Le blog de Flora

A quoi sert la littérature?...

17 Janvier 2010, 20:40pm

Publié par Flora

   Le monde est sous le choc des images provenant de Port-au-Prince. Comme si ce bout d'île n'avait pas encore assez souffert, comme s'il était encore et encore puni d'avoir osé déclarer la première république libre d'anciens esclaves... Pendant longtemps, de petits tyrans cruels se succèdent pour exploiter sans fin la profonde misère du peuple, le maintenant dans la terreur de leurs milices parallèles. Et pourtant, cette languette de terre dentelée et accidentée, en bordure de la prospère République Dominicaine qui a su tirer son épingle (touristique) du jeu, est habitée par le peuple le plus créatif de l'espace caribéen et donne nombre de musiciens, de poètes, de peintres et d'écrivains, souvent à l'émigration...
   Dans le numéro 19 de la revue
Hauteurs, paru en mars 2006 et le dernier à avoir été "monté" par Gilbert, nous avons publié un poème de Saint-John Kauss, poète haïtien vivant à Montréal. Cette longue mélopée douloureuse parle de la nostalgie de la terre natale perdue, de la tragique impossibilité d'y vivre et d'en être inconsolable. En voici un court extrait:

  (...) et si belle que fût cette île qui porte couronne de morts de
     de veuves
     et d'orphelins
     je parle de cette terre partisane et quelques arpents de ciel où
     convergent
     à grands pas la liberté et tout ce qui est à recommencer
     je parle de cet océan de nègres qui calculent de craie à l'ardoise
     je parle d'une île impaire abandonnée comme une honte
     je parle de ma terre et plus qu'un simple murmure entouré
     d'oiseaux
     et de chants sauvages (...)


  Le lecteur français connaît bien ne serait-ce que René Depestre ou Dany Laferrière, couronnés tous deux de prestigieux prix littéraires. Il y a quelques jours, dans un entretien, Dany Laferrière évoquait l'extraordinaire créativité du peuple haïtien comme seul rempart permettant de supporter la misère et de rester debout. Cela me fait penser à une phrase que je cite librement : "La littérature ne sert à rien, sauf à aider à vivre"...   
      
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M
<br /> Kedves Flora<br /> Vous qui êtes très ouverte sur le monde, et la littérature en particulier, je pense que cette conférence de l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie vous intéressera beaucoup:<br /> http://www.ted.com/talks/chimamanda_adichie_the_danger_of_a_single_story.html<br /> vous pouvez lire la traduction en simultané soit en fr, en hongrois ou en d'autres langues à votre convenance à partir du bouton de "Subtitles available in" - 16 languages off<br /> c'est un discours très intéressant, très juste!<br /> ce discours est formidable<br /> cela fait vraiment plaisir d'écouter cela (en ce sens que je partage son point de vue)<br /> même si c'est terrible aussi de l'état de notre monde! (en ce sens que je n'imaginais pas que ce soit à ce point)<br /> Voilà un peu plus sur elle:<br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Chimamanda_Ngozi_Adichie<br /> belle découverte ou redécouverte si par hasard vous connaissiez)<br /> mich<br /> J'ai essayé de voir si on pouvait disposer du texte traduit, mais rien ne le permet sauf à l'enregistrer en lisant la traduction, puis en retranscrivant ensuite - dommage!<br /> <br /> <br />
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F
<br /> Merci pour le lien, Mich.<br /> <br /> <br />
L
<br /> tout à fait d'accord avec l'intervention de "Mich"<br /> <br /> <br />
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F
<br /> moi aussi.<br /> <br /> <br />
M
<br /> Belle initiative, votre post Flora, grâce auquel je lis avec plus d'attention:<br /> http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/01/16/haiti-le-temoignage-bouleversant-de-l-ecrivain-dany-laferriere_1292475_3222.html<br /> extraits des passages les plus importants:<br /> (--) nous sommes passés voir le grand Frankétienne [dramaturge et écrivain], qui avait sa maison fissurée et qui était en larmes. Juste avant le séisme, il répétait le solo d'une de ses pièces de<br /> théâtre qui évoque un tremblement de terre à Port-au-Prince. Il m'a dit: "On ne peut plus jouer cette pièce."<br /> <br /> Je lui ai répondu: "Ne laisse pas tomber, c'est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire." Ce tremblement de terre est un événement tragique, mais la culture, c'est ce qui structure<br /> ce pays. Je l'ai incité à sortir en lui disant que les gens avaient besoin de le voir. Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains. Frankétienne, cet immense artiste, est<br /> une métaphore de Port-au-Prince. Il fallait qu'il sorte de chez lui.(--) ce qui a sauvé cette ville c'est l'énergie des plus pauvres. Pour aider, pour aller chercher à manger, tous ces gens ont<br /> créé une grande énergie dans toute la ville. Ils ont donné l'impression que la ville était vivante. Sans eux, Port-au-Prince serait restée une ville morte, car les gens qui ont de quoi vivre sont<br /> restés chez eux pour la plupart. (--) les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j'ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s'entraident.<br /> (--) Alors de grâce, cessez d'employer le terme de malédiction, Haïti n'a rien fait, ne paye rien, c'est une catastrophe qui pourrait arriver n'importe où. (--) Quand les gens, au péril de leur<br /> vie, vont dans les décombres chercher de quoi boire et se nourrir avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s'apparente pas à du pillage mais à de la survie.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> Bonjour, Mich,<br /> paroles magnifiques de justesse de Dany Laferrière! Merci de votre visite et du complément d'info. <br /> <br /> <br />
L
<br /> La citation de Claude Roy est criante de vérité. Elle permet à l'homme vaincu à plusieurs occasions par ses semblables, par le goût du lucre, par les guerres de rester debout. Cette poésie citée<br /> est belle à en pleurer comme la situation actuelle...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> Merci, Litteratus, d'en citer l'auteur dont j'avais oublié de noter le nom! (j'espère, d'ailleurs, que les mots sont exacts...) Combien de fois ces choses inutiles que les arts et la littérature<br /> nous aident à vivre... Je suis vraiment tenter de creuser un peu ce sujet...<br /> <br /> <br />
J
<br /> Rien à ajouter, Rosza, sinon merci pour Haïti.<br /> Bonne nuit à toi.<br /> José<br /> <br /> <br />
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F
<br /> J'ai un ami qui a passé sa carrière à l'étranger comme animateur culturel (Egypte, Montréal, Haïti, Japon, Tunisie, Istanbul etc.). Lorsque je lui ai posé la question quel a été l'endroit pour<br /> lequel il ressentait le plus de nostalgie, il a répondu sans hésitation : Haïti...<br /> <br /> <br />