au monde. Sourire aux autres. Essayer de trouver quelques parcelles de réconfort réel dans un quotidien avare en espoir.

   

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Connaissez-vous l'acrasie?

24 Janvier 2019, 16:59pm

Publié par Flora bis

   Lorsque mardi dernier j'ai entendu Alexandre Jollien expliquer cette notion, j'ai sursauté: voilà ce qui manquait à mon vocabulaire! J'avais déjà récolté la "procrastination" avec le même "eurêka!" il y a quelques années, voici sa soeur jumelle qu'il faudra éclaircir...

   En préambule, notre philosophe explique que la "liberté intérieure", c'est de s'affranchir de tout ce qui nous tire vers le bas. Et "l'acrasie" fait partie justement de ces éléments qui entravent notre liberté intérieure. 

   Qui ne connaît pas de moment où il sait très précisément ce qui serait bon pour sa santé physique ou mentale et il fait exactement le contraire? Comme si une inertie déraisonnable et lourde le poussait à désobéir à toute sage résolution... Combien de fois nous prenons ces bonnes décisions en les regardant échouer aux épreuves du quotidien! A tel point que nous finissons par renoncer à les prendre, pour éviter l'humiliation de l'échec. Cependant, un vague sentiment de culpabilité continue à flotter dans notre mental.

 Je vais faire 30 minutes (disons, au moins 15, pour commencer...) de vélo

d'appartement tous les matins... Je ferai une demi-heure de marche quotidienne (ou 2-3 fois par semaine, pour commencer...) Je me coucherai à 23 h au plus tard, tous les soirs... Je sais  -  on me l'explique souvent de façon très convaincante  -  que c'est indispensable pour préserver une bonne santé, pour prolonger ma vie en bon état. Sans parler d'une sveltesse relative retrouvée! 

   Chacun(e) de nous peut énumérer tout ce qui serait bon pour lui (elle) et ce qu'il (elle) a déjà juré de faire mille fois, en vain!... Nous contemplons le paysage de désolation de notre état en ruine, au lieu de retrousser les manches: "de toute façon, c'est déjà trop tard! fichu, irrécupérable... ", soupirons-nous, "d'ailleurs, à quoi bon? cela ne transformera pas le désert de ma vie en jardins de Babylone..." Le héros du roman d'Ivan Gontcharov: "Oblomov" est devenu un archétype de ce personnage inerte, lascif, paresseux qui finit par renoncer à quitter son lit. C'est un grand roman, relativement méconnu en France que je vous recommande chaudement.

   

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Heureuse nouvelle année à tous mes fidèles lecteurs!

1 Janvier 2019, 12:49pm

Publié par Flora bis

   Ca y est, nous y sommes arrivés! 

   Cette date si chargée d'espoirs, est-elle un jour comme un autre,  sommes-nous

les seuls à en faire une page (presque) blanche sur laquelle nous pourrons corriger les ratages de l'année passée?...

   Je traîne les pieds... Je tarde à mettre en musique (joyeuse) les activités et obligations qui m'attendent. Je jette un coup d'oeil mou sur la vaisselle qui  patiente dans la cuisine... Elle ne semble pas me presser outre mesure, elle non plus. Peut-être un peu de vélo d'appartement, avant, pour que mon genou gauche soit un brin plus musclé et qu'il me supporte pour le reste des tâches...

   On a beau se dire qu'on n'est pas dupe, que rien ne change fondamentalement et que le fleuve tranquille ou violent qu'est notre vie ne change pas de lit pour la seule raison que nous avons tourné une page du calendrier... Dans notre existence d'habitant des régions tempérées du globe, notre vie composée de cycles immuables nous suggère que les minutes, heures, jours et semaines, les mois et les saisons, toutes ces tranches plus ou moins artificielles que nous nous sommes créées, rythment notre petite existence et impriment cette sensation de périodicité. Elles insinuent en nous cet espoir aussi (souvent  déçu et ressuscité avec obstination) de pouvoir corriger le brouillon non abouti ou truffé de maladresses, de faux pas ou même de contresens. Sans parler de la sanction impitoyable, soulignée de rouge: "Hors sujet!"  On y revient quand-même, avec un entêtement admirable.

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Noëls, Noël...

18 Décembre 2018, 19:21pm

Publié par Flora bis

    Sur la plupart des blogs hongrois que je fréquente, une ambiance de solennité discrète règne; les quatre bougies de l'Avent s'allument les unes après les autres, une par semaine jusqu'à Noël.

   Etonnante ferveur chrétienne dans mon pays natal! Je l'ai quitté à 26 ans, en plein régime communiste. Je n'ai jamais connu cette habitude, pas de couronne d'Avent, ni même de messe de minuit le 24 décembre. Pourtant, ma grand-mère m'obligeait à suivre une éducation religieuse avec catéchisme (je garde l'image du curé qui venait à l'école à vélo, en soutane attachée avec des pinces pour ne pas se la faire prendre dans les rayons), confessions et messes, jusqu'à mes 14 ans où j'ai eu le courage de dire non. Il faut dire que ma grand-mère elle-même n'allait presque jamais à l'église  -  est-ce la grande distance à pied qui la rebutait  -  toujours est-il que le sauvetage du salut des six âmes de la famille reposait sur mes frêles épaules. 

   Enfants, avec mon frère, nous avions des idées assez confuses de ce que nous attendions de Noël. Il était vaguement question de la naissance d'un bébé dans une étable parmi les bêtes, un petit Jésus qui, à peine né devenait adulte et nous apportait le sapin décoré et les cadeaux. Un enfant, finalement, ne s'étonne de rien, il remplit les cases vides à sa façon et accepte fort bien le flou artistique. Pas de crèche dans la maison, je l'ai connue bien plus tard, dans ma belle-famille, en France.

   

 

Je tiens beaucoup à cette fête qui ne revêt pour moi aucun aspect religieux. Je célèbre l'amour qui réunit la famille, la conscience de l'importance des liens qui nous rassemblent, qui sont parfois fragilisés, qui perdent des chaînons remplacés par d'autres, qui s'enrichit des "pièces rapportées" soudées aux autres de façon que l'on souhaite éternelle.

   

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"La vallée du néant" de Jean-Claude Carrière

3 Décembre 2018, 17:11pm

Publié par Flora bis

   La semaine dernière, j'ai entendu un long entretien avec Jean-Claude Carrière, à propos de son livre paru en septembre. La conversation a si bien "vendu" le thème du livre que l'après-midi même, j'ai couru l'acheter à la FNAC. 

  J'admire Jean-Claude Carrière depuis longtemps, sans doute depuis "La

controverse de Valladolid" que j'ai vu à la télé au début des années 1990. Le Mahabharata et Le Dictionnaire amoureux de l'Inde ont atterri dans notre bibliothèque plus tard. Je savais qu'il avait collaboré à des dizaines et des dizaines de films dont j'ai vu un bon nombre sans savoir qu'il était l'auteur du scénario. De Bunuel à Godard, de Wajda à Forman, de grands metteurs en scène ont sollicité sa collaboration. Et je ne parle pas de ses adaptations pour le théâtre et pour la télévision. Depuis 1957, il ne cesse de publier des romans, des essais, en même temps.

   Une boulimie de travail de cette envergure ne peut que provoquer l'admiration. A 87 ans, il est inévitable de questionner le Néant. Et lorsqu'on possède l'énorme culture et la non moindre curiosité, la soif d'explorer de Jean-Claude Carrière, on en fait un livre de questionnements, de réflexions et de tentatives de réponse.

   Depuis ma rencontre avec la mort en 2006, je ne cesse de tourner autour du sujet. Je me suis fabriqué mon propre récit sur mesure pour me préparer à l'ultime rencontre avec le plus grand mystère, à l'acceptation de ma disparition. J'arrive à une conclusion qui laisse difficilement de place aux spéculations rassurantes d'une survie quelconque: notre existence se limite bien au parcours entre la naissance et la mort... Comment faire, pour la traverser enrichi et la quitter sans trop de regrets?...

 "Traverser l'existence chargé, nourri par des milliers d'autres expériences et recherches, par d'autres savoirs, rester constamment curieux, attentif, vigilant, et si possible y ajouter quelque chose, même une virgule, une note, un accent...

   La vie sur cette Terre est, dans ce cas, le plus beau cadeau possible. Un cadeau de l'invisible, du destin, ou, si l'on préfère, du hasard. Depuis que je suis né, si par bonheur je suis curieux, j'avance au milieu des surprises. Je suis étonné à chaque pas. On m'a donné toute une existence pour aller dans la grande forêt, où chaque arbre, chaque feuille d'arbre porte un mystère.

   Et j'ai de la chance d'être là. Peut-être avec ma petite lumière."

J-C Carrière: La vallée du néant

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