Détail de la cathédrale de Laon * encre

quatre catégories menées parallèlement : extraits des oeuvres de Gilbert Millet, traductions d'auteurs hongrois, réflexions et mémoires, dessins

Le fait de pouvoir dire tout cela dans ma langue maternelle, le hongrois est un plaisir particulier pour moi. Je suis né à Budapest, dans une famille juive, dont la branche maternelle est originaire de Kolozsvár en Transylvanie, la branche paternelle vient du sud-ouest de la région du Balaton. Mes grands-parents allumaient encore la bougie le vendredi soir du Shabbat, mais ils ont déjà modifié leur nom pour une consonnance hongroise et ils trouvaient naturel de considérer la judaïté comme leur religion et la Hongrie comme leur patrie. Mes grands-parents maternels ont trouvé la mort dans l'Holocaust, mes grands-parents paternels ont été anéantis par le pouvoir communiste de Rákosi lorsque l'hospice juif des vieillards a été déplacé de Budapest à la fontière nord du pays. J'ai le sentiment que cette brève histoire familiale résume et symbolise l' histoire des souffrances de l'époque moderne du pays. Tout cela m'enseigne la leçon que le deuil contient non seulement de l'amertume mais aussi d'extraordinaires réserves morales. Etre Juif aujourd'hui, selon moi, c'est de nouveau et avant tout un devoir moral. Si l'Holocaust a engendré une culture aujourd'hui - comme c'est le cas indéniablement - il ne pouvait avoir qu'un but : que la réalité irréparable donne naissance par la voie de l'esprit à une réparation : au katharsis. C'est ce désir-là qui a inspiré tout ce que j'ai créé.
Bien que, petit à petit, j'arrive au bout de ce que je voulais dire, j'avoue franchement que je n'ai toujours pas trouvé l'équilibre rassurante entre ma vie, mon oeuvre et le prix Nobel. Pour le moment, je ressens surtout une reconnaissance profonde - une reconnaissance pour l'amour qui m'avait sauvé et qui me maintient toujours en vie. Admettons cependant que dans ce parcours à peine saisissable, dans cette "carrière" - la mienne - il y a quelque chose de bouleversant, d'absurde, quelque chose qu'on ne peut admettre sans être tenté de croire en un ordre transcendent, en une bienveillance, en une justice métaphysique : c'est-à-dire sans tomber dans le piège de se leurrer, ce qui mènerait à l'échec, à l'anéantissement, à la perte de son lien profond et douloureux avec les millions d'exterminés qui n'ont jamais pu connaître la miséricorde. Il n'est pas si simple d'être l'exception ; et si le destin nous a désignés comme tels, il faut nous résigner à l'ordre absurde des hasards qui règnent, avec les caprices des pelotons d'exécution, sur notre vie soumise à des puissances inhumaines et à des dictatures effroyables.
Tout de même, pendant la préparation de ce discours, il m'est arrivé une chose très bizarre qui, à un certain égard, a rétabli ma sérénité. Un jour, la poste m'a remis une grande enveloppe marron. L'expéditeur en était le directeur du lieu de mémoire de Buchenwald, le docteur Volkhard Knigge. Il a joint à ces voeux une plus petite enveloppe. Il a prévenu de ce qu'elle contenait pour que je n'aie pas à y faire face si je n'en avais pas la force. Dans l'enveloppe, j'ai trouvé la copie du rapport original journalier du 18 février 1945 concernant l'ensemble des prisonniers. Dans la rubrique "Abgänge", c'est-à-dire "déficit", j'ai appris la mort du prisonnier n° de matricule soixante-quatre-mille-neuf-cent-vingt-et-un, né en 1927, juif, ouvrier, Imre Kertész. Les deux données fausses : celle de ma date de naissance et celle de ma profession, ont pour origine le fait que lors de mon enregistrement par l'administration du camp de concentration de Buchenwald, j'ai dit deux ans de plus pour ne pas être classé parmi les enfants et plutôt ouvrier qu'écolier pour paraître plus utilisable.
Je suis donc mort une fois déjà pour pouvoir vivre - et c'est peut-être cela ma vraie histoire. Si c'est ainsi, je dédie cette oeuvre née d'une mort d'enfant aux millions de morts et à ceux qui gardent encore leur mémoire. Cependant, puisqu'il s'agit en fin de compte de littérature, d'une littérature qui représente, selon les arguments de votre Académie, en même temps un témoignage et qui peut servir aussi l'avenir, de plus, selon mes voeux, elle doit surtout servir l'avenir. Car j'ai le sentiment qu'en réfléchissant à l'effet traumatique d'Auschwitz, j'aboutis aux questions fondamentales de la vitalité et de la créativité de l'homme d'aujourd'hui ; et, en réfléchissant ainsi à Auschwitz, de manière peut-être paradoxale, mais je pense plutôt à l'avenir qu'au passé.
Tireur
Depuis Sarajevo, plus personne n'est abattu par des tireurs
embusqués, des monstres qui se cachent derrière un fusil à lunette pour tirer tranquillement sur des passants qu'ils prennent pour des lapins.
Non, la lâcheté n'a pas disparu ; on l'a enrobée dans l'anglais. Mourir d'une balle de sniper, c'est tout de même plus chic que de tomber sous les balles d'un tireur d'élite.
Recruteur
Graphologie et numérologie, conseils d'un psychologue et d'un
radiasthésiste, pour améliorer son recrutement Roger Ducoeur avait tout essayé et tout l'avait déçu. Lors d'un colloque, un autre chef d'entreprise lui conseilla la méthode fourchetière. Le
candidat était placé en face d'une assiette vide et d'une fourchette à escargots. S'il triturait le couvert, c'était un grand nerveux. S'il se curait les ongles, c'était un pragmatique.
Soixante-douze cas étaient prévus.
Après six mois 'expérimentation, Roger Ducoeur dut se rendre à l'évidence : les croque-morts qu'il engageait ainsi ne semblaient pas plus heureux de vivre.
Raquette
Ayant cru très longtemps que le racket était une forme de tennis permettant de s'approprier le bien d'autrui en le
menaçant avec des cordes tendues sur une armature ovale et métallique, Bjorn attendait des "sixième" à la sortie de l'école et leur smashait le crâne, lobait le menton s'ils refusaient de
lui donner un petit billet, un sac de billes, une photo de leur soeur ou un choco BN.
Quartier
Autrefois, le quartier n'était qu'une partie de la ville. On fréquentait le quartier latin sans se croire obligé de se couvrir d'un
casque et d'un gilet pare-balles, sauf en mai 68. Il y avait même des gens qui habitaient les beaux quartiers.
Maintenant, "quartier" est synonyme de jungle. On ne s'y aventure qu'avec des précautions, pour filmer des voitures incendiées, des revendeurs de drogue, au mieux quelques gamins
retenant les murs avec leurs dos ou contraints de jouer au basket, la seule activité légale.
Quand le gouvernement met en place de "nouveaux dispositifs" pour les quartiers, on sent que l'heure est grave, que les émeutes vont suivre.
Même les quartiers d'orange se sentent mal à l'aise, pressés de disparaître en jus.
Gilbert Millet : MINIATURES, éditions Editinter, 1999
Le grand événement de l'hiver que je pourrais appeler "le sacrifice du cochon", tellement il est
empreint d'un rituel immuable, a lieu au moment le plus froid de l'hiver, aux alentours de janvier, février. A la campagne, jusqu'aux années soixante, le réfrigérateur est inconnu. Quand il
fait moins vingt-cinq dehors, dans la petite pièce qui sert de réserve à nourriture, la température avoisine 0° : plus froid que dans un frigo!
Comme la plupart des familles à la campagne, nous élevons des animux : poules, cochons, veaux et longtemps, nous avons même une vache qui assure les besoins en lait, frais ou caillé
et en crème fraîche épaisse de la famille. Il en reste même pour la revente. Mais la grande affaire quasi affective pour mon grand-père et pour mon père ensuite demeure l'élevage
des cochons. Ah, c'est bien loin des proportions et des nuisances des élevages industriels : on garde une truie pour la reproduction, conduite solennellement - et à pied! - chez le
mâle attitré, au moment venu et un ou deux jeunes pour les engraisser avant d'en soumettre un au "sacrifice" annuel, lorsqu'il atteint les 150 - 200 kg.
Un cochon, c'est affectueux, attachant ; mon père s'amuse à leur donner des prénoms issus de feuilletons de télé américains : c'est ainsi qu'ils accourent lorsque retentissent dans
la cour les Samantha, Pamela ou Lucy... Ils sont très propres, contrairement aux idées reçues qui leur collent à la peau. Il faut dire qu'ils sont logés quatre étoiles : leur porcherie dispose
d'un compartiment "nuit" où ils s'enfouissent dans la paille blonde et fraîche jusqu'au bout du museau, tandisque pour les besoins et les repas, ils choisissent immanquablement "l'antichambre" au
sol pavé de briques et nettoyé quotidiennement aux grandes eaux. Dans la cour arrière, mon père leur confectionne une "piscine" où ils se prélassent les jours de grosse chaleur car ils ont leurs
heures de sortie dans la cour pour se dégourdir nos futurs jambons fumés. La fin de l'adolescence est marquée pour eux par un bout de fil de fer (inoxydable) qui transpercera leur museau à
deux endroits pour les empêcher de retourner la terre par instinct ancestral, certes, mais qui n'arrange pas les hommes. Nous vivons ainsi, dès l'enfance, dans une proximité immédiate avec les
bêtes, loin des relations névrosées d'un husky de Sibérie attaché au radiateur de son maître en mal de soumission inconditionnelle... Chacun à sa place et respect mutuel sans sensiblerie
anthropomorphe excessive. Les poules et les cochons, on les aime et jusqu'au bout, y compris lorsqu'ils atterrissent dans nos assiettes!
la suite suivra...
... Si on lui expliquait que le charbon a tué son mari, Raymonde protesterait. La mine ne tue pas. La mine ensevelit, parfois, elle asphyxie, écrase. C'est un tribut versé à la terre que l'on
viole, un juste échange qui donne aux survivants la dignité de ceux qui ont risqué leur vie. A son époque glorieuse, quand elle oeuvrait dans l'industrie textile, Raymonde a vu des ouvrières
perdre une phalange ou deux. Jamais elle ne s'est plainte. Affronter les machines de métal et les automatismes donne le droit de redresser la tête. La mine ne tue pas. Ce qui tue, c'est
l'oisiveté, l'humiliation de ne plus servir à rien, d'attendre l'indemnité sans se mettre en danger, en n'étant plus personne. A chaque fosse qui fermait dans la région, Jean pleurait.
Raymonde s'est couchée. Elle a éteint la lampe, allumant aussitôt les prunelles de Coron. Les chats n'ont pas la même vision que les humains. Raymonde non plus, qui voit le monde en
noir et blanc, bloquée en 1948, l'année de son mariage. Son téléviseur ignore la couleur. Ses robes, ses bas sont anthracite. Le veuvage lui permet de remonter le temps. Elle régresse vers des
époques lointaines où elle n'était pas née, l'époque des films muets, des images qui sautillent. Le rythme de Charlot, sa hanche rebelle ne le permettrait pas. Elle se contente du mutisme,
refuse d'adresser la parole à son fils. Qu'il se marie d'abord! [...]
Pour sa retraite, Jean s'était organisé une vie simple. L'automne, l'hiver, arpenter les champs avec Alain, Lucien, Armand et quatre chiens, sur les traces des faisans, des lapins de
garenne. La chasse fermée, s'installer au "Galibot", le café du village, jouer à la belote, vider des verres, toujours avec les trois copains mais sans les chiens. La bière est bienvenue
dans les mois chauds. Elle irrigue l'ancien mineur, interdit à la houille de trop sécher à l'intérieur du corps.
Malheureusement, les médecins guettaient, et leurs conseils stupides. A cinquante-cinq ans, renonçant à poursuivre le gibier, à fréquenter le "Galibot", Jean s'est
métamorphosé en malade aigre, trop désabusé pour lever le coude, entraîné dans un cercle vicieux : mal arrosé, le charbon des poumons s'est mis à protester davantage, à se coller en plaques,
à défier les traitements, à restreindre les mouvements. Douze années d'agonie...
Gilbert Millet : Pavés du Nord, roman, éditions Quorum, 1997 (extrait)
Désormais, il nous reste à réfléchir à la façon de poursuivre le chemin. La problématique d'Auschwitz ne réside pas dans la décision de clore ou non la question; de garder sa mémoire ou de l'enfouir dans le tiroir correspondant de l'histoire; d'ériger ou non un monument à la mémoire des millions d'exterminés et de choisir la forme de ce monument. La vraie problématique d'Auschwitz est qu'il a eu lieu et ni la pire, ni la meilleure volonté ne peut rien face à cette réalité. C'était peut-être le poète catholique hongrois, János Pilinszky qui a donné le nom le plus exact à cette situation grave lorsqu'il l'a appelée "scandale" ; de toute évidence, il voulait dire que Auschwitz s'était produit dans le milieu de la culture chrétienne et ainsi, il était inexpiable pour l'esprit métaphysique.
Des augures anciens parlent de la mort de Dieu. Indéniablement, après Auschwitz, nous sommes abandonnés. Nous devons créer nos propres valeurs, jour après jour, avec un travail éthique acharné mais invisible qui finira par donner naissance à ces valeurs et peut-être, en fera éclore une nouvelle culture européenne. Je considère que le prix que l'Académie de Suède a estimé justifié d'être décerné à mon oeuvre signifie que l'Europe a de nouveau besoin de l'expérience acquise malgré eux par les témoins d'Auschwitz, de l'Holocaust. Permettez-moi de dire qu'à mes yeux, cela dénote du courage, de la détermination même ; car vous avez souhaité ma présence ici, tout en ayant pressenti ce que vous alliez entendre de ma part. Mais ce qui s'est manifesté par l'Endlösung et "l'univers concentrationnaire" ne peut pas être mal compris et constitue l'unique possibilité de la survie et de la sauvegarde des forces créatrices, à condition de reconnaître ce point zéro. Pourquoi cette lucidité ne pourrait-elle pas être fertile? Au fond des grandes révélations, même si elles s'appuient sur des tragédies indépassables, se cache la valeur européenne la plus extraordinaire, la liberté qui ajoute une plus-value, une richesse à notre vie, faisant prendre conscience du fait réel de notre existence et de notre responsabilité à son égard.
trad.: Rózsa Tatár
la suite...
Cette solidarité s'étend à tous les domaines de la vie : les pauvres se serrent le coude et cela finit par engendrer de la vraie générosité. Les voisins peuvent
passer sans s'annoncer - le téléphone est à des années de lumière. (Je me souviens de ma stupeur en arrivant en France devant les mille précautions que ma belle-famille devait
prendre avant de rendre visite au vieux couple de cousins qui habitait la maison voisine...) L'intérieur doit être astiqué, rangé en permanence, en vue d'une visite impromptue, au risque de
se retrouver sur le bout de la langue aiguisée des commères. Ceci dit, des codes tacites existent : on ne débarque pas à tort et à travers, sauf en cas de force majeure.
La naissance, la maladie, la fête et le deuil se partagent. Un bon plat, un gâteau - plutôt rares aux années d'après-guerre - et les assiettes circulent dans
le voisinage pour faire goûter et pour recevoir en retour. Les voisines se rendent en procession chez une accouchée, chargées de la soupière enveloppée dans une serviette blanche amidonnée, nouée
aux quatre coins transversalement, de manière à obtenir une anse. Elle contient de la soupe de pigeon, véritable potion magique, réputée pour redonner rapidement les forces aux
affaiblis.
La mort vous prend à la maison et rarement dans les hôpitaux aseptisés, provoquant silence et pleurs compatissants et veillé autour du corps, avec des "pleureuses"
quasi professionnelles, dignes des tragédies antiques. J'ai le souvenir du défilé pour moi mystérieux des vieilles, toutes habillées en noir, avec ce foulard qui ne quitte jamais la tête de
mes grands-mères, pas même la nuit et qui change selon les saisons et les circonstances : pour le jour ou la nuit, l'été ou l'hiver, quotidien ou jour de fête. Les voir tête nue au moment de se
peigner leurs tresses longtemps demeurées noires était pour moi des moments rares d'intimité dérobée.
Nous, les enfants, sommes maintenus à l'écart de la mort et de l'enterrement. C'est ainsi que longtemps, cet événement revêtait pour moi un effroi profond. Je n'ai pas vu mes
grands-parents décédés - j'étais absente, géographiquement trop éloignée - et pour mon père et mon frère, je me suis dérobée devant leur cercueil ouvert pour ne garder que
leur image de vivant. Est-ce toute la vérité ou sa moitié qui masque ma lâcheté pour faire enfin face à l'effroi de l'enfant que j'étais restée devant la mort?...
la suite suivra...
..."Quand il est entré dans mon cabinet, à onze heures trente, je l'ai trouvé détendu, apaisé, tout le contraire du violent
impulsif que décrivait le rapport de police. Lorsque je lui ai demandé son nom, il a souri doucement et s'est contenté de me répondre : "Je suis Pierre". Je savais qu'il sortait d'un hôpital
psychiatrique et je n'ai pas insisté. Je n'ai pas insisté non plus quand, au lieu de répondre à mes questions, il s'est mis à délirer, à m'expliquer que les mirages disparaissaient, que les
socles devenaient des socs parce que les gens avaient perdu l'habitude de s'exprimer correctement et que s'il n'intervenait pas l'univers entier finirait par disparaître. A plusieurs reprises au
cours de ce délire, il a répété : "Je suis Pierre", comme une évidence plus que comme défi. Il parlait de moins en moins vite, cela, je l'ai remarqué, mais les autres transformations ne me sont
apparues que plus tard."
Ce juge n'est pas différent des autres, aussi enfoncé qu'eux dans l'incompréhension. Il faudra pourtant qu'il réagisse au fait accompli. Alors seulement, on se préoccupera de ses
dernières paroles que le greffier est en train de transcrire pour les analyser. Il sera encore temps d'agir. Son bras gauche ne bouge plus, il le sent depuis une ou deux minutes. De ce membre
déjà mort, une sensation étrange vient irriguer tout son corps. Aucune douleur. Une lourdeur tout au plus, celle qui immobilise lentement ses paroles, qui assourdit les sons autour de lui. Il ne
distingue plus que très mal les paroles du juge, retranché dans un brouillard, de l'autre côté du bureau.
Tout va plus vite qu'il ne l'aurait cru. Les jambes, à leur tour, cessent d'obéir. Elles doivent blanchir, comme ses mains qui se parent peu à peu de l'éclat du marbre. "Tu es
Pierre." Il répète une dernière fois les mots, au ralenti, bercé d'un grand bonheur. Comment aurait-il réagi si son prénom avait été différent? Il ne pouvait pas l'être, tout simplement.
Cette ultime certitude l'envahit tandis qu'il distingue l'effervescence autour de lui. Il ne voit rien, comprend tout cependant : le juge qui se lève, téléphone, l'agent qui se débat pour ôter
ses menottes qui le lient à un bloc de pierre, le greffier qui ouvre la porte et qui appelle à l'aide. Que tout cela est drôle!
" Quand vous rendez visite à Pierre Ventori dans son musée de Marseille, regardez bien son sourire. Jamais vous ne verrez tel sourire habiter un humain. Ce n'est pas de la joie qui
se lit sur ses lèvres de marbre, encore moins de l'ironie ou toute forme vulgaire de satisfaction. C'est une pleine sérénité, le calme souverain du sacrifice, c'est le sourire du cercle refermé,
de la boucle bouclée. C'est, au -delà du devoir accompli, tout le pouvoir des mots hautement rétabli."
extrait, fin de "Tu es Pierre" in Les morts se suivent et se ressemblent , éditions Manya 1992
Premier recueil de nouvelles, teintées de fantastique