Tentatives et tentations
Une de mes amies a précisé (déjà, la nécessité de le formuler mériterait d'être analysé) qu'elle écrivait pour elle-même, sans un coup d'oeil sur le côté pour voir les réactions des lecteurs éventuels. Tout en redoutant sa susceptibilité, je n'ai pas pu m'empêcher de lui poser une question simple : si elle écrivait pour elle-même, pourquoi publiait-elle aussitôt sa production sur son blog, puis sur Facebook (élargissant ainsi son auditoire...) Il serait plus simple d'entamer un bon gros cahier à spirale, puis l'enfermer dans un tiroir, pour elle seule...
Naturellement, supportant mal la contradiction, elle m'a accusée de couper les cheveux en quatre. Pourtant, si j'ai posé cette question, c'est qu'elle s'était posée à moi-même il y a 10-11 ans, lorsque j'ai commencé mes blogs et plus encore, à leur publication sur Facebook. J'ai cédé à l'envie irrépressible de mettre en mots les tourments qui m'assaillaient après la mort de mon mari : les souvenirs, ma place dans le monde, une liberté lourdement payée par la solitude, les bilans incontournables et l'obligation intime de mériter mon sursis. Peu à peu, les mots m'ont capturée et, au-delà de m'avoir secourue, ils sont devenus indispensables : les briques d'une vie plus vraie que la vie réelle...
Au départ, j'écrivais dans un cahier mais rapidement, l'envie de partage m'a incitée à commencer mon blog français. Dans une langue d'adoption qui offre la distance nécessaire entre la réalité et sa perception. Je n'avais aucune prétention littéraire (de plus, les années d'expérience dans la jungle éditoriale pour les oeuvres de Gilbert m'ont rendue très méfiante), tout juste le plaisir de jouer avec les mots, la tentative d'attraper les plus justes, d'explorer leur puissance évocatrice. Rapidement, j'ai éprouvé l'envie de les lancer sur la Toile anonyme (pendant des années, sous pseudo) comme des bouteilles à la mer, sans prendre le risque d'un refus lapidaire et humiliant. Gloire minuscule et anonyme contre risque zéro.
Soyons honnêtes : dès que nous exposons notre production, nous n'écrivons plus pour nous-mêmes. NOUS LA MONTRONS. Nous avons envie qu'elle existe. L'écriture reste lettre morte si personne ne l'a lue. Qu'elle plaise ou non, ce n'est plus de notre pouvoir.








