Le blog de Flora

"Solitude" * huile (1994)

5 Avril 2009, 20:35pm

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Bribes de mémoire 30. "L'élite du pays"...

4 Avril 2009, 10:48am

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   Le professeur Lorant du Perroquet de Budapest dit à un endroit : "Le populaire me faisait peur alors, et, je le crains, encore aujourd'hui. " Sa sincérité est louable tout au long du récit. Un pacte à la manière de Rousseau dans ses Confessions : "un homme dans toute la vérité de la nature", sans rien dissimuler.

 

  En ce qui me concerne, le populaire ne m'a jamais fait peur, je le connais de l'intérieur et je sais pertinemment qu'il est beaucoup plus complexe qu'un regard hautain, craintif ou condescendant puisse laisser supposer.

 

   Je suis étudiante à la faculté de lettres à Szeged quand une vive discussion  m'oppose à une camarade. Issue des milieux anciennement petits-bourgeois  -  mais logés désormais à la même enseigne  -  elle s'inquiète des "quotas" appliqués aux étudiants venus des milieux populaires. "Qu'en sera-t-il de l'élite du pays?" s'écrie-t-elle. Ce cri du coeur me pique à vif. Outre que je ne me sens pas une privilégiée du nouveau régime (j'ai passé le concours d'entrée et obtenu le maximum de points sans aucun "coup de pouce"), je trouve injuste de s'approprier ainsi l'héritage des "élites" comme si elles ne pouvaient être composées que de ceux qui en descendaient en droite ligne, voulant continuer ainsi à fermer la porte devant les enfants de ceux qui en avaient déjà été exclus depuis des siècles... Dans ma révolte, le regard bleu de mon grand-père refoulé du paradis de l'école, l'éternelle frustration de ma mère pour ses rêves d'institutrice interrompus par la guerre, mes parents qui avaient bien "une bonne tête" mais il ne suffisait pas d'être repéré par l'instituteur : tout le cortège de mes ancêtres m'ayant portée la première à l'université me suggère, bien plus efficacement que n'importe quelle propagande officielle que "le savoir est un pouvoir". Il faut connaître pour comprendre l'immense charge des siècles de résignation qui soudain se déchire pour entrevoir les portes du savoir! Si nos gènes transportent des informations séculaires, les miens sont particulièrement insistants pour me rappeler le devoir et la richesse de la fidélité.

La suite suivra...  
  

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Sándor Petöfi (1823-1849) * Fin de septembre

27 Mars 2009, 12:38pm

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Le nom de Sándor Petöfi

incarne le poète pour tous les Hongrois : il n'y en a pas un seul qui ne connaîtrait plusieurs de ses titres, qui ne serait en mesure de réciter de ses vers. Il n'existe pas de localité dont une rue, une place ne porterait son nom. Pendant sa courte vie, il a écrit d'innombrables poèmes, à une période où la langue hongroise était menacée de disparaître sous la pression hégémonique de l'allemand des Habsbourg. Elle survivait parmi le peuple où Petöfi puisait souvent son inspiration.

  Le poète participe activement à la révolte et à la guerre d'indépendence qui s'ensuit contre l'empire habsbourgeois et il disparaît sur un champ de bataille : de l'âme flamboyante de la guerre patriotique il devient le symbole du martyre de tout un peuple, à 26 ans...

  Le poème qui suit a été écrit en 1847. Petöfi vient de se marier avec Jùlia Szendrey. La magnifique fougue amoureuse se teinte de mélancolie, inspirée par le paysage d'automne et prend une force particulière pour le lecteur qui sait : son testament se rélisera moins de deux ans plus tard. Jùlia, jeune veuve avec un enfant, se remariera quelque temps après, poussée par la nécessité matérielle. Les adorateurs de Petöfi ne le lui pardonneront jamais...

   Parfois, par des nuits d'insomnie, je me récite ces vers qui me bercent délicieusement et tristement dans les bras de la nostalgie de la langue maternelle...

Szeptember végén                                 Fin septembre

Még nyilnak a völgyben a kerti virágok,               Le val est riche encor des fleurs de ses jardins,
Még zöldel a nyárfa az ablak elött,                         Et vert le peuplier dans la fenêtre ouverte.
De látod amottan a téli világot?                               Mais le monde d'hiver, l'aperçois-tu qui vient?
Már hó takará el a bérci tetöt.                                    La neige sur la cime au loin donne l'alerte.
Még ifjù szivemben a lángsugarù nyár                  Encor l'été brûlant brûle mon jeune coeur,
S még benne virit az egész kikelet,                           Mais si la sève en lui monte et le renouvelle,
De ime sötét hajam öszbe vegyül már,                    Déjà des fils d'argent dans mes cheveux révèlent
A tél dere már megüté fejemet.                                   Que les froids de l'hiver vont montrer leur vigueur.

Elhull a virág, eliramlik az élet...                               Car s'effeuillent les fleurs et s'enfuit notre vie...
Ülj, hitvesem, ülj az ölembe ide!                                 Viens donc, ô mon aimée, te blottir sur mon sein.
Ki most fejedet kebelemre tevéd le,                             Toi qui tout contre moi mets ta tête chérie
Holnap nem omolsz-e sirom fölibe?                          N'iras-tu te pencher sur ma tombe demain? 

Oh, mondd : ha elöbb halok el, tetemimre                Si je meurs le premier, de ces deux que nous sommes,
Könnyezve boritasz-e szemfödelet?                           Mettras-tu, dans les pleurs, un linceul sur mon corps?
S rábirhat-e majdan egy ifjù szerelme,                       Si un autre t'aimait, se pourrait-il alors
Hogy elhagyod érte az én nevemet?                           Que tu quittes mon nom pour le nom de cet homme?

Ha eldobod egykor az özvegyi fátyolt,                        Si ce voile de veuve un jour tu le jetais, 
Fejfámra sötét lobogóul akaszd,                                  Comme un drapeau de deuil laisse-le sur ma tombe.
En feljövök érte a siri világbol                                      Je viendrai le chercher, du noir où tout se tait,
Az éj közepén, s oda leviszem azt,                             Au cours de cette nuit où notre amour succombe,
Letörleni véle könnyüimet érted                                  Pour essuyer les pleurs versés sur notre amour,
Ki könnyeden elfeledéd hivedet,                                  Sur toi facilement oublieuse et parjure,
S e sziv sebeit bekötözni, ki téged                                Pour panser de mon coeur l'horrible déchirure  - 
Még akkor is, ott is, örökre szeret!                               T'aimant même là-bas, même alors et toujours.

                                                                traduction : Eugène Guillevic

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Oeuvre de Gilbert * "Miniatures"

26 Mars 2009, 19:17pm

Publié par Flora


Landru


    Le landru 1999 du meilleur crime français a été décerné, hier soir, à la prison de la Santé, à Marc Vivagal, le dépeceur de Saint-Teddy, à qui l'on doit le tronçonnage minutieux de douze prostituées et leur restitution dans les jardins publics de la ville, à l'intérieur d'élégants sacs de plastique de grandes marques
.
   Cette touche de bon goût a d'ailleurs valu à Marc Vivagal une seconde récompense, le landru de l'émotion artistique. Le lauréat s'est déclaré particulièrement touché par cet hommage de la profession. Rappelons, en effet, que le jury des landrus est composé de tous les détenus des prisons et maisons d'arrêt de France. 


Licenciement

 
A ta place, je me méfierais.
   -  Pourquoi ?
   -  On dit que Messard voudrait te virer.
   -  Impossible. Je suis son bras droit. Sans moi, il ne s'en sortirait pas.
   -  Je te répète ce que j'ai entendu...
   -  Tu sais, les rumeurs... L'année dernière, on le disait lui-même sur un siège éjectable. Les actionnaires américains n'appréciaient pas ses méthodes trop humaines. Ils cherchaient un tueur. Résultat, Messard est toujours là et on ne parle plus de le chasser.
   -  Peut-être parce qu'il a accepté de tailler dans le vif...
   -  Je suis son bras droit, je te dis. Quand on dégraisse, on élimine l'accessoire. On ne se mutile pas.
   -  Méfie-toi quand-même. Je ne sais pas si tu as remarqué : Messard, il est gaucher...

 Gilbert Millet :  Miniatures, éditions  Editinter, 1999    illustration  R. T.

 

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"Moirologue" * illustration

25 Mars 2009, 10:00am

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illustration pour le poème de Luce Stiers

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Endre Ady * J'aimerais qu'on m'aime (Szeretném, ha szeretnének)

24 Mars 2009, 09:37am

Publié par Flora

 

Ni heureux aïeul,

ni héritier,
Ni parent, ni ami familier,
Je ne suis à personne,
Je ne suis à personne.

Je suis ce qu'est chacun : majesté,
Pôle nord, secret, étrangeté,
Feu follet hors d'atteinte
Feu follet hors d'atteinte.

Las! Je ne puis m'en accommoder
Je voudrais de plus près me montrer,
Que me voient ceux qui voient
Que me voient ceux qui voient.

Mes vers, ma torture de moi-même
Tout vient de là : j'aimerais qu'on m'aime
Pour être à quelqu'un
Pour être à quelqu'un.

(adaptation de Jean  Rousselot)


Sem utódja, sem boldog öse,
Sem rokona, sem ismeröse
Nem vagyok senkinek,
Nem vagyok senkinek.

Vagyok, mint minden ember : fenség,
Eszak-fok, titok, idegenség,
Lidérces, messze fény,
Lidérces, messze fény.

De, jaj, nem tudok igy maradni,
Szeretném magam megmutatni,
Hogy látva lássanak,
Hogy látva lássanak.

Ezért minden : önkinzás, ének :
Szeretném, hogyha szeretnének
S lennék valakié,
Lennék valakié.
1909

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André Lorant: Le perroquet de Budapest

23 Mars 2009, 18:37pm

Publié par Flora

   Je viens de terminer la lecture du livre autobiographique de André Lorant, éminent universitaire, spécialiste de Balzac. Le perroquet de Budapest, paru en 2002 aux éditions Vivane Hamy m'a intéressée d'abord en sa qualité de témoignage d'un déraciné sur le travail "d'archéologie scripturaire" accompli à la recherche de son passé (j'ai été très contente de retrouver la métaphore de plongée archéologique que j'avais utilisée dans un de mes chapitres). A part cette tentation, à peu près tout nous sépare. De presque vingt ans mon aîné, il n'a pas vécu la même époque. Mais il n'y a pas que cela : juif converti par précaution, obligé pourtant de porter l'étoile jaune pendant la guerre, caché de la déportation, il subit une autre humiliation par le nouveau régime. Descendant de la grande bourgeoisie de la capitale, non seulement il perd sa fortune et ses privilèges, mais ces derniers se retournent contre lui en stigmates honteux. Il quitte le pays en 1956 pour Paris.
   Il m'a intéressée aussi pour essayer de savoir à quel point on peut adopter une nouvelle langue (ou être adopté par elle) jusqu'à ne plus pouvoir déceler le moindre frémissement subliminal de la langue d'origine. Il est vrai que les nounous françaises de son enfance lui facilitent grandement la tâche et ses études littéraires l'y aident également. Il écrit un beau français parfait et sensible, composé tel un morceau de musique  -  musique qui ne cesse de parcourir et de teinter son texte  -  et je finis par me demander si le hongrois joue véritablement le rôle de la langue maternelle dans son enfance, dans sa vie. Il a le sentiment  -  avec quelques bonnes raisons  -  d'être rejeté deux fois par le pays qu'il rejette à son tour. Quarante ans plus tard, il y revient à la recherche de son passé, pour tenter de renouer le fil rouge cassé. " La réalité de là-bas, je ne l'ai comprise qu'ici, et je ne peux formuler qu'en français la charge affective dont sont investis les événements majeurs de mes années de jeunesse. Je me sens détaché de la langue magyare, alors que j'ai vécu ces événements en hongrois." Ces phrases m'inspirent de terribles réflexions. Je rédige instinctivement mes notes en français : j'ai l'impression que la distance prise avec ma langue maternelle (avec la mère ? disait mon amie Monia) libère ma parole.
   Par ailleurs, un abîme nous sépare. Son délicat et somptueux cocon bourgeois, attaqué par des "hordes sauvages" communistes, composées en partie de gens semblables à mes ancêtres démunis... Lui, même dépouillé de ses privilèges, n'atteint pas, et de loin, le degré de leur misère... Ils ne lui inspirent que dégoût craintif et distant, sinon condescendance paternaliste à l'égard de quelques serviteurs méritants...


la suite suivra...

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Oeuvre de Gilbert * Déraillement

22 Mars 2009, 09:02am

Publié par Flora

   [...] Le coup ne fut pas porté en rase campagne mais à deux pas de l'épicerie et au moment le plus inattendu. François n'avait pas levé les yeux, s'était tenu sur la réserve, méditant sur l'origine de son prénom et l'obligation  qui lui était étymologiquement faite de défendre la langue la plus belle, l'esprit libre et loyal comme un vrai Franc. En le nommant ainsi, ses parents lui avait légué un fardeau difficile mais il s'acquittait de la mission du mieux qu'il le pouvait. Ses petits carnets se remplissaient de mots oubliés puisés dans le Littré : floribond, stipe, guerlande, badelaire, corrigiolé, nordir, précelle, vespertilion, toute une symphonie...
   Il les replaçait dans ses cours de littérature et dans les innombrables lettres qu'il adressait au gouvernement pour l'enjoindre de se montrer plus ferme avec les mauvais parleurs, les écrivains complices. "Infrangible" et "lapidifier" figuraient parmi ses récents coups de coeur. Jamais il n'avait entendu quelqu'un les prononcer...
   L'affront prit les dehors patelins d'un ballon de cuire, un de ceux dont la forme ovale, parfaitement vicieuse, évoque le nom d'une ville étrangère. Le garçon joufflu qui ramassait son bien dans le caniveau, entre les roues d'une Jaguar, l'avait-il laissé choir sur les pieds de François uniquement pour le choquer? Rien dans son attitude penaude ne le laissait supposer. La vérité ne s'en montrait que plus cruelle : perverti dès le berceau, l'enfant trouvait naturel de promener en pleine rue la marque de son esclavage, complétant même la soumission par une tenue en tous points révoltante, depuis les chaussures aux couleurs de l'Angleterre jusqu'au survêtement, marqué du sigle pervers d'une université américaine.
   Ces diables avaient l'instinct de déceler le failles, d'y instiller le pire venin sous des apparences anodines. Peuplés de créatures bétifiantes, souris vulgaires aux immenses oreilles, canards piailleurs ou grippe-sous, éléphants prenant leurs oreilles pour des ailes, les dessins animés sapaient les premières défenses. Les films prenaient le relais, dégoulinants d'images convenues, de monstres, de fantômes, de grands musclés, d'extraterrestres niais réduits aux initiales d'un alphabet barbare. On achevait le matraquage par un déferlement de bruits féroces, de phrases syncopées parés du nom de musique, par de bonnes rasades de jargon télévisé. Le tour était joué et les affiches défaitistes poussaient sous les fenêtres. [...]
 

extrait de la nouvelle "Déraillement" in  Petites tombes en viager, éditions Quorum 1998

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Le chemin initiatique * encre aquarelle (2006)

22 Mars 2009, 08:53am

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Krisztina Tóth : L'Autre et le Même

20 Mars 2009, 09:09am

Publié par Flora


L'autre jour en métro je voyais ton visage dans ce visage sans nom.
Certains jours c'est ainsi par faux-semblant tout se confondait.
Visage qui parle d'un autre visage tu descends tu t'approches mais non.
C'était jadis - ce qui fut ne peut plus être désormais.

De même cet ancien camarade de classe je l'ai vu toujours enfant face à moi.

 

Aurais-je pu vraiment croire qu'il puisse en être ainsi?

Comme j'aurais aimé mon Dieu être à côté de toi.
Tu es dans le métro et tout à coup tu n'es plus le même tu as vieilli.

Souvent je songe à ce que ces deux corps pourraient encore se dire.
Ton odeur sans doute est-elle tout autre aujourd'hui.
Et ces deux corps c'est probable ne pourront plus rien se dire.
Là où mon fils est né il y a une fine cicatrice.

Mes hanches un peu s'élargissent je ne sais qu'en penser.
Je n'en ressens et peu m'importe ni joie ni lassitude.
Quelle étrange impression de voir ce visage étranger.
Tes yeux inconnus voyaient mes lèvres inconnues mon visage souriant
traduction: Lionel Rey

Extrait de
"Le rêve du Minotaure" éditions Caractères,
repris dans "
Kaléidoscope" par Andrée Marik, Cognac 2003

Krisztina Tóth représente une des voix les plus fines et intimes de la poésie hongroise contemporaine. Née en 1967, elle fait des études de lettres modernes et de beaux-arts. Elle séjourne en France dans le cadre d'une bourse d'études, puis elle publie plusieurs recueils de poésie et une anthologie de la poésie française contemporaine (une trentaine d'auteurs). Lauréate de plusieurs prix.

 

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