Le blog de Flora

Tibor Déry (1894 - 1977) * Amour (nouvelle)

11 Septembre 2008, 11:24am

Publié par Flora

  [...] Lorsqu'elle revint, B. se tenait à la fenêtre, de dos à la chambre. Son dos comme dévié et aminci. Il ne se retourna pas. La femme se figea un instant dans la porte.  -  Je lui ai dit de cueillir des fleurs pour son père   -  dit-elle, la voix un peu rauque de l'émotion.  -  Les lilas sont en train de fleurir sur le terrain vague du voisin, qu'il cueille un gros bouquet pour son père.
    -  Tu m'aimes ?  -  demanda B.
   La femme le rejoignit en courant, l'enlaça, se bottit contre lui de tout son corps.  -  Mon unique  -  murmura-t-elle.
    -   Tu arriveras à t'habituer à moi ?  -  demanda B.
    -   Je n'ai jamais aimé personne d'autre  -  dit la femme.   -  Jour et nuit, j'étais avec toi. A ton fils, j'ai parlé de toi tous les jours.
    B. se retourna, enlaça la femme, observa son visage avec attention. Dans la lumière crépusculaire filtrant par la fenêtre, il vit avec soulagement qu'elle avait vieilli elle aussi, bien que plus belle qu'il ne se l'évoquât jour après jour, durant les sept années. Ses yeux étaient fermés, sa bouche entreouverte, son souffle brûlant à travers l'éclat de ses dents atteignit la bouche de B. Sous les cils épais, reposant sur la peau blême, luisait le contour sombre et humide de ses yeux. Elle était l'abandon même. B. embrassa ses yeux, puis la repoussa avec douceur.
    -   Aime notre fils aussi !  -  murmura-t-elle les yeux clos.
    -   Oui  -  dit B.  -  Je m'y habituerai. Je l'aimerai.
    -   Il est ton fils! Il est ton fils!
  La femme lui enlaça le cou.  
    -   Je vais te laver.  -  dit-elle.
    -   Ce sera bien.
  Il se deshabilla. La femme ouvrit le lit, allongea le corps nu de son mari sur le drap. Dans une bassine en zinc, elle apporta de l'eau chaude, du savon et deux serviettes. Elle en plia une, la trempa dans l'eau, la savonna. Elle nettoya le corps de la tête aux pieds. Elle changea l'eau deux fois. Les mains de B. tremblèrent encore quelques fois, mais son visage s'apaisa.
    -   Tu arriveras à t'habituer à moi ?  -  demanda-t-il.
    -   Mon unique   -  dit la femme.
    -   Tu dormiras avec moi cette nuit ?
    -   Oui   -  dit la femme.
    -   Et l'enfant ?
    -   Je mettrai sa couche par terre  -  dit la femme.  -  Il a le sommeil très profond.
    -   Tu resteras avec moi toute la nuit ?
    -   Oui  -  dit la femme.  -  Toutes les nuits, jusqu'à la fin de la vie.


Tibor Déry, un des grands écrivains hongrois du XXème siècle, après avoir participé à la révolution de 1956, a passé 4 ans en prison puis a été réhabilité en 1960, pour devenir, au prix d'un compromis, une des figures illustres de la littérature de la "consolidation".
Cette nouvelle (ici la fin) publiée en 1966, s'inspire de l'ambiance de son retour de prison.
         

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Cimetière d'Eyüp, Istanbul 1989 * lavis d'encre

9 Septembre 2008, 08:53am

Publié par Flora



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Oeuvre de Gilbert * Assistance

8 Septembre 2008, 08:50am

Publié par Flora

   Il s'appelait Manuel et on venait de loin le consulter. Souci d'argent, scènes de ménage, maux incurables, chagrins d'amour, chômage, neurasthénie, rien n'échappait  à sa compétence. Tout au plus refusait-il de s'occuper des animaux, par dignité bien sûr mais surtout de peur de se faire mordre par un berger fiévreux, ou griffer par un siamois rétif. Mieux qu'un remède, il apportait  aux humains l'espérence d'une guérison. On le prenait pour un saint ou un génie, pour un savant ou un démon ; il ne s'arrêtait pas à ces détails, ne refusait aucun des qualificatifs dont on voulait bien l'honorer. Toutes les formes d'adoration ou de respect lui étaient agréables.
   Manuel n'avait jamais pris l'avion, n'était jamais sorti de France. Il ne le devait pas à un destin hostile qui lui aurait rendu rendu inaccessible le coût du moindre déplacement. Il ne le devait pas non plus au chauvinisme étroit de ceux qui considèrent inutile de s'éloigner de leur clocher pour affronter des régions barbares. Tout simplement, l'occasion ne s'était pas présentée. Il habitait loin des frontières et ses parents, qui l'emmenaient camper tous les étés, craignaient de se perdre dans un pays dont ils n'auraient pas maîtriser la langue.
   Lorsqu'il avait acquis la liberté que confère l'âge, le temps lui avait manqué de se consacrer aux voyages, le temps et le désir de se soustraire, ne serait-ce qu'un jour, à ses adorateurs. Ce n'était pas l'argent qui le poussait ainsi à se rendre esclave de sa réputation. Que valait l'argent à côté des regards craintifs autant que respectueux qui défilaient devant lui à longueur de journée? Que valait l'argent à côté de ces ex-voto pieusement suspendus dans son cabinet, fleurs séchées, madones en allumettes, bouteilles peintes de Mickeys, colliers de coquillettes, lettres d'amour ou de foi ? 
   Monique n'avait jamais quitté la France, elle non plus. Mais elle en rêvait depuis toujours, depuis qu'elle décorait sa chambre de photographies découpées dans des magasines : le Sphinx ou la statue de la Liberté, Big Ben ou le Fuji-Yama. Le Kremlin n'avait pas eu droit  de cité sur ses murs, malgré la majesté de ses bulbes dorés. Son père y avait vu une offense personnelle, lui qui, à chaque campagne électorale, faisait le coup de poing contre les terribles rouges assoiffés de sang. Depuis son mariage avec Manuel, Monique avait mis son rêve en veilleuse. Comment entretenir des désirs d'une si grande banalité auprès d'un homme qui cultivait à chaque instant l'extraordinaire? Aussi fut-elle surprise lorsqu'il déclara un matin qu'elle partirait bientôt pour l'Egypte. Il avait rêvé ce voyage dans ses moindres détails et rien ne s'opposait  aux songes de Manuel.

éditions Manya,  1992  in  Les morts se suivent et se ressemblent  

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Bribes de mémoire 11. Mon grand-père paternel (2)

6 Septembre 2008, 11:21am

Publié par Flora

  
   C'est l'Empire Austro-hongrois en déclin, avec, à sa tête, l'empereur François-Joseph I, vieux comme le monde, régnant depuis ses 18 ans. Il commence sa carrière d'empereur en écrasant dans le sang la révolution hongroise de 1848 suivie d'une guerre d'indépendance qui laissent derrière elles un cortège de héros et de martyres dont le souvenir nourrira la braise sous les cendres. Le vieil empereur disparaît en 1916, en plein cataclysme qui emportera deux ans plus tard son empire disloqué. Son exceptionnelle longévité (les vieux dictateurs des temps modernes réitèrent l'exploit) lui confère une certaine indulgence : à force de ressembler à un meuble immuable, le peuple finit par le considérer rassurant. J'ai toujours entendu mon grand-père l'appeler par un diminutif familier : Ferenc Jóska (prononcer: Féréntz Ioshka : diminutif de Joseph).
   N'empêche qu'un an après son mariage (1913) et avec ma tante de quelques mois, il pose en tenue militaire sur la photo jaunie. Ma grand-mère sans foulard pour l'occasion ! Je découvre son visage jeune et joli que je ne connaîtrai que ridé et toujours à l'ombre d'un foulard...
   Mon grand-père s'en va pour les années de guerre, se fait prisonnier sur le front russe et finit dans une ferme dans le Caucase, désespérément loin de la famille et du pays. Il apprend à baragouiner le russe mais une nuit d'hiver, il décide de s'enfuir : le paysan s'attaque à coup de fourche à sa fille qui veut épouser un autre que le choix du père, à sa femme en même temps qui la soutient. Mon grand-père dit simplement : Je l'ai renversé dans la paille sinon il aurait fait malheur avec sa fourche. Du coup, je n'avais pas le choix, je me suis sauvé dans la foulée... Il ne relève même pas l'acte de courage, on n'a pas à réfléchir dans ce genre de situation d'urgence, on fait ce qu'on a à faire.
   C'est l'hiver en Russie et il revient à pied, marchant surtout la nuit, pour éviter les humains. La nuit, ce sont des loups dont il faut se méfier : on distingue leurs silhouettes noires sur fond de hurlements affamés sur la crête des congères et il convient de ne pas se placer dans le sens du vent... Nous écoutons ces récits avec mon frère, retenant notre souffle, composant notre cinéma dans la tête : des décennies plus tard, j'ai toujours les mêmes images, intactes, un cinéma en noir et blanc.


la suite suivra...

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Zoltán Czegö * Comme le mauvais oeil

4 Septembre 2008, 11:11am

Publié par Flora

  Ca te tombe dessus comme la maladie.
  Selon les anciens : comme si l'on t'avait jeté un sort.
  Tu vis, tu vas et viens, tu accomplis ce pourquoi on te donne de quoi t'acheter du pain et de la soupe. Les clochers des églises ne t'apparaissent plus car tu les vois tous les jours.
   De même pour les corbeaux, oui, tu ne cherches ni trouves plus rien dans le regard des corbeaux qui picorent dans les feuilles mortes récentes, tout en scrutant les alentours car il faut toujours craindre quelque chose, ils le savent bien, plutôt que des chiens, il faut se méfier de l'homme.
  Puis, d'un moment à l'autre  -  comme si l'on t'avait jeté un sort. Le mal du pays se faufile dans ton coeur, bouleversant l'ordre forcé, tout est sens dessus-dessous et la tour de l'église quotidienne te rappelle cet autre clocher, lointain.
   Tu suffoques, tu déglutis péniblement, dans l'espoir que ce glissement des sentiments cesse, comme l'avalanche la plus féroce peut se suspendre soudain.
   Tu jettes un regard circulaire pour vérifier si tout est bien en place et tu songes que c'est un peu tôt aujourd'hui; et d'ailleurs, pour quelle raison? Mais tu sais très bien que cela arrive toujours sans crier gare, sans prémisses identifiables, il fait irruption pour ravager tout ce qu'il trouve sur son passage. Surtout, il éteint tes forces.
   Tu ouvres la porte du balcon, et, au lieu du brouillard humide chargé d'odeur d'essence de la grande ville  -  comme c'était le cas hier  -  jaillit l'arôme de l'herbe séchée et des feuilles mortes d'une autre ville, d'un village lointain. Car l'odorat ment, tous les sens mentent, tous perturbés par le mal du pays, cette maladie qui te tombe dessus comme le mauvais sort.
   Du haut de ton étage, tu contemples le square devant l'immeuble et c'est la châtaigneraie de là-bas qui escalade ton regard. Tu détournes les yeux, tu mets de l'eau à bouillir pour le thé, tu la verses sur le sachet frais et parfumé et ce sont les fragrances de la menthe sauvage du bord de la Petite-Küküllö qui jaillissent avec la force des digues rompues, elles se figent en toi et ton âme demeure pétrifiée. Car elle sait bien qu'il n'y a ni échappatoire ni duperie ni délivrance, puisque toute tentative timide contre ce sentiment visiteur vaut autant que le son de cloche contre l'averse de grêle cinglant les champs. [...]

 
Traduction : R.T.


Zoltán Czegö est né en 1938 en Roumanie. De la minorité hongroise, il a fait ses études à Kolozsvár (Cluj en roumain). Depuis 1988, il vit et publie en Hongrie. C'est le début d'une nouvelle publiée dans l'anthologie  "Nouvelles de l'année"   éditions  Magyar Napló, 2008

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Drapé * sanguine

3 Septembre 2008, 02:40am

Publié par Flora

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Oeuvre de Gilbert * "Un teint de porcelaine"

2 Septembre 2008, 19:50pm

Publié par Flora

   Annick était fragile, bien trop fragile, je l'ai toujours dit. On ne cesse de me le reprocher, comme si le fait de l'avoir épousée me rendait responsable de tout! Les gens sont injustes... Ils ont l'art de transformer la victime en coupable et parce qu'elle a eu de la chance de mourir jeune, on lui découvre toutes les qualités. Pourtant, si quelqu'un a lieu de se plaindre, c'est moi. Veuf à quarante-neuf ans !  Ce n'est plus si facile de se recaser...
   Sa fragilité ne date pas d'hier, loin de là. Avec un peu d'attention, tout le monde l'aurait remarqué. L'hiver venu, elle succombait au premier virus. Rien n'y faisait, ni les cures préventives, ni les vaccinations, ni les piqûres, suppositoires, sirops et comprimés. De rechutes en convalescences, elle passait des semaines entières au lit, au milieu d'une impressionnante pharmacie, des semaines pendant lesquelles je me contentais de conserves et de surgelés, à en attraper des boutons, sans compter que je ne m'étais pas marié pour vivre dans l'abstinence...
   Les médicaments n'étaient jamais assez efficaces ou provoquaient des effets secondaires ahurissants. Elle rougissait par plaques, bleuissait, verdissait, enflait du visage ou des membres, parfois du nez seulement, de la bouche, des yeux. Je me réveillais auprès d'un monstre qui suffoquait, à me demander si on ne m'avait pas transporté, pendant la nuit, sur le tournage d'un film d'horreur. Un cardiaque ne s'en serait pas remis... Heureusement, Corinne se montrait assez compréhensive pour m'accueillir dans ces cas-là.
   Un vrai calvaire, toutes ces années... On l'a oublié. On ne veut pas le savoir. C'est tellement facile de s'en prendre à moi maintenant, de m'accuser de tous les maux. J'aurais dû me méfier... Avant le mariage déjà, elle montrait des signes de faiblesse. La première sortie dans ma vieille décapotable... L'angine attrapée à cause du courant d'air et dont elle m'avait fait immédiatement cadeau, à coup de baisers. Si je ne l'avais pas embrassée, qui est-ce que l'on aurait montré du doigt? Une angine! En plein été! Ne me dites pas que c'est normal....
   Et si elle s'était contentée de tomber malade... quel cirque, le jour où elle a découvert que je la trompais avec Corinne! Incroyable... Crise de nerf, reproches, sanglots, tout y est passé. On s'était pourtant mis d'accord, avant le mariage. Mes paroles avaient été limpides : "On se dit tout et chacun garde sa liberté".
   Comment se montrer plus conciliant? Eh bien, non! Les grandes eaux, à en noyer l'appartement. Et ce n'est pas tout. Comme elle s'était évanouie, je lui ai donné des petites gifles pour la ranimer. C'est la mailleure méthode, tout le monde le sait. Qu'est-ce que je n'avais pas fait! Madame est allée exhiber son oeil au beurre noir dans le voisinage, se faire prêter des escalopes ou des compresses. Cet oeil aussi, on me le reproche maintenant. [...]

éditions Manuscrit  2001  in   "Ennemis très chers"

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Bribes de mémoire 10. De mon grand-père paternel (1)

1 Septembre 2008, 18:09pm

Publié par Flora

   Avant que l'omniprésence magique de la télé ne gagne les foyers, d'innombrables occasions se présentent pour la transmission de l'histoire familiale. Nous, les enfants, sommes insatiables à écouter et à réécouter les récits de mon grand-père dont la guerre avait fait un aventurier bien malgré lui.
   Je me rends compte soudain que d'un côté comme de l'autre, c'est le grand-père qui raconte. Pourtant, tout nous fascine dans ces vies d'autrefois dont nous sommes issus mais de mes grands-mères, je ne saurai presque rien. Pourquoi? Mystère... Je pencherais plutôt vers cette habitude inculquée par une éducation séculaire : la femme se tait et écoute l'homme qui ramène aussi les histoires de l'extérieur.
   Mon grand-père paternel est né en 1887, dans une famille dont la seule richesse était ses nombreux enfants. Pendant la bonne vingtaine d'années que je l'ai connu, il a toujours la même tête, la même silhouette, sans vieillir ou toujours vieux : très petit (1 m 60 à peine), vif sans jamais se presser. Mais ce dont je me souviens le plus c'est d'un sourire qui éclaire très souvent son visage et ses yeux bleus lumineux que j'espérais vainement en héritage... Mon grand-père, c'est un tout : une réelle bonté, une gentillesse dont je ne l'ai jamais vu se départir, jamais entendu lâcher un juron qui soulage la colère et dont la langue hongroise est si généreuse. Je me demande souvent quel était son secret, quels gènes familiaux distribuaient cette joie de vivre indestructible, simple et permanente dont ses frères et soeurs étaient également gratifiés?
   Souvent, il n'y a pas assez à picorer dans la corbeille à pain, pas même de croûtons secs. On amène donc les enfants au marché, dès l'âge de six ans, pour essayer de les caser chez les paysans riches. Ces récits comme leur souvenir ne cesse de me serrer le coeur. Et pourtant, mon grand-père les raconte avec le sourire, comme une fatalité simple et inévitable, à laquelle il a survécu : il est donc le gagnant, en fin de comptes.
   Chez le paysan, il dort avec le bétail, dans la paille de l'étable. Il dit que ça tient chaud, une vache qui vous souffle dessus, il lui en est reconnaissant. La paye pour un an de peine : un demi-sac de blé et une paire de bottes usagées mais on est nourri et logé. Le fils du patron est un plaisantin sadique : il le suspend au-dessus du puits par une jambe en lui faisant peur de le lâcher... Il l'oblige à marcher à cloche-pied sous peine de le piquer avec une fourche s'il pose le pied... Je retiens mon souffle et regarde son sourire édenté. Il n'a qu'un seul regret : être privé de l'école comme exclu du paradis. A l'armée, on lui apprend à signer son nom avant de l'envoyer sur le front russe
. 

    la suite suivra... 

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Zsigmond Móricz : Le roman de ma vie (extrait)

30 Août 2008, 20:00pm

Publié par Flora

[...]Tous les parents, comme moi-même, qui comptent sur les enfants pour qu'ils reprennent là où eux ont décroché, seront déçus de la façon la plus éclatante.
   Pour cette raison, encore jeune père, j'ai opté pour un accord intermédiaire avec moi-même. Je me suis dit :
l'enfant règle son solde chaque jour. Le parent tient la comptabilité de son enfant : d'un côté, il note les dépenses, les frais alloués ; de l'autre, il impute ses attentes en retour. Mon conseil - et je m'y tiens autant que c'est humainement possible : le parent doit clôturer les comptes tous les jours, en notant pour solde : il a un enfant. Cette joie doit l'indemniser pour tout.
   Pour mon père, la famille était source de telle jubilation qu'on n'aurait pu obtenir ni avec du travail, ni au prix de sacrifices, ni même avec de l'argent. Et je peux affirmer la même chose me concernant. Rien, ni personne ne peut me procurer ce sentiment d'apaisement qui m'enveloppe dans la chaleur familiale. Il est vrai que cette chaleur ne dure pas, qu'il faut songer aux frimas de l'hiver.
   L'enfant ne doit pas compter éternellement sur ses parents non plus : l'hirondelle n'entretient ses petits que jusqu'au moment où ils déploient leurs ailes. Après, elle cesse de leur apporter à manger. Mon père m'a dit une fois, sans doute pendant une longue marche :
    - Vous avez le sang pur, vous devez vous en contenter. Vous n'avez pas à avoir honte de votre père, je n'ai jamais été en prison. Je vous ai élevés sans jamais vous abandonner, ne me donnez rien, je crèverai, donnez à vos enfants ce que vous me devez.
    Je ne connais pas plus grande sagesse. [..
.]


traduction : R. T.

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Tréfonds * sanguine

29 Août 2008, 01:29am

Publié par Flora

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