Le blog de Flora

reflexions

L'hésitation du chat face au plat de gruau brûlant...

19 Juin 2014, 16:49pm

Publié par Flora bis

L'hésitation du chat face au plat de gruau brûlant...

Cela fait une semaine que je délaisse mon blog. L'envie d'écrire existe, les sujets ne manquent pas non plus. J'attends pourtant l'impulsion nécessaire pour m'y remettre. En hongrois, il existe une expression pour exprimer cette hésitation inconfortable: "il tourne autour comme le chat autour du plat de gruau brûlant" ("kerülgeti, mint macska a forró kását")...

Cela me ramène à l'éternel problème du "lâcher-prise"... J'aimerais suivre la sagesse de Montaigne: "... à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine." (Essais) Pour tenter d'y arriver, je le sais bien, il conviendrait en premier lieu de me délester des tonnes de poids que je trimballe sur mes pieds, depuis si longtemps... Cette trouille de fendre la carapace - qui, en même temps, protège et emprisonne... Couardise, quand tu nous tiens!

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Quelques réflexions autour de la blogosphère...

13 Mai 2014, 11:43am

Publié par Flora bis

Quelques réflexions autour de la blogosphère...

La blogosphère est un univers extrêmement varié, régi par ses propres lois et usages. C'est une véritable explosion de l'expression individuelle, jusque là réservée aux canaux des médias et à quelques formes libertaires marginales.

Qu'est-ce qui pousse des millions de personnes à saisir ce moyen d'expression tellement répandu que finalement, la voix individuelle, avide de se faire entendre, se perd dans le flux dense de chaque instant?

Premièrement, la liberté enfin offerte de s'exprimer. Pas de barrières de comité de lecture, d'obstacle financier ou autre. C'est comme un gigantesque mur à graffer mis à la disposition du tout-venant, sans sélection aucune. Un fleuve charriant aussi bien des pépites d'or que de la poussière...

Cette tour de Babel, bruissement gigantesque de voix disparates fait aussi qu'il est difficile de se distinguer, de se faire reconnaître. Des communautés thématiques se créent, avec leurs fidélités relatives et qui induisent d'autres entraves: de façon sournoise, la tentation de plaire à son public apparaît, afin de le fidéliser. Afin de se mirer dans le reflet tendu par celui-ci qui renvoie une image flatteuse la plupart du temps, sinon, il ne serait pas fidèle... Ceci dit, cette tentation existe partout, y compris dans la "vraie" vie...

S'exprimer veut dire exister pour beaucoup d'entre nous. Exister, ne serait-ce que virtuellement, auprès de lecteurs virtuels qui s'arrêteront ou non, le temps d'un instant fugace, car l'offre est incommensurable.

Une existence éphémère, à l'image de notre vie, notre minuscule parcours entre deux événements majeurs, nos Alpha et Omega personnels... Entre les deux, libre à nous de créer quelques illusions.

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L'âme de voyageur

9 Avril 2014, 11:44am

Publié par Flora bis

L'âme de voyageur

"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."

Je suis tombée par hasard sur cette phrase de Paul Nizan.

J'ai beaucoup voyagé entre mes vingt et cinquante ans. Commencé par le séjour d'un an à Moscou - première occasion de quitter la Hongrie, armée d'une énorme valise contenant des vêtements pour quatre saisons, dont l'hiver russe carabiné, sans oublier un sachet de paprika en poudre et des saucisses maison au goût du vrai...

Par la suite, je suis devenue une nomade assez expérimentée qui plante sa tente au gré des nécessités, dans des conditions parfois périlleuses. Cela demande une certaine faculté d'acclimatation qui était nourrie chez moi par la curiosité insatiable pour les gens, leur façon de vivre et de penser. M'enraciner dans un sol, même provisoirement, m'attacher aux personnes même pour un temps m'était nécessaire. J'avais besoin de sentir cette appartenance. Les quitter était un déchirement inévitable.

Et pourtant, je repartais à l'aventure, faisant confiance à ma bonne étoile.

Cela fait 23 ans que j'habite ici, dans la même maison. Une aussi longue étape ne m'est jamais arrivée... Serait-ce la dernière? Une chose est sûre: désormais - un peu malgré moi - je voyage surtout dans ma tête, parmi les souvenirs indélébiles qui peuplent ma mémoire.

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Les effets positifs de rêvasser...

26 Mars 2014, 10:42am

Publié par Flora bis

Les effets positifs de rêvasser...

Il y a quelques jours, j'ai publié une petite réflexion sur mon blog hongrois au sujet de ces "heures perdues" à rêvasser. C'est l'émission de Frédéric Lopez, "La parenthèse inattendue" qui l'a inspirée.

Curieusement, les invités de la belle maison perdue dans les bocages - où l'on accède en ramant parmi les saules qui trempent leurs branches dans l'eau - des célébrités au sommet, nous racontent souvent, parmi les souvenirs de leur enfance, les heures de solitude, d'ennui même qu'ils ont vécues. Et comme s'ils s'en rendaient compte subitement, ils déclarent que sans ces heures "vides", ils ne seraient sans doute pas ce qu'ils sont aujourd'hui.

Beaucoup de parents de nos jours, stressés, obnubilés ou traumatisés par la "performance", veulent préparer leurs enfants au mieux à la lutte à couteaux tirés pour la meilleure place au soleil. Leur donner toutes les chances, en remplissant leur temps restant d'activités extra-scolaires, si bien que l'enfant, dans son programme serré, n'a plus une minute pour s'ennuyer. L'ennui est, d'ailleurs, la hantise du parent parfait. Alors que ce serait peut-être le moment privilégié où l'enfant peut nourrir sa propre créativité.

Il est vital, dans une journée harassante, que l'enfant puisse se déconnecter de la pression, de l'attention sans cesse sollicitée. Qu'il puisse laisser vagabonder son imagination sans être soumis au stress de l'urgence. Qu'il puisse remettre en place, digérer les émotions, influences en tout genre dont il a été bombardé durant la journée. Pour en nourrir son imaginaire.

Je dirai même plus: l'adulte tout autant...

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Du pardon

13 Mars 2014, 11:13am

Publié par Flora bis

Du pardon

Il m'est arrivé plusieurs fois de regarder des documentaires sur le "pardon". Qui n'a pas été confronté à cette souffrance, à cette impossibilité et à cette nécessité?

Dans les documentaires, les témoignages sont bouleversants: la mère rendant visite à l'assassin de son fils, condamné à perpétuité, l'amoureux trahi échafaudant des plans de vengeance, l'homme qui a passé 15 ans en prison, accusé à tort de viol sur mineure... Comment surmonter le traumatisme qui lie désormais les deux parties? Le traître, le menteur, l'assassin repenti et celui qui subit sont liés, même si leur souffrance est loin d'être de la même nature, de la même intensité.

Le premier pas sur le chemin de la rédemption doit venir du coupable, car peut-on pardonner à celui qui ne l'a pas demandé?... Ce premier pas est très difficile pour les deux. Acte de contrition pour l'un, acte de générosité surmontant la plaie ouverte pour l'autre. Mais c'est le prix à payer pour pouvoir entamer une résilience...

De nature, je ne suis pas rancunière, estimant que nourrir ce sentiment négatif équivaut à laisser du poison s'infiltrer dans ses veines et, petit à petit, s'abandonner à la destruction. Par bonheur, je n'ai pas souvent été confrontée à cette situation. Il reste cependant une personne que j'essaie de gommer de ma mémoire car il a fait trop de mal, surtout à quelqu'un autour de moi qui était déjà à terre... Le mépris prend le dessus sur le ressentiment.

Je fait appel à Musset: "A défaut du pardon, laisse venir l'oubli."

illustration: Odilon Redon

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Forces vives et tas de cailloux

22 Janvier 2014, 11:25am

Publié par Flora bis

Forces vives et tas de cailloux

Je ne sais pas ce que donneraient ces "petits tas de cailloux" amassés par-ci, par-là sur mon blog... Je sais, en tout cas, ce que je ne veux pas qu'ils deviennent: un texte pompeux et sentencieux à la Chr. B., le grand souffrant devenu dispensateur de service de la recette du bonheur à petit prix, chantre des choses tellement minuscules du quotidien (une marguerite dans le pré, un peintre en bâtiment qui sifflote en décollant le papier peint...) qu'on les voit à peine. Et lui qui s'écoute religieusement, à déverser ses rasades de "belles phrases"... On sent le terrible contentement de soi, cette forme de sérénité trompeuse à laquelle je voudrais échapper à tout prix!

Par ailleurs, serais-je irrémédiablement larguée - ainsi que je l'ai toujours été - sans jamais faire partie des conquérants, des performants, des "efficaces", ceux qui dépassent tout le monde d'une tête sinon plus, qui marchent triomphalement sur les autres, les yeux fixés sur leur sacro-sainte réussite? A vrai dire, cela ne m'a jamais tentée. Il faut bien des perdants de naissance, sinon, de qui triompheraient les forces vives? J'espère qu'ils sont heureux, au moins. Parfois, la crainte m'effleure qu'ils ne sacrifient l'essentiel pour des mirages, condamnés à les poursuivre inlassablement, par angoisse de les voir disparaître. Sans jamais s'arrêter pour se poser d'autres questions que celles qui règlent la prochaine étape de la course.

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Début d'année

8 Janvier 2014, 16:31pm

Publié par Flora bis

Début d'année

Je relis mon précédent article: je ressens cette ambiance de fin d'année, de fin d'époque qui s'étire avec son horizon bouché, son angoisse permanente: quelle mauvaise nouvelle va encore tomber avec la sonnerie du téléphone, le signal de la boîte e-mail?... Il faut dire que 2013 n'est pas seule à être incriminée: cela remonte à l'année d'avant, déjà. Mêmes causes, mêmes angoisses. En concentrées, accélérées.

Je disserte sur les étapes. Quelle différence, finalement, entre ces années, ces mois et ces jours, césures que nous installons délibérément dans l'écoulement très subjectif du temps?... Pourquoi les quelques instants pendant lesquels 2013 deviendrait 2014, changeraient la couleur de nos jours et enlèveraient enfin la chape des deuils successifs, nous aidant à apprivoiser les pertes des êtres irremplaçables?

Oui, je crois que nous pouvons y contribuer. En nous autorisant, peut-être à accepter l'inacceptable, à nous approprier la présence de ces disparus, les portant intimement en nous, afin que nous ne nous en éloignions jamais.

Sans que leur perte demeure un tourment insoutenable.

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Passage

21 Décembre 2013, 11:26am

Publié par Flora bis

Passage

Nous avons beau savoir qu'entre le 31 décembre et le 1 janvier, il n'y a qu'une nuit d'écart, que ce sont tout simplement deux jours qui se suivent, nous nous ingénions à faire de cette nuit une fête pour faciliter le passage dans une nouvelle ère. Comme si nous franchissions une barrière, effaçant l'ardoise, pour avoir le droit au renouveau.

Nous faisons subrepticement le bilan de l'année écoulée, avec l'espoir naïf et toujours renouvelé que nous pourrions tirer des leçons de nos erreurs et manquements, que le destin serait rassasié de nos tourments et qu'il nous accorderait un peu de répit… Qui sait, il pourrait même nous sourire un peu?...

"L'espoir fait vivre." Ce lieu commun usé jusqu'à la corde n'en reste pas moins vrai. C'est un élan vital même si au fond, nous restons lucides: l'espoir n'engage que ceux qui y croient. Les croyants l'appellent l'espérance, placée dans un esprit ou être supérieur et tout-puissant qui distribue ses bienfaits ou punit, selon nos mérites ou nos manquements.

Je cite Esti Kornél, personnage de Dezső Kosztolányi, grand poète et écrivain hongrois que j'ai plusieurs fois présenté lors de nos soirées littéraires (traduit par moi):

"Je veux simplement dire: le bonheur, c'est cela. Il pousse au pied de souffrances extraordinaires, et il est lui-même aussi extraordinaire que la souffrance qui s'évanouit soudain. Le bonheur ne dure pas longtemps car nous nous y habituons. Il n'est que passage, intermède. Peut-être n'est-il que l'absence de la souffrance."

Quant à moi, pauvre pécheresse, je m'en contenterais, en laissant derrière moi une terrible année 2013...

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Entre passé et futur...

15 Décembre 2013, 10:50am

Publié par Flora bis

Entre passé et futur...

On dirait que le temps s'accélère, s'intensifie en décembre! Cela prouve bien son caractère éminemment subjectif, d'ailleurs. Pourquoi le percevons-nous parfois se traînant lamentablement, tel un escargot sur le sol accidenté, et à d'autres moments, s'emballant comme un cheval fougueux (pour rester dans les comparaisons tirées du monde animal…)

En ces moments-là - et à l'approche du solstice d'hiver où la nuit la plus longue de l'année nous attend - le Dieu romain à deux profils, Janus s'impose dans mes pensées: un de ses visages regarde vers le passé et l'autre, vers l'avenir. Mais entre Passé et Futur, où est la place du Présent? Notre mémoire tente de maîtriser le premier, très imparfaitement, certes, et nous faisons des projections vers le second, mais le Présent?… Où est-il? Cela reviendrait à définir l'Instant qui, le temps de le vivre, s'évanouit déjà ou il n'est pas encore survenu… C'est ainsi que nous vivons ces successions d'instants éphémères, en essayant désespérément de les fixer sur papier, sur une toile, dans la pierre ou dans les disques durs des ordinateurs...

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Au couvent

4 Décembre 2013, 13:25pm

Publié par Flora bis

Au couvent

J'ai regardé l'émission de France 2 hier soir et je l'ai même re-visionnée ce matin… Comme la journaliste d'Infrarouge, Alexandra Alévêque, elle-même incroyante, j'avais envie de "percer le mystère" de ces femmes qui - depuis cinquante ans pour certaines - vivent cloîtrées dans l'abbaye cistercienne de Chambarand, en Isère.

Ce qui frappe d'entrée, c'est la douceur, la sérénité qui se reflètent sur leurs visages. C'est aussi leurs sourires, leur humour, face aux questions de la journaliste, incongrues dans ce monde feutré de vie toute intérieure… Elles n'éludent pas les difficultés: le poids de la solitude, le renoncement à l'enfantement, plus qu'à l'amour d'un homme puisqu'elles ont l'amour du Christ… L'histoire de Soeur Fabiola m'a particulièrement touchée: elle avait quitté son fiancé avant le mariage car elle ne pouvait en aimer deux (avec le Christ), tout en gardant son amitié amoureuse pour l'homme qui ne s'est jamais marié… Ils se voient une ou deux fois par an. "C'est plus dur pour lui, car il s'en va seul, tandis que moi, je reste avec le Christ" - dit-elle, tout en avouant avoir beaucoup pleuré jusqu'à ses 50 ans, pour son enfant jamais né...

"On entre dans une dépossession de soi", renoncement aux apparences si séduisantes de la vie extérieure. Sept offices par jour, dont un à 4 heures du matin… Mais la prière est partout, à tout instant, en épluchant les légumes comme en enfilant les rosaires pour avoir un peu de revenu. Car les vocations se font rares: personne depuis 15 ans...

Le SILENCE règne… Autrefois, il y a peu, elles ne pouvaient communiquer que par signes. Les règles ont été quelque peu assouplies, les matelas ont remplacé les sacs bourrés de feuilles de maïs et la famille en visite peut embrasser les siennes, au lieu de les regarder, séparées par une double grille...

Je n'ai toujours pas la vocation. Cependant, je suis d'accord avec elles sur une chose: le silence sert à mieux entendre l'essentiel.

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